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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Une histoire de jazz français, les guitares Selmer Maccaferri

Une histoire de jazz français, les guitares Selmer Maccaferri

1- Genèse

Toutes les guitares de jazz manouche* sont nées Maccaferri. Fabriquées par Selmer, elles ont été un élément déterminant dans le succès du jazz franco-européen dans les années 1933-35. Vers 1930, Mario Maccaferri, un concertiste célèbre, a imaginé des améliorations pour donner à la guitare de concert une meilleure projection du son, plus d’équilibre, plus de puissance. Elève de Luigi Mozzani, musicien et luthier, Maccaferri applique à la guitare quelques-uns des principes des luthiers de Crémone qui ont amené le violon à une quasi perfection technique au 17 ème siècle. Il signe un contrat avec le fabricant d’instruments à vent Henri Selmer, de Paris, pour organiser et superviser un atelier de lutherie. Les premiers brevets sont déposés en Mai 1932 et les premières guitares Maccaferri sont disponibles dans l’année. Modèle pour concert, classique, mais avec le pan coupé type Macaferri.

Henri Selmer qui voit l’arrivée du jazz, et le besoin d’un instrument plus puissant demande à Maccaferri de se pencher sur la question. En 1933, une évolution à cordes métalliques est proposée, la Selmer-Maccaferri.

Archétype de la guitare jazz acoustique, elle a été immédiatement imitée par les luthiers italiens de Paris, Busato, Di Mauro, Favino, Castellucia, Jacobacci, et par les luthiers de Mirecourt, les frères Jérôme, Patenotte. Aujourd’hui Maurice Dupont (le plus proche de l’atelier Selmer) Anastasio, Favino fils, Castelluccia, Monneret, et quelques autres qui oeuvrent dans la tradition des luthiers travaillant seuls, ALD, Alain Mazaud, Lebreton, Christelle Caillot, produisent des instruments de qualité, haut de gamme, entre 2000 et 7000 euros. (l’atelier Selmer, comme les ateliers Dupont ou Di Mauro, était constitué d’une petite équipe de 10-15 ouvriers très qualifiés).


2-Deux accidents, et les rencontres

Ce qui a caractérisé les Selmer-Maccaferri, c’est leur précision, leur sonorité puissante et claire qui permettait à la guitare de jouer en solo, sans l’amplification qui n’existait qu’à l’état de prototype en 1930.

Ce qui les a portées au sommet de la gloire, ce fut la rencontre avec un musicien exceptionnel : Django Reinhardt ( Des 10 meilleurs guitaristes du monde Django est 5 d’entre eux, a dit Eric Clapton) Grâce à la conjonction de deux accidents.

En 1932, Mario Maccaferri a déposé les brevets pour une guitare de concert, avec une innovation ; un résonateur intérieur pour donner à la guitare un équilibre sonore égal entre toutes les cordes. Pas seulement de la puissance, mais un son qui ne sera pas noyé dans un ensemble orchestral. Un peu à la manière du triangle, dont la puissance sonore est très modeste, mais grâce à sa fréquence particulière, il se fait entendre dans un orchestre, au milieu des cuivres et des cordes.

Nous verrons plus loin les détails des améliorations étudiées par Mario Maccaferri. Un accident change sa vie, une chute qui le handicape à la main droite, et il cesse son activité de concertiste classique pour se consacrer à la fabrication de ses guitares de concert.

