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« Une vie à écrire » roman graphique sur l’envers du cinoche à Hollywood !

Liman experte en arts visuels et Félix scénariste à l’inspiration bien trempée ont mis leurs talents en commun pour nous concocter une fameuse BD, verve sociale et polar noir sur les dessous d’Hollywood des années 30. Belle réussite, récit haletant autour des personnages ordinaires voués à un futur dangereux et scabreux. La vie des marionnettes. Mais qui tire les ficelles à votre avis ? Je recommande et en redemande.

« Cinéma vie » ta vie ma vie c’est du ciné ! Comme le chantait Jean-Roger Caussimon qui avait tâté du cinoche, en tant qu’acteur et qui savait donc de quoi il parlait.

Le ciné c’est aussi la chanson de Nougaro qui s’imagine grand avec des muscles pour emballer une poupée. Thème qu’on retrouve aussi chez Boris Vian à l’humour tonitruant dans un rêve en dérision de bon ton.

Toutes ces visions convergent du point de vue de la spectatrice ou du spectateur. Mais qu’y va-t-il derrière l’écran de fumée blanche, de cette usine à rêves qui nous chamboule tant ? Qui plus est à Hollywood dans les années 30 ?

Ce roman graphique, c’est l’histoire de deux personnages, un homme et une femme, (chabadabada) des gens ordinaires qui ne portent pas un patronyme célèbre dans ce milieu claquemuré et veulent percer pour se brûler les ailes à quelques rayons de soleil.

Et si tout était inventé, écrit à l’avance, tout était scénarisé pour nous faire avaler des bobards.

Et si en plus des anges, comme dans « La Vie est Belle »(1946), le fabuleux film de Frank Capra. Ils se posaient au cœur de notre destinée. Pince-moi si je rêve, avec tes bondieuseries à la Kong !

Je dis ça parce que la BD commence en conte défait d’un couple qui s’aime et va être séparé du paradis par une force occulte, qui leur impose un destin.

C’est Billy-Bob le péquenot, qui écrit ses sornettes le soir après le boulot à la ferme du Texas. A l’heure du thé, des voisines âgées se régalent de ses récits. Régulièrement, il parvient à publier sous forme de feuilleton un roman dans la gazette locale. Il bosse même gratos contre cette publication régulière et n’a d’yeux que pour Cathy sa muse. Elle roule en bagnole de sport avec son amant et n’a cure du plouc. Un léger strabisme de notre héros peut expliquer sa bévue manifeste, quoi que ! « A Littletown, l’unique toise qui sert à mesurer la valeur d’un homme, c’est l’argent » (page 14). Notre bouzeux romantique est fauché des blés et se jure de prendre sa revanche. Son pater complice lui prête le pécule d’une récolte en espérant qu’il se multipliera comme des verres de coca.

Arrêt sur image au comptoir d’un rade, à la page 22, c’est la rencontre qui va bouleverser sa vie. Autant en emporte le vent de sa destinée, Scarlett (ça ne s’invente pas) fait boutique avec son cul et lui tombe sur le râble, sentant le pigeon idéal à plumer.

Parvenus à Hollywood, on assiste au siège des compagnies par Billy le kid, qui tente de placer son texte. « En clair, ici 0 Hollywood. Aucun studio ne lira jamais ton script ». (page 35)

En revanche, Scarlett tombe sous le charme d’un sergent recruteur et les essais sont concluants. « Cette fille est une mine d’or. C’est à croire qu’elle ne joue pas ! Ce naturel incroyable ! Regardez là ! » (page 43)

C’est un peu le retour de la Belle et la Bête sur les écrans. La belle sait user de son charme indéniable et de sa spontanéité pour taxer des gros producteurs, dont le regard rime avec dollars.

On assiste au procès d’Errol Flynn mais aussi à la vision pataude d’un Clark Gable tombé bien en bas en amour.

Tout est prétexte à mettre en scène le vie des vedettes hommes ou femmes. Félix au scénario s’est creusé la tête pour produire quelques faits et gestes issus de la véracité Hollywoodienne, avec le mordant picaresque et le morbide pour attiser les plus bas instincts du public. Ponctions des cerveaux disponibles… Comme à l’ère de Trump !

Au départ, dans les années 2010, si j’en crois mes sources, un premier tome sous le titre « Hollywood Boulevard » était sorti des presses. Il devait s’accompagner d’une suite. Finalement, c’est un tome et un seul, c’est celui que j’ai entre les mains qui résume tout le projet pharaonique (sic).

