• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Un mot plus haut que l’autre

Un mot plus haut que l’autre

 

Digression.

 

Comment doit s'y prendre celui qui entend écrire ou dire un mot plus haut que l'autre ? La question taraude le quidam incapable de prendre de la hauteur, de gravir les échelons de la notoriété. À toujours rester bassement terre à terre, tenant des propos au ras des pâquerettes, le voilà confronté à un dilemme qui dépasse ses compétences.

Devra-t-il monter sur ses grands écriteaux ou se contenter de prendre de haut le lecteur de base pour parvenir à ses fins ? Le risque est grand alors d'être descendu en flèche, non par la critique qui ne se soucie de lui comme d'une guigne tombée à terre, mais plus certainement les quelques lecteurs qui lui font l’aumône d’un peu de considération.

Suffit-il d'élever le ton en public ou bien de recourir au caractère gras et majuscule pour sortir du rang, s'élever dans la hiérarchie, être élevé au pinacle de la littérature ? S'il n'y allait que de considération mécanique, la taille de la police suffirait à vous donner ce coup de pouce nécessaire. Hélas, le mot plus haut que l'autre ne doit se faire remarquer au premier abord.

Il se noie dans la masse de ses voisins, il joue l'anonymat, ne cherche nullement à attirer la lumière. Il s'impose autrement que par les artifices et les astuces. Il saute aux yeux, d'où sans nul doute, sa position initiale, qui lui permet ce plongeon dans l'inconnu. Il ne se jette pas dans le vide, il a besoin de ses paires pour conserver la ligne, s'accrocher à la phrase tout en s'en démarquant de manière explicite.

Le mot plus haut que tous les autres ouvre la voie de l'aphorisme, de la maxime, d'une expression qui ne demande qu'à entrer dans le langage courant. Il se dresse sur ses arpions, il prend de l'emphase, il déploie ses ailes pour voler au-dessus de la médiocrité habituelle. Ce mot devient un phare, un guide, une référence qui a besoin des autres pour prendre toute sa place.

Le mot plus haut que les autres a l'art de ne pas prendre de haut ses homologues. C'est à cette subtilité qu'on le reconnaît, qu'on lui accorde la place d'honneur, non par sa position dans la page, mais bien par le sentiment qu'il magnifie tous ses alter ego. Il est la quintessence et la nuance, le point d'orgue et le diapason, la clef de voute et le pilier de la phrase.

Ce mot est un miracle, une évidence, un trésor non de complexité, de pédanterie, de connaissance encyclopédique, mais tout au contraire de simplicité, d'universalité, de modestie. Il n'a pas besoin de sortir d'une longue recherche dans un dictionnaire ni même d'une quête dans les termes vernaculaires. Il appartient au langage de tous et parvient malgré sa modestie, à sortir du rang, à se hisser tout au sommet de la pensée.

Le mot plus haut que tous les autres vous donne l'ivresse de la compréhension immédiate, vous ouvre les portes de la pensée, vous prend par la main pour vous élever comme le faisait jadis votre maître d'école. Un mot qui rayonne, un mot qui ne se la joue pas, un mot qui ne vient jamais du langage technocratique ou de la novlangue de nos dirigeants.

Il a les pieds sur terre et le sens dans les étoiles, il est terrien et solaire, il puise ses racines dans la culture et laisse ses rameaux aller leur chemin, toujours plus haut. Il ne vient pas de nul part, il est de partout tant il porte tout l'héritage d'une culture.

Le mot plus haut que tous les autres nous donne accès à la parole. Il se perche sur l'esprit pour devenir parabole, non celle qui diffuse des images pour abaisser le niveau de conscience mais bien au contraire pour jouer de comparaison, d'images et de rapprochements afin d'incarner la pensée par le truchement des mots. Il est consubstantiel de la langue qu'il a devancée. Parole est le plus beau mot qui soit, le plus haut dans mon Panthéon.

À contre-plongée.

 


Moyenne des avis sur cet article :  4.5/5   (2 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • Philippulus Séraphin Lampion 6 juillet 09:11

    Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de monter sur ses grands chevaux pour avoir le dernier mot : « Un mot parti du cœur tranche une question. » (proverbe)


    • charlyposte charlyposte 6 juillet 09:18

      @Séraphin Lampion
      Jean-Pierre me souffle à l’oreille si c’est vraiment votre dernier mot ? smiley


    • Philippulus Séraphin Lampion 6 juillet 10:23

      @charlyposte

      Quand tu penses que Baudelaire, capable d’écrire « l’albatros » (« Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »), a eu pour dernier mot « foutriquet » ! Ça laisse rêveur sur l’issue inéluctable et piteuse.


    • charlyposte charlyposte 6 juillet 10:29

      @Séraphin Lampion
      Comme quoi l’évolution cache souvent des milliers de mots indéchiffrable smiley hormis les maux pour conséquence smiley


    • charlyposte charlyposte 6 juillet 09:22

      Les mots sont très utiles pour nous faire accepter les maux de la terre ! smiley


      • juluch juluch 6 juillet 10:12

        A moi, Comte....deux mots !!!!!

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité