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Une nuit pour l’Outre-Mer : C’est tout ce que nous valons ?

La Nuit d'Outre-Mer était annoncée comme Le grand évènement à ne pas rater en cette fin d’année qui avance à grands pas. Samedi 13 octobre dernier étaient présents les plus grands artistes représentant les couleurs de la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion, et Haïti pour offrir un concert en live pendant 6 heures aux 17 000 présents.

Et on peut dire que le spectacle était à la hauteur des richesses du patrimoine musical de la Caraïbe avec des têtes d’affiche prestigieuses, entre pionniers comme Tanya St Val ou Daddy Yod, et jeunes talents à l’image de Stony, d’Esy Kennenga. Ce dernier était accompagné de Tiwony, Paille, Jahyanai King, Matt Houston, Daly, Young Chang MC, Daddy Yod précité, et Admiral T pour assurer l’image du reggae et de la dancehall. Tous les artistes étaient accompagnés d’un formidable orchestre riche d’un professionnalisme et d’une complicité hors pair.

Le groupe Haïtien Kreyol La, accompagné de ses danseuses costumées, est venu donner un ton festivalier à cette soirée riche en couleurs et en saveurs, en mélangeant l’ambiance d’un carnaval de Rio avec celle du compas tant apprécié par tous les âges.

Parmi les moments forts de cette nuit d’Outre-Mer, on souligne bien entendu la remarquable performance vocale de Princess Lover, ou encore l’arrivée par surprise de Stony, chaleureusement accueillie par le public. La diva Tanya st Val a donné une prestation à l’image de sa carrière en échangeant beaucoup d’amour avec ses fidèles, comme l'a illustré sa phrase d’au revoir : « pa oublié, fo nou enmé nou ». L’émotion était aussi au rendez-vous quand les présentateurs de la soirée ont rendu un hommage simple mais digne au regretté Jeff Joseph, en diffusant sur grand écran le tube "I say yes" qu’il avait interprété lors de la 1ère édition de 2011. Le palais omnisport s’est vu illuminé par des milliers de flashs allumés grâce aux smartphones, en guise de salutations au chanteur du groupe Volt Face, mais aussi à Patrick St Eloi parti un an plus tôt.

Tiwony, toujours fidèle à son poste de soldat est venu "Prié Jah" avec puissance tandis que son compatriote Daly a rappelé en toute humilité que nous sommes les premiers perdants des violences qui sévissent dans nos îles, qu’elles aient lieu entre artistes ou bandes des villes rivales et que nous devons tous opérer pour qu’elles cessent. Paille "pas baissé zié ba yo" et a enflammé la foule avec un message adressé à nos politiciens démagogues, nos chanteurs aux textes creux et animateurs locaux avec un message brûlant : « Man ja tann’ yo assé ! »

Matt Houston, Jahyanai King, Young Chang et Admiral T ont offert un show alliant le swagg, et le waynage, mais qui n’était ni Jamaïcain, ni Américain, mais bel et bien Caribéen, bien que s’inspirant des sonorités Jamaïcaine, Africaine et Américaine.

Bercy a aussi pris des allures d’immense boite de nuit quand à deux reprises DJ Mike One, présenté comme le meilleur DJ de la capitale, a remplacé les musiciens pour faire wayner et sauter jeunes et moins jeunes. En plus des 3 hits composés par ses propres soins que sont Oh yeah, Viens wayner 1 et 2, le DJ réputé n’a pas manqué de jouer et de pull up du Vybz Kartel pour mettre tout le monde d’accord.

Au milieu de ces multiples ambiances toutes plus variées les unes que les autres, la musique Caribéenne semble être à son apogée puisqu’elle combine évolution artistique, performance scénique et message conscient. Les spectateurs sont heureux d’être là, fiers de leur identité et le montrent comme en témoignaient leurs mains levées, leurs cris pour montrer que les gens de Mada, comme de Gwada étaient présents en masse.

