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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Woody Allen : l’amoralité amoureuse

Woody Allen : l’amoralité amoureuse

 

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 Quoi qu’il advienne, quel que soit le sujet, je ne manque JAMAIS un film de Woody Allen et ils sont peu nombreux ces réalisateurs dont chaque film recèle une trouvaille, dont chaque film est une réussite (même si certains évidemment sont meilleurs que d’autres, ou plus légers que d’autres), une véritable gageure quand on connaît la productivité de Woody Allen qui sort quasiment un film par an.

 

Imaginez donc mon désarroi d’avoir manqué celui-ci au dernier Festival de Cannes (non, vous ne pouvez pas : c’est insoutenable surtout sachant que mes acolytes festivaliers en sortaient tous le sourire aux lèvres, réjouis et un brin narquois envers ma malchance…) et mon impatience de le voir dès sa sortie en salle. Je me demande comment j’ai pu attendre trois jours après sa sortie surtout sachant que, dans mon impatience, je pensais qu’il sortait la semaine dernière… Bref, alors ce dernier Woody Allen était-il à la hauteur de l’attente ?

 

Evidemment, il serait malvenu de le comparer à la trilogie londonienne (cliquez ici pour accéder à mes critiques des trois films de la trilogie), véritable bijou d’écriture scénaristique et de noirceur jubilatoire. Ce dernier est plus léger (quoique…), et pourtant..., et pourtant c’est encore une véritable réussite, qui ne manque ni de sel (pour faire référence à une réplique du film), ni d’ailleurs d’aucun ingrédient qui fait d’un film un moment unique et réjouissant.

 

Pitch : Vicky (Rebecca Hall) et Cristina (Scarlett Johanson) sont d’excellentes amies, avec des visions diamétralement opposées de l’amour : la première est plutôt raisonnable, fiancée à un jeune homme « respectable » ; la seconde est plutôt instinctive, dénuée d’inhibitions et perpétuellement à la recherche de nouvelles expériences passionnelles. Vicky et Cristina sont hébergées chez Judy et Mark, deux lointains parents de Vicky, Vicky pour y consacrer les derniers mois avant son mariage et y terminer son mémoire sur l’identité catalane ; Cristina pour goûter un changement de décor. Un soir, dans une galerie d’art, Cristina remarque le ténébreux peintre Juan Antonio (Javier Bardem). Son intérêt redouble lorsque Judy lui murmure que Juan Antonio entretient une relation si orageuse avec son ex-femme, Maria Elena (Pénélope Cruz), qu’ils ont failli s’entre-tuer. Plus tard, au restaurant, Juan Antonio aborde Vicky et Cristina avec une « proposition indécente ». Vicky est horrifiée ; Cristina, ravie, la persuade de tenter l’aventure...

 

Les jeux de l’amour et du hasard. Un marivaudage de plus. Woody Allen fait son Truffaut et son « Jules et Jim » pourrait-on se dire à la lecture de ce pitch. Oui mais non. Surtout non. Non parce que derrière un sujet apparemment léger d’un chassé-croisé amoureux, le film est aussi empreint de mélancolie et même parfois de gravité. Non parce qu’il ne se contente pas de faire claquer des portes, mais d’ouvrir celles sur les âmes, toujours tourmentées, du moins alambiquées, de ses protagonistes, et même de ses personnages secondaires toujours croqués avec talent, psychologie, une psychologie d’une douce cruauté ou tendresse, c’est selon. Non parce que le style de Woody Allen ne ressemble à aucun autre : mélange ici de dérision (souvent, d’habitude chez lui d’autodérision), de sensualité, de passion, de mélancolie, de gravité, de drôlerie, de cruauté, de romantisme, d’ironie...

 

Woody Allen est dit-on le plus Européen des cinéastes américains, alors certes on a quitté Londres et sa grisaille pour Barcelone dont des couleurs chaudes l’habillent et la déshabillent, mais ce qu’il a perdu en noirceur par rapport à la trilogie londonienne, il l’a gagné en sensualité, et légèreté, non pour autant dénuées de profondeur. Il suffit de voir comment il traduit le trouble et le tiraillement sentimental de Vicky lors d’une scène de repas où apparaît tout l’ennui de la vie qui l’attend pour en être persuadé. Ou encore simplement de voir comment dans une simple scène la beauté d’une guitare espagnole cristallise les émotions et avec quelle simplicité et quel talent il nous les fait ressentir. (Eh oui Woody Allen a aussi délaissé le jazz pour la variété et la guitare espagnoles…)

 

 Javier Bardem, ténébreux et troublant, Penelope Cruz, volcanique et passionnelle, Scarlett Johanson (dont c’est ici la troisième collaboration avec Woody Allen après Match Point et Scoop…et certainement pas la dernière), sensuelle et libre, Rebecca Hall, sensible et hésitante : chacun dans leurs rôles ils sont tous parfaits, et cette dernière arrive à imposer son personnage, tout en douceur, face à ces trois acteurs reconnus et imposants (dommage d’ailleurs que son personnage n’apparaisse même pas sur l’affiche, c’est finalement le plus intéressant, mais certes aussi peut-être le plus effacé... dans tous les sens du terme.)

