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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Une perturbante étude de cas : Anna M.

Une perturbante étude de cas : Anna M.

Le précédent long métrage réalisé par Michel Spinosa, La Parenthèse enchantée, nous menait à un univers nostalgique poétique et vivant. Sept ans plus tard, Spinosa revient à la mise en scène avec un film d’un tout autre acabit : Anna M.. Tenter de décrire les affres d’une psychotique, les faire partager aux spectateurs, voilà ce qui est tenté ici.

L’histoire d’abord : Anna (Isabelle Carré) est une jeune femme timide et solitaire. Sa vie tranquille se partage entre la bibliothèque dans laquelle elle travaille en reliant de vieux livres et le petit appartement qu’elle habite avec sa mère et son petit chien. Une existence qui lui est sans doute trop paisible, puisqu’elle se jette un soir sous une voiture qui passe à toute vitesse sur un boulevard. Emmenée à l’hôpital, elle se lance alors à corps perdu dans un amour à sens unique pour son médecin, le docteur Zanevski (Gilbert Melki). Rapidement son équilibre mental déjà fragile se détériore, et les hallucinations succèdent aux visions et aux délires. Persuadée qu’elle est d’être face à celui qu’elle a attendu si longtemps, elle transforme en enfer la vie de sa victime et de la femme de celui-ci (Anne Consigny).

Ce long métrage peut être regardé comme une étude de cas psychiatrique d’un ton similaire à celui que l’on trouve dans la littérature médicale. Le titre évoque d’ailleurs immanquablement, outre le jeu de mots "M."-aime, la célèbre Anna O., dont le cas est exposé dans "Etudes sur l’hystérie" de Sigmund Freud et Joseph Breuer.
Les états psychologiques typiques de l’érotomanie par lesquels transite la pauvre Anna M., dans la même optique de description clinique, sont soulignés tout au long du film et structurent le récit : illumination, espoir, dépit, et enfin haine. Il semble que le metteur en scène se soit inspiré de la passionnante thèse de Lagache (La jalousie amoureuse) pour établir son scénario.
Mais cette volonté affichée de décrire objectivement un cas est rapidement dépassée par les interactions entre personnages, mis en valeur par le jeu des acteurs, et tout spécialement celui d’Isabelle Carré.
En effet, celle-ci parvient à incarner Anna avec une telle vérité que la distance qui se crée d’ordinaire entre le lecteur d’une étude dépeignant un sujet donné, qui plus est en état de perdition psychiatrique, et le sujet en question, s’efface par moments pour laisser la place au doute. Dans quelle mesure les réactions extrêmes d’Anna sont-elles légitimes ? L’amour ne donne-t-il pas tous les droits, ne permet-il pas toutes les folies dans l’idéal romantique dès lors qu’il est sincère ? Jusqu’où est-il permis de lutter pour conquérir celui ou celle qu’on aime ? Si le médecin cédait à ses avances, le cauchemar ne tournerait-il pas au conte de fées ?
Anna oscille désespérément entre cette hypothétique et attendrissante légitimité et la folie furieuse dans laquelle ses hallucinations la plongent, de plus en plus pathétique à mesure qu’elle s’enferme dans ses délires douloureux. Personnage attachant et repoussant, elle offre un rôle difficile à Isabelle Carré, mais celle-ci réussit à nous faire partager la plupart de ses douleurs.

Spinosa tente d’accrocher à sa description un mysticisme qui reste incertain, et quelques tentatives de mise en scène sans doute trop audacieuses tournent mal (dans les cauchemars de la malheureuse Anna par exemple), mais beaucoup de scènes sont de véritables bijoux : le dialogue entre la patiente et son psychiatre (François Loriquet) pour décider de la fin de son internement, danse du chat et de la souris. De même Eleonore, la collègue d’Anna (Gaëlle Bona), est un véritable ange - rayon de soleil qui transfigure à son insu la vie de notre égarée.

Au total un film inégal donc, pas totalement abouti, mais à voir malgré tout pour les acteurs et leur direction, les moments magiques qu’il contient et les questionnements intérieurs qu’il ne manquera pas de susciter.


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5 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 27 avril 2007 13:09

    Excellent article ; smiley


    • Thomas Roussot Thomas Roussot 27 avril 2007 13:50

      Beau compte-rendu qui donne envie de voir ce film.


      • Dalziel 28 avril 2007 17:34

        Beau compte-rendu qui donne envie de voir ce film.

        A condition d’avoir envie de partager « les affres d’une psychotique », or, moi, je ne m’en ressens absolument pas.

        Pour tout dire, les affres des psychotiques me sont ce que les Lithuaniens sont au camarade Mélanchon...


        • Thomas Roussot Thomas Roussot 28 avril 2007 18:05

          Dalziel, vous changerez peut-être d’avis quand les psychotiques s’intéresseront à vous.  smiley


          • Y. DESGREES 1er mai 2007 21:22

            Article intéressant, bien écrit... Critique qui donne envie de voir ce film.

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