Puisqu’on parle d’Egypte, j’ai trouvé le joint idéal pour vous annoncer que Scarlett est proposée pour jouer Cléopâtre dans une production à très gros budget.

Billy est enfin remarqué et engagé pour écrire la vie des stars. Tout est pour le mieux pour nos zozios. Sauf que, pour réussir, il faut coucher et toute la hiérarchie des plateaux de ciné tombe dessus la donzelle, afin qu’elle leur accordes ses faveurs.

On touche aussi aux magouilles de fric, mafia et argent sale (comme si l’argent qui corrompt tout pouvait être propre). Billy et Scarlett en seront pour leurs frais. On atteint les sphères du polar !

On est dans le film, en tournant la manivelle des pages de ce roman graphique. On passe derrière les décors feutrés On approche les coulisses. On se glisse dans la peau des personnages en devenir qui vont s’inscrire sur les affiches.

« Notre vie ne serait-elle que du cinéma avec Dieu, le réalisateur nul ou machiavélique, qui a l’air dépassé par ses acteurs et est incapable de les maîtriser ? Et nous les chefs op’ qui avons le pouvoir de créer une belle lumière ou pas ? Tout dépend de notre esprit et rien d’autre ». ((in Le rocker en pantoufles de Nadine Monfils, ed Fleuve Noir, février 2018, page 121)

Enorme travail de Félix au scénario.

Quant à Ingrid Liman, je craque !

Elle a un coup de pinceau unique pour représenter les personnages, surtout les femmes. Elle nous offre, et quel cadeau en fin de l’album : « Une vie à dessiner ». Quelques-unes de ses œuvres, dignes du Jugenstil tout en finesse de l’époque viennoise des Klimt et Schiele. Superbe ! Un art consommé de l’ornement des corps des femmes, à la manière d’un Klimt en effervescence plastique et charnelle, qui peignait ses modèles à nu et les enluminait en habits de lumière par ses éclats de gris et de bleus, des mosaïques byzantines et ses dorures.

 

Un album remarquable de très grande qualité serti par deux artistes jouant un parfait duo créatif. Ils nous proposent un cinoche à ciel ouvert via les arcanes de l’industrie du cinéma sous le soleil exactement d’Hollywood. Attention le yeux.

 

 

Copyrights visuels : éditions Grand Angle

Liman sera présente aux prochaines Estivales de la BD de Montalivet, les 21 et 22 juillet 2018.

 

Liman et Félix : Une vie à écrire A Hollywood, on lui demandait d’inventer la mort des stars, éditions Grand Angle, 2013, 96 pages

 


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1 réactions à cet article    


  • velosolex velosolex 3 mai 12:51

    Hollywood et sa machine à rêve a toujours inspiré, pour le meilleur et souvent pour le pire. je ne sais pas ce que vaut cette BD. Le sujet est si vaste et si affligeant, et si tentant et si pittoresque et si névrotique que beaucoup se plantent, préférant le détail à l’ambiance. Le mieux que j’ai lu sur le sujet c’est Scott Fitzgerald avec les aventures de Pat Hoby, un scénariste qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Scootie n’est plus que l’ombre de lui même et est employé à Hollywood comme un tâcheron, L’humour comme seule arme. Bientôt il va mourir de son alcoolisme.

    Fitzgerald le retour de flamme - Les Echos
     Weinstein est dans l’ombre et ricane. Et peut être le meurtrier du « Dahlia noir » que James Ellroy fera passer à la moulinette de ses névroses, avant d’être scotché par la vérité vraie, à la lecture du livre de Hodel, cet ancien flic de L.A. L’affaire du Dahlia noir élucidée par Steve Hodel ? - Le Salon Littéraire
    Hodel ressemble comme deux gouttes de whisky à un flic intègre de Connely,. IL est à la retraite du crime, quand se lança dans une longue enquête, remontant le film, sunset boulevard du crépuscule, et découvrit ahuri que le meurtrier du Dahlia noire, cette fille paumée qui s’était rêvée starlette, avant qu’on la coupe en morceaux autrement que sur des rushs, n’était rien d’autre que son père, un psychiatre célèbre dans les années 40. Un serial killler copain de John Houston et de Man Ray protégé par la police. Qui aurait pu écrire un roman pareil. Hollywood est le lieu du cinéma mais les coulisses offrent des scénarios plus incroyables que les productions. C’est là dans la rue, chez les ratés et les exclus, et les victimes , que se trouve son miroir 

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