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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Vers une éthique du vin français

Vers une éthique du vin français

On parle de crise du vin, à Bordeaux comme ailleurs. Il faut d’abord comprendre qu’il y a aujourd’hui deux mondes du vin, deux options : l’une où l’éthique prime, l’autre purement commerciale. D’un côté donc, il y a des marchands ou des opportunistes qui font des vins standardisés ou “putassiers” en prenant les consommateurs pour des idiots. En face, n’importe quel vigneron digne de ce nom, comme un autre artisan, un fromager, un boulanger ou un artiste, vous le dira : même si l’on doit en vivre, et donc le vendre le mieux possible, on ne peint pas un tableau pour plaire, on n’écrit pas un roman ou on ne compose pas une œuvre musicale uniquement pour vendre, mais parce qu’on est inspiré, et qu’on a des idées et des convictions.

On se bat contre la mondialisation de la "malbouffe", et pour le vin c’est encore plus fondamental et plus réel. Un vin français ou étranger qui n’est fait qu’à l’aide de vinification ultra sophistiquée n’a aucun intérêt.

Savez-vous que l’on peut utiliser à outrance les enzymes et les levures, donner un goût de banane ou de fraise des bois, commander des barriques de chêne dont la chauffe va apporter à souhait un goût de « brûlé », de « noisette », de « champignons »... À quoi bon surconcentrer les vins, faire un élevage 100% (voire 200%) en barriques neuves quand l’élevage ne doit être qu’un apport, ajouter des copeaux de bois, pratiquer démesurément l’osmose inverse, le micro-bullage ou la micro-oxygénisation, filtrer de plus en plus...

Quel sens cela a-t-il de ne mettre en avant que le côté technique ? Ce n’est pas un gage de qualité, et encore moins qu’on laisse s’exprimer la nature que d’utiliser à tort et à travers des techniques à manier avec beaucoup de précautions. Certes, les vins ont changé (pas tant que cela, en fait), se sont assouplis, se sont dépoussiérés de leurs mauvais goûts et sont beaucoup plus garants d’une véritable régularité qualitative. Pourtant, celle-ci ne doit pas être, comme se plaisent à le faire certains, l’occasion de dépersonnaliser les crus, de lisser les terroirs, sous prétexte de glaner des bonnes notes auprès de tel ou tel critique (américain ?) du moment.

On a donc fait des vins de dopage, un point c’est tout. Un vin digne de ce nom, c’est simplement un vin qui procure du plaisir, un moment où l’esprit et le corps sont en osmose, la même émotion que peut déclencher un regard devant toute autre forme de beauté et de création, artistique, philosophique, humaine ou sportive.

Pour moi, le vin n’a jamais été une boisson. Si l’on a soif, il y a l’eau. Le vin, c’est bien un art à part entière. Nul ne peut apprécier un Picasso ou un Van Gogh, le jazz ou l’opéra, une sculpture, une culture différente de la sienne sans un minimum de connaissances. On ne peut aimer les uns et les autres que si on comprend le pourquoi des choses et la passion humaine. Eh bien, pour le vin, c’est pareil : il faut expliquer pourquoi un Chinon ne ressemble pas à un Gigondas, expliquer le terroir, le cépage, l’alliance de l’un et de l’autre, il faut expliquer encore que le Cabernet franc est différent du Grenache, et conseiller, c’est fondamental, l’accord des vins et des mets, selon les habitudes régionales, les gens, l’humeur... Ce qui compte, c’est l’originalité. En dégustation, un consommateur doit pouvoir reconnaître un Saint-Émilion, un Châteauneuf-du-Pape par cette diversité des cépages si bien adaptés aux différents terroirs français. La force du vin, c’est d’être un produit vivant et convivial. C’est donc un art de vivre, celui d’aimer la force de la nature, de rêver en lisant quelques vers de poésie, de partager un nectar, en sachant que la qualité passe par la diversité, que l’extase peut être la même avec un très grand cru ou un vin modeste, puisque seuls comptent le plaisir de l’instant et celui du goût et du partage. Ce goût du vin, c’est avant tout culturel, c’est une question de mémoire collective avec une histoire, une tradition, ce que ne pourra jamais offrir un vin fabriqué, français ou étranger.