 

 A la fois hymne à la beauté (notamment de Barcelone, ville impétueuse, bouillonnante, insaisissable, véritable personnage avec ses bâtiments conçus par Gaudi , le film ne s’intitulant pas Vicky Cristina Barcelona pour rien) et à l’art, réflexion sur l’amoralité amoureuse et les errements et les atermoiements du corps et du cœur, Woody Allen signe une comédie (on rit autant que l’on est ému) romantiquement sulfureuse et mélancoliquement légère, alliant avec toute sa virtuosité ces paradoxes et s’éloignant des clichés ou de la vulgarité qui auraient été si faciles pour signer un film aussi élégant que sensuel. Cet exil barcelonais pourra en déconcerter certains, mais c’est aussi ce qui imprègne ce film de cette atmosphère aussi fougueuse que cette ville et ces personnages.

 

Malgré les 72 ans du cinéaste, le cinéma de Woody Allen n’a pas pris une ride : il fait preuve d’une acuité, d’une jeunesse, d’une insolence, d’une inventivité toujours étonnantes, remarquables et inégalées. Un voyage barcelonais et initiatique décidément réjouissant. Vivement le prochain ! En attendant je vous laisse réfléchir à l’idée défendue dans le film selon laquelle l’amour romantique serait celui qui n’est jamais satisfait… A méditer !

Cet article est extrait du blog "In the mood for cinema" : http://www.inthemoodforcinema.com

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8 réactions à cet article    


  • del Toro Kabyle d’Espagne 13 octobre 2008 15:56

    Le film sera-t-il aussi boulversant et détonnant que Match Point ?
    J’ai de sérieux doutes.


    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 13 octobre 2008 17:20

      Mis à part quelques petites facilités de scénario, j’ai trouvé ce film très réussi. On se laisse emporter par l’ambiance et l’histoire est pleine de rebondissements captivants.
      Il ne faut pas y voir une quelconque démonstration, mais il est clair qu’il y a là un signe de plus de la désagrégation du schéma traditionnel de la vie en couple.
      Pour résumer, ce film m’a fait l’impression d’un Röhmer made in U.S.A.
      Une très bonne cuvée donc.
      Mais il ne fait pas partie des films d’Allen qui m’ont le plus marqué.
      Mon préféré, c’est "le sortilège du scorpion de jade".


      • Pierrot Pierrot 13 octobre 2008 18:26

        Bonjour,

        j’ai vu le dernier film de Woody Allen et j’ai été déçu : intrigue sans intérêt, scénario un peu caricatural de l’Espagne et des Espagnols et des riches Américaines.
        Les 4 principaux acteurs jouent très bien mais c’est insuffisant pour faire un bon film. 


        • del Toro Kabyle d’Espagne 13 octobre 2008 20:33

          C’est, entre autres, ce que je redoute.
          Merci Pierrot.
          Au fait, avez-vous une préférence pour un film (voire plusieurs) ?


        • Luciole Luciole 13 octobre 2008 21:29

          Encore un film ou un type se tape des nanas qui ont la moitié de son âge !
          Dans les années 50, le cinéma français a beaucoup dénoncé le désir des hommes âgés pour les jeunes femmes et mettait en valeur les amours de personnes du même âge.
          Ce temps est révolu et dans la plupart des films on trouve des play-boy de 60 ans qui séduisent de belles trentenaires ou comme ici un homme de 45 avec des femmes de 20 ans.

          Chose suprenante, on n’a pas beauoup réédité Harold et Maud ces derniers temps...


          • Gasty Gasty 13 octobre 2008 22:09

            S’il devait faire dans son froc à cause d’une gastro, on lui trouverait un talent vachement chier quoi !


            • ARFF 14 octobre 2008 07:41

              je suis un grand fan de woody Allen , je n’ai pas vu le dernier et j’ai hate de le découvrir.
              Certain de ses films n’ont semble-il aucun interet, mais pour moi il y a dans chacun d’eux au moins un mouvement de camera, une phrase dite au detour, un instant, une direction particuliere qui me dont crier "au genie" !

              j’y peux rien , j’ai deja essayé de me soigner :)

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