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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Yehudi Menuhin et sa lumière du cœur

Yehudi Menuhin et sa lumière du cœur

« Je persiste à penser que le musicien est quelqu’un à qui l’on peut s’en remettre pour dispenser de l’apaisement à son prochain. » ("Le Voyage inachevé", éd. Seuil, 1976).



Ce vendredi 22 avril 2016, les mélomanes fêtent le violoniste et chef d’orchestre américain Yehudi Menuhin. En effet, c’est le centenaire de sa naissance à New York. Connu dès l’âge de 11 ans, il fut l’un des plus grands violonistes du XXe siècle. Il est mort à 82 ans le 12 mars 1999 à Berlin. À la nouvelle de sa disparition, le Président Jacques Chirac parla de sa « lumière du cœur » tandis que le compositeur Henri Dutilleux insista sur sa générosité.

Ses parents russes émigrés en Palestine (ils se sont rencontrés à Jaffa et s’étaient mariés à New York) ont déménagé à San Francisco et ils allaient écouter l’après-midi les concerts de l’Orchestre symphonique de San Francisco. Pour le petit Yehudi ("le Juif" en hébreu), à 3 ans, ce fut la révélation et la fascination en écoutant le violoniste Louis Persinger (1887-1966), qui fut le premier violon de l’orchestre.

Finalement, Yehudi Menuhin quitta l’école où il s’ennuyait et prit, à l’âge de 4 ans, des cours de violon auprès de Sigmund Anker (1891-1958), puis de …Louis Persinger, qui enseigna aussi à Isaac Stern (1920-2001). Il participa à son premier concert public le 29 février 1924 à Oakland (il n’a que 7 ans !). En 1925, il joua la Symphonie espagnole de Lalo sous la direction d’Alfred Hertz (1872-1942) qui l’embrassa à la fin du concert. Premier succès. Puis il se produisit à New York en 1926.

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La petite famille Menuhin déménagea à Paris, au 96 rue de Sèvres en 1926. Par l’intermédiaire de son nouveau professeur de violon, Georges Enesco (1881-1955), il rencontra le chef d’orchestre Paul Paray (1886-1979) qui l’a auditionné et recruté pour son premier concert public comme premier violon de l’Orchestre Lamoureux le 6 février 1927 à la Salle Pleyel à Paris (il n’avait alors que dix ans !).

Ce fut un triomphe qui le fit connaître. L’anecdote racontée à la Sorbonne le 14 février 1976, lorsque Yehudi Menuhin fut reçu comme doctor honoris causa, fait état d’une audition par Georges Enesco et son ami violoniste Marcel Chailley (1881-1936) de son jeune élève la veille chez Lamoureux et les deux musiciens en furent bouleversés d’émotion.

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Après un séjour dans les Carpates pendant l’été 1927, accompagné par Georges Enesco, Yehudi Menuhin fut invité à jouer au Carnegie Hall avec l’Orchestre symphonique de New York le 25 novembre 1927 sous la direction de Fritz Busch (1890-1951). Il y joua le triple concerto de Beethoven. Ce fut un succès mémorable. Yehudi Menuhin enregistra son premier disque. en 1928.

Après une tournée aux États-Unis, à moins de 13 ans, le 1er avril 1929, il joua trois concertos, Bach, Beethoven et Brahms, dans la capitale mondiale de la musique, Berlin, sous la direction de Bruno Walter (1876-1962). À cette occasion, l’un des spectateurs était …Albert Einstein (lui aussi violoniste) qui lâcha : « Je sais maintenant qu’il y a un Dieu au ciel ! ».

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Les étés 1929 et 1930, lorsqu’il n’était plus en tournée, Yehudi Menuhin suivit l’enseignement d’Adolf Busch (1891-1952) à Bâle, puis ses parents déménagèrent à Ville-d’Avray (de 1930 à 1935) pour rester près de Georges Enesco (et rencontrèrent la famille de Boris Vian). À l’invitation du célèbre compositeur Edward Elgar (1857-1934), il joua et enregistra le concerto pour violon d’Elgar au Royal Albert Hall de Londres en 1932.

Les concerts se succédèrent. Une centaine dans l’année. Avec sa sœur Hepzibah, il joua à la Salle Pleyel à Paris les sonates de Mozart, Schumann, Beethoven, Enesco et Bartok. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il multiplia les concerts (plus de cinq cents concerts) pour aider les combattants et les blessés des Alliés. Il poursuit ses concerts à la libération des camps d’extermination. Puis, il alla en Israël, puis en Inde, puis partout dans le monde répandre l’émerveillement et l’enchantement à l’écoute de son violon qui fut d’abord un Stradivarius de 1733 puis un Stradivarius de 1714 et enfin un Guarnerius del Gesu de 1742.

