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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Virginie Despentes : porno blues

Virginie Despentes : porno blues

Après la lecture de « King Kong Théorie » de Virginie Despentes...

Elle nous charme pendant des pages, les moches, les mal baisées, les imbaisables, les qui voudraient bien mais qui ne peuvent pas, les qui pourraient bien mais qui ne veulent pas, les conditionnées à l’anorexie pour séduire qui aimeraient bien manger quelque chose une fois dans leur vie, ce franc-parler, cet humour, ce style, comme on dirait dans Elle, "à la rédac, on adoooooore... "(voir l’épais dossier « spécial sexe » du dernier numéro, Michèle Stouvenot écrit dans le JDD d’hier que ça a remplacé les fiches cuisine...) On en arrive à se demander pourquoi on n’a pas pensé plus tôt à devenir soi-même féministe, pour peu on noterait des références de lecture...

Une parenthèse en passant, ce n’est pas par hasard que je cite tout le temps le magazine Elle qui est le plus traumatisant de tous s’agissant de la dictature de l’image, avec des arguments désarmants de sottise béate irréfutable, et que j’ai le masochisme de lire tous les lundis depuis ma naissance...

Ce livre est autobiographique, l’auteur raconte comment elle est devenue Virginie Despentes, elle en parle comme d’un rôle qu’elle a accepté un jour de 1992 à la sortie de son premier roman Baise-moi et qui est devenu son personnage public, c’est bien vu. Elle nous fait replonger dans l’enfer du jeu qu’était le minitel à ses débuts (fin des années 1980, début des 1990), moi-même ai connu six mois d’addiction à ma machine... A l’époque, je travaillais dans un ministère et on tapotait dans tous les bureaux si bien que l’administration a fini par supprimer l’accès au 3615... Comme elle, j’en garde plutôt de bons souvenirs... Un peu comme dans un polar, on joue avec la peur, vaincre la peur de l’inconnu, le moteur des sensations... A noter que quand on sait que l’agresseur potentiel vient aussi souvent de l’intérieur que de l’extérieur, de la famille (par exemple, chez les enfants victimes d’inceste), on pourrait se demander pourquoi il ne faudrait rencontrer que des gens qu’on connaît... Mais c’est un autre débat trop sérieux pour qu’on l’expédie...

Et puis, c’est là tout l’art du roman et de la romancière, ça bascule... On croyait lire un essai, on est presque dans un thriller... Au chapitre porno, on est réveillé par une douche froide, fini de rigoler et de se souvenir... Elle est drôlement psychologue VD, en nous amenant sa défense du porno en fin de livre qui colle parfaitement bien avec la démonstration qui précède... Si adroite qu’elle nous répond par avance à ce qu’on pourrait objecter : si on n’aime pas le porno, c’est que ça nous dérange pour pas grand-chose... Dans ces conditions, on enlèverait ce pas grand-chose qu’on ne serait plus dérangé...

D’après ce que j’ai retenu de ma lecture du livre, le porno serait une sorte d’espace de sécurité quasi sanitaire pour « décharger » les pulsions sexuelles (harcelées à longueur de pub dans les médias et en ville, on est d’accord) à tous les sens du mot, mais si, d’une part, la plupart des femmes récusent la masturbation (avec des prétextes hypocrites, ce qui n’est pas faux excepté quand les magazines branchés leurs conseillent des sex-toys hors de prix griffés Rykiel) et que, d’autre part, elles ignorent que les films pornos servent uniquement à la monosexualité (encore un euphémisme...), ce n’est pas demain qu’on va remettre le X à l’affiche...

Comme elle le raconte très justement, pour la sortie du film Baise-moi, la co-réalisatrice du film, Coralie Trinh Thi, ancienne hardeuse, avait gêné, elle faisait tache sur les plateaux télé, je m’en souviens très bien, et je confesse que moi-même la trouvais surnuméraire quand la présence de l’écrivain m’aurait largement suffi... Le conditionnement à l’exclusion, c’est ça, l’ancienne hardeuse est stigmatisée comme le mec qui sort de prison et la réinsertion dans tous les cas n’existe que dans les programmes électoraux. Je viens de voir au Festival du film allemand un excellent film où la jeune femme sortant d’une cure dans un hôpital psy se voit accueillir à son boulot par des chuchotements de ses collègues : « C’est la folle »...

