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Zombis sang pour sang Français

La France n’a pas la réputation d’être une terre propice au fantastique, genre assimilé de manière quasi-systémique aux auteurs anglo-saxons. Une auto-suggestion qui par volonté de s’accrocher à un cartésianisme idéalisé en vient à recouvrir du drap de l’oubli bien des oeuvres du genre : que l’on pense par exemple au Horla de Guy de Maupassant ou à La planète des singes de Pierre Boulle. Cet ostracisme se retrouvant transversalement dans la production cinématographique, où là aussi la volonté de verser dans l’intellichiant permet de disposer des fonds du CNC. C’est pourquoi la sortie de La Horde est une heureuse nouvelle, tant sur le plan qualitatif que sur le plan du dynamitage du conformisme cinématographique.

 

Balles perdues

Avant d’aborder les qualités, ne passons pas outre sur les défauts, ces derniers étant fort heureusement bénins avec l’espoir d’être corrigés pour le prochain métrage de Yannick Dahan et Benjamin Rocher.

Par exemple le réchauffé de Nid de Guêpes avec l’alliance contre nature entre deux groupes que tout oppose (sauf fort heureusement leur capacité à manier petits et gros calibres).

Ensuite jusqu’au moment où apparaît Yves Pignot (endossant un véritable rôle de composition où il excellera à merveille), il faut admettre que les dialogues sont très crus et fort peu originaux, mis à part quelques saillies bien senties dans le cours de l’action il est vrai.

Enfin, certaines ficelles sont un peu grosses et l’on sent ici ou là qu’il manque un peu de profondeur dans le jeu des acteurs (les personnalités n’étant qu’ébauchées, ceci expliquant cela). Pas de réflexion à la George Romero sous-jacente. Le scénario demeurant somme toute fort basique, n’empêchant pas les rebondissements pour autant, en relatant l’obligation d’un groupe à se serrer les coudes pour se sortir d’un endroit infestés de morts revenus à la vie et affamés de chair fraîche.


Bon pour le cimetière cinématographique ?

Que non ! Car derrière ces défauts de jeunesse (rappelons que ce métrage est le première des sieurs Dahan et Rocher), il y a une volonté manifeste, et portée à l’écran, de faire plaisir aux fans. Précisons pour ceux qui ne le sauraient pas que Yannick Dahan est un célèbre critique de cinéma à la plume acerbe dont l’encre acide n’a que rarement épargné les autres productions Françaises. Sa défense véhémente du film de genre puisant pour beaucoup dans sa détestation des oeuvres réalisées et subventionnées par les fonds publics (avances sur recettes accordés par le CNC) où l’ennui le dispute au nombrilisme autiste. Et corroborée par les difficultés successives pour produire et distribuer son film [1].

Quinze étages sans ascenseur

L’action est haletante et les moments de répit suffisamment bien dosés pour ne pas endormir le spectateur et même lui permettre (superficiellement cependant) de mieux cerner les relations entre les membres du groupe de survie et le ressort de leurs actes. Le huis-clos réduit à un immeuble désaffecté en pleine zone de Clichy y est bien employé, et le métrage justement ne tombe pas dans une quelconque dérive philosophico-sociale sur la banlieue. Le maître mot est survie, et c’est cette instinct qui irrigue tout le film en lui donnant ce cachet si nerveux.

Pour autant le second degré n’est pas absent, comme les références cinématographiques disséminées ici ou là. Sans tomber dans le grotesque, la démesure de certaines scènes confèrent à la production une lecture du film tranchant avec des images très réalistes.

Quant à parler de scènes marquantes, l’une d’elles pourrait fort bien devenir culte par la puissance de sa sauvagerie participant à cette démesure précitée : l’un des personnages esseulé sur un véhicule entouré d’une multitude de zombis déterminés en venant à opérer un véritable carnage du désespoir à travers une macabre et effrénée chorégraphie. A elle seule cette séquence résume tout le film : la survie à n’importe quel prix, surtout celui de son humanité quitte à déchaîner les forces les plus bestiales enfouies sous le vernis de chaque homme civilisé.

Au final, et malgré les imperfections du métrage, reconnaissons qu’il y a tout lieu de saluer ce décapant travail qui prouve que les passionnés peuvent dynamiter le gentil cinéma fantastique à la Française qui avait tendance depuis trop longtemps à ronronner. Le réputé magazine Britannique Empire ne s’y est d’ailleurs pas trompé, et de vanter le mérite de la réalisation de The Horde ! [2]

Que les soucieux se rassurent et ne renversent pas leur tisane à la verveine à la lecture de cet article : le cinéma intellichiant est loin d’être mort en France et aura encore bien longtemps droit aux prix pompeux et surannés, mais il doit composer avec des productions d’un autre genre ayant son public et ses qualités. A bon entendeur...

Le site officiel avec la bande-annonce

L’entretien à la sulfateuse de Yannick Dahan où ce dernier exprime sa conception du cinéma de genre.

http://www.wat.tv/video/yannick-dahan-dans-cabinet-26y0v_ix3j_.html

[1] Seulement 117 salles à ce jour, à comparer avec la facilité pour un film Américain médiocre, voire éliminé par l’applaudimètre en une semaine, de pouvoir bénéficier de 300 salles sans souci aucun.

[2] In amongst all this Venice talk I must now give a quick plug to the organisers of the excellent Frightfest, who alerted me to one of their bigger hits this year, which, being very cool people, they managed to snag ahead of its debut here. Called The Horde, it is a very bloody, very exciting and very, very entertaining French horror movie that plays as an extremely effective blend of Escape From New York and 28 Weeks Later (yes, the second, better one)...

 


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4 réactions à cet article    


  • Gasty Gasty 15 février 2010 12:04

    C’est un film d’actualité.


    • Maldoror Maldoror 15 février 2010 12:28

      Bon film de genre à soutenir contre le marasme dans lequel est maintenu le cinéma français, à force de subventionner des films qui ne le méritent pas.
      Les français regardent des séries américaines et délaissent les françaises, il faudrait peut être se poser des questions, c’est la même pour le cinéma comme pour tout le reste, certains carcans méritent d’être brisés.


      • Fergus Fergus 15 février 2010 20:45

        Bonsoir, Yannick.

        Je ne suis pas très amateur de cinéma fantastique, et cela d’autant moins que, souvent, ce genre se caractérise désormais par des scènes trop violentes à mon goût, mais votre article donne incontestablement envie d’aller voir ce film. Peut-être me laisserai-je tenter.


        • Yannick Harrel Yannick Harrel 16 février 2010 00:45

          Bonjour Fergus et merci de votre intervention (ainsi qu’aux autres commentateurs),

          Alors si en dépit de votre réticence ordinaire pour ce type de film vous hésitez c’est que j’ai déjà su trouver les bons mots effectivement ^^

          J’espère réellement qu’en cas de visionnage vous y trouverez un certain plaisir smiley

          Cordialement

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