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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Un Prophète » à l’école du crime

« Un Prophète » à l’école du crime

L’univers carcéral français, pourtant sujet constant de scandales à la une, aura longtemps attendu son premier grand film. Le thriller de Jacques Audiard, atypique tant par le choix du lieu, des personnages et de leurs relations que par le ton, exempt de moralisme ou de commisération, devrait faire date.

Avec Malik (Tahar Rahim), angélique petit voyou tombé pour on ne sait quoi, et "admis" en centrale pour ses 18 ans, le spectateur découvre, ressent dans sa chair chaque degré de l’état de prisonnier : la privation soudaine et terrible des paysages familiers, la solitude, l’humiliation, l’instinct de navigation essentiel à la survie dans une micro-société où trafics, hiérarchies et dangers de l’extérieur sont multipliés. D’ "initiation" forcée en soumission, il apprend à composer avec les rois du lieu que sont les lourdes peines.

Des ghettos propices à l’action dramatique

Dans la prison reconstituée pour les besoins du film, pas d’Auvergnats ni de Chinois ; rien, ou presque, que deux clans ennemis, aux us archaïques  : les Arabes et les Corses, ces derniers tenant aux "barbus" la dragée haute avec à leur tête un Niels Arestrup digne des plus cruels parrains napolitains. Vrai, faux ? Qu’importe. A cette licence le film doit une partie de son suspense et de sa force dramatique : il n’est pas une étude scrupuleuse du monde pénitentiaire, ni un plaidoyer, mais une de ces œuvres de fiction qui, de Shakespeare au western, en passant par L’Opéra de 4 sous évoqué au final, rendent leur place de moteur aux passions humaines. Et c’est pour cela que, libre de ses réactions, le spectateur en sort convaincu de la nécessité de transformer le système.

Distribution remarquable de naturel, où brille le jeune Tahar Rahim, écorché romantique entre Romain Duris et Mathieu Kassovitz, autres révélations d’Audiard. Bande son d’une sensibilité exceptionnelle : la prison comme si vous y étiez...

 


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16 réactions à cet article    


  • Halman Halman 27 août 2009 11:02

    C’est fantastique.

    Tout l’été on nous bombarde de polards bien glauques, les Maigret, Poirot, Burma, et toutes ces séries genre Prison Break, sur toutes les chaines, qui ne nous parlent que de meurtres, enquêtes sinistres voir violentes, agressions, etc.

    Et à la rentrée on nous rebalance un film sur la prison.

    Heureusement qu’on a eu les Fantomas pour nous dérider un tout petit peu !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


    • amipb amipb 28 août 2009 00:49

      En effet, la violence s’auto-entretient. On la rejette aux infos, on l’encense au cinema. On ne compte plus les accroches de films ou la violence semble etre une fin en soi.


    • Halman Halman 27 août 2009 11:05

      Et pour en remettre une couche d’horreur et de glauquitude sinistre et déprimante, comme si cela ne suffisait pas, on a droit aux émissions genre enquête spéciale sur les affaires de meurtres françaises !!

      Mais quelle est donc cette société de détraqués qui se repait de meurtres même à la télévision et au cinéma ?


      • Fergus fergus 27 août 2009 11:12

        Puissiez-vous avoir raison, Julie, sur les « spectateurs convaincus de changer le système ». Problème : les conditions carcérales désastreuses sont archi-connues du public et nombre de Français ont été choqués ou émus d’entendre ici ou là des témoignages révoltants et insupportables sur la réalité du milieu carcéral.

        Pour autant, aucune majorité n’est prête, dans ce pays, à se mobiliser pour apporter aux détenus le minimum de dignité et tout simplement de droits qui devraient leur être reconnus.


        • Julie Dep Julie Dep 27 août 2009 11:50

          @Halman
          Pas du tout glauque : palpitant et poignant comme un bon vieux western !

          @fergus
          C’est à ma connaissance le premier film susceptible de réveiller sur des conditions qu’on sait indignes par ouï-dire, et du fait des suicides, mais qui restaient impalpables. L’identification ici au personnage central est inévitable.

          Au-delà des droits humains, ne pas se mobiliser d’urgence serait simplement dangereux pour tous, c’est une des « leçons » du film (qui se garde d’en donner, mais serre de près la réalité). Si l’on ne peut sortir de prison que démoli ou prédateur, compte tenu de la surpopulation, la société peut compter ses jours paisibles...


          • Fergus fergus 27 août 2009 15:48

            @ Julie.

            Cela fait des décennies que les petits caïds sortent de prison démolis ou, ayant pris du galon par ce biais, encore plus prédateurs qu’à leur incarcération.