Ce qui différencie un vrai vin (le prix n’entre pas en compte alors) d’un simple produit aseptisé, rouge ou blanc, c’est donc ce qu’il nous apporte : le plaisir. Et l’on ne se fait pas plaisir quand on débouche certains vins “modernes” ou à la mode. L’abus de la barrique neuve en est un exemple-type. Rares sont les vrais grands vins qui dépassent 50 à 70% de barriques neuves, et eux ont un terroir qui permet de sortir des vins qui tiennent autant de pourcentage de fûts neufs. Il est aisé de comprendre qu’un élevage à 100% en barriques neuves ne peut que produire des vins trop boisés, imbuvables, certains à la limite de l’écœureument à cause, en plus, d’une concentration à outrance. Quel intérêt de boire un vin de Bordeaux qui aurait le même goût qu’un vin du Languedoc, de Chine ou d’Australie ? Le vin, ce n’est pas cela, ce n’est pas un jus de bois, mais un jus de raisin. Il faut qu’il garde son fruit et de la finesse. Quand on a la chance de pouvoir sortir de son sol un Sancerre minéral, un Châteauneuf-du-Pape épicé, un Pomerol qui sent la truffe, un Chambertin marqué par la griotte, un Sauternes issu du Botrytis, un Champagne où la craie apporte cette élégance... on n’a pas besoin de tricher.

Dans toute la France, il y a de grands vins typés, dans toute la gamme, et sans qu’on soit forcément obligé de payer un prix fort pour avoir le meilleur. Le monde du vin est donc aussi celui du rêve et du plaisir, du partage et des rencontres avec des hommes et des femmes attachants et passionnés. Ce sont ceux-là, les vrais, qui comptent, et nous apportent cette pluralité qualitative exceptionnelle, à tous les prix, que toute la planète a bien raison de nous envier. Ces vignerons, on aime bien partager un moment avec eux.


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31 réactions à cet article    


  • Rocla (---.---.100.51) 10 janvier 2007 11:32

    Un des vrais plaisirs de la vie ,c’ est d’ aller chez un vigneron , voir les vignes ,la cave ,écouter son accent ,déguster son vin ,regarder l’ etiquette, entendre les explications, admirer la couleur du vin dans le verre , certaines couleurs comme par exemple la couleur d’ un Viré-Clessé sont magiques tellement les nuances dorées sont en harmonie avec la beauté du vignoble.Bien après , une fois les bouteilles achetées , un soir d’ envie, on fait sauter un bouchon ,et non seulement on savoure cet extraordinaire cru de terroir , mais on replonge dans tout l’ univers de l’ endroit d’ où il est issu.It’s wonderfull. Alors que dans la grande surface on boit du marketing.

    Merci Monsieur Dussert-Gerber.

    Rocla


    • moniroje moniroje 10 janvier 2007 11:42

      Tout à fait !!!

      et pour le plaisir, un souvenir : je découvre la colline de Montrachet mais cette fois-ci, aucun propriétaire accueillant : des grilles de château de Versailles à l’entrée de fermes bourguignonnes témoignent de la bonne fortune des gens du cru. Aux alentours du village, de la vigne partout, partout ; même qu’elle avale le cimetière qu’on reconnaît à sa chapelle et à son muret d’enclos. Au centre du village, petite maison de pierres faisant office de centre gustatif de tous les propriétaires, ce qui leur évite ainsi le dérangement chez eux par des importuns comme moi. Je n’apprécie pas : cela n’a rien à voir avec l’accueil à laquelle m’a habitué la Bourgogne.

      Mais bon, on monte les quelques marches, remarque les deux grosses motos de police, entre... Les deux CRS sont assis à une table, en un tête-à-tête silencieux. Au comptoir, l’hôte des lieux nous invite à goûter : ma femme, ma fille et moi buvons le nectar doré. « Mais vous allez me goûter celui-là » : je décline l’offre, avoue tout de suite que ce n’est pas dans mes moyens : la carte des prix n’a aucun chiffre dans mes possibilités ; il insiste... puis il va remplir les verres des CRS un peu plus avachis ; pour le plaisir, il nous fait goûter des vins sans prix car tous réservés pour le Japon : et c’est divin...