Pour revenir à nos moutons sortis du pré... Ce qui me gêne essentiellement dans la démonstration de VD, c’est le déni des tabous ou plutôt l’illusion qu’on pourrait s’en débarrasser du moment qu’on les a repérés, mis à plat, analysés, etc., et qu’on se sent minables d’y être soumis, la lucidité comme thérapie... C’est le même problème que les psychothérapies long courrier qui n’en finissent plus, cette idée entretenue par la profession (qui, au passage, garde sa clientèle de « patients » pendant des lustres...) qu’il n’y a jamais assez de lumière sur le pourquoi du comment et le comment du pourquoi, que du moment qu’on aurait débrouillé l’écheveau du problème, on aurait ipso facto la solution pour s’en sortir... Malheureusement, ça ne suffit pas... Fermons la parenthèse...

Là où je veux en venir, c’est que si le fait de se libérer de ses tensions sexuelles par le porno suffisait à apaiser les gens, ça se saurait... Le serial killer du Dalhia noir n’aurait pas eu besoin de découper sa victime en morceaux et Bee n’aurait pas pu écrire American psycho... En deux mots, les névroses seraient solubles dans le porno... Je ne le crois pas, ce serait trop simple... Cependant, il est vrai que VD m’a convaincue au moins d’une chose : c’est que la société a tout intérêt à ce que ça ne change pas (ou dans la continuité... ) Si on pouvait réparer les gens, alors, les réparateurs que sont tous ces métiers (du cabinet d’assurance-vie au psy en passant par le gourou) qui ont pour unique fond de commerce l’anxiété, mettraient la clé sous la porte... Le hard, c’est comme la cigarette (on aurait pu choisir l’alcool, mais les électeurs...), la bonne conscience de la société passe par quelques menus interdits résiduels, il en faut un minimum pour éviter le chaos et on choisit ceux qui n’empêchent pas trop se s’enrichir... Les limites de la limite...

Au passage, la phrase de Gainsbourg sur la vieillesse qui est la vengeance des laids fait surface aussi vers la fin du livre, VD dit qu’il ne faut jamais attendre très longtemps la chute d’une femme qui a été jolie (au passé)... Un règlement de comptes d’une remarquable cruauté, elle n’a pas écrit pour rien Les chiennes savantes, le roman d’elle que je préfère, elle connaît la musique féminine...

En conclusion, je crois comprendre confusément ce souhaite VD, un monde où on se remettrait en question, gage d’un espoir de tolérance, où on pourrait avoir une seconde chance, mais je suis moins optimiste qu’elle, il y a déjà si peu d’espace pour la première... Et ce sont souvent les femmes les meilleures ennemies des femmes, et surtout leur incurable bovarysme (le vrai poison, Flaubert, c’est Freud avant l’heure), mais ça, VD l’a compris depuis belle lurette...

Un livre peu épais (156 pages) mais dense et passionnant, à lire en priorité...


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29 réactions à cet article    


  • gem (---.---.117.250) 19 octobre 2006 13:42

    VD écrit comme un pied des machins mous et sans originalité, mais votre article reste bienvenu, merci


    • Sam (---.---.116.120) 19 octobre 2006 15:43

      machins mous et sans originalité

      Relis Baise-moi, Gem, tu verras que c’est plus profond, pour ce qui est du message, et plus sophistiqué question écriture, que tu ne l’as peut-être perçus en « première intention », comme dirait M.« ils ne passeront pas leurs vacances ensemble ».


