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Woody Allen, une carrière en deux parties

Devenu célèbre pour son humour caustique et ses comédies avec pour cadre New York, ville qu'il incarne comme bien d'autres cinéastes (Martin Scorsese, James Gray), Woody Allen a pris un virage à 180° au milieu des années 2000, à 70 ans ... Délaissant Big Apple pour l'Europe et la comédie pour des films plus dramatiques, le natif de Brooklyn faisait sa mue, jetant aux oubliettes ce qui faisait sa marque de fabrique depuis Annie Hall, oscarisé en 1977 ...

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Qui n'a pas ri un jour devant un bon vieux Woody ? Annie Hall (1977), la Rose Pourpre du Caire (1985), Crimes et Délits (1989), Meurtre Mystérieux à Manhattan (1993), Harry dans tous ses états (1998) ou encore le Sortilège de Scorpion de Jade (2001), autant de comédies avec un humour décapant et des dialogues géniaux. La France avait Michel Audiard (contributeur entre autres des Tontons Flingueurs en 1964 puis de Garde à Vue en 1981), l'Amérique eut Woody ...

Mais en 2005, le réalisateur new-yorkais sort sur les écrans des salles obscures un véritable OVNI au vu de sa filmographie : Match Point ... Après Diane Keaton et Mia Farrow, Woody s'est trouvé une nouvelle muse avec Scarlett Johansson, une blonde dont le regard de glace aurait plu à feu Alfred Hitchcock. Peu de réalisateurs ont touché à différents genres : Stanley Kubrick bien sûr, mais aussi Steven Spielberg, David Fincher, Quentin Tarantino, François Truffaut, Clint Eastwood, Roman Polanski ou Christopher Nolan. Tant d'autres ont épousé un genre bien particulier : Scorsese, Coppola, Hitchcock, Visconti, Almodovar, Chabrol, Gray ou encore les frères Coen ...

C'est en Europe, à Londres, que Woody Allen pose ses quartiers pour ce film inspiré d'une Place au Soleil (1951) avec Montgomery Clift ou Elizabeth Taylor. C'est près de Waterloo station que Woody va trouver son soleil d'Austerlitz et tourner l'un de ses plus grands films, de ceux qui marquent une filmographie d'une pierre blanche. Un ancien tennisman professionnel, Chris Wilton (incarné par l' excellent Jonathan Rhys-Meyers) épouse Chloé Hewett (alias Emily Mortimer) et assure son avenir du fait des relations de son beau-père. Mais très vite, torturé dans son somptueux appartement longeant la Tamise, Chris ne pense plus qu'à Nola Rice, une Américaine qui avait flirté avec Tom, le frère de Chloé ...

Convoquant les airs d'opéra du virtuose ténor italien Enrico Caruso sous la brume anglaise, Woody réussit un véritable chef d'oeuvre qui mêle intrigue policière et triangle amoureux ... Scarlett Johansson, à seulement 20 ans, crève l'écran, elle qui avait déjà été dirigée par Robert Redford en 1998 dans l'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, mais aussi par Sofia Coppola en 2003 dans Lost in Translation, ou encore par Peter Webber en 2003 dans la Jeune Fille à la Perle.

Nourri par les fées du destin au nectar et à l'ambroisie, Jonathan Rhys-Meyers semble promis à un destin similaire à Hollywood ... Mais l'acteur irlandais, rongé par l'alcool, tombera du Capitole à la Roche Tarpéienne, voyant sa carrière compromise du côté du septième art. Le petit écran, via les Tudors, lui offrira un garde-fou avec un rôle à la démesure de son talent, celui du roi Henry VIII d'Angleterre ...

Ayant perturbé les critiques du Noveau Monde comme du Vieux Continent, Woody persiste et signe en 2006 : il reste à Londres, conserve la sublime Scarlett Johansson en tête d'affiche, et garde une intrigue policière. Hugh Jackman rejoint le casting de Scoop, au ton plus léger que Match Point, mais qui n'en possède pas la profondeur. L'essai est cependant transformé, voilà un deuxième film 100 % européen dont la pierre angulaire ne sont pas les dialogues ravageurs du Woody insatiable d'Annie Hall

En 2007, le maestro boucle sa trilogie dans la Perfide Albion avec le Rêve de Cassandre, l'histoire de deux frères qui vont vendre leur âme de Faust à un Méphisto qui n'est autre que leur oncle, incarné par Tom Wilkinson. Ewan McGregor et Colin Farrell excellent tous deux dans ce drame policier qui porte le nom du bateau sur lequel se déroulera l'épilogue tragique de ce film qui ne sera cependant pas plébiscité par la critique. Après avoir tourné avec George Lucas dans la prélogie Star Wars et avant de retrouver Polanski pour The Ghost Writer, Ewan McGregor coche la case Woody Allen sur son C.V., comme tant d'autres acteurs fascinés par ce vieux sorcier de l'humour.