      Quand nous sortons de ce piège, le soleil me fait chanceler quelque peu ; les deux motos attendent en vain leurs pilotes terrassés dans une sieste profonde.

      Mon beau-frère (riche) reçut plus tard la caisse de Chassagne-Montrachet que j’avais commandée pour lui.Longtemps ces bouteilles éblouirent la langouste ou les coquilles qu’elles accompagnaient en un feu d’artifice en bouche.

      Et aujourd’hui, à vous, lecteur d’AgoraVox, j’offre ce souvenir qui me titille le palais.


      • Algunet 10 janvier 2007 13:16

        Pour Demian et l’auteur le vin est un art, ce que je partage, et l’art est élitiste. Des élus proposaient même de l’enseigner à l’école ! (Bon d’accord, selon Philippe-Armand Martin (Marne) et Gérard Voisin (Saône-et-Loire), « l’apprentissage d’une bonne hygiène de vie commence dès l’enfance et l’école primaire. » Objectif annoncé : que le vin, dont la consommation stagne, reparte à la conquête des français).

        Le problème pour l’auteur de l’article c’est que le vin pour lui n’a jamais été une boisson ! Pour les millions de français qui boivent du vin si. J’aime boire, à la fin du repas un verre de vin rouge, du type merlot acheté en vrac à la cave coopérative du coin à 1.20 € du litre et je n’ai pas peur de mettre un glaçon voire de couper d’eau aux plus fortes températures estivales, comme faisaient mes parents et grands-parents…

        Évidement ce n’est pas à des clients comme moi que s’adresse cet article, encore qu’une bonne bouteille, 10 à 20 fois plus chère de temps à autre pour « fêter », ce n’est pas de refus, mais quand pour ce prix là on un vin « bof », soit on n’a pas le palais soit il y a entourloupe !

        - La France a son vin
        - la Belgique sa bière
        - l’Angleterre son whisky

        Point commun à chaque pays : chaque boisson nationale a de grandes vertus pour la santé, bu avec modération bien sur comme il se doit d’être dit, avec en plus le particularisme français, « ce n’est pas de l’alcool, c’est du vin »… smiley


        • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 10 janvier 2007 17:07

          Vous avez raison, ma phrase peut paraître élitiste. Ce n’est pas le cas. Si j’ai bien sûr accès aux grands vins, je ne suis pas blasé et prends autant de plaisir à déboucher un grand cru qu’un vin modeste. Autant vous l’avouer : il m’arrive de couper d’un glaçon quelques vins, notamment en été, et un bon nombre de « grands » vins, notamment ceux que je dénonce dans cet article, procurent moins de plaisir qu’un vin simple. Mon idée d’écrire que « le vin n’est pas une boisson » doit être comprise dans le sens où l’on ne doit pas boire de vin sans soif au risque de dégénérer dans l’alcoolisme. D’autre part, il y a des vins qui atteignent des prix incautionnables. En fait, pour rester dans l’idée du billet, le prix n’intervient pas, seul le plaisir prévaut.


        • orwell (---.---.239.46) 10 janvier 2007 13:22

          Je ne conçois pas l’éthique de cette façon. On a affaire à deux camps : l’un, conservateur, qui prétend que le vin doit être tel qu’il a toujours été, et l’autre, moderniste, qui pense que l’on peut l’améliorer. Au final, c’est le consommateur qui tranche. On peut regretter que le consommateur soit dépendant du critique parce qu’il ne peut pas goûter facilement le vin, mais c’est comme ça. Et le seul problème éthique est celui du conflit d’intérêt : le critique est il neutre, ou « arrosé » par le producteur ? Ce n’est pas en décrétant une éthique qui correspondrait au point de vue conservateur que l’on fait avancer les choses, bien au contraire.


          • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 10 janvier 2007 17:15

            Pourquoi parler de conservatisme dès lors que l’on parle du respect des traditions ? Etre moderne, ce n’est pas accepter d’approuver une politique d’uniformisation du goût, dans le vin comme dans la cuisine. Je crois que, bien au contraire, la modernité (dans ce secteur et dans bien d’autre), c’est justement de développer notre diversité et non de proposer demain aux consommateurs un « soda » blanc, rouge ou rosé, un autre adapté à la « ménagère de 50 ans », un autre au jeune de 23 ans, etc, etc. Plus on prend le consommateur pour un idiot, plus on aseptise le produit qu’on lui offre. N’est-pas mieux de lui augmenter sa palette de choix, même si son choix sera alors plus difficile ?


          • Ar Brezonneg (---.---.228.19) 10 janvier 2007 13:46

            Les modernistes vont bientot nous démontrer que le « vin en poudre » en sachet à délayer dans l’eau -comme celui que l’on a voulu faire pour le sous-mariniers !- est le « nec plus ultra » de l’art ! Pourvu que nos vignerons ne vont pas céder aux dingueries de l’oligarchie bruxelloise buveuse de pisse d’âne !!!


            • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 10 janvier 2007 17:34

              Rien à dire. Je vous renvoie a mon blog et à l’article « manquaient plus que les copeaux de bois » : http://patrick.dussert-gerber.com/archives/manquaient-plus-que-les-copeaux-de-bois.html#comment-42


            • Voltaire Voltaire 10 janvier 2007 14:05

              Le vin est un sujet sensible pour beaucoup de français. Il fait un peu parti de notre patrimoine, même si la qualité d’un certain nombre de ces breuvages laisse quelque peu à désirer. Et c’est bien domage, car, comme l’indique l’auteur, un bon vin est vraiment quelque chose de rare. Mais il faut en effet acquérir une expérience, je dirais éduquer son palais, avant d’en apprécier la complexité.

              Je diviserais les vins en trois catégories :

              - les vins commerciaux, souvent issus de rendements élevés de la vigne, ou récoltés trop tôt, et « adaptés » au goût de consommateur moyen, en fonction des tendences.
              - les grands vins, infiniments complexes, riches, rares, et en général très cher, sauf exceptions dans quelques régions, et en réalité très difficile à marier avec un plat car trop riches en saveurs, et de toute façon inabordables
              - les bons vins, ceux qui se situent entre 7-8 et 20 euros la bouteille, que l’on boit une fois par semaine (pour ne pas abuser ni de l’alcool ni n’en faire une habitude), qui se marient avec une infinité de plats, de saisons... C’est là que le vigneron doit aussi intervenir, pour conseiller l’acheteur, notamment sur la garde du vin, son aération etc...

              Il est par exemple fort domage que la plupart des vins soient bus trop jeunes ; en rouge, un bon bourgogne de moins de cinq ans, un bon bordeaux ou vin du Rhône de moins de 7-8 ans n’a pas acquis toutes ses saveurs, et sera souvent agressif (bien sûr cela varie beaucoup, et aussi des années...). Et bien des blancs méritent aussi quelques années de garde, pour éliminer un peu de leur acidité et acquérir de nouvelles saveurs (rien à voir entre un Chablis de l’année et celui qui a vielli 5-6 ans). Il ne faut pas oublier que de très nombreuses réactions chimiques continuent une fois le vin en bouteille, qui contribuent à l’enrichir et à éliminer certains aspects trop agressifs (tanins etc...).

              Si le meilleurs cotoie le pire dans cette gamme de prix, il faut aussi rappeler la nécessité de gouter, et le devoir du producteur d’accepter d’accueillir le client : je n’achête quasiment jamais de bons bordeaux ou de grands bourgognes, car hormis leur coût, il est impossible de les acheter à la propriété, après les avoir dégustés ; or il s’agit d’une action très importante, notamment pour connaitre ce que deviendra le vin au bout de quelques années quand le propriétaire peut vous proposer un millésime plus ancien.

              En revanche, les vins de Loire, et ceux de régions moins réputées (Sud Ouest...), font le bonheur du gourmet, abordables, gouteux, se mariant avec d’innombrables plats, et produits en général par des producteurs très ouverts et simples. Même si le consommateur de passage ne représente qu’un pourcent du chiffre d’affaire du producteur, cela devrait être un devoir, peut-être l’objet d’une charte des vignerons ?


              • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 10 janvier 2007 17:32

                Tout-à-fait d’accord.

                Pour les 2 régions citées : on parle peu des vins de Loire car il y a peut-être la facilité d’être près de la capitale, et il est vrai que ce sont des vins méconnus et que les consommateurs des autres régions ne pensent pas à les déguster. Il me semble que si un vigneron de Touraine ou de Sancerre va faire goûter son vin à un provençal ou à un bordelais, il devrait séduire aisément une autre clientèle, car ces vins-là, en rouge comme en blanc, sont très plaisants, très fruités, agréables dans leur jeunesse, avec, pour certains (Chinon, Saumur-Champigny...) un beau potentiel de garde, des vins typés : on ne confond pas un Bourgueil et un Sancerre rouge. La force du Val de Loire : des prix très sages et une spécificité exacerbée, et quelques très grands vins (Pouilly-Fumé, Coteaux-du-Layon, Vouvray...).

                Le Sud-Ouest est une région que j’affectionne beaucoup, il me semble que les terroirs sont particulièrement propices aux différents cépages Malbec, Petit Manseng, Tannat, Mauzac... on ne cherche pas à faire des vins à la mode. On apprécie toujours autant les Cahors ou les Madiran traditionnels par exemple, les vins ont un peu évolués, sont moins durs et c’est normal. À mon sens, ce sont des vignobles qui n’ont rien à craindre d’une concurrence internationale parce qu’ils ont une typicité propre et le consommateur apprécie ces vins à des prix très raisonnables.


              • Roland (---.---.207.28) 22 janvier 2007 20:26

                20 !!! ça c’est des vins de luxe. Non votre catégorie ça doit être entre 5 et 9, pas plus, pour être abordables à d’autres que des bourgeois.


              • Zozo (---.---.79.1) 10 janvier 2007 14:54

                Malheureusement l’INAO, l’organisme ayant en charge de délivrer les agréments aux viticulteurs (sans lequel leur vin est déclassé en vin de pays ou de table), ne l’entend pas de cette oreille. Les vignerons en bio, tendance en hausse depuis quelques années, qui veulent retrouver les qualités d’un vin de terroir et en finir avec les méthodes préconisant l’usage intensif de produits phytosanitaires, sont systématiquement brimés et menacés de ne pas obtenir leur agrément sans lequel toute une année de travail peut être réduite à néant. Les critères appliqués pour classer un vin en AOC favorisent en effet les goûts formatés par l’industrie de masse et de plus en plus par les vins américains ou australiens, concurrence oblige. Nombre de vignerons rongent ainsi leur frein de peur de déplaire aux jurys de l’INAO et sont obligés de composer avec un système qui favorise injustement le producteur intensif produisant ce qu’on appelle aujourd’hui un vin technologique (en gros un vin Coca Cola) qui se reconnaît par une normalisation et une standardisation du goût qui n’a presque plus rien à voir avec le vin, boisson conviviale, complexe, aux valeurs ancrées dans l’humain. A titre d’exemple, j’habite le Beaujolais, région hautement viticole qui produit des vins connus dans le monde entier pour le meilleur et le plus souvent pour le pire. Pour tenter de sortir de cette image qui leur colle à la peau, de plus en plus de vignerons du Beaujolais tentent de retrouver les qualités de leur terroir en renonçant aux procédés chimiques et ceci contre l’assentiment des pouvoirs publics et de leurs collègues en intensif. J’en connais quelques-uns : ils font d’excellents vins qui n’ont rien à voir avec ce qu’on connaît de cette appellation dans le grand public. Ils ont en commun une chose qui les distingue des producteurs « chimiques » : ce sont des artistes dans leur domaine. Il suffit pour s’en convaincre de venir déguster leur nectar chez eux, dans leur cave ou pourquoi pas dans leurs vignes au moment des vendanges...


                • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 10 janvier 2007 17:26

                  Une précision : on peut faire un vin bio, et ne pas faire un bon vin, le « bio » n’étant pas un label qualitatif. Ceci dit, je suis d’accord avec vous : plus on se passe d’additifs, mieux sait. Encore ne faut-il pas les remplacer par d’autres que j’évoquais (levures, barriques neuves...).