    • Mocky (---.---.64.135) 19 octobre 2006 14:30

      despentes,millet,angot,nothomb,moix,houellbecq filmés par brisseaux,breitman,moix,breillat

      vous imaginez la tête à dw,padam,marsu,traitresse ...


      • Torr-Ben (---.---.117.178) 19 octobre 2006 15:10

        VD, c’est déprim’land sur fond de misère sexuelle complaisamment ressassée . Le misérabilisme et la haine rancie du phallus ... Bref, rien d’édifiant et d’ensoleillé sinon des atmosphères de caves qui se rebiffent dans des caves. Un peu de romantisme et de tendresse bordel !


        • Elisabeth (---.---.222.147) 19 octobre 2006 15:10

          Quel bel article ca donne envie de la lire la Despentes... J’étais avec un journaliste de Libé ce matin qui m’expliquais justement qu’un des drames de Libé était la baisse du minitel qui a fait gagner des fortunes à Libération pendant des années ... Et aussi au Nouvel Obs les années Aline...Jusqu’a une condamnation comme Xavier Niel(patron de Free ) pour proxenetisme.. Mais certains 3615 de libé continuent a bien marcher les SM 3615 Maitresse, Gay 3615 HOM ou Lesb 3615 Lesb ainsi que des 3615 de rencontres comme LOVE ou Adeux qui ne conccurencent pas Meetic mais qui curieusement réunissent chaque jour des milliers d’adeptes franco Français qui préférent le minitel a internet... Une curiosité bien Française qui fait la joie de France Télécom. E.B


          • Sam (---.---.116.120) 19 octobre 2006 15:40

            Assez confus, cet article, qui nous donne un bout de résumé, un bout d’analyse, un bout de rumination, un bout de rancoeur, sans compter un porte-clés griffé Gainsbarre, ce qui fait cinq part pour un drôle de gateau.

            Qui n’est pas inintéressant, au demeurant. Et peut même amener du monde chez V.Despentes.

            Moi, je crois que continue à préférer Baise-moi.


            • Vierasouto Vierasouto 19 octobre 2006 17:46

              Vous n’avez pas tort, ce n’est pas tant un article que des impressions de lecture mises en forme. En fait, je suis aux deux tiers (du gâteau...)d’accord avec VD, ce qu’elle dit me touche mais c’est justement ces différence que je développe, enfin, j’essaye... Que ça aille dans son sens, tant mieux, c’est un livre à lire qui en étonnerait plus d’un sur son sens de l’injustice, et s’agissant de la forme je pense qu’elle a un vrai style, quand on la lit, on la reconnaît tout de suite, on M ou on M pas, moi, j’M...


            • ohlala (---.---.124.230) 19 octobre 2006 22:14

              @ l’auteur, Vierasouto,

              mon post ci-dessous, ècrit sous influence sans doute des papiers de Josyane Sauvignon dans « le Monde des Livres » et de celui de...Libé (?) qui laissaient deviner un propos et une réflexion très durs de la part de Virginie Despentes (femmes/hommes, viol vécu, comment revenir après le trauma...) pas du tout légers-légers. Mais après tout, chaque lecteur(rice) sa perception.

              Toujours absorbé par la lecture des 900 pages de Littel, je ne sais pas si je lirai V.D., j’essaierai.


            • Sam (---.---.116.120) 19 octobre 2006 23:11

              Vierasouto

              Je comprends votre démarche..D’accord avec toi sur le fait que V.Despentes a un style identifiable.

              En filigrane de votre article, l’identification. A manier avec lucidité. C’est difficile, je suis d’accord, c’est tentant, je suis également d’accord. Mais critique, c’est l’objectif... smiley


            • ohlala (---.---.124.230) 19 octobre 2006 16:30

              « Là où je veux en venir, c’est que si », oui, s’il y avait moins de digressions, nous verrions mieux où vous voulez nous emmener. On vous suivrait volontiers, ça change ce ton primesautier sur AgVx, mais je doute un peu que ce soit l’univers de Despentes (pas lu). .


