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Accueil du site > Culture & Loisirs > Dessin du jour > Ce putain de bouton rouge

Ce putain de bouton rouge

Elle sonne. Elle sonne, mais personne ne vient. Elle appuie frénétiquement sur le bouton rouge, sur ce putain de bouton rouge, mais en vain, personne ne répond à son appel, elle est seule. Elle sonne, encore et encore, elle n'en peut plus d'attendre, elle ne tient plus. La soignante a mis les barrières de lit en partant, elle est trop faible pour les enjamber, trop faible pour se lever seule, trop faible pour marcher, et pourtant il faut qu'elle se lève, il le faut absolument, elle ne peut plus attendre. Alors elle appuie, encore et encore, sur ce putain de bouton rouge, sur cette maudite sonnette qui doit bien sonner quelque part. Et à force de sonner, et d'attendre, elle pleure, elle pleure parce qu'elle est seule, parce qu'elle est faible, parce qu'il faut qu'elle se lève, maintenant, c'est urgent, et qu'elle ne peut pas, à cause de cette putain de barrière de merde. 
C'est à ce moment précis que j'arrive. Je frappe à la porte, trois petits coups discrets, de peur de déranger, et j'entre doucement. Devant moi, le spectacle désolant. Je suis face à une femme paniquée, en larmes, prisonnière d'un lit d'hôpital. Une femme qui pleure parce qu'elle veut se lever et que personne n'est là pour l'y aider. Une femme seule, qui appuie désespérément sur un putain de bouton rouge qui doit bien résonner quelque part dans cet hôpital.
Je suis face à cette femme qui va bientôt mourir, dévorée par le cancer, cette femme maigre et faible, désespérément faible, trop faible pour sortir de son lit. Cette femme trop faible pour aller seule aux toilettes, qu'on a laissée là, dans ce lit, avec une alèse jetable "au cas où". Cette femme qui va mourir mais qui n'est pas encore morte, qui veut simplement aller aux toilettes, parce que ça, elle peut encore le faire, elle n'est pas totalement vaincue, il lui reste encore ça, cette faculté, celle d'aller aux toilettes, de ne pas se faire dessus. Il lui reste cette ultime dignité, elle dont le corps a été touché, déshabillé, traité, marqué, irradié. Dignité perdue dans un lit d'hôpital, entre une sonnette inutile et une alèse jetable. Dignité perdue face à la jeune femme qui vient d'entrer et qui la voit pleurer de honte et de colère.

Cette femme... ma mère... L'image terrible de ma mère vaincue et de sa dignité perdue. L'image qui ne s'efface pas, gravée, indélébile. Humiliante.
Ma mère...

Maman.http://www.soignanteendevenir.fr/2019/05/sa-dignite.html


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9 réactions à cet article    


  • Gwentis Gwentis 3 juin 16:06

    Honte à ses mouroirs. Finir ainsi est intolérable !  :’-(


    • foufouille foufouille 3 juin 16:10

      @Gwentis
      oui faut euthanazier les malades dés le début.


    • Ruut Ruut 3 juin 16:35

      Bienvenue en France Macronienne.

      Des Millions de chomeurs, mais pas asser d’employés.......

      Que de choix politiques inhumains et non bienveillants.


      • Le421 Le421 3 juin 18:31

        @Ruut
        Où est le problème ??
        A priori, les gens sont très contents de ce système.
        J’espère avoir la force... De sauter par la fenêtre !!


      • BOBW BOBW 5 juin 17:50

        @Ruut : En effet de plus cet « ATTILA destructeur » et Usurpateur élimine de plus en plus et partout des services public d’urgence qui fonctionnaient encore bien grace à des personnels de Santé aimables et très dévoués !...


      • BOBW BOBW 6 juin 10:40

        @BOBW : De plus au cours d’un séjour aux Urgences au C.H.U de Nice Pasteur j’ai pu constater l’extreme attention aimable de tous le personnel médical et je le leur ai exprimé de vive voix. Mais voir l’attitude différente de la direction administrative : https://www.nicematin.com/sante/tentative-de-suicide-burn-out-humiliations-alerte-au-harcelement-moral-a-lhopital-de-nice-387650


      • Florence Braud 4 juin 23:59

        Bonjour,

        je suis l’auteure du texte, que Nagy a superbement illustré. Pourriez-vous me créditer dans votre article je vous prie ?

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