                  Deuxième précision, qui va dans votre sens : le Beaujolais Primeur est toujours un vin que je bois avec plaisir chaque année, et c’est une performance de faire autant de bouteilles à une qualité très appréciable et d’en faire parler autant. Le Primeur est un vin de soif, d’amitié, de convivialité, et le monde entier en demande. À côté, il y a des crus remarquables : Juliénas, Moulin à Vent, Chénas... ce sont des vins très typés, on ne confond pas un Brouilly avec un Fleurie ou un Saint-Amour, cela prouve que les terroirs ont une grande importance ici contrairement à ce que peuvent dire les détracteurs de la région. Les vignerons sont également très chaleureux et font tout simplement ce qu’il faut faire, un vin à leur image.


                • moniroje moniroje 10 janvier 2007 16:03

                  Zozo, vos dernières lignes me font saliver. Ça serait chouette si ces nobles artisans se réunissaient sur une page web !


                  • parkway (---.---.18.161) 10 janvier 2007 16:40

                    la mondialisation pousse à ce genre de problêmes, comme les connards financiers et autres politiques imbéciles qui sont d’accord avec.

                    ils répondent : « ah !ben,oui, mais on peut pas faire autrement, c’est inéluctable ! »

                    vite, foutons les dehors !

                    Et vive le Bon vin ! surtout le Bourgogne !

                    enfin, le « bon » bourgogne !


                    • tchoo (---.---.152.36) 10 janvier 2007 18:05

                      Je vous rejoins sur le fonds mon cher PDG, mais pourquoi fustiger la technique plutôt que celui qui s’en sert mal. La technique serait éthiquement mauvaise, et le vigneron traditionnel foncièrement bon. Vision un peu simpliste et romantique bien loin de la réalité du terrain, et vous le savez !


                      • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 10 janvier 2007 18:25

                        Nous sommes bien sûr sur la même longueur d’onde : la technique n’est pas mauvaise en soi, on l’aura compris, seuls les abus le sont. Le terme de « vigneron traditionnel » (j’espère que je n’ai pas employé le mot) n’a évidemment aucun sens. Le problème se situe plus sur la volonté de certains producteurs à « lisser » les vins, voire à préparer différents produits selon le type de consommateurs (jeunes, femmes, retraités...).


                      • Rocla (---.---.225.131) 10 janvier 2007 18:08

                        Ne pas oublier certains Côtes du Rhône qui ont un rapport qualité-prix très raisonnable , et sont souvent dans des endroits mirobolants.(pas bien loin des Chateauneufs du Pape)

                        Rocla


                        • ZEN zen 10 janvier 2007 19:15

                          Rocla, une adresse !

                          Article qu’on déguste avec plaisir...


                        • Rocla (---.---.225.131) 10 janvier 2007 19:48

                          à Zen,

                          à Sablet ,à proximité de Vacqueyras et de Gigondas se trouve Paul Roumanille , plan de Dieu,qui fait un excellent Côtes du Rhone rouge dans les 6 euros la bouteille.Je viens de regarder ,il est même pas dans l’ annuaire. Un vrai bonhomme qui fait du vrai vin .Il m’ est arrivé d’ en déguster gardé à la cave une douzaine d’ années ,après celà il n’ y avait plus rien d’ important.C ’est d’ autant plus fabuleux que 6 euros n’ est pas ruineux.

                          Bonne suite .

                          Rocla


                        • ZEN zen 10 janvier 2007 20:38

                          @ Rocla

                          Merci pour l’adresse !

                          En remerciement, je ne signalerai pas à la rédaction un abus pour publicité... smiley


                        • Cochonouh Cochonouh 10 janvier 2007 18:54

                          Magnifique article et somptueux florilège de commentaires qui semble émaner d’amateurs éclairés.

                          Merci pour ce bon moment de lecture.

                          Un seul reproche : personne n’a cité les nectars de ma région

                          • Médoc et Haut-Médoc
                          • Pauillac
                          • Saint-Estèphe
                          • Listrac et Moulis
                          • Margaux
                          • Saint-Julien

                          Le manque est réparé, l’honneur est sauf.