              • fredleborgne (---.---.34.250) 19 octobre 2006 20:39

                C’est vrai que toutes les disgressions nuisent à la progression de cet article. Mais c’est rare qu’une femme s’exprime sur le porno. Alors, j’applaudis le courage. Néanmoins, je n’ai pas lu VD. J’ai vu un extrait du film, que j’ai trouvé inutilement choquant. Pourtant, j’apprécie parfois la pratique monosexuelle du vrai porno. Je ne suis pas du genre coincé. Il y a plusieurs genres de porno. Baise moi était sordide. Il ne va pas aider à réaliser une quelconque liberté sexuelle. C’es vrai qu’entre les féministes et les VD, Millet et Angot, la cause des femmes et leur sexualité est bien mal défendue. Je n’ai jamais remarqué de « Bovarysme » féminin, mais j’ai toujours apprécié les femmes qui savaient gérer leur sexualité, car elles savaient aussi gérer le reste. Seulement, leur message tourne moins longtemps autour du pot, et avec beaucoup moins de questions existentielles. Voila peut-être pourquoi elles ne sont pas appréciées des « compliquées » qui se croient intellectuelles. Et puis, les moralistes et les matchos sont leurs pires ennemis, car ces femmes savent trop bien comme ils sont stupides et faibles. Il leur est donc difficile de s’exprimer, pour un public en plus non réceptif. Essayez par curiosité de trouver une de ces femmes, et je suis sûr que vous en apprendrez beaucoup etque vous en ferez un article bien plus affirmé, joyeux et utile .


                • Dragoncat (---.---.246.87) 19 octobre 2006 21:30

                  @ Fredleborgne

                  « Pourtant, j’apprécie parfois la pratique monosexuelle du vrai porno. Je ne suis pas du genre coincé. Il y a plusieurs genres de porno. Baise moi était sordide. Il ne va pas aider à réaliser une quelconque liberté sexuelle. »

                  Mister Fred, « Baise-moi » n’est pas un film porno sordide, pour la bonne et simple raison que ce n’est pas un film porno. smiley

                  C’est un film avec des scènes que l’on peut qualifier - ou pas - de pornographique. Et c’est radicalement différent.

                  Hormis le sens que chacun peut attribuer au terme « pornographique », il y a un sens commun quand on parle de « film porno ».

                  C’est une production à petit ou moyen budget qui a pour but de fournir un plaisir masturbatoire à son spectateur. Le « film porno » s’adresse à 99% à une clientèle masculine (les pauvres tentatives pour faire du porno soft destiné aux femmes se sont toutes soldées par de lamentables échecs).

                  Hors, partant de là, « Baise-moi » n’est pas un film porno DU TOUT. C’est juste un film. V. Despentes a fait le choix d’avoir des scènes sexuelles (notamment une scène de viol) qui était réalisée avec de vrais rapports sexuels. C’est ici un choix artistique - qu’on peut trouver sublime ou raté, c’est un autre débat.

                  « Baise-moi » n’est pas un produit masturbatoire, loin s’en faut. Donc si vous l’avez trouvé sordide, c’est normal.

                  C’est comme vous disiez en sortant de « La vie est belle » que c’est un acteur comique mais que vous n’avez pas trouvé le film drôle : c’est normal !

                  Par ailleurs, si vous affirmiez ici que vous avez trouvé « Baise-moi » super excitant, ce serait très inquiétant pour votre propre sexualité. L’avoir trouvé sordide est plutôt un signe de bonne santé en ce qui vous concerne. smiley

                  Pour information, en plus d’avoir vu le film, j’ai eu le plaisir de parler du film avec Virginie Despentes après sa sortie et la précision que j’amène ici me paraissait nécessaire.

                  Cordialement...


                  • Rocla (---.---.253.119) 19 octobre 2006 22:12

                    Demian ,

                    J’ ai connu une femme , tout le contraire , et c’ était bien

                    Rocla


                    • Vierasouto Vierasouto 20 octobre 2006 02:02

                      Le proposition d’un peu de caféine pour ne pas s’endormir en lisant mon article ??? A+ sur AVox


                    • Mona (---.---.180.59) 20 octobre 2006 02:26

                      Bonjour Vierasouto,

                      Merci pour cet article, dès qu’il sortira en poche, j’irai l’acheter.