            Et cela, les habitants des cités difficiles le savent pertinemment. Cela ne les empêche pas, pour une majorité, de réclamer toujours plus de répression et d’applaudir aux descriptions d’incarcération les plus sordides.

            C’est en grand partie pour cela que les personnages politiques n’évoluent pas, car ils savent que chaque euro investi dans une amélioration de la condition carcérale leur sera violemment reproché au motif que les criminels et les délinquants ne valent pas qu’on s’intéresse à eux quand, à l’extérieur, des millions de personnes réputées honnêtes sont dans la difficulté ou la détresse.

            C’est pourquoi la nécessaire transfromation des milieux carcéraux passera obligatoirement par une décision courageuse car impopulaire. Or, je ne vois pas venir l’homme ou la femme politique qui aura ce courage-là. Hélas !


          • arturh 27 août 2009 16:24

            Le film serait pas mal si le scénario avait été écrit par un vrai scénariste, au lieu d’être écrit, avec les pieds comme d’habitude, par le réalisateur.

            Voir l’histoire complètement incompréhensible à la fin, entre les Italiens, les Corses et les Arabes, où le réalisateur, qui ne sait plus comment se sortir de son histoire pour en finir après deux heures et demi, bâcle son dénouement.

            Encore cette maladie corporatiste du cinéma français d’Etat, où le réalisateur s’arroge le droit d’écrire automatiquement le scénario ! En réalité pour des raisons bassement matérielles, parce que ça lui permet de toucher plus d’argent quand le film passe à la télé.

            Scorcèse n’a jamais écrit de scénario de sa vie, ni Clint Eastwood, et c’est probablement la raison pour laquelle le réalisateur de Un prophète ne leur arrivera jamais à la cheville.


            • Fergus fergus 27 août 2009 17:02

              A ce détail près que Eastwood n’a pas tourné que des bons films, mais aussi des navets (exemple : « La sanction »). Quant à Audiard, il a fait du bon et du moins bon. Exemple avec « Sur mes lèvres » où les personnages sont très bien dessinés mais l’histoire totalement invraisemblable.


            • Julie Dep Julie Dep 27 août 2009 17:26

              @Fergus
              Mais depuis des décennies on n’avait pas eu l’occasion de s’en émouvoir au cinéma. D’ailleurs, pas de menace d’implosion du temps de Becker...

              Si les « honnêtes gens » ne voient pas leur intérêt à se montrer dignes d’un pays civilisé, il faudra effectivement faire passer en force la réforme nécessaire. Mais il y a un progrès dans leur perception du phénomène.

              @arthurh
              Melville a scénarisé la plupart de ses films ; on fait pire...

              Cela dit, je vous accorde qu’en général c’est un défaut des réalisateurs français, plus souvent causé à mon avis par la mégalo ou le manque de moyens que par l’appât du gain. Des films bien réalisés sont gâchés par des dialogues plats, ou de bons dialogues par une mise en scène inexistante... alors que les chefs-d’œuvre américains, où chacun tient sa partie, pourraient inciter à la modestie.

              Mais Audiard sort du lot. Ses acteurs aussi. Alors, pour une fois qu’un film français n’en a pas les défauts, ne lui ménageons pas nos bravos.


            • jvv 27 août 2009 19:21

              MAUVAIS TITRE... Trop chargé... Y compris par CIORAN : « en tout homme sommeille un prophète et quant il se réveille, c’est un peu plus de mal dans le monde... » Donc à ÉRADIQUER en urgence...
              MAUVAIS FILM... Docucu sur la vie des animaux... Genre « Famille Suricate2... » Faut vraiment arrêter de chercher le mâle dominant dans la grande cour de récré...
              Même Zola avait fait mieux !
              Pas d’intérêt pour cette...« chose ». Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages tout de même !


              • malqp 27 août 2009 21:57

                Encore un scenario volé a FR3 , Que statistiquement un pauvre petit Maghrébin se retrouve, en prison, seul au milieu des détenus corses est une belle oeuvre de fiction vu que 70% des détenus des prisons françaises sont de confession musulmane !


                • le-Joker le-joker 28 août 2009 03:50

                  Un film sur la merde du monde qui ronge le monde et le monde s’ébahit.



