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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Va te coucher ou j’appelle Freddy !

Va te coucher ou j’appelle Freddy !

Ce qu’a de pas mal le dernier Freddy [1] signé Samuel Bayer, sans qu’il soit très bon je vous l’accorde aisément (du 2 sur 5 pour moi car trop formaté TV), c’est qu’il permet de se rendre compte à quel point l’idée originelle de Wes Craven (ses Griffes de la nuit remontent à 1985) était, et est toujours, géniale : créer le croquemitaine Fred Krueger qui, en hantant les nuits des personnages, fait ni plus ni moins du film d’horreur un cauchemar éveillé. Et ça, c’est imparable, le « cauchemar éveillé » pouvant être une définition possible du cinéma. Combien de cinéphiles, et phages, s’enferment dans le noir, tels des nyctalopes de salles obscures, pour se faire peur en retrouvant les joies des peurs primales de l’enfance ainsi que l’angoisse d’être embarqué dans un train fantôme, façon la peur comme divertissement à la Halloween ? On se souvient de la phrase de Truffaut, « les films avancent comme des trains dans la nuit », on peut ainsi en faire une variante à l’aune du dispositif narratif inventé par le scénariste Craven (des jeunes qui s’empêchent de dormir afin d’échapper aux mains griffues d’un serial killer les saisissant, saignants, dans leur sommeil) : « les films avancent comme des trains fantômes dans la nuit » ; formule qui prend au pied de la lettre un art à l’origine forain, la lanterne magique du 7e, pour en faire, via un film d’une heure et demie, un cauchemar oppressant.

Le titre original était d’ailleurs fort parlant (A Nightmare on Elm Street), les catchlines des affiches promotionnelles également (« Le cauchemar recommence », « Ne vous endormez pas ») et, dans Freddy 3, Les Griffes du cauchemar, la phrase d’Edgar Poe mise en exergue au générique enfonçait habilement le clou : « Le sommeil. Ces petites tranches de mort comme je les abhorre. » Le sommeil, comme petite mort, et la mort comme sommeil éternel, voilà dans quel chiasme scénaristique, à teneur tautologique, nous cueille malicieusement le dernier Freddy, et toute la série d’avant (Le Cauchemar de Freddy, L’Enfant du cauchemar, L’Ultime cauchemar, Freddy sort de la nuit et on en passe). Le sommeil comme miroir démultiplié de bien des turpitudes existentielles, Freddy vient nous chuchoter cela à l’oreille, et c’est pour ça que ça marche à chaque fois, car… Ça nous parle - même si, dans le tout dernier, Samuel Bayer n’arrive jamais à surpasser ou ne serait-ce qu’à égaler le premier Freddy, la scène la plus édifiante de ce remake tombant à l’eau étant celle où l’on revoit, comme dans le film initial, la main aux grandes lames de rasoir de Freddy se frayer, telle une anguille, un chemin dans le bain moussant d’une jeune fille : le jeune réalisateur ne peut dépasser le Maître alors il copie, servilement et stérilement, comme s’il était irrémédiablement plongé dans une impasse, en plein bug. Cependant, on aura beau critiquer le dernier Freddy en lui trouvant bien des défauts, par exemple d’aucuns trouvent son croque-mitaine trop grotesque (accusation qui ne tient pas longtemps puisque dans les rêves les représentations les plus folles et grand-guignolesques sont possibles), on aura beau trouver certaines séquences bien faiblardes - par exemple l’antre de Freddy n’est pas une succursale de l’enfer suffisamment menaçante -, on ne pourra pour autant nier au film sa capacité à déployer une mécanique freudienne fonctionnant à plein régime : les obsessions révélatrices des cauchemars en disent tout autant sur le monstre que sur les jeunes protagonistes, évoluant dans des familles proprettes ô combien dysfonctionnelles - « Il est dans nos têtes. » dit un ado effrayé.

Je crois que tant que ces films de la franchise Freddy viendront frapper à la porte de nos rêves et de notre inconscient dans lesquels chacun d’entre nous tue et viole [2], et tant qu’ils s’évertueront à se pencher sur le sommeil et ses troubles (suspension de la vigilance, convulsions nerveuses, insomnie, hallucinations…), alors ces machines narratives continueront à avoir de beaux jours, et belles nuits, devant elles au box-office car, le sommeil occupant un tiers de notre vie, c’est une des grandes affaires de notre existence que vient « travailler » Fre(u)d. Le cauchemar porte conseil, pourrait-on dire. Il y a du subconscient et de la thérapie à l’œuvre dans les contes de fées et les films de monstres à la Freddy, comment l’oublier ? Laissons le mot de la fin à Tim Burton, autre grand adepte des griffes d’acier au bout des doigts : « Le non-dit, c’est la magie du cinéma », puis souhaitons que Michel Onfray, pourfendeur à la petite semaine du père Freud, ne passe pas à côté des Griffes de la nuit (celles des années 80, hein) !

[1] Freddy – Les Griffes de la nuit (interdit aux moins de 12 ans), en salle depuis le 12 mai 2010.

