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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Van Gogh en Provence au sommet de son art
#77 des Tendances

Van Gogh en Provence au sommet de son art

Une vie brève et tragique, marquée par la solitude et une grande quête d'absolu. Une œuvre lumineuse, incandescente, véritable déclaration d'amour à la nature. Le néerlandais Vincent Van Gogh (1853-1890) précurseur des fauves et des expressionnistes se destine tardivement à la peinture et ce grâce au soutien financier de son frère Théo avec lequel il a partagé une abondante correspondance. Visionnaire parce que subjugué par la beauté de son modèle il écrit dans une de ses lettres : 'J'ai une lucidité terrible par moments, lorsque la nature est si belle de ces jours-ci, et alors le tableau me vient comme dans un rêve.'

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L'appel du Sud et l'explosion de la couleur

Durant l'hiver 1888, après un bref séjour à Paris, il gagne la Provence, ponctué par un paysage minéral et où se trouve, dit-il 'l'avenir d'un art nouveau'. A son arrivée à Arles il s'enthousiasme face à une nature éclatante, soufflée par le mistral, où jaillissent des couleurs exaltées par le soleil, souvent violentes, palette aux multiples nuances, qui l'enivrent littéralement. C'est incontestablement à Arles, ensuite à Saint- Rémy de Provence que le génie de Van Gogh atteint sa pleine maturité, sa puissance solaire de par la vitalité hors du commun qu'il déploie au cours de cette courte période. Ce lieu de bouleversement créatif dans lequel il n'a pas cessé d'ouvrir les yeux signe le sommet de son art. Ici, nulle économie, mais dans un jaillissement, une force incroyable sourd de ses toiles et la couleur y explose. De larges aplats de bleus, de carmin, d'orangés, de vert mais surtout de jaune du 'Semeur' à 'La terrasse de café la nuit' en passant par 'Les Iris' s'étalent sans retenue. Il refuse la douceur des dégradés et choisit la dynamique des contrastes. Il n'y a dans ses tableaux que la lumière et la couleur dont la violence rend vaine toute ombre ; 'Je cherche maintenant à exagérer l'essentiel.' dit -il à son frère Théo. C'est le cas de 'La Chambre' qui décrit dans des gammes chromatiques franches, selon une étrange perspective, un intérieur rustique et simple, où l'on voit dans le fond une fenêtre close. Au cours de cette période, l'artiste travaille ardemment, persuadé qu'il faille établir dans le sud de la France un 'atelier du Midi' pour les impressionnistes d'aujourd'hui qui ne verra pas le jour. Sa rupture avec Paul Gauguin, venu le rejoindre à Arles, scelle son échec à s'entourer d'une communauté d'artistes et l'enferme dans une solitude créatrice.

La série de ciels étoilés

Pour ce protestant convaincu, ancien évangéliste, la présence du divin dans la nature est une évidence. Ici, il se recueille devant le sacré des lieux et la lumière qui luit dans les ténèbres.'La Nuit Étoilée, cyprès et village, 1889' réalisée à l’aube, représente un paysage qu'il entrevoit depuis sa chambre du monastère de Saint – Paul de Mausole. Les Alpilles et le village de Saint-Rémy y palpitent dans un halo mystique, emportées par de grands tourbillons, les étoiles se meuvent dans une nuit éclairée par le dernier croissant de lune dans un concert cosmique. Sa série de ciels étoilées, ponctuée de dessins préparatoires, avait commencé un an auparavant, lorsqu'il résidait à Arles. Dans 'La nuit Étoilée sur le Rhône, 1888' les lumières artificielles du bord du fleuve se mêlent à celles du firmament. Les éclairages publics se reflètent sur l'eau, alors que les étoiles piquées en mosaïques dans le ciel y scintillent en myriades de petits soleils. Dans ces instants, la trame de son œuvre ne se déroule plus sur terre,mais, la tête dans les étoiles, il tente d'exprimer en images sa quête d'infini.

De par la trace qu'il a laissé dans l'histoire de l'art, sa mélancolie flamboyante omniprésente est sans doute moins un déni du principe de réalité, une fuite hors du monde, qu'une communion trop intense avec celui-ci. Sa quête d'absolu l'a conduit au plus grand dépouillement. Il ne vit que pour sa peinture qui est son seul moyen d'expression.En cherchant une projection totale de lui-même dans ses toiles, il donne un sens non seulement à sa peinture, mais aussi à sa vie de par 'l'intense clarté de sa lumière intérieure'. De son vivant,rattaché à aucune école et non reconnu par ses pairs, il n'aura vendu qu'un tableau.