L’autre accident est celui qui brûle gravement un jeune banjoïste à la réputation montante. Django Reinhardt. Sa main gauche en restera mutilée, deux doigts atrophiés. Pendant sa longue et douloureuse rééducation (il a été brulé aussi sur tout le côté gauche) Joseph, son frère lui apporte une guitare, plus légère qu’un banjo, et aux cordes plus souples. Django qui était un virtuose du banjo jazz-musette, découvre presque en même temps le jazz de Louis Armstrong, d’Eddie Lang, d’Ellington, et avec Joseph, dit Nin-Nin, il envisage de faire du jazz « à cordes » guitares et contrebasse. Au hasard d’une soirée dans un club, il voisine dans les vestiaires avec un violoniste, Stéphane Grappelli. « Django, quand il s’accordait c’était déjà de la musique » dit Grappelli. Il entend la guitare, et spontanément, improvise, et immédiatement, ils sont dedans, dans cette musique tonique, scintillante, débridée, le jazz swing des années 30. Ils ont très certainement entendu parler des précurseurs, Eddie Lang (Salvatore Massaro) et Joe Venuti, duo guitare et violon, Django avait découvert le jazz en 1931 chez un peintre de la bande à Prévert, à Toulon, Emile Savitry, qui était très au courant du vrai jazz américain. Très vite Django et Stéphane sont inséparables, avec Joseph Reinhardt qui sera toujours présent à la seconde guitare. Django exige une troisième guitare (pour la fameuse pompe manouche) et une contrebasse, voici la naissance d’un quintette à cordes qui apporte une des seules créations européennes dans le jazz. Dont l’orchestre devait obligatoirement comporter un « jazz » c’est ainsi qu’on appelait la batterie, et un piano. Grâce à la Selmer Maccaferri, Django jouait d’égal à égal avec le violon de Grappelli.

On voit que ces deux accidents ont généré deux comportements opposés. Maccaferri, à cause de sa main blessée, abandonne la musique pour se consacrer à la lutherie, il invente une guitare qui va permettre à un musicien handicapé de conquérir le monde. Django réinvente de nouveaux doigtés, et la Selmer-Maccaferri devient une légende. Tous les guitaristes du continent européen joueront sur des Selmer (et les petites sœurs Busato, Di Mauro, Anastasio) jusqu’en 1950-55. Y compris Brassens, qui demande à Jacques Favino de lui faire un modèle « Selmer » sans pan coupé. Guitare de forme espagnole, (qui est née en fait en Italie) avec des cordes métalliques attachées en bas de la caisse, et avec un barrage de table renforcé.

Voyons maintenant ce qu’avait conçu Mario Maccaferri pour ses guitares de concert.

 

3-Les guitares Selmer Maccaferri

Pour l’apparence, c’est le pan coupé, et un prolongement de la touche au dessus de la rosace pour monter plus haut dans les aigüs. (Modèles classiques) C’est un pli sur la table, comme sur les mandolines, au niveau du chevalet. C’est un sillet supplémentaire en haut du manche, qui sert de guide-support aux cordes, le second sillet donnant la note. Et pour que cette note soit la plus juste possible, le chevalet est légèrement hélicoïdal, pour compenser la différence de diamètre des cordes. C’est aussi une tête amincie, pour que les cordes restent dans un alignement le plus rectiligne possible. Et des mécaniques précises, sous capot, pour un accordage plus fin. C’est une large bouche en D couché pour sortir le son.(Modèles classiques, ensuite, pour le modèle jazz, la "petite bouche" Selmer devient un standard).

Pour la technique luthière, c’est une fabrication soignée avec des bois fendus et non sciés, pour ne pas couper les fibres (dans la tradition des luthiers de Crémone, Guarnerius et Stradivarius) et des barrages intérieurs adaptés aux caractéristiques sonores recherchées, c’est aussi la mise au point grâce à l’atelier métal de Selmer de mécaniques très élaborées, sous capot pour garantir la fiabilité et la précision. Toutes les pièces y compris le cordier, sortent de chez Selmer, la fabrication est contrôlée dans tous ses éléments.


 (Guitare ayant appartenu à Henri Crolla)

L’innovation la plus importante ne se voit pas, c’est un résonateur qui double la caisse, (une seconde caisse collée à l’intérieur) cette disposition évite les notes « qui roulent » elle donne un équilibre parfait. Ce qui était le premier souci de Mario Maccaferri, avant la puissance. Ensuite, il modifie pour répondre aux demandes des musiciens de jazz, pour leur proposer un instrument puissant.( et en supprimant le résonateur, cher, compliqué)

Et cette guitare a de telles qualités sonores qu’elle peut devenir soliste, adaptée au jeu de Django, à ses traits incisifs, quand les jazzmen US jouaient surtout en accords. (Comme les joueurs de banjo le faisaient pour avoir un son plus fort)

L’atelier Selmer est pleinement opérationnel au moment de la création du Quintette à cordes, et Django ne jouera plus que sur des Selmer pour toute la période la plus significative de son histoire dans le jazz.