[2] J’emprunte cette formule à Stanley Kubrick déclarant à propos d’Alex dans Orange mécanique  : « Alex représente tout notre inconscient, au niveau onirique et symbolique où le film nous atteint. (…) Dans son inconscient, chacun de nous tue et viole. », in Kubrick, par Michel Ciment, éd. Calmann-Lévy, 2001.

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9 réactions à cet article    


  • morice morice 21 mai 2010 10:55

    Tarantino, Freddy, même combat : plus c’est naze, plus ça vous plaît. On finira chez Max Pecas avec vous, logiquement.


    Va falloir ouvrir une chaire de nanarologie, Delaury...

    • Lapa Lapa 21 mai 2010 12:03

      article intéressant, n’en déplaise aux pisse froids et roquets aboyeurs en panne de personnes à invectiver.


      • morice morice 21 mai 2010 12:13

        A bonjour, Lapa, alors, toujours à fournir en news les bannis ??? 



        « Il y a une chose à savoir avec l’article de Villach : il était en modération depuis jeudi et quand j’ai voté pour lui, vendredi je crois, il était à -6 sur une quinzaines de voix exprimées (généralement le max d’avis modération rencontrés : entre 15 et 20). »

        ça s’appelle comment, ça Lapa ? de la traîtrise caractérisée ????
        vous êtes auteur, il me semble, Lapa, ici-même :

        et tant que tel prié de ne pas jouer à ce double jeu immonde... « action discrète » hein, c’est ça ???

        • Lapa Lapa 21 mai 2010 18:12

          et, il faut signer un contrat d’exclusivité avec Agoravox ?
          vous êtes mal placé !

          je remarque juste que, à certains auteurs vous leur faites du @chers et d’autres vous leur aboyez dessus comme des chiens.

          ça s’appelle comment cela ?

          intimidation sur certains et flatteries sur d’autres un comportement pas si anodin non ?

          Et après sinon : OUI le nanar est une culture. Très étonnant que dans le milieu informatique vous n’y soyez pas plus sensible. En tout cas, ce n’est pas vos jugements de valeurs qui ont quelconque intérêt.

          ps:merci pour le lien, n’oubliez pas d’aller vous informer là bas, je vous promet de nouvelles productions sous peu. N’hésitez pas à mettre une commentaire non plus ; s’il n’est pas agressif, il pourrait être apprécié.


        • Lapa Lapa 21 mai 2010 18:22

          ah je croyais que lien pointait vers le blog interdit.
          ce n’est pas grave, ma production pour AV est dispo et j’ai de multiples articles en préparation. hélas je manque de temps. vous pourriez m’aider sans doute smiley


        • Clouz0 Clouz0 21 mai 2010 18:50

          Lapa,


          Morice est dur, Morice est raide, mais Morice est juste !
          La peine que vous lui faites, vous un collègue « un Auteur d’ici » n’est pas feinte.
          De grosses larmes coulent silencieusement sur ses joues mal rasées.
          Des plis d’amertume barrent son noble front.
          Le tremblement incontrôlable de ses mains sur son clavier Apple aboutit à cette répétition involontaire de points d’interrogation.

          Morice vous demande seulement de commencer, ici, tout de suite votre auto-critique complète, avec les dates, les lieusn les heures, le nom de vos contacts...
          Et quand vous l’aurez rédigée, il se contentera de demander votre éviction.
          Avec infiniment de tristesse.


        • morice morice 24 mai 2010 08:53

           Très étonnant que dans le milieu informatique vous n’y soyez pas plus sensible


          les informaticiens sont des cons,et Lapa un génie..

          extrait de la génitude :

          L’équipe d’Agoravox utilise un discours victimaire pour se dédouaner d’un manquement de vigilance vis à vis de sa propre charte. On croit rêver.

          On a l’impression, en lisant ces explications de l’équipe de rédaction, qu’une horde d’anti-citoyens s’est abattue sur le pauvre média et a cherché à le décrédibiliser, l’obligeant, la mort dans l’âme, à supprimer certains commentaires. 


          Je ne ne vois pas pourquoi ON VOUS SUPPORTE encore ici avec le tombereau de haine et d’immondices que vous balancez ailleurs Lapa  : ça s’appelle être d’une traîtrise innommable votre petit jeu malsain..

        • morice morice 24 mai 2010 08:56

          Morice vous demande seulement de commencer, ici, tout de suite votre auto-critique complète, avec les dates, les lieusn les heures, le nom de vos contacts...


          il vous demande d’être HONNETE, ce que visiblement il n’est pas : on ne peut cracher à un endroit sur quelqu"un et venir s’accouder au bar à ses côtés : c’est ce qu’il n’hésite pas à faire : il n’a AUCUN amour propre et aucune FIERTE pour oser faire ainsi. 

        • LE CHAT LE CHAT 21 mai 2010 13:44

          Moi j’aime bien , et quand ils s’y mettent à deux  , c’est encore plus gore !
          et comme disait Jason Vorhees en redonnant un énième coup de machette , qu’est ce qu’on se fend la gueule !

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