                          Bonne soirée et Vive la France !


                          • Voltaire Voltaire 11 janvier 2007 16:04

                            Hélas, souvent chers dans le Médoc, et pas facile d’aller goûter à la propriété ! Les Saint-Julien sont un peu plus abordables, de même qu’il y a c’est vrai de bons crus bourgeois en Medoc et Haut-Médoc, et vous avez été gâté par une série d’excellents millésimes ces dernières années !


                          • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 11 janvier 2007 19:03

                            Merci vour votre appréciation de l’article. Oups, oublié le Médoc. Pour réparer : dans le Médoc comme ailleurs, la priorité, c’est de laisser s’exprimer son terroir (quand on a la chance d’en avoir un digne de ce nom), en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la lutte raisonnée, en laissant faite la nature... Il y a une dizaine d’années, le travail des vignes avait souvent été délaissé dans certains grands crus, au profit de la vinification et d’expériences à outrance. Si les techniques modernes sont souvent remarquables, les propriétaires traditionnels continuent de faire ce qu’ils savent faire, en se servant des progrès mais sans masquer leur typicité. De Pauillac à Saint-Estèphe, de Moulis à Margaux, à Listrac comme à Saint-Julien, en Haut-Médoc et en Médoc, les coups de cœur sont nombreux. En parallèle, les prix très exagérés de certains vins renommés sont difficilement explicables, et de plus en plus difficilement cautionnables. Misez sur les 2004 et 2002, encore trop jeunes à boire, et faites-vous plaisir en ce moment avec les 99, 98, 97, 96 ou 90.

                            Si cela vous dit : http://www.millesimes.fr/classement.php?rech1=BORDEAUX&rech2=MEDOC


                          • Le furtif (---.---.161.199) 10 janvier 2007 22:33

                            J’ai compris .

                            Compris à quoi tous les beaux messieurs qui vont « monter » à Paris bientôt au grand raout du média citoyen, vont passer en réalité leur temps...

                            Je remercie l’auteur. J’ai deux ou trois beaux frères qui vont s’intéresser désormais à Agora vox .Dimanche , mon anniversaire , j’invite et je fais la cuisine. Moulis , Fronsac et côte de Blaye.

                            Une question. L’hiver trop chaud que nous traversons ne va-t-il pas poser des problèmes dans les chais des petits vignerons...En gironde justement.

                            Un petit récit

                            Je voudrais témoigner de la consternance absolue des éradicateurs du goût nichant tels des vautours dans leur nid de Bruxelles.

                            Mes parents sont originaires d’un petit village face à la Gironde. Au sud le fleuve , au nord les côteaux en très légère pente vers le marais. le point culminant de la commune s’appelle Cabane . Au neolitique on y trouvait un dolmen , bien plus tard un ou des moulins. La coopérative juste en bas a tout naturellement appelé son vin Moulin de Cabane. Bruxelles est arrivée avec son délire et a expliqué que ceci cela,

                            • l’appellation :Clos signifie ...
                            • l’appellation :Chateau signifie...
                            • l’appellation : Village une autre chose
                            • l’appellation : Moulin sigifie que tant d’hectares au moins et tant d’hectares au plus d’un seul tenant....

                            Ce n’est pas très exact , mais ce n’est pas le genre de document que je conserve précieusement.

                            Plusieurs milliers d’étiquettes à changer ,de bouchons, de capsules....Le moulin doit disparaitre !

                            • « Libre à vous de trouver une nouvelle appellation pour vos produits »...."

                            Une solution de repli : le Moulin est devenu Marquis , les initiales « MC » ont pu être conservées...Ainsi ils ont sauvé les capsules . En pure perte. Quelques années plus tard un regoupement de coopératives fut indispensable à la survie financière de l’entreprise. Un regroupement de plusieurs communes aux terroirs disparates et aux qualités très différentes a pris la place.Des appellations plus ronflantes ont remplacé le cher Moulin d’où mon parrain lançait ses planeurs.

                            Consternable consternitude.

                            Salut à tous

                            Le furtif


                            • Rocla (---.---.225.131) 11 janvier 2007 13:40

                              Ne pas citer les vins d’ Alsace qui ont fait d’ immenses progrès depuis la guerre , des vins aux bouquets très subtils ,restant abordables et situés dans des endroits de rêve, serait une omission impossible et injuste.