Après la guerre, avec l’arrivée des guitares électriques, les Selmer auront en option un micro électro magnétique fabriqué par Stimer, un atelier français (voir note) Ensuite, avec les années 50-55 ; le jazz évolue ans des nouveaux styles, avec des guitares électriques qui apportent un jeu spécifique.

Et les vieux jazz, ceux d’avant guerre n’ont plus la faveur du grand public. D’autant que la mort de Django en 1953 marque la fin d’une époque.

Les Selmer ont été fabriquées à un peu moins de 900 exemplaires, c’est peu, mais ça suffit pour la légende. Il en reste quelques unes, exceptionnelles, celles de la période 1938-41 quand l’atelier Selmer était au sommet de son art. Parmi celles-ci, il y a celle de Django, celle qu’il a gardée. Ayant « table ouverte » chez Selmer, il choisissait, et ensuite donnait, mais il en a gardé une, la 503 (elle est au Musée de la Musique). A la même époque Henri Crolla avait acheté la 453, la seule qu’il ait conservée, une guitare dont le son est vraiment unique, elle a une voix, et c’est sans doute la seule en état d’origine, jamais restaurée, et toujours exceptionnelle. Il y a aussi celle de Stochelo Rosenberg qu’il joue en acoustique. (N° 504) Pour les autres qui ont survécu, restaurées, elles n’ont pas toujours des qualités hors du commun. Une guitare est un instrument vivant, et la lutherie n’est pas une science exacte. Deux frères musiciens avaient commandé deux guitares à un luthier réputé ; à la livraison l’une sonnait très bien, mais après quelques mois, la seconde était meilleure, alors qu’elles avaient été fabriquées avec les mêmes bois, le même soin. Pour les Selmer, c’est un peu comme les violons de Stradivarius, ceux qu’on entend encore aujourd’hui ont tous été fabriqués par Antonio Stradivarius quand il avait entre 68 et 75 ans, il avait 60 ans d’expérience. L’atelier Selmer était au top après 5 ou 6 ans d’activité, ensuite, après la guerre, avec l’interruption de 4-5 ans, il n’a pas retrouvé l’excellence des années 38-40. Et il a fermé en 1952. Mais les frères Di Mauro, les luthiers de Mirecourt, Jérôme, Patenotte, Favino, ont continué à fabriquer ces modèles, dans une gamme de prix plus abordable. Une Di Mauro pan coupé, rouge sunburst coûtait 25 000 frs en 1958-60, soit l’équivalent de 1000 €.

4-Epilogue

Tous les musiciens de ce style ont tous une Di Mauro, une Favino, ou une Dupont, les plus diffusées, mais la liste des luthiers est longue, et il y a des clubs « Quintette Hot Club de France » dans tous les pays du monde, cette musique est restée incroyablement vivante, et depuis la fin des années 1990, le son manouche est très présent dans la chanson francophone.

Parmi les héritiers de Django, tant dans la forme que dans le fond, on peut citer Biréli Lagrène, Angelo Debarre, Dorado Schmidt, Stochelo Rosenberg, Patrick Saussois, Romane, un groupe comme Djangologie, qui s’inspire sans copier, Boulou et Elios Ferré (les fils de Matlo** Ferret) qui perpétuent le duo des frères Reinhardt dans leur complicité et leur complémentarité musicales, dans cette musique le rôle du second guitariste n’est jamais secondaire, plus quelques autres, le choix est large. Et tous jouent sur des guitares qui doivent quelque chose à Mario Maccaferri.

Liens

- Si vous ne devez avoir qu’un disque sur le sujet voir « Gipsy School » un double album réunissant hier et aujourd‘hui avec un livret de 101 pages documenté. Référence dans le domaine. (par Alain Antonietto chez Iris Music).

Pour les livres, deux auteurs de référence : Patrick Williams et Alain Antonietto. Incontournables. Ces deux auteurs sont les plus fiables en matière de jazz manouche, exigeants, intègres et généreux de surcroît.

- Un site à visiter, Rosine et François Charle, respectivement luthière et historien de la guitare dont le livre sur les Selmer est la référence absolue (on peut voir en ligne un aperçu des plans de guitare Selmer Maccaferri) et consulter la liste des instruments et leur cote.