                  • fhefhe fhefhe 28 août 2009 05:57

                    Je ne reviendrai pas sur mon parcours de vie ....
                    Ce que je peux dire sur ce film que je n’ai pas vu ....mais VECU c’est que la « Rédemption » ...c’est l’Amour .
                    Pour Malgp.
                    Pour info.
                    Dans les années 70 , la proportion que vous donnez était l’inverse.
                    Comment je le sais ??
                    J’ai passé 57 mois et 6 jours dérriere les barreaux , pour Vols Qualifiés et Association de Malfaiteurs...Condamné par la Cours d’Assise des mineurs d’Aix en Provence à 6 ans de Réclusion Criminelle .
                    Ma réinsertion ?.
                    52 ans , Directeur Commercial licencié en Mai 2008 , création d’entreprise en Janvier 2009
                    Marié ,2 Enfants
                    L’ainé 26 ans Master 2 d’Histoirede l’Art
                    Le cadet 21 ans , Compagnon du devoir en Maçconnerie.
                    Je pourrrais vous en écrire des « Tartines » sur l’Univers Carcéral....
                    Je pourrais vous expliquer le « Comment du Pourquoi » on rentre en prison...
                    Mais la seule chose dont je suis , à peu, prés, certain c’est qu’un Enfant élever sans Amour , sans Respect a de fortes chances de se retrouver incarcéré.
                    Comme chantait Mr Jacques Brel...
                    « Quand on aura que l’Amour à offrir en partage.... »





                    • Julie Dep Julie Dep 28 août 2009 10:34

                      @jvv
                      Oui, un titre énigmatique plutôt malvenu. Espérons que les traducteurs trouveront mieux.

                      @malqp
                      Les Corses sont minoritaires mais mieux organisés et sans doute mieux perçus par le personnel. Le rapport de forces s’inverse au cours du film, qui prend effectivement des libertés avec certains aspects de la réalité. Audiard s’en est expliqué, je le rapporte dans ce billet.

                      @le joker
                      Point positif, qui révèle qu’on n’est encore totalement transformé en zombies.

                      @fefhe
                      Une première peine qui en entraîne une autre... C’est un autre débat, encore plus intéressant et compliqué. Qu’au moins, au cours de la seconde, on donne les moyens de s’en sortir. Votre exemple est peut-être exceptionnel, mais convaincant. Pour ne pas dire bouleversant.


                      • Evelyne75 30 août 2009 08:05

                        6.60 euros voilà ma contribution à ce film le droit d’entrée au ciné ce samedi

                        Mon choix ne fut pas le bon, l’ennui m’a envahi. C’est long et téléphoné

                        Ce film n’est pas un chef d’œuvre arrêtez ce battage publicitaire outrancier

                        Le scénario ne tient pas la route, encore moins debout

                        La prison :

                        D’un côté des Arabes, des musulmans : Ils n’y a que ça dans nos prisons françaises dans ce film selon Audiard

                        De l’autre des Corses, insulaires français, qui tiennent leur rôle de parrain respect  traditions, grotesque caricature

                        Entre cette population, des matons Français seuls représentants de la société démocratique Française ils contrôlent, exclusivement, les sous bras, les gorges et les trous du cul selon Audiard

                        Les prisons sont délabrées, insalubres, de cette situation l’état, c’est-à-dire nous, est déjà informé ; Audiard démontre dans ce film qu’il n’est nullement nécessaire de poursuive d’investir nos impôts dans la construction de prisons puisque ces bâtisses ne sont exclusivement réservées qu’aux Arabes et musulmans

                         

                        Audiard donne raison dans son comte pour délinquants primaires de banlieue, que tout est possible en prison comme à l’extérieur même en liberté préventive la vie est la même

                        Le détenu fait ce qu’il veut. Pas de contrôle auprès de son employeur ni de son tuteur. Audiard prend vraiment ce milieu et les gens qui y travaillent pour des cons

                         

                        Audiard n’a pas consulté les officiers de la sécurité du territoire et je pense qu’il ignore absolument tout du peuple Corse et de leurs codes. Par contre Audiard est bien renseigné sur le caractère culturel des Arabes

                         

                        Comment un Corse pourvu de tels pouvoirs ne peut-il pas se « débarrassé » de ce petit « héros » arabe selon le scénario élaboré par Audiard dans ce film 

                         

                        Il n’y a rien dans ce film qui puisse retenir une émotion, une morale une vie. Que Madame Fadela Amara se rassure ce film est très loin de la réalité actuelle de la société française qui vit avec ce spectre empirique néfaste que représente les arabes et musulmans sur notre territoire

                        Un souhait si M. Audiard veut continuer l’exploitation de film sur le même thème qu’il rencontre un prophète qui lui prodiguera une sérieuse documentation sur ce sujet pour lequel il est passé tout à fait à côté


                        • fouadraiden fouadraiden 20 septembre 2009 19:31


                          Magnifique film. je viens de le voir et l’acteur principal est magistral.
                           
                          Enfin une figure héroique arabe dans l’univers tricolore !

                          et Quelle montée en puissance .

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Julie Dep

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