                      Je ne partage pas la plupart de vos points de vue exprimés dans l’article, mais ce qui compte c’est que ça m’a donné envie de lire la petite Virginie Despentes.

                      Perso, je serais plutot de l’avis de Despentes, si comme vous le dites, elle soutient que le porno est un defouloir nécessaire. C’est comme les fantasmes, les punching balls, le sport, les addictions etc...

                      Enfin bon, on lira donc ça dans un an.

                      Au fait, faut vraiment arreter d’acheter Elle et surtout de le lire (ah y a de la lecture dedans ?) :) Autant le porno, je comprends pourquoi on regarde (je fais partie du lot), autant Elle et les Magazines feminins, voire les magazines tout court, je ne comprends pas.

                      Si, télépoche a la rigueur, pour ceux qui ont la télé, je comprends qu’on puisse acheter smiley


                      • (---.---.235.183) 20 octobre 2006 16:26

                        Ce n’est quand pas inintéressant de voir comment les femmes sont conditionnées par ces magazines féminins, ça fait froid dans le dos de lire ce qu’on y écrit, il faut le voir pour le croire... Pour le reste, c’est tjs agréable de feuilleter les magazines avec des photos de mode pour se détendre...


                      • Joan (---.---.38.249) 20 octobre 2006 03:51

                        @Dragoncat « les pauvres tentatives pour faire du porno soft destiné aux femmes se sont toutes soldées par de lamentables échecs » Pas au Japon en tout cas ou la production porno destinee aux femmes (y compris metant en scenes des amours homosexuelles entre jeunes ephebes) bat son plein. Et les couples qui regardent ensemble des films pornos ne sont pas rares...


                        • gozilla (---.---.64.135) 20 octobre 2006 09:06

                          la psyché japonaise est assez particuliere,je doute que la censure française accepte la diffusion de ces productions en salle ou en prime-time !


                        • Dragoncat (---.---.246.87) 20 octobre 2006 10:47

                          @ Joan

                          Merci pour la précision. C’est tout à fait possible - le public japonais a des habitudes de consommation qui lui sont propres.

                          Je parlais du public X occidental et français en particulier.

                          Cordialement...


                        • ohlala (---.---.124.230) 20 octobre 2006 12:19

                          Chic, quelqu’un dans ce fil va peut-être m’expliquer les plaisirs que trouvent les japonais à faire sur une femme des noeuds de marin devant derrière. Colissimo ? initiation scoute ? Rubik’s cube’s ficelle ?


                          • Dominique (---.---.184.109) 23 octobre 2006 23:11

                            @ ohlala

                            Sans entrer dans les particularismes du shibari japonais, n’avez-vous jamais vibré, même un tout petit peu, en regardant les westerns flamboyants des années 50 ? Mais si, souvenez-vous, ces films dans lesquels de beaux indiens à la libido palpable enlevaient des filles et femmes de colons, les ligotaient et les emmenaient en criant des obscénités dans leur tepee ? La caméra s’arrêtait au seuil de la tente et alors, et alors....


                          • node (---.---.214.164) 20 octobre 2006 12:24

                            "A noter que quand on sait que l’agresseur potentiel vient aussi souvent de l’intérieur que de l’extérieur, de la famille (par exemple, chez les enfants victimes d’inceste)"

                            Inceste : relation sexuelle entre personnes apparentées.

                            Donc il est normal que dans le cas d’un inceste, l’agresseur fasse toujours parti de la famille... Sinon c’est une agression sexuelle... smiley


                            • (---.---.235.183) 20 octobre 2006 16:22

                              ...de la famille, et en particulier chez les enfants... Voilà c’est écrit plus clairement...