 

 Un très beau reportage à propos du séjour de Van Gogh dans les Alpilles :

https://www.arte.tv/fr/videos/086608-000-A/les-alpilles-refuge-de-van-gogh/


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10 réactions à cet article    


  • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 13 février 12:05

    Antonin Artaud a bien décrit la puissance du ressenti face à son œuvre « Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh , pas de visions, pas d’hallucinations . C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après – midi »

    et aussi 

    « Non, Van Gogh n’était pas fou, , mais ses peintures étaient des feux grégeois, des bombes atomiques, dont l’angle de vision, à côté de toutes les autres peintures qui sévissaient à cette époque, eût été capable de déranger gravement le conformisme larvaire de la bourgeoisie second Empire et des sbires de Thiers, de Gambetta, de Félix Faure, comme ceux de Napoléon III. Car ce n’est pas un certain conformisme de mœurs que la peinture de Van Gogh attaque, mais celui même des institutions. Et même la nature extérieure, avec ses climats, ses marées et ses tempêtes d’équinoxe ne peut plus, après le passage de Van Gogh sur terre, garder la même gravitation. »

     Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société


    • oncle archibald 13 février 13:27

      @Eliane Jacquot :

      Vous aimez beaucoup Van Gogh, moi aussi. J’ai eu le bonheur, le privilège, de voir les expos consacrées à un « grand atelier du midi » virtuel, au Palais Longchamp à Marseille notamment et à Aix en Provence. A Marseille, à peine entré dans le musée on se trouvait face à deux œuvres majeures de Van Gogh dont les jaunes dorés illuminaient toute la pièce : un champ de blé avec des cyprès en arrière plan et des moissonneurs qui font la sieste couchés sur les gerbes. Scotché sur place !


    • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 13 février 14:03

      @oncle archibald

      J’ai vu aussi ces deux éblouissantes expos en 2013, dans le cadre de " Marseille, Capitale européenne de la culture . "

      La génération des Monet, , Renoir, , Cézanne, Gauguin , Van Gogh et plus tard Braque , Bonnard , Matisse , Picasso , De Staël ont abordé le Midi en nouvelle terre sacrée . Ce territoire est devenu un véritable atelier à ciel ouvert de part sa grande intensité lumineuse . Lumière verticale, couleurs irradiantes, et sans doute aussi attrait d’une vie plus authentique et sereine , le Midi , ou plutôt tout l’arc méditerranéen , de Collioure à Menton a agit comme un aimant pour les artistes, . Et ce territoire est passé du grand atelier à ciel ouvert imaginé par Van Gogh qui ne verra pas le jour à un véritable laboratoire de la modernité , fauvisme, cubisme et expressionnisme .

      Sous le soleil exactement ...


    • Samson Samson 13 février 13:40

      Bel hommage !

      Je m’apprêtais moi aussi, avant lecture de votre commentaire, à évoquer ce très impressionnant hommage d’Antonin Artaud.
      Un incontournable, tant - une fois arrachées les trop étroites œillères de ce rationalisme qui conditionne toute notre « normalité » - sur notre propre rapport au « réel » et au monde que sur ce qu’à génialement pu en exprimer Vincent Van Gogh dans ses toiles et dessins.

      « On peut parler de la bonne santé mentale de van Gogh qui, dans toute sa vie, ne s’est fait cuire qu’une main et n’a pas fait plus, pour le reste, que de se trancher une fois l’oreille gauche, dans un monde où on mange chaque jour du vagin cuit à la sauce verte ou du sexe de nouveau-né flagellé et mis en rage, tel que cueilli à sa sortie du sexe maternel.
      ... »

      Antonin Artaud - Van Gogh ou le suicidé de la société (1947)

      En vous présentant mes cordiales salutations ! smiley



      • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 13 février 14:04

        @Samson
        Un grand merci à vous.


      • Jjanloup Jjanloup 13 février 16:47

        Merci, Éliane, pour ce moment de bonheur par procuration...


        • mariofigue44 14 février 07:57

          Les œuvres de Vincent méritent d’être admirées et analysées sous un angle différent que nous le faisons habituellement. En fait, notre professeur a beaucoup insisté sur cet artiste, et d’après ce que j’ai lu de votre article, il devient de plus en plus clair haha acceder



          • rita 14 février 09:45

            J’ai une nette préférance pour Gauguin !


            • damocles damocles 14 février 10:04

              J’ ai toujours admiré les tableaux de Van Gogh depuis que je les ai découverts dans un magazine pour la jeunesse au début des années 60 (j’avais fait deux copies à la gouache sur papier ,« les blés » et« la nuit étoilée ») ,sans être capable à l’époque d’analyser les raisons de cette admiration ou plutôt de cette fascination ...et aujourd’ hui je m’aperçois que je suis toujours  dans le même état d’esprit ...est-ce le trait,la touche, la lumière ,les couleurs  ? il y a une force mysterieuse  qui vous envoute ....

              Merci pour cet article ...

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