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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Under the Skin » : flatter les sens, échapper à tout entendement

« Under the Skin » : flatter les sens, échapper à tout entendement

Comme Spring Breakers en son temps, Under the Skin est une œuvre appelée à faire débat, à diviser la critique. Frisant souvent l’abstraction, l’épopée de Jonathan Glazer a tout de l’expérience sensorielle envoûtante, iconoclaste, à la prétention arty difficilement réfutable. Un ovni formellement abouti, ténébreux, en rupture avec une aseptisation désormais généralisée. S’attaquant à des sujets aussi vastes que l’identité, l’errance, la mort, le désir ou encore l’humanité, ce récit de science-fiction, minimaliste et par trop schématique, s’appuie exclusivement sur un alien prenant l’apparence d’une femme pulpeuse (Scarlett Johansson), croqueuse d’hommes invétérée, sillonnant les rues écossaises à la poursuite d’une proie esseulée, vouée à disparaître dans les limbes en succombant à la tentation charnelle. Une construction scénique qui se répétera à l’infini, comme une ritournelle lancinante, balançant constamment entre l’hypnotique et… l’ennuyeux. L’audace n’ayant jamais été une promesse d’efficacité,Under the Skin en arrive très rapidement à s’ankyloser, ne cherchant jamais à se départir d’un maniérisme boursouflé, ni à dépasser et transfigurer le cadre initialement posé. Ainsi, lorsque Daniel Landin sublime l’imagerie, il ne fait qu’empiler les couches de vernis sur une coquille vide, un espace aussi large pour un scénario ténu que l’est un costume d’ogre pour Debbie Reynolds. Des étendues béantes qui permettent à chacun d’y glisser à peu près toutes les projections, même les plus fantasmées. L’interrogation du statut de sex-symbol ? Anecdotique. Les caméras cachées ? Insignifiantes, si pas grotesques. L’uniformité des comportements ? Une hypothèse aussi improbable que l’avènement de DSK en gardien des mœurs. Les plus réfractaires – les moins crédules ? – se contenteront alors de quelques références à peine voilées (David Lynch, notamment), de contemplations interminables et de dialogues d’une pauvreté absolue – censés constituer, imagine-t-on, le baromètre d’une humanité désincarnée. Bien qu’artisan d’un trip sensoriel réussi et d’une adaptation à la beauté picturale édifiante, Jonathan Glazer se fourvoie quand il s’agit d’affiner son propos, d’en préciser le sens. Suffit-il vraiment de filmer un supermarché, un gâteau, une noyade, une immolation, un neurofibromateux anxieux ou des parades amoureuses pour porter un regard pertinent sur l’état du monde ? À la somptuosité des paysages et des visions nocturnes se juxtapose ainsi l’impression, tenace, d’une intelligence très artificielle. Comme si la préciosité visuelle avait fini par contaminer une narration réduite à sa portion congrue. 

 

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Le Plus : "Nebraska" / Le Moins : "Transcendance" (#46)

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Moyenne des avis sur cet article :  3.25/5   (16 votes)




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9 réactions à cet article    


  • klendatu2 31 juillet 2014 10:18

    Un extraterrestre qui prend une forme féminine pour se taper des terriens...

    La science fiction est décidément un art qui se renouvelle et qui, a l’occasion, ne manque pas de nous faire rire un peu. smiley


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 31 juillet 2014 10:34

      Pour rire en regardant ce film, faut prévoir quelqu’un pour nous faire des chatouilles, parce ce que c’est pas vraiment hilarant comme ambiance !


    • klendatu2 31 juillet 2014 23:22

      J’ai finalement sacrifié un peu de bande passante afin de voir ce qu’il en était de ce film. L’ambiance manque sérieusement a captiver de telle sorte que le navet se révèle dans sa portée soporifique. Bref, a déconseiller si vous envisagez de reprendre le volant par la suite. Endormissement au volant, on ne sait jamais.
      Ceci dit, ce n’est pas qu’un problème. Le film reste en effet défendable en traitement d’appoint des troubles du sommeil.


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 31 juillet 2014 10:32

      La question des relations sexuelles avec une entité extraterrestre (ou extradimensionnelle) s’est posée dès que le concept d’exobiologie est apparu dans la SF et la BD, puis bien sûr le cinéma. 


      • ppazer ppazer 31 juillet 2014 11:33

        J’ai faim.


        • DanielD2 DanielD2 31 juillet 2014 13:00

          Il est super ce film.

          Il est justement tout sauf prétentieux ou snob ou je ne sais quoi. Et dieu sait que je déteste ça.

          Je ne pense pas que le réalisateur ait voulu « porter un regard pertinent sur l’état du monde ». C’est juste une histoire de science-fiction plutôt simple et racontée de façon très originale. Tout le reste c’est de la branlette à mon avis.

          Alors oui, en effet, c’est un exercice de style. Et alors ?

          Après on aime ou on aime pas ...

          Personnellement je m’attendais à une catastrophe ayant lu plusieurs mauvaises critiques du genre de l’article, et au final c’est le meilleur film que j’ai vu depuis un bail.


          • tobor tobor 31 juillet 2014 15:34

            Métaphore de la reconquête de l’Europe par les usa.
            Non, on ne résiste pas, il sont trop bonnards ces ricains !


            • InfoGratte InfoGratte 2 août 2014 16:12

              Film sombre, étonnant, envoutant, ne ressemblant à aucun autre, flirtant avec l’univers d’un David Lynch ou d’un Cronenberg et dans lequel Scarlett Johansson, qui crève l’écran, prend un risque énorme en s’investissant dans ce projet plus poétique et fantasmagorique que purement cinématographique. A déconseiller aux amateurs de blockbusters !!!


              • tobor tobor 4 août 2014 15:49

                ... elle prend un risque ???
                .
                Sortant du tournage de « Captain america », se préparant pour « Lucy », elle aligne les blocks buster’s. Ici on étend son emprise de sex-symbole dans le secteur alternatif, expérimental.
                .
                Pour rappel, elle a préféré collaborer avec Sodastream, boite israélienne implantée en Cisjordanie et a rompu son contrat d’ambassadrice pour Oxfam, vu l’aspect antinomique.
                .
                Elle est clairement du côté des pourris !!!

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