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Une place particulière

Une place particulière Texte et Mise en scène Olivier Augrond Avec Margot Faure, Candice Lartigue, Patrice Botella, Yves Buchin, Guillaume Marquet, Romain Arnaud-Kneisky, Jean-Philippe Feiss Création musicale Jean-Philippe Feiss Création lumière Sébastien De Jésus Création son Janyves Coïc Régie son Baudouin Rencurel Régie lumière Julien Bensamoun / Léon Touret

Jusqu’au 14 décembre 2016

du mardi au samedi à 21h

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Ce spectacle entend travailler sur la singularité de situations familiales et le positionnement de chacun dans des moments difficiles, à savoir surtout deuil et héritage, des moments où la vie courante, la vie grise s'arrête et fait place à l'analyse, sauvage et cruelle, autrement dit aux règlements de comptes.

Pendant que le public s'installe, la scène est déjà occupée. Les acteurs s’y tiennent dans un espace meublé comme un appartement, en gros, avec des « coins », des espaces spécialisés (comme dans un appartement, sans cloisons cependant) autour d'une table, de la télévision, et d'un jeu de fléchettes. L’ensemble dans un goût année 60.

Cela pourrait sembler une salle commune, un salon dans une collectivité. Les acteurs y vaquent, échangent quelques mots, on est à la fois convié à suivre ce tableau et on y sent aussi le désœuvrement, façon sit-com. Ils sont sept, des trentenaires, en gros. Dans cette ambiance, le spectacle démarre doucement, presqu'imperceptiblement, par le tirage divinatoire des cartes à quelqu'un du premier rang, au public en quelque sorte.

Les scènes s’enchaînent ensuite, une sorte de comédie humaine, avec des correspondances entre les personnages, entre les intrigues, sans que l’on sache bien si les ressemblances viennent du fait que les scènes sont dans la même histoire ou si les ressemblances sont dues au hasard et à notre grande communauté d’êtres humains, notre ressemblance, et son corollaire « ce qui se ressemble, s’assemble. »

Les lieux, la salle d’attente d’un notaire, dans laquelle un couple se dispute sur le sens moral contenu dans le fait d’accepter un héritage… puis un autre dans une autre dispute…

Les coins, les mini-scènes sur la scène changent, bougent un peu, avec le déplacement de quelques meubles, d’une table de cuisine…

Une scène m’a paru un peu isolée, et tenir son unité, dans cet enchevêtrement : un couple revient à la maternité dire que l’enfant qu’on leur a donné ne leur convient pas, qu’il n’est pas conforme à leur rêve, qu’il n’est sans doute pas le leur, dans un commun accord et un commun ressenti qui n’est jamais exprimé en ces temps où tout est déclaré violent et problématique dans les relations entre les femmes et les hommes. Cela montrait quelque chose comme l’universalité de la position de client qui est la nôtre presque partout et tout le temps. Cette position est maintenant tellement intégrée qu’elle est une identité, y compris pour celles et ceux qui s’horrifient par ailleurs de la marchandisation du monde et ne se voient pas dans toute sorte de moments où ils prennent cette posture autoritaire du client !

Certaines scènes sont baroques : une sorte d’adoration d’une urne funéraire, avec un des personnages qui renverse son attitude brusquement. Les correspondances flottantes entre des scènes tissent une toile de l’incertitude, métaphore, m’a-t-il semblé, de l’incertitude de nos visions, positions, justifications… de l’incertitude de la périlleuse interprétation de nos vies.

A la fin, tous ses personnages épongent la pluie qui pénètre la maison dans laquelle ils sont. Ils s’y mettent tous. Nous sommes plein de failles et de béances, le monde extérieur nous investit de sa puissance, contrecarre notre volonté de nous mettre à l’abri.

Une place particulière est le premier spectacle du collectif « Les apaches » et la première pièce d’Olivier Augrond. Tous les acteurs sont excellents et leur jeu homogène. On voit l’équipe à l’œuvre. Le collectif et son auteur-metteur en scène mettent au centre du travail théâtral « l’élan intérieur », « l’imaginaire de l’acteur ». Une méthode d’une telle rigueur, portée par une telle recherche des profondeurs a besoin de temps pour exprimer pleinement. Le bâti permanent et incertain de l’objet du conflit montré sur scène est une singularité déconcertante de ce spectacle mais qui éloigne plutôt, les situations et les personnages n’étant au niveau de cette étrangeté.

Olivier Augrond nous dit : « En laissant de côté pour un temps le texte, j’invite l’acteur à inventer ses propres processus, à explorer les chemins qui le conduiront vers son foyer le plus secret. Grâce aux outils que sont le monologue intérieur, les interviews et les esquisses de personnages, l’acteur explore des territoires cachés, enfouis, disparates, insoupçonnés ». On ne peut que souhaiter une longue vie à ce collectif « Les apaches ».

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