                            • urbanfeignasse (---.---.112.118) 1er novembre 2006 22:43

                              ben, pardon, mais je viens de finir le bouquin, et je ne suis pas du tout d’accord avec votre analyse.

                              Ce livre n’est pas une apologie de la pornographie comme exutoire dans une société réglée par des tabous. Ce livre est un manifeste féministe, qui nous enjoint à considérer la question du genre comme la question essentielle des rapports humains, hommes et femmes ensembles. Despentes traite du porno, du viol et de la prostitution parceque ce sont ces trois phénomènes que la société considère comme devant forcément ramener les femmes au niveaux soit de victimes, soit de salopes. "tu as été violée, tu es une victime, tu ne pourras pas t’en remettre, et si tu t’en remet, ben qd même, c’est que t’etais un peu consentente (salope smiley) tu te prostitues ? t’es une victime de ces salauds de mecs, ou alors t’es une salope. tu aimes ou pratiques le porno idem ?.

                              c’est tout ce processus de pensée que despentes démonte dans ce livre. Et elle parle aussi très intelligemment de ces hommes qui ne se sentent pas de se comporter comme ce qu’on attend d’eux.

                              les références au mouvement féministe « pro-sex » américain (peu voire pas traduit en francais) sont passionantes. En france, ces femmes et ceshommes qui tentent dans leurs écrits de sortir du schéma victime/mere/salope sont attaqués très violemment par les mouvements féministes classiques, au motif, notamment sur la question de la prostitution, que oui, il y a des réseaux à combattre. Mais la conclusion c’est que pour combattre ces réseaux, il faut interdire la prostitution...

                              King Kong théorie, c’est aussi une vision étonnemment optimiste de sa part de ce que pourraient les rapports humains, si nous nous débarrassions des oripaux genrés, pour enfin se regarder, chacun, en face et faire avec ce que l’on est, sans se sentir obligé de répondre à l’image que l’on est forcément sensé renvoyer aux autres, de part sa condition d’homme ou de femme.

                              Le porno dans ce bouquin ne me semble être qu’un moyen de démontrer sa thèse... rien de plus !

                              bon je vais pas réécrire le bouquin, elle l’a déjà formidablement bien fait.

                              un vrai plaisir pour ma part, ça fait du bien de lire des trucs comme ça.


                              • L M (---.---.32.67) 19 janvier 2007 19:25

                                « King kong theorie » a l’immense mérite de décrire très clairement des réalités très quotidiennes.

                                C’est une redéfinition du féminisme, dont le moteur est la volonté de redéfinir divers acquis et institutions, - ici non pas tant la prostitution ou le porno, il me semble, que ce à qui ils posent problèmes, que tout ce qui se sent menacé par eux : le couple, la masculinité, le regard social quotidien. Il faut le dire : l’argumentaire est très convainquant, même si la pillule peut sembler dure à avaler à qui n’est pas familer des questionnements abordés ; c’est tout le propos de les regarder ici avec le plus de lucidité possible - et d’autant plus qu’ils sont difficiles, parce qu’ils remettent en cause des valeurs très établies, tellement établies qu’il peut sembler suicidaire de les secouer un peu trop... sauf que le bout de la réflexion, comme certains l’ont dit, aboutit à quelque chose du domaine du possible et du meilleur.

                                Dire que, parce qu’on se pose de telles questions, on « écrit comme un pied », qu’il faut « un peu de poésie ou de tendresse » (je cite certains commentaires), ne démontre que d’avantage que ce type de propos, de démarche, est en tout point nécessaire : il est nécessaire d’aborder des sujets qui n’ont pas droit de cité, qui menacent une partie du corps social, ou d’un fantasme de corps social même pas réel, dont personne ne profite, mais qui est accepté de tous comme étant ce qu’il faut faire, ce qu’il faut rêver, sans l’avoir jamais questionné en profondeur (nos vies sont-elle réellement pleines de poésie, pleines de tendresse ?) ; et qui, faut-il le dire, en écrase plus d’un qui a le malheur de ne pas vouloir ou ne pas savoir s’y reconnaître ; écrasent, même, nombre de ceux qui affirment haut et fort s’y reconnaitre, mais ressentent parfois comme un « vide » dans leur vie, l’impression d’une « erreur de parcours » - libre à eux. Mais libre aux autres aussi, et cela ne va pas de soi.

