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Accueil du site > Culture & Loisirs > Dessin du jour > Maltraitance en maison de retraite

Maltraitance en maison de retraite

Ce n'est pas nouveau la maltraitance en maison de retraite.

Le 3 juin 2019 j'avais fait ce dessin :

Ce putain de bouton rouge

Elle sonne. Elle sonne, mais personne ne vient. Elle appuie frénétiquement sur le bouton rouge, sur ce putain de bouton rouge, mais en vain, personne ne répond à son appel, elle est seule. Elle sonne, encore et encore, elle n'en peut plus d'attendre, elle ne tient plus. La soignante a mis les barrières de lit en partant, elle est trop faible pour les enjamber, trop faible pour se lever seule, trop faible pour marcher, et pourtant il faut qu'elle se lève, il le faut absolument, elle ne peut plus attendre. Alors elle appuie, encore et encore, sur ce putain de bouton rouge, sur cette maudite sonnette qui doit bien sonner quelque part. Et à force de sonner, et d'attendre, elle pleure, elle pleure parce qu'elle est seule, parce qu'elle est faible, parce qu'il faut qu'elle se lève, maintenant, c'est urgent, et qu'elle ne peut pas, à cause de cette putain de barrière de merde.

C'est à ce moment précis que j'arrive. Je frappe à la porte, trois petits coups discrets, de peur de déranger, et j'entre doucement. Devant moi, le spectacle désolant. Je suis face à une femme paniquée, en larmes, prisonnière d'un lit d'hôpital. Une femme qui pleure parce qu'elle veut se lever et que personne n'est là pour l'y aider. Une femme seule, qui appuie désespérément sur un putain de bouton rouge qui doit bien résonner quelque part dans cet hôpital.

Je suis face à cette femme qui va bientôt mourir, dévorée par le cancer, cette femme maigre et faible, désespérément faible, trop faible pour sortir de son lit. Cette femme trop faible pour aller seule aux toilettes, qu'on a laissée là, dans ce lit, avec une alèse jetable "au cas où". Cette femme qui va mourir mais qui n'est pas encore morte, qui veut simplement aller aux toilettes, parce que ça, elle peut encore le faire, elle n'est pas totalement vaincue, il lui reste encore ça, cette faculté, celle d'aller aux toilettes, de ne pas se faire dessus. Il lui reste cette ultime dignité, elle dont le corps a été touché, déshabillé, traité, marqué, irradié. Dignité perdue dans un lit d'hôpital, entre une sonnette inutile et une alèse jetable. Dignité perdue face à la jeune femme qui vient d'entrer et qui la voit pleurer de honte et de colère.

Cette femme... ma mère... L'image terrible de ma mère vaincue et de sa dignité perdue. L'image qui ne s'efface pas, gravée, indélébile. Humiliante.

Ma mère...

Florence Braud

Maman.http://www.soignanteendevenir.fr/2019/05/sa-dignite.html


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3 réactions à cet article    


  • Ruut Ruut 31 janvier 08:40

    ça n’aurais pas couté moins cher d’équiper une chambre pour votre mère chez vous et d’avoir du personnel qui vient régulièrement s’occuper d’elle ?

    Les prisons pour vieux que sont devenus les EPADs ne sont que la prolongation du monde 2.0 où seul l’univers virtuel est supportable.


    • pharmacien 3 février 09:45

      c’est nul de dire ça ! on voit bien que vous ne l’avez jamais vécu !

      où trouvez vous ce « personnel » qui vient régulièrement ?

      combien de temps pour déménager afin d’avoir la chambre en plus ?

      comment continuer à travailler ?

      néanmoins je suis d’accord pour l’avoir vu, les EHPAD sont des prisons pour vieux et le prix ne change rien à l’ affaire.


      • Ruut Ruut 7 février 13:17

        @pharmacien
        J’ai longtemps cru au mythe des EPAD colonies de vacances médicalisées high tech type IBIZA avec animateur pour vieux.

        Puis j’y suis allé......

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