Ce sera tout l'inverse pour l'opus suivant, car toujours aussi prolifique, Woody continue d'écrire, tourner, monter et produire un film par an ! En 2008, cap sur l'Europe méditerranéenne, loin des nuages anglo-saxons. C'est à Barcelone que Woody pose ses valises et sa caméra de septuagénaire pour Vicky Cristina Barcelona. En Catalogne, il retrouve Scarlett Johansson, alias Cristina, et fait une place au casting à Rebecca Hall, déjà vue dans le Prestige chez Christopher Nolan ou encore Frost/Nixon chez Ron Howard. Ce film tourné dans la villede Gaudi fait une place de choix aux deux acteurs espagnols les plus bankables du moment, Javier Bardem et Pénélope Cruz, alias Juan Antonio et Maria Elena.

La scène d'ouverture où Juan Antonio propose un week-end à Oviedo aux deux touristes américaines a le mérite de la clarté : ce film hédoniste fera voler en éclats toutes les conceptions sur la famille traditionnelle ou le couple ... On retrouve, comme dans Match Point, le grand thème classique du triangle amoureux, pour ne pas parler du quadrilatère. Colline de Tibidabo, ancien quartier royal de Pedralbes, Woody utilise à merveille ces sites périphériques de Barcelone ...

En 2009, dans Whatever Works, il offre un rôle de choix à Evan Rachel Wood, que Darren Aronofsky a fait jouer dans The Wrestler aux côtés de Mickey Rourke. Moins réussi, ce film ne pérennisera pas la relation artistique entre la jeune actrice et le vieux réalisateur, revenu pour l'occasion tourner à domicile ... Evan Rachel Wood, elle, rebondira chez George Clooney en 2011, donnant la réplique à Ryan Gosling dans les Marches du Pouvoir.

En 2010, de retour à Londres,Woody nous offre un casting somptueux : Naomi Watts, Josh Brolin, Anthony Hopkins, Antonio Banderas et Freida Pinto sont réunis pour une comédie pittoresque, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, melting-pot de personnages hauts en couleur : romancier en panne d'inspiration mais incapable de tourner la page tout en tombant amoureux d'une charmante jeune fille d'origine indienne, patron charismatique ne laissant pas indifférente la femme de cet écrivain. Le père de cette dernière, un septuagénaire voyant le viagra comme une fontaine de jouvence, se marie avec une bimbo vénale, tandis que son ex-épouse se retrouve à la merci d'une voyante sans scrupules ...

2011 voit Woody traverser la Manche pour ce qui reste sans doute, après Match Point, l'un des climax de sa période européenne : Minuit à Paris, où la présence de la Première Dame de France, Carla Bruni-Sarkozy, fait le buzz ... Le casting est très riche du fait de la duplicité du scénario entre époque contemporaine et les années 20 du Paris artistique d'Hemingway, Dali, Picasso et Gertrude Stein. Dans le présent, on retrouve donc Owen Wilson, Rachel McAdams, Michael Sheen ou encore Léa Seydoux, tandis qu'Owen Wilson est le seul à voyager vers le passé de Marion Cotillard, Kathy Bates, Adrien Brody ...

Après Angleterre, Espagne et France, Woody rejoint l'Italie en 2012 pour To Rome with Love avec Ellen Page (Juno) et Jesse Eisenberg (The Social Network). Après Paris la Ville Lumière, Rome la Ville Eternelle, qui sont leurs seules jumelles réciproques. Seule Paris est digne de Rome, seule Rome est digne de Paris (postulat qui date de 1956). Mais la mayonnaise ne prend pas, aussi Woody revient aux fondamentaux en 2013 avec un film exceptionnel porté par une Cate Blanchett au pinacle de son talent : Blue Jasmine. Cette comédie sur la dépression nerveuse bénéficie aussi de la présence d'Alec Baldwin, et se passe en Amérique du Nord, à San Francisco, loin de la Grosse Pomme et de l'Europe, ce nouvel Eldorado ...

2014 voit Woody revenir en France avec Magic in the Moonlight, sur la Côte d'Azur, avec Colin Firth mais surtout sa nouvelle muse, Emma Stone, qu'il retrouvera en 2015 pour l'Homme Irrationnel, avec Joaquin Phoenix, tourné aux Etats-Unis.

Les années suivantes voient Woody poursuivre ses voyages mais dans le temps, car on revient pour de bon aux Etats-Unis : Café Society avec Jesse Eisenberg, Blake Lively et Kristen Stewart dans le contexte hollywoodien des années 50, puis Wonder Wheel avec Kate Winslet et Justin Timberlake. 

Désormais, dans le tourbillon qui a suivi le scandale Weinstein, voilà Woody Allen (tout comme Kevin Spacey) cloué au pilori et en retraite anticipée ... Sa tournée européenne aura donc pris fin sur la Riviera en 2014 ...


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15 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 15 février 21:03

    Bonsoir, Axel

    Woody Allen est assurément l’un des géants contemporains du cinéma, et quasiment tous les films cités dans l’article sont d’excellents opus, et pour certains des chefs d’oeuvre. 

    J’ajouterais aux films cités Hannah et ses soeurs, Accords et désaccords et Blue Jasmine.

