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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Will Ferrell dans « Semi-Pro » : un sacré numéro !

Will Ferrell dans « Semi-Pro » : un sacré numéro !


Bon, à défaut de Cannes, j’ai été voir Semi-Pro à l’UGC Orient Express (Paris, salle pleine, séance à 3 € via la semaine UGC) et c’est pas mal du tout. J’ai bien ri.

Le tube funky-disco Love me Sexy, une sorte de parodie du génial Barry White, est poilant à souhait. Ce Semi-Produ 2 étoiles sur 4 pour moi - est à la fois chaud (c’est un film rond qui tourne bien, façon blague de potaches ou buddy movie éminemment sympatoche) et show (Saturday Night Fever/Live), et l’on s’amuse, via nos losers sportifs du dimanche cultivant pastiches et postiches, à retrouver tous les tic des 70’s, notamment vestimentaires, les rouflaquettes, les coupes afros à la Jackson Five (y compris chez les Blancs en moumoutes succombant à la mode United Colors of Benetton), les pattes d’eph’, la couleur orange partout, les boules à facettes vintage, les cols pelles-à-tartes, les chemises froufroutantes hallucinogènes et, chez les Blacks, on est alors vraiment très loin de la retenue straight de Denzel Washington (alias Frank Lucas) dans les mean streets et les « rues noires » d’American Gangster. Ici, ça y va puissance 100 000 volts de fanfare bariolée avec les voitures rutilantes, les costumes outranciers de Super Fly et la mode maquereau psychédélique sur fond de blaxploitation bling-bling - on remarquera, via le nom facétieux de Jackie Moon (en soi, tout un programme), une référence directe au fucking masterpiece, quasi homonyme, de Tarantino (Jackie Brown, 1997). Très dôles aussi les présentateurs vedettes érotomanes du show télé Tropics Weekly passant leur temps à parler fesses (saluant le grand cœur des pom-pom girls alors qu’ils louchent sur leur « boule » de ballgirls !) ou à casser verbalement les joueurs bons à rien plutôt qu’à commenter leurs actions sportives sur le parquet (rien à) ciré de la ABA/NBA : show devant, nos joueurs, mixant fumette et dribble, dansent non-stop le disco, yo !

Le pitch du film est simple  : Jackie Moon/Will Ferrell a fait fortune (grâce au jackpot de son tube Love me Sexy écrit par sa maman !), il est devenu le propriétaire - se voulant - cultissime d’une équipe semi-professionnelle de basket, en passe de passer du petit tournoi ABA au tournoi NBA, ayant pignon sur rue. Pour ce faire, il engage une ancienne « star » des terrains (de la NBA, National Basketball Association), blessée au genou, un certain… Monix (Woody Harrelson), plus proche d’ABBA que de la NBA, voire d’ABA. Ainsi, rien n’y fait, nos has been notoires restent bien nuls et c’est pour ça que le public les adore : nos chers pieds nickelés estampillés Flint Tropics, allant même jusqu’à faire asseoir le public du même côté pour faire croire aux téloches qu’il y a du monde ou bien à se battre avec leurs adversaires, façon Bud Spencer & Terrence Hill, pendant les coupures de pub (la scène la plus amusante du film selon moi, avec celle, aussi, du combat de zozos entre Moon et un ours de zoo). Il s’agit pour eux de miser sur l’entertainment à tout prix des tours de chauffe et des avant-matchs, the show must go on, on assiste alors à des shows granguignolesques bon enfant, mâtinés d’un esprit Club Med freestyle à 200 %, la totale !

Entre nous, Will Ferrell, ce mec-là est hénaurme, voilà un comique égotiste qui joue à 360° avec son sur-je(u), il cultive à l’écran, via un douzième degré fort prononcé, l’art de la troisième mi-temps et du décalage avec une maestria et une liberté étonnantes. Certes, il a moins l’élasticité corporelle d’un Jim Carrey (le visage-masque) ou l’exubérance Swinging London d’un Mike Myers (au mojo, labellisé Austin Powers, d’enfer), mais il a un truc à lui qui le rend irrésistible, farcesque, à part, à savoir le fait qu’il maîtrise à la perfection sa mécanique de jeu : il passe en un rien de temps de « l’easy playing » (son équipe s’appelle Flint Tropics – trop cool, quoi !) au pétage de plombs tous azimuts, prenant visiblement son pied à cultiver une « dépression hostile » envers les autres dans ses joutes verbales et autres ping-pongs langagiers farfelus
voire, pour s’en convaincre, ses surchauffes colériques envers le brave arbitre psychorigide des matchs, du genre ses hurlements « je sais où t’habites, on va cramer ta maison, ta bagnole », etc. C’est à pisser de rire ! Deux exemples en roue libre, basés sur la redite et la répétition du même, m’ont également ravi : lorsque Jackie Moon est dans une réunion et qu’il parle à des dirigeants du basket super professionnel, à un moment il mouline à vide avec ses bras et il dit que ces derniers sont en trop, qu’il a envie de les couper parce qu’il le gêne, c’est très drôle car on sent bien qu’il s’amuse de ses effets de manche d’acteur cartoonesque, cherchant nullement le moindre vérisme dans son jeu ou dans ses réactions en chaîne. Autre exemple, toujours dans la même scène de « réunionite aiguë », il refait en un seul plan deux fois le même geste et la même parole (le bras tendu vers l’autre), comme s’il jouait éternellement avec la touche rewindsouriez, je suis filmé ! et qu’il avait particulièrement intégré le comique de répétition démultiplié à l’extrême qu’il affiche comme tel (deux fois la même attitude, coup sur coup), tel un blason, histoire de montrer que le rire est bien du mécanique plaqué sur du vivant. Et, à la fin, c’est par deux fois qu’on le voit shooter au panier à la cuillère. Dans la salle où j’étais, j’étais assis à côté de deux Blacks, visiblement grands amateurs de basket pro, littéralement écroulés devant ce geste improbable bissé.

Certes, Semi-Pro n’est pas le meilleur de son « auteur » (beaucoup trop de gags tombant à plat, dommage), avec Will Ferrell je lui préfère des Rois du patin, des Serial noceurs et autres Ricky Bobby : roi du circuit (encore du sport parodié !) mais, bien qu’inégal, c’est vraiment bien huilé, assez bien rythmé (de bonnes accélérations), bien cadré (de bons gags visuels), et c’est vraiment, à part un OSS 117, Le Caire, nid d’espions (2006) de Michel Hazanavicius qui est hélas l’exception à la règle, mille coudées au-dessus de nos braves comédies made in France à l’humour old school, au filmage marketing plan-plan, voire hideux (surabondance de marques & de logos à l’écran), et au jeu balourd, je pense à des Disco, Bienvenue chez les Ch’tis, Randonneurs à Saint-Tropez
malgré la présence pétaradante d’un Benoît Poelvoorde sous-exploité et autres Astérix aux Jeux olymfrics. Bref, dans l’Hexagone, on a vraiment du boulot pour allier fond et forme (sens du détail qui fait mouche) comme le font si bien les Ricains (pros) dans leurs comédies débridées et hilarantes signées Jack Black, Ferrell, Carrey, Farrelly, Reilly, McKay et Apatow  eh oui, par Toutatis, prenons-en de la graine ! Bref, si vous aimez vous marrer avec des personnages sympas et le tout dans un bon esprit, ce Semi-Pro est fait pour vous !

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