Le livre des Selmer dont la première édition « collector » est épuisée est réédité et disponible chez l’auteur www.rfcharle.com

 

« Le » site Django  www.djangostation.com (mais ce n’est pas le seul)

 

- Luthiers

- Maurice Dupont, (fabrication 100% française)  l’atelier le plus riche en modèles de guitares tous genres confondus. (le seul luthier à proposer la guitare Maccaferri avec résonateur) : http://www.acoustic-guitars.com

- Pour avoir un panorama de la production luthière haut de gamme, un diffuseur généraliste, en neuf et occasion : www.guitare-village.com

Et un annuaire généraliste : www.laguitare.com/annuaire

 

Notes :

- Le micro Stimer : conçu et fabriqué par Yves Guen un ingénieur français, il se pose sur la bouche, soit vissé sur la table, soit fixé par une pince sous le chevalet, avec une tige qui l’amène sur la rosace. Sa taille a été définie par le diamètre de la « petite bouche » Selmer.

- Le prix des guitares ; dans ces modèles de guitares de luthiers, même fabriquées en petite série, la qualité a toujours eu un prix à peu près constant. En 1938, une Selmer coûte l’équivalent de 2000/2500 €, ce qu’on retrouve à peu près dans le catalogue Dupont en 2009. Ou Dell Arte. (entre 2000 et 4000 €, avec quelques modèles à 6-7000 €)

Dans ces instruments de luthiers, il est fréquent que le prix en occasion soit égal ou supérieur au prix du neuf ; une guitare, ou un violon de bonne naissance, s’améliore avec l’âge. (spécificité des tables en épicéa)

On trouve des copies made in Orient à des prix plus bas, mais c’est comme le pâté de foie et le foie gras, on n’est pas dans la même qualité de fabrication, la finition bâclée des frettes peut être une gêne constante et d’autre part, jouer sur un instrument de qualité est toujours plus aisé que sur un instrument bas de gamme. Surtout avec les guitares type Selmer qui sont des guitares exigeantes, demandant de la force et de la précision, des mains d’homme, mais la gracile et gracieuse Victorine Martin swingue allegro sostenuto dans le groupe DoudouSwing, ou avec Patrick Saussois en tournée aux States.

(l’atelier américain Dell Arte a mis à son catalogue des guitares type Selmer fabriquées en Chine, dans les 600 €, la fabrication semble très soignée, elles sont garanties 2 ans. La réputation de ce luthier permet de penser que ce sont de bons instruments, sans doute pas au niveau des « vieilles réserves » de Dupont fabriquées avec des bois de 40 ans, mais ce n’est pas non plus le même prix.

 

* le jazz manouche n’existe que par cette forme de quintette à cordes, les musiciens de jazz, manouches ou non, sont des musiciens de jazz avant tout..

** l’orthographe des noms manouches a souvent été très maltraitée, pour différentes raisons ; ainsi on voit apparaître Jiango Renard, puis Jeangot en 1928, de même que la transcription phonétique a donné Matelot Ferret, pour Matlo Ferret, dont les enfants ont repris l’orthographe Ferré. (Matlo n’a jamais été marin).

Django en manouche signifie ‘je réveille’


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27 réactions à cet article    


  • Paul Cosquer 11 août 2009 11:53

    Bravo, vous avez tenu votre engagement de produire un article sur ce sujet. L’article sera à référencer dans le futur portail de l’histoire de la musique à la rubrique « instruments ».

    Les accidents mènent à tout et parfois au génie. Roger-Pol Droit raconte aussi dans Le Point comment Blaise Pascal a découvert le jansénisme en se cassant une jambe en janvier 1646.


    • norbert gabriel norbert gabriel 11 août 2009 12:07

      ce fut un plaisir, depuis quelques années je travaille à la biographie d’Henri Crolla, ce qui m’a donné le loisir et le plaisir de fouiller pas mal de choses autour de cette musique guitare, jazz.
      Et de découvrir ou redécouvrir des personnages extraordinaires humainement et artistiquement.