Le plus grand moment de fierté était sans doute lors du morceau de l’Admiral : « Foss a péyi la ». Blancs, noirs, métisses, français, européens, antillais, guyanais et africains avaient tous le poing levé, en signe de fierté envers leurs origines et patries. Tout le monde danse, lève la main, saute et crie, on en oublierait presque les difficultés qui se posent aux Antilles-Guyane. Bien entendu, il faut des moments comme ceux-là pour s’amuser et se vider la tête avec ce qui fait la richesse de l’Outre-Mer. Mais si le réconfort est sensé intervenir après l’effort, alors à quand l’effort ? Nous étions des milliers à sauter lors des prestations de Paille et d’Admiral T, mais le faisions-nous juste sous l’effet de groupe et de l’ambiance, ou parce que nous y croyons vraiment et comptons réellement œuvrer pour le changement ? (Le vrai changement, pas celui promis par notre cher Président Français.) Parce qu’au-delà d’une nuit d’Outre-Mer, qui met certes en avant nos îles et en font la promotion, (bien que celle-ci ne nous profite pas) nous devons garder à l’esprit qu’il reste à effectuer un travail colossal pour obtenir le respect que nous méritons. C’est d’ailleurs Paille lui-même qui déclare : « Nous sommes ce que nous sommes et nous devons être respectés. » Et ce respect ne s’obtient pas seulement par le biais de la musique. Rappelons que la Jamaïque a beau être connue dans le monde entier pour les talents qu’elle abrite en matière de reggae et d’athlétisme, elle se trouve dans une situation sociale et économique catastrophique, entre ravages de la drogue, violence, homophobie et corruption. Le travail commence par le changement de nos mentalités avant tout, qui semblent être la source de la panne de notre moteur. Il est vrai que les Antilles ont une réputation en matière de musique, de tourisme et de culture qui n’est plus à faire ni à prouver. Mais c’est tout ? Pourquoi devrait-on apporter de l’intérêt à l’Outre-Mer uniquement à l’occasion de concert organisé à Bercy, du salon de l’Agriculture et de la Foire de Paris ? On peut se demander si cela n’alimente pas malgré nous les clichés à notre égard de la part de nos concitoyens. Il apparaît étrange que la Journée Outre-Mer Développement, dont la dernière édition s’est déroulée fin août 2011, passe plus inaperçue, soit moins médiatisée et semble réservée uniquement à une élite, laissant penser que nous ne sommes pas intéressés par le dynamisme et le progrès de l’Outre-Mer. Sans doute est-ce aussi parce que nous ne nous sentons pas tellement concernés, parce que pas introduits par ceux qui en détiennent les clés et ne montrent aucune volonté à nous les transmettre.

Le but de cet article n’est pas de pointer du doigt la nuit de l’Outre-Mer qui contribue elle aussi au progrès des DOM, mais de constater que des projets tout aussi importants et innovateurs sont pourtant moins présents, et suscitent moins d’intérêt. Par exemple, un festival Outre-Mer alliant rencontres entre acteurs politiques, socio-économiques et communauté antillo-guyanaise, avec une série de concerts et un village consacré à notre patrimoine culinaire et culturel serait bien plus porteur d’espoir pour le développement de l'économie et de la société, les deux n’étant pas incompatibles. Il faudrait déjà commencer par augmenter la fréquence de tout évènement, afin qu’il devienne davantage lié à notre évolution plutôt qu’il ressemble à un évènement auquel il faut assister car ça n’arrive qu’une fois par an. A croire qu’antillais et guyanais ne seraient bons qu’à danser tel un troupeau de moutons en criant et sautant quand on le leur demande, sans jamais s’intéresser à autre chose qu’à la musique, et la danse.

Nous devrions garder à l’esprit que si ces évènements nous font de la pub, et allument un peu de lumière, à l’heure où les coupures de courant sont fréquentes et habituelles, ils restent du domaine du divertissement. Nous devons briser ce cliché de « l'antillais grand mangeur et buveur, bon danseur, gros baiseur et expert infidèle. » Nous valons bien mieux, mais nous devons le prouver, et cesser de toujours rejeter la faute envers ceux qui ne nous estiment pas à notre juste valeur.