                                D’autre part (pour répondre à la « découverte » du problème qui, comme en psychanalyse, ne suffit pas à le résoudre), les vérités et réalités mises à jour par cette réflexion (il faut, au moins, lire le livre pour s’en rendre compte), si elles n’offrent évidement pas à qui les lira l’accès direct et immédiat à une liberté individuelle (la littérature offre la possibilité d’une liberté d’abord intellectuelle), est en revanche un premier pas, ou l’un des pas nécessaires à une refonte des esprits, à une refonte de son esprit personnel-à-soi ; pour qui en sent la nécessité (autrement dit pour qui a l’intuition que quelque chose cloche quelque part, en soi, en sa sexualité, en ses rapports amoureux, etc), l’aide qu’il apporte n’est pas négligeable ; le cheminement qui mène à un « mieux », s’il est long et loin d’être évident, passe malgré tout par une réflexion de ce type, ou bien ne passe nulle part ; sa relative inefficacité immédiate dans les faits, n’a pas à remettre en cause son intérêt, je pense que vous l’admettrez...


                                • L M (---.---.32.67) 19 janvier 2007 19:27

                                  pardon, j’ai écrit « poésie » au lieu de « romantisme », mais c’est proche, je pense...


                                • R_50 (---.---.77.181) 24 février 2007 14:35

                                  Salut, je veux si possible voir des films porno dans ma boite de reception(e-mail). Je vous dis merci d’avance. A bientôt !!!!


                                  • Antigone 1er mars 2007 21:21

                                    Après avoir lu quelques commentaires sur VD, il me semble que Virginie a audacieusement réussi son coup, à savoir provoquer déranger et faire parler d’elle, de ça, et trouver un filon juteux à une époque ... Cela aura au moins le mérite de faite se masturber intellectuellement et physiquement les lecteurs et spectateurs et secouer aussi le conformisme. Cela dit ayant connu à 15 ans VD qui m’a hébergée, j’ai squatté chez elle, je peux vous dire que c’est une personne très instruite très intelligente et trop sensible peut être ? Pourtant j’ai trouvé « Baise moi » à chier car sordide entre autre mais j’apprécie VD par le souvenir que j’en ai gardé et je ne peux que m’incliner devant sa capacité à créer et tenter de panser des plaies ou peut-être d’en réouvrir ? à travers des messages qui bousculent les idées reçues ou même dénoncent la violence dont ce monde est capable ... Si vous croisez La Despentes passez lui le bonjour de la petite Raf...


                                    • C.Q.F.D. C.Q.F.D. 2 février 2013 12:42

                                      Virginie et Frigide sont des noms qui vont très bien ensemble.

                                       

                                      L’une est née en 1962 et a été l’égérie de « La manif pour tous ». L’autre est née en 1969, année érotique, et a livré au magazine Têtu un brûlot inoubliable contre Lionel Jospin, l’austère qui se marre et qui a déclaré au sujet du «  mariage pour tous » :

                                       

                                      "C’est la position de mon parti, et donc je la respecte (…) Ce n’était pas la mienne au départ« , (…) »L’idée fondamentale" est que « l’humanité est structurée entre hommes et femmes. »(…) "Je ne sais pas ce qu’est le mariage pour tous au moment où, non seulement beaucoup de gens se pacsent ou vivent ensemble sans se marier, mais où beaucoup de mariages se défont« (…) »Il faudrait employer une expression plus précise, qui est un mariage offert aux couples homosexuels".[1]

                                       

                                      L’une a couru les plateaux télé pour défendre un « catholicisme branché ». L’autre a écrit dans son langage fleuri : « Donc, selon Lionel Jospin, il faut que je comprenne, et que je n’aille pas mal le prendre : depuis que je ne suce plus de bite, je compte moins. Je ne devrais plus réclamer les mêmes droits. C’est quasiment une question de bon sens.