      • SALOMON2345 11 août 2009 14:30

        Ah, ces « accidents » de la vie qui transforment parfois l’existence : pensez-vous que le bug cardiaque du « petit » va enfin le faire grandir ?
        Plus sérieusement, merci pour ce voyage en « manoucherie », territoire où l’on joue avec ses tripes et même s’il existe quelques « trucs », l’odeur du feu près de la caravane est sublime.
        Inconditionnel, presque « fanatique » (j’ose le dire) de cette façon de gratter, ces voyageurs - aux âmes vagabondes - sont aussi natures, dans leur genre, que les artistes africains fort éloignés des sophistications et autres « intellectualismes » dans les partitions...dont ils se servent très peu d’ailleurs !
        Merci encore !
        Salutations


        • norbert gabriel norbert gabriel 11 août 2009 14:53

          un amateur pointilleux m’a fait remarquer que j’aurais peut-être dû préciser à quoi correspondent les numéros des guitares, la 453, la 503, qui peuvent être compris comme une référence de modèle (comme la 403 Peugeot, la 504...) en lutherie, ce sont les numéros notés sur le cahier où un luthier consigne les informations sur un instrument, sa date de fabrication ; sa date de vente, dans un ordre chronologique,et le nom de l’acheteur.
          Le numéro est écrit sur une étiquette, collée à l’intérieur de la caisse, on la voit à travers la rosace.
          Le cahier Selmer commence le 6/7/1932, avec le numéro 85, et se termine le 6/9/1950. Les modèles fabriqués avant la 85 sont les Maccaerri « classiques ».


          • rocla (haddock) rocla (haddock) 11 août 2009 15:00

            Article très intéressant , super documenté avec plein de détails .

            Dupont est dans son genre le Stadivarius de la guitare .

            Merci Gabriel et Norbert .


            • Laminak 11 août 2009 17:29

              Je ne dirais qu’un mot peu connu : Encore :)
              Bravo.


              • norbert gabriel norbert gabriel 11 août 2009 17:45

                Merci, il y a aura encore puisque un portail du jazz est en cours de gestation, voir le premier commentaire de l’initiateur du projet.

                Il est probable qu’un de ces jours je propose l’histoire d’un musicien attachant, que Django aimait beaucoup, Henri Crolla... 


                • Paul Cosquer 11 août 2009 18:17

                  Heu non, je disais un portail de l’histoire de la musique. Mais n’étant pas forcément le plus apte, je laisse passer quelque temps passer pour, des fois, qu’un autre rédacteur le fasse. Bon de toute façon, ce n’est pas trop compliqué, il suffit de reprendre les articles publiés sur ce site depuis le début et ranger par rubrique homogène en liant le tout par quelques phrase.

                  Je prépare un portail de la Bretagne, vu que je pense être le plus productif sur le sujet. Mais ceci est une autre histoire.


                • Paul Cosquer 11 août 2009 18:12

                  Je vais m’atteler à créer un mini album jazz que je mettrai en ligne. Je crée pas mal de morceaux en ce moment sur mon piano synthé. Et plus rien à voir avec les horribles babillages du début que certaines oreilles ont eu le malheur d’entendre par le passé, à mes débuts sur cet instrument...(je composais et j’enregistrais sans soigner la composition, c’était juste pour ne p as perdre l’idée). Pourquoi le synthé ? Tout simplement parce que je compose jazz sur le synthé et classique (pour la poésie) à la guitare. Ce n’est pas un choix, c’est ma main qui me dicte !

                  Je vous mettrai cela en écoute avant, pour les quelques connaisseurs en jazz.d’Avox. ça vous dit ? Et ne me répondez pas « samedi ! » ce sera trop tôt. LOL.


                  • norbert gabriel norbert gabriel 11 août 2009 22:39

                    bien entendu, si j’ose dire, d’ailleurs les maîtres comme Django, ou Crolla ont commencé par le banjo, ou la mandoline qui demandent de la force et de la précision, c’était une bonne préparation à la Selmer.
                    A l’occasion de quelques soirées chanson, au Ciné 13, Hervé Legeay et Fred Loizeau ont eu la Selmer de Crolla, ce fut intéressant de pouvoir comparer sa voix, et sa puissance par rapport aux (excellentes) Dupont, la Selmer 453 est vraiment exceptionnelle.