                              Rocla


                              • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 11 janvier 2007 18:57

                                C’est vrai. L’Alsace est une région qui avait peu de réputation il y a une trentaine d’années, les efforts qualitatifs ont été conséquents et l’on y trouve maintenant des vins remarquables. La force des vignerons alsaciens est d’avoir su créer une gamme très diversifiée et très typée. Du vin le plus sec aux Sélections de Grains Nobles qui sont devenues les références de grands vins liquoreux et damnent le pion à certains autres grands vins et notamment ceux du bordelais. On peut tirer un coup de chapeau aux Alsaciens qui ont un savoir-faire indéniable et sont des commerçants avec une mentalité dynamique qui restent en contact avec le consommateur. On ne peut aussi qu’apprécier ici l’extraordinaire convivialité des hommes de la région et leurs vins atteignent une typicité rare, procurant la joie du vin, à des prix sages (sauf pour certaines Sélections de Grains Nobles où les prix peuvent surprendre). Attention à la complexité des terroirs, voire à l’amalgame entre des crus et des lieux-dits. Il faut rechercher la fraîcheur et la vivacité, au détriment de vins parfois trop souples. Les millésimes 2005, 2004, 2002 et 2001 sont savoureux, le 2003 a été plus délicat à vinifier (en Vendanges Tardives, misez sur les 2004, 2001, 2000, 97 ou 89).


                              • Rocla (---.---.198.196) 12 janvier 2007 13:56

                                El l’ Edelzwicker , que chaque vigneron assemble avec quatre vins différents , des plus abordables où l’ on peut constater le savoir-fair du viticulteur , car suivant la fortune du pot , tomber sur des créations extraordinaires est chose possible. Vin à boire autour du Stammdisch (table conviviale) de la Winstub , ou avec une choucroute et se mariant très bien avec beaucoup de plats alsaciens. Celui qui n’ est jamais allé à Gueberschwihr un clair matin de printemps ,cheminer dans le village à partir de l’ église et de la fontaine Saint Pantaléon ,ignore l’ ambiance que dégagent les ruelles pentues avec ses porches voûtés ouvrant sur des cours pavées laissant voir de magifiques maisons donnant cet air moyenâgeux si ensorcelleur.

                                Demander son chemin à une personne du village et écouter cet accent inimitable parlé avec gentillesse , un délice pour l’ oreille .

                                Il y a aussi le retour du Chasselas qui était tombé en désuétude .

                                Rocla


                                • (---.---.225.122) 15 janvier 2007 16:56

                                  Vous oubliez une chose dans votre article c’est que le vin accompagne un repas. Or il n’y plus en France de cuisine de terroir, ce qui fait que les vins se retrouvent à accompagner des plats pour lequels ils ne sont pas fait. Un Chateauneuf du pape pour moi est fait pour un civet de sanglier ou de lièvre. Un Cassis avec une soupe de favouilles ou de poissons. Un bon Vin des Mées avec des Pieds Paquets (d’agneau de sisteron). Le seul problème c’est que pour trouver des favouilles ou du poisson de roche de méditerranée c’est quasiment impossible, quand à trouver un lièvre on aura plus vite fait de faire un civet de randonneur. Tout ça pour dire que c’est l’ensemble de la chaine qu’il faut reconquérir. Production régionale, des artisans compétents pour préparer les produits, des ménagéres comme nos mères et nos grands mères qui savent que la cuisine prend du temps, que le bons produits sont chers et qu’il faut choisir entre le cell, l’abonnement télé etc.. et la bonne bouffe. Il est clair aussi que la malbouffe est le résultat des politiques qui ont voulu la concentration de la distribution et l’uniformisation européenne.


                                  • (---.---.204.52) 15 janvier 2007 17:27

                                    Vous avez parfaitement raison, le combat est le même. On voit la même uniformisation du côté des restaurateurs, notamment.


                                  • Roland (---.---.207.28) 22 janvier 2007 20:23

                                    Et les vins « bio » ? ça en est où ?

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