Quoi qu’il en soit, cette nuit d’Outre-Mer a été un grand moment qui mérite d’être vécu et qui est utile pour la prise de conscience des ultramarins. Il mérite d’être salué le travail effectué par les organisateurs, les sponsors et les promoteurs, qui s’efforcent malgré tout de nous offrir du spectacle à l’image de notre réputation et de notre patrimoine. Tout ceci n’est que le reflet de nos îles qui regorgent de jeunes talents dans des domaines autres que la musique et qui n’attendent qu’une chose : être mis, eux aussi, sous les feux des projecteurs. Nos départements sont peut-être entourés d’eau, mais nous pouvons néanmoins décoller pour atteindre des sommets. Et comme après chaque nuit de fête, il y a une journée de travail à assumer. Pensons-y.

Par Jason Moreau, le 14 octobre 2012.


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1 réactions à cet article    


  • Elsa 16 octobre 2012 14:17

    Bonjour,
    Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il faudrait aussi mettre plus en avant des évènements axés sur bien plus de thématiques que sur des évènements à caractère uniquement festif. Le problème est que ce qui marche auprès de la majorité de la population de France continentale ce n’est pas ce qui concernerait des problématiques socio-économiques de l’outre-mer par exemple (preuve étant du désintérêt par exemple du texte sur le vie chère en outre-mer). En raison peut-être d’un passé et d’un cliché rattaché aux îles qui ne passent pas.On a découvert l’outre-mer par « l’ambiance des îles » (par exemple, avec la Compagnie créole) difficile aujourd’hui de tourner la page et de faire disparaître cet image.
    Il est vrai qu’il existe des rassemblements sur les questions ultramarines plus politiques ou plus économiques mais qui attirent moins les foules. Ce qui leur manque c’est la publicité. Les organismes de tourisme représentant chaque territoire d’outre-mer ne mettent pas vraiment les fonds pour les valoriser dans la mesure où les retombées économiques sont moins denses.On ne gagne rien sur de tels évènements dont l’objectif est l’expression de débats d’idées.
    Par ailleurs,je souhaitais souligner un autre point qui m’a toujours intrigué concernant cette nuit dite « de l’outre-mer ». Je ne veux pas critiquer qui que ce soit,mais j’ai toujours eu du mal à me dire comment cet évènement pouvait avoir la prétention de porter le titre « d’outre-mer » sachant que,comme vous le martelez d’ailleurs dans votre article : "le spectacle était à la hauteur des richesses du patrimoine musical de la Caraïbe« , »la musique Caribéenne semble être à son apogée« ,  »Il est vrai que les Antilles ont une réputation en matière de musique, de tourisme et de culture qui n’est plus à faire ni à prouver. Mais c’est tout ?« . Vous ajoutez même à l’outre-mer Haïti.
    Je me pose alors la question suivante : qu’est-il entendu par outre-mer alors ? Suis-je la seule à me demander si cette nuit de l’outre-mer n’est pas plus exactement une nuit des Caraïbes comme il en ressort de votre article ? Preuve étant : le même soir se déroulait dans une autre salle mythique de Paris »La Nuit de La Réunion". Comment cela est-il possible puisqu’il y avait déjà la nuit de l’outre-mer ? Problème de communication ? Ce qui serait déjà intéressant afin de former un réel poids ultramarin,serait qu’on commence vraiment par se mettre d’accord par ce que l’on entend par outre-mer (on peut toujours s’aider pour cela du site du ministère de l’outre-mer qui répertorie l’outre-mer français ou alors donner une définition plus vaste,je ne sais pas). D’autant plus que si l’on se focalise uniquement sur l’outre-mer français,il n’y a pas que Gwada,Martinique,Guyane,Réunion.C’est bien plus que ça,c’est aussi Mayotte,Saint-Pierre-et-Miquelon,Nouvelle-Calédonie,Polynésie française etc.Par conséquent,dans cette nuit de l’outre-mer,je trouve qu’il en manque beaucoup,des ultramarins...

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Jason Moreau


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