                                       

                                      L’une a redécouvert la foi et en a fait un livre en 2011 : Confessions d’une catho branchée. L’autre est « devenue lesbienne à 35 ans »[2].

                                       

                                      L’une est d’origine bourgeoise et catholique. L’autre pas.

                                       

                                      Les deux ont fait de la provocation dans leur folle jeunesse. L’une en participant à l’aventure Jalons et en jalonnant sa vie littéraire de livres aux titres aussi provocateurs que J’éduque mes parents,] J’élève mon mari (Lattès) et Manuel de survie de la femme moderne. L’autre en publiant des titres tout aussi provocateurs comme Baise-moi et Les Chiennes savantes.

                                       

                                      Au fond, elles se ressemblent assez Frigide Barjot et Virginie Despentes, d’autant que pour l’état civil la première se nomme Virgine Tellenne.

                                       

                                      Et la découverte qu’elles ont faite, l’une de la foi, l’autre de son homosexualité, est bien tardive. Claudel lui, avait rencontré Dieu à 18 ans le jour de Noël en 1886[3].

                                       

                                      D’ailleurs, doit-on parler de conversion ou de reconversion ?

                                       

                                      La bourgeoise a toujours été catholique et de droite. Quant à l’autre Virginie, elle enfile des perles pour illustrer une radicalité hautement revendiquée :

                                       

                                      « Je m’étais déjà dit que je ne me voyais pas « femme » comme le sont les « femmes » qui couchent gratos avec des mecs comme lui (Jospin), mais jusqu’à cette déclaration, je n’avais pas encore pensé à ne plus me définir comme faisant partie de l’humanité. Ça va me prendre un moment avant de m’y faire. C’est parce que je suis devenue lesbienne trop tard, probablement. »

                                       

                                      «  Jospin, comme beaucoup d’opposants au mariage gay, est un homme divorcé. Comme Copé, Le Pen, Sarkozy, Dati et tuti quanti. » (Rachida, elle en a )

                                       

                                      « On sait que les hétérosexuels divorcent plus facilement qu’ils ne changent de voiture. »

                                       

                                      «  Moi je suis pour tout ce qui est punk rock, alors cette idée d’une immense partouze à l’amiable, franchement, je trouve ça super seyant. Mais pourquoi tant de souplesse morale quand ce sont les hétéros qui se torchent le cul avec le serment du mariage, et cette rigidité indignée quand il s’agit des homosexuels ? »

                                       

                                      «  ne vous en faites pas pour la polygamie : vous y êtes déjà. Quand un bonhomme paye trois pensions alimentaires, c’est quoi, sinon une forme de polygamie ? »

                                       

                                      «  J’ai l’impression qu’en tombant amoureuse d’une fille (qui, de toute façon, refuse de se reconnaître en tant que femme, mais je vais laisser ça de côté pour ne pas faire dérailler la machine à trier les humains-moins humains de Lionel Jospin) j’ai perdu une moitié de ma citoyenneté. J’ai l’impression d’être punie. Et je ne vois pas comment le comprendre autrement. Je suis punie de ne plus être une hétérote, humaine à cent pour cent. Pendant trente cinq ans, j’avais les pleins droits, maintenant je dois me contenter d’une moitié de droits. Ça me chagrine que l’Etat mette autant de temps à faire savoir à Lionel Jospin et ses amis catholiques qu’ils peuvent le penser, mais que la loi n’a pas à être de leur côté. »

                                       

                                      Bon, les deux Virginies avaient un peu disparu et elles avaient le plus grand besoin de faire parler d’elles.

                                       

                                      Mais quand on voit l’Eglise se faire représenter par une Frigide Barjot[4], on peut dire qu’en France le ridicule ne tue plus.

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