                  • norbert gabriel norbert gabriel 12 août 2009 11:06

                    il est vrai qu’un poète sans pieds, c’est comme une guitare sans cordes, ça sonne pas terrible ....


                  • norbert gabriel norbert gabriel 11 août 2009 22:57

                    Pour avoir une idée de cette fameuse Selmer, jouée par Crolla, il y a un enregistrement de 1946, dans lequel Crolla ouvre la session par un solo de 30 secondes, plusieurs points essentiels :
                    - la rondeur du son alors que pas mal d’enregistrements ferraillent à cette époque
                    - le langage musical de Crolla épuré, limpide, qui se démarque de toutes les imitations type manouche. Et qui prouve que Crolla n’a pas attendu Jim Raney pour épurer
                    - le son acoustique de cette Selmer très moderne par rapport à tout ce qui s’entendait, à cette époque. (Django explorera cette voie dans son dernier enregistrement)
                    Cet enregistrement a été repris dans la collection Saga Jazz 59 « Jazz à la gitane vol 2, plage 19 »Minor blues," en 1946, il faisait partie des jam sessions Delaunay, réunissant les meilleurs jazzmen français, pour être diffusés aux USA. Dans cette jam session n°4, conduite par Chauliac, il y a Hubert Rostaing, Alex Renard, Lucien Philip, Arthur Motta, Harry Perret et Toto Grasset. Dans ces 30 secondes de solo guitare en intro, on entend à quel point Crolla et sa Selmer étaient des précurseurs dans un jazz qui évoluait après la révolution Be-Bop


                    • norbert gabriel norbert gabriel 12 août 2009 10:05

                      un cancer du poumon, dont il a eu connaissance environ un an avant sa mort, à la suite d’un accident de voiture. C’est à cette époque qu’il a rencontré Higelin. Quand ils ont tourné « le bonheur est pour demain » Crolla savait qu’il n’en avait plus pour longtemps. Il est entré à l’hopital pour une opération qui n’était pas a priori risquée, et il est mort de cette opération. C’était la veille de l’anniversaire d’Higelin, el 17 Octobre 1960.
                      Il a eu le pressentiment qu’il ne s’en sortirait pas car le soir il a appelé tous ses amlis.
                      D’autre part, un fait assez troublant lui était peut-être revenu en mémoire. En 1940, quand il a été mobilisé en Italie (il n’était pas naturalisé à cette époque) il est allé voir la mère de Django, Crolla a vécu enfant très près des Reinhardt, , et « la belle Laurence » le considérait comme un de ses fils, elle était voyante,. Pour savoir ce qui allait lui arriver avec cette histoire de guerre, et elle lui a dit « tu mourrras à 40 ans ». Ce qui l’a rassuré pour l’immédiat. Mais on ne sait pas dans quelle mesure ça a influencé sa vie. il est mort à 40 ans et 8 mois.
                      Il y a une note assez complète sur Wikipédia avec toutes les réferences des disques disponibles.


                    • norbert gabriel norbert gabriel 12 août 2009 01:07

                      il me semble que j’ai entendu ce jeune garçon au Festival Django à Samois..

                      Si je le suis bien débrouillé, le lien ci dessous doit mettre en écoute « Minor Blues » de la jam session Delaunay N°4 de 1946, et puis il y a un myspace fait un groupe ami « Opa Tsupa » qui a mis écoute quelques morceaux de Crolla
                      www.myspace.com/henricrolla

                      file :///C :/Users/norbert/Music/iTunes/iTunes%20Music/Compilations/SagaJazz%2059%20-%20Jazz%20A%20La%20Gitane%20Vol.%202%20-/19%20Minor%20Blues.mp3


                      • norbert gabriel norbert gabriel 12 août 2009 11:09

                        mon lien pour le titre Minor Blues ne fonctionne pas, je cherche une solution. Si vous avez un tuyau ??


                      • morice morice 12 août 2009 09:27

                        excellent article : bravo !


                        • norbert gabriel norbert gabriel 12 août 2009 11:18

                          Voici un site où il y a pas mal de morceaux en écoute, il n’y a pas Minor Blues, mais il y a de quoi se faire une bonne idée de la musique de Crolla et de ses qualités d’instrumentiste
                          Un des morceaux qui lui ressemble le plus, à mon avis c’est Léon la lune, une musique pour un court métrage d’Alain Jessua, film sans parole, mais avec musique, c’était en 1956.

