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Une nuit à la présidence

Texte et mise en scène : Jean-Louis Martinelli
A partir d'improvisations et avec la contribution d'Aminata Traoré
 
Musique : Ray Léma
Avec : Bil Aka Kora, Malou Christiane Bambara, K. Urbain Guiguemde, Nicolas Pirson, Nongodo Ouedraogo, Odile Sankara, Moussa Sanou, Blandine Yameogo, Wendy, Jeannette Gomis.
 
Théâtre Nanterre-Amandiers
Du 7 au 30 mars 2014
 
 
 
Une nuit à la présidence est la dernière mise en scène de Jean-Louis Martinelli au théâtre des Amandiers à Nanterre. Cette décennie (et plus encore !) passée à la tête de ce fleuron du théâtre public aura été riche de magnifiques spectacles qui restent dans les mémoires. Si pour des raisons liées strictement à mon histoire personnelle et aussi éloignées que possible de toutes considérations artistiques, je n'ai presque plus fréquentéLes Amandiers ces cinq dernières années, j'y ai connu mes meilleurs moments de théâtre, et de très loin. Dommage alors que Martinelli nous quitte sur un spectacle en demi-teinte, riche d'indéniables qualités, mais dont la fin est bien décevante et sans émotion pour un tel adieu.
 
Pour cette dernière création, Martinelli a poursuivi un travail amorcé de longue date avec une troupe de comédiens du Burkina-Faso, et notamment Moussa Sanou.
"L'été 2001, quelques mois avant de prendre la direction du Théâtre Nanterre-Amandiers, j'effectue mon premier séjour au Burkina-Faso."
Leur collaboration récente, articulée autour d'un important travail d'improvisations, a débouché sur ce spectacle mêlant comédiens, chanteurs et musiciens.
"Nous avons décidé d'écrire notre vrai-faux procès du capitalisme financier. [...] à l'heure de la mondialisation, l'Afrique apparaît comme un véritable révélateur de ce que le capitalisme financier est à même de mettre en œuvre de plus terrible et de plus cynique sur notre planète."
Jean-Louis Martinelli, janvier 2014. 
 
Le spectacle commence de façon tonitruante dans un très beau salon d'un palais présidentiel africain. Le Président et Madame reçoivent un investisseur européen avec lequel ils espèrent conclure de juteux contrats concernant l'exploitation des ressources minières du pays. Pour distraire leur hôte et briller au vernis si évident de la promotion culturelle, le couple a fait venir un groupe de jeunes artistes, musiciens et chanteurs. Mais de la confrontation avec cette jeunesse durement éprouvée et déjà désabusée, une certaine réalité africaine va émerger, bien moins tranquille évidemment que l'image lisse souhaitée par le président. A travers chants, traits d'humour acides et jeux de mots remplis d'à propos, surgissent la misère et l'exploitation : les enfants livrés à eux-mêmes (ou pire, aux adultes...), les prostituées malades, les paysans spoliés et les diplômés sans avenir et sans pain. Des mirages de l'émigration aux rapaces occidentaux et chinois en passant par les élites locales corrompues, on est ému mais on rit beaucoup à cette farce caustique où, contrairement aux deux canapés du décor qui se font face, nul n'est tout blanc ou tout noir.
 
 
 
"Européen, sors de ton bain
L'Afrique d'aujourd'hui c'est l'Europe de demain."
 
Les personnages, à la fois touchants et opportunistes, victimes d'une société impitoyable mais potentiellement bourreaux d'occasion, mettent parfaitement en lumière la situation très complexe de l'Afrique contemporaine. J'ai particulièrement apprécié la Présidente, pétrie de ridicule et de drôlerie. [Message personnel : Attention Aïda-Wade, si tu n'y prends pas garde, tu pourrais bien finir comme ça...] Et le moment où le groupe se met à chanter le We are the world de Michael Jackson et Lionel Richie en chinois est hilarant !
 
Malheureusement, le dernier tiers du spectacle tombe brutalement dans les clichés et le pathos avec l'arrivée de la ministre intellectuelle, incorruptible et sacrément donneuse de leçons incarnée par Odile Sankara. Les poncifs d'une Afrique qui ne serait que victime se succèdent et le spectateur s'ennuie ferme. Oui, les Africains aussi sont morts dans les grands conflits mondiaux du XXème siècle ; non, ils n'en ont pas sauvé l'Europe pour autant. Oui, convoquer la figure de Thomas Sankara est toujours assez pertinent lorsqu'il s'agit d'évoquer la question de la dette ; mais n'avancer qu'un homme mort il y a près de 30 ans pour illustrer l'Afrique contemporaine, voici qui laisse sur sa faim. D'autant que Martinelli avait déjà travaillé sur l'homme politique burkinabé assassiné en 1987 dansMitterand et Sankara, une pièce de Jacques Jouet, que j'avais vue montée aux Amandiers début 2008, avec déjà Odile Sankara et Moussa Sanou. Rien de bien nouveau sous le soleil six ans plus tard...
 
"Nous sommes étrangers à la dette,
Nous ne pouvons donc pas la payer."
 
L'impression pesante et artificielle laissée par cette fin décevante abîme beaucoup la perception finale d'un spectacle qui avait pourtant si bien commencé. Dommage vraiment...
Bon vent et merci Monsieur Martinelli !
 
 

 


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