    Heureusement qu’il a tourné le dos aux films de sa première période, presque tous affligeants à l’image de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe !


    • Axel_Borg Axel_Borg 16 février 08:33

      Salut Fergus,

      Pour « Hannah et ses soeurs », il faudrait que je le revoie, mais dans mes souvenirs c’est une comédie assez sombre avec le personnage de Max Von Sydow, un vieil érudit totalement asocial.

      Pour ses débuts, oui clairement cela ne vole pas très haut, le premier vrai film (et chef d’oeuvre) c’est « Annie Hall » en 1977.

      Géant du cinéma, oui en effet, malheureusement pour lui (comme pour Kevin Spacey) c’est terminé il n’aura plus un seul financement pour faire un film ...

      Wonder Wheel pourrait être son dernier opus, on verra s’il parvient à faire sortir « A Rainy Day in New York » ...


    • velosolex velosolex 15 février 23:09

      Wonder whell, blue jasmine, l’homme irrationnel. Bon dieu quels films. Le vieux Woody que je croyais mort et enterré, ne sortant plus que des bluettes sympas mais bien vides où il hystérisait avec de belles égéries, m’a vraiment étonné après avoir réalisé toute cette série, qui est partie de« match point » ; il y avait quelque chose de nouveau, un peu cynique et tenant du polar bien incisif à la Hitch dans ces films qui m’ont fait pensé aux frères Coen. Bien sûr un film comme « intérieurs », qui remonte aux années 70 avait ces promesses, mais il trimballait toujours ce ton un peu bavard des films français, cabotins, qui pour moi sont des arrêts sur l’image, le contraire du cinéma, sauf exception à la Rohmer, ou il réussissait parfois, et qu’il ne peut s’empêcher d’ailleurs de remettre sur la pellicule. Il y a aussi ce troisième Woody inspiré par les grands comiques, qui nous a fait tout de même quelques réussites, genre « zelig ». 


      • Axel_Borg Axel_Borg 16 février 08:37

        @velosolex,

        A chaque fois aussi quelle capacité à tirer le meilleur de grands acteurs pourtant déjà pourvus en rôle de choix : Cate Blanchett, Joaquin Phoenix ou Kate Winslet pour les 3 films que tu cites.

        Dans le cas de l’actrice australienne pour Blue Jasmine en 2013, c’est LE rôle de sa carrière. Tandis que Phoenix n’a pas égalé l’impact de Gladiator, We own the night ou Two Lovers avec l’Homme Irrationnel.
        Idem pour Kate Winslet qui frappa deux fois si fort en 2009 avec Revolutionary Road (Les Noces Rebelles) mais surtout The Reader.


      • vesjem vesjem 15 février 23:18

        un abruti pistonné pour faire des navets ; jamais pu voir un seul de ses films en entier, tant ils sont nullos


        • Cadoudal Cadoudal 15 février 23:29

          @vesjem
          Il parait que ça émeut les intellos proches des préoccupations du peuple...

          Même moi, qui ait pourtant lu l’intégrale de Botul, j’en ai rien à foutre de l’étalage vulgaire de la libido d’un pédophile névrosé ...

          Combien la France Langienne lui à filé de pognon pour produire ses navets, ça c’est la question ...

          Le financement de l’internationale pédophile ne devrait pas être à la charge des prolos français.


        • Cadoudal Cadoudal 15 février 23:20

          Moi j’attends son prochain film sur l’humanisme de son pote Weinstein...


          • Dom66 Dom66 16 février 00:23

            @Cadoudal
            Et de son pote « Conne ben dite » smiley etc..


          • Cadoudal Cadoudal 16 février 00:37

            @Dom66
            Ils sont tous bien humanistes et tout et tout, mais moi je les aime uniquement pour leur talent à raconter de belles histoires...lol...


          • troletbuse troletbuse 16 février 00:32

            Je n’ai pas compris le titre. Je ne sais pas de quelles parties parle l’auteur.


            • Axel_Borg Axel_Borg 16 février 08:29

              @troletbuse

              C’est pourtant clairement expliqué dès le début de l’article ... Virage radical en 2005 avec Match Point, à la fois vers l’Europe et des scénarios plus dramatiques.


            • vesjem vesjem 16 février 09:22

              @Axel_Borg
              vers l’europe pour ramasser les subventions ; il a bien été informé le bougre, pour pallier son « blacklistage » aux zétatzunis


            • troletbuse troletbuse 16 février 11:04

              @Axel_Borg
              Ca vous arrive de rigoler un peu, de temps en temps ?
               

               smiley


            • Axel_Borg Axel_Borg 17 février 09:50

              @troletbuse,

              Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne - Woody Allen


            • Axel_Borg Axel_Borg 17 février 09:53

              @vesjem,

              En tout cas l’argent n’était pas mis dans les génériques par Woody. Toujours le même canevas : fond noir, même police en blanc avec une petite musique d’ambiance ...

              Pas aussi mythique que le texte défilant de Star Wars en police jaune ou les génériques de James Bond que doivent exécrer les féministes et autres défenseurs de l’écriture inclusive ...

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