                          http://www.musicme.com


                          • norbert gabriel norbert gabriel 12 août 2009 12:50

                            une faute de frappe m’a fait écrire Jérôme, il s’agit bien de l’atelier des frères Gérôme de Mirecourt, dans les Vosges, qui est aujourd’hui perpétué par Philippe Moneret.dont le site mérite un détour

                            www.guitarmandomoneret.com


                            • norbert gabriel norbert gabriel 21 décembre 2010 10:54

                              La citation de Clapton est « des meilleurs guitaristes du monde, Django est 5 d’entre eux »

                              et non «  ... 5 ème d’entre eux ».. je ne peux pas modifier dans l« article cette citation que je n’avais pas écrite avec le » 5 ème"


                              • norbert gabriel norbert gabriel 21 décembre 2010 12:46

                                «  » Des 10 meilleurs guitaristes du monde Django est 5 d’entre eux,"


                                • Jean-Noël Grosmenil 18 février 2015 23:11

                                  Bonjour,

                                  Remarquable article Norbert, comme toujours. Les toutes dernières Selmer « petites bouches » furent finies à partir de stocks non assemblés venant de chez Selmer chez Jacques Favino et marquées Selmer au tout début des années 50. Il raconte cette anecdote dans un entretien qui est sur le site de Jean-Pierre. Une fois que la personne a appris que c’était un assemblage Favino : elle a revendu la guitare !

                                  http://www.favino.com/php/entretien-fr.php

                                  Mario Maccaferri a un passage discuté au Brésil, histoire de guitares en matières synthétiques. Il semble aussi avoir fait la rencontre d’autres luthiers : Romeo Di Giorgio et Reinaldo Proetti (surtout) . De cette prétendue « collaboration » est née - bien tardivement, vers 1970 - une nylon rendue célèbre par João Gilberto : la Tarrèga, mais le résonateur a varié d’un système assez évolué à une simple bande entourant la bouche ovale. Jamais Maccaferri ou Di Giorgio n’ont revendiqué de lien. Rita Proetti en garde un souvenir, cela reste un souvenir plausible sachant que Mario Maccaferri a d’abord pensé boyau. On peut l’avoir en version industrielle (douteuse, sinon plus) ou sur bois anciens en commande spéciale (25 000 r$ et port). Ces guitares ne sont normalement plus exportées. Il en existe une version métal depuis assez peu (très douteuse, sinon plus)

                                  Il faut aussi souligner que Mario Maccaferri s’est, là avec une licence, tourné vers Ibanez à la toute fin des années 70 pour sortir la MAC 10. Elle a vécu en gros 5 ans. Il m’en reste une, celle que je possède date de 1982, sonne équilibrée et reste « confortable » à jouer. Je ne la joue plus, elle est confiée aux bons soins d’un guitariste belge. C’est une bouche en « D » avec un résonateur puissant mais fin. Ibanez a alterné de très bonnes productions, sur la fin de bien moins bonnes.

                                  Beaucoup de modèles à résonateurs originaux furent reconditionnés en grande bouche, résonateur retiré et micro Stimer en souvent en place. Si on ouvre un Stimer, sous le capot se cache une structure très voisine du Charlie Christian de Gibson, avec un aimant moins volumineux.

                                  J’ai essayé au moins une vraie Maccaferri chez Pierre Beuscher : une guitare pour main gauche très solide, je l’avais trouvé vraiment très dure. C’était vers 1970, il en voulait déjà une fortune. Il y a un mythe Selmer, la sagesse doit être dans les propos de Jacques Favino : certaines furent - dans des mains expertes - des merveilles (celle de Crolla sonne vraiment bien), d’autres juste de bonnes guitares (Francis Lemarque en avait une assez quelconque).

                                  Merci du partage.


                                  • norbert gabriel norbert gabriel 19 février 2015 00:15

                                    Merci des compléments sur Mario Maccaferri, il y a pas mal de choses que j’ignorais, sur sa période brésilienne entre autres.