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Il a fondé des festivals, des écoles, il a enregistré plus de trois cents enregistrements en soixante ans de carrière. Il fut également chef d’orchestre (premier concert à Dallas en 1942) et fut fasciné par le chef d’orchestre allemand Wilhelm Furtwängler (1886-1954). Ressortant de l’oubli le premier concerto de Mendelssohn, il créa plusieurs œuvres contemporaines, entre autres Bartok. Il fut récompensé et honoré dans beaucoup de pays du monde (il fut anobli par la reine Élisabeth II en 1965). "Converti" au yoga, il n’a pas hésité à parler des droits de l’Homme en Union Soviétique, il aida notamment le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch (1927-2007), ni n’hésita à donner des concerts en Israël pour soutenir les réfugiés palestiniens.

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Un festival à Ville-d’Avray le 26 et 27 mars 2016 a été consacré à Yehudi Menuhin. France Musique a consacré au musicien sa journée du 6 avril 2016. Le violoniste et cinéaste Bruno Monsaingeon a réalisé un documentaire sur son ami Yehudi Menuhin, "Le violon du siècle", diffusé sur Arte en 1995 et projeté le 27 mars 2016 à Ville-d’Avray. Bruno Monsaingeon a sorti le 1er avril 2016 un grand coffret de 80 CD et 11 DVD sur Yehudi Menuhin.


1. Symphonie espagnole de Lalo (1933 sous la direction de Georges Enesco).




2. Ave Maria de Schubert.




3. Concerto pour violon en ré majeur, opus 61, de Beethoven (1962 à Londres sous la direction de Wilhelm Furtwängler).



 

4. Interview sur Georges Enesco.





Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yehudi Menuhin.
Albert Einstein.
Les 90 ans de Pierre Boulez.
Une exposition sur Pierre Boulez.
Jean Sibelius.
Armide.
Pierre Boulez.
Henri Dutilleux.
Pierre Henry.
Myung-Whun Chung.
L’horreur musicale en Corée du Nord.
Mikko Franck.
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Concert du 14 juillet 2014.
Le feu d’artifice du 14 juillet 2014.

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13 réactions à cet article    


  • alinea alinea 22 avril 2016 12:40

    Merci pour tous ces enregistrements.
    Je l’ai vu au début des années soixante-dix aux anciennes Salines d’Arc-et-Senans ; des colombes volaient dans cette salle immense et très haute et Menuhin qui jouait sans partition a sauté tout un mouvement ; l’orchestre n’a pas mis deux secondes à le rattraper ; ce fut un moment fantastique ; il souffrait alors d’arthrite dans l’épaule et certains ont dit que son jeu n’était pas aussi fin qu’il avait été ; mais franchement... quel moment !


    • Pierre 22 avril 2016 23:26

      @alinea
      Qu’il ait « sauté » tout un mouvement, cela m’étonnerait. Magnifique homme et violoniste, même si à la fin il ne jouait pas toujours très « propre ».


    • alinea alinea 23 avril 2016 02:44

      @Pierre
      C’est pourtant vrai !!!


    • Pierre 23 avril 2016 14:04

      @alinea

         Vous savez ce qu’est un mouvement ? Qu’il ait sauté une mesure ou manqué une reprise, c’est concevable, mais un mouvement

    • alinea alinea 23 avril 2016 15:02

      @Pierre
      Au contraire, sauter tout un mouvement est beaucoup plus probable ; un mouvement est une unité, pas une partie d’une unité ; vue sa maîtrise, la partie d’une unité est impossible à « sauter » ; le mouvement, oui.
      En tout cas, c’est ce qui s’est passé !! Il faudrait trouver des témoins, la date du concert, exacte, l’oeuvre ( j’ai oublié) !!


    • Pierre 24 avril 2016 00:14

      @alinea
      De quelle oeuvre ?


    • Pierre 24 avril 2016 12:53

      @alinea
      On pourrait en déduire une grande confusion mentale....


    • rocla+ rocla+ 23 avril 2016 14:07

      Elle a raison Alinéa , j’ ai vu moi-même Menuhin sauter , à pieds joints 

       une mesure ... smiley



      • rocla+ rocla+ 23 avril 2016 14:08

        Un jour il a passé la frontière .


        Le douanier 

        Votre nom ? 

        Yéhoudi Menuhin 

        Le douanier  :

        et moi Yéhoudi Merde ...

        • rocla+ rocla+ 23 avril 2016 14:11

          Pour se concentrer Menuhin se mettait à l’ envers sur la tête 

          dans la position du poirier pendant un long moment .

          • alinea alinea 23 avril 2016 15:03

            @rocla+
            C’était un type super, Capitaine !


          • alinea alinea 24 avril 2016 00:30

            J’ai beaucoup de mal à comprendre toute cette négativité sur cet article ! est-ce parce que Menuhin est juif ? parce que l’auteur est malgache ? Qu’il est de droite ? Ou, plus probablement parce que tous les passants sont des sacrés connards ?

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