                                    Le seule Selmer-Maccaferri que j’ai vue de près, et eue quelques semaines en main, est celle d’Henri Crolla, la mythique 453, et pour résumer, la sensation éprouvée (il y avait longtemps qu’elle dormait, et j’étais chargé de le remettre en forme si on peut dire) au bout de quelques jours quand elle a retrouvé sa voix, j’ai eu la sensation d’être le type qui conduit une Deuche, et qu’on met au volant d’une Ferrari, une Testa Rossa, tant qu’à faire, et là, je passe la première, mais je n’ose pas passer la seconde... Très impressionnant... et émouvant surtout... C’était en 1999...


                                    • Smile 4 juillet 2015 01:00

                                      Article très intéressant ! Comme son illustre aîné, Crolla était équipé non seulement d’une Selmer mais également du micro Stimer.

                                      A ce propos, je souhaiterais apporter une petite rectification : le micro Stimer utilisé par Django n’a pas été conçu par Yves Guen mais par son frère Jean Guen, ingénieur radio et créateur de la marque Stimer. Yves a commencé à développer ses propres micros vers la fin des années 50.


                                      • norbert gabriel norbert gabriel 4 juillet 2015 07:10

                                        @Smile
                                        Dans sa vie Crolla a eu plusieurs Selmer, la première, la 453, qui est restée dans la famille, n’a jamais été équipée Stimer. Une autre, la 719, a eu un parcours chaotique, en grande partie inconnu, elle a été pas mal abimée et restaurée, mais n’a pas de marques sur la table établissant qu’elle aurait pu avoir un Stimer vissé. Il y en a sans doute eu une troisième dont nous ne savons rien pour le moment.
                                        La seule qui ne pose aucun problème dans son parcours, est la 453, celle qui a accompagné Montand dans tous ses spectacles et albums de 1947 à 1958.
                                        Il y a 4 ou 5 ans, un correspondant m’a offert un micro Stimer que Crolla lui avait donné vers 1957-58, mais je n’en sais pas plus. Henri Crolla a eu beaucoup de guitares, qu’il a données à différents amis au cours de sa vie, il n’a gardé que la première, la 453, avec l’étui Pégamoïd d’origine.

                                        Merci pour la précision sur les frères Guen.


                                      • Smile 4 juillet 2015 12:09

                                        @norbert gabriel

                                        En fait, Crolla a utilisé le micro ST 48 comme le montre la photo de ce lien http://www.djangostation.com/Mon-homme,349.html mais peut-être a-t-il trouvé un moyen de le fixer sans abîmer sa guitare.

                                        Il a également été équipé du S51 comme le montre ce lien : http://www.discogs.com/artist/442237-Henri-Crolla. Ce micro présentait l’avantage de se fixer au niveau du cordier, ce qui permettait de préserver la guitare.


                                      • norbert gabriel norbert gabriel 4 juillet 2015 13:03

                                        C’est la période Jazz à St Germain, il est probable que le micro ST48 ait été fixé sur la Selmer 719, achetée en 49, mais cette guitare n’a aucune trace de vis sur la table.
                                         Pour le ST51, c’est possible qu’il l’ait essayé aussi sur la 719, selon Colette Crolla, la 453 n’a jamais été jouée avec un micro quel qu’il soit, cette guitare a une « voix » très identifiable. Un micro aurait pu modifier un peu cette « voix » mais je ne crois pas. En 1958, Didi Duprat a remplacé Crolla pour les concerts Etoile 58, c’est bien un son Selmer-Stimer, caractéristique, mais plus rond, il avait une Selmer (je crois qu’elle est chez Cravic aujourd’hui)
                                        La 453 est la seule dont on puisse tracer l’histoire avec précision, car elle est toujours restée avec lui, dans l’appartement, et Colette avait de souvenirs précis. Les autres guitares, c’est plus flou ; elles étaient dans un atelier où Crolla répétait, et laissait certains instruments, qui ont parfois disparu, donnés ou volés... 


                                        • Danièle63 23 avril 10:35

                                          Merci Norbert pour cette histoire du jazz , un peu technique pour moi, mais j’ai retenu l’essentiel, la recherche de la perfection et l’adaptation à toutes les situations, toujours avec la référence Mario Maccaferri, à écouter Gipsy School, à visiter le site de  Rosine et François Charle . 

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