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Ailleurs

Loin de moi, en tout cas.

J’ai la tête ailleurs et rien ne me permet jamais de garder les pieds sur terre. Je divague, je me perds en pensées incertaines, je perds tout contact avec le réel. Cet ailleurs ne serait donc pas de cette terre ni même de ce temps, il échapperait au possible ou bien à l’envisageable. Il se dissout dans un océan de rêveries qui me conduisent si loin de là.

C’est sans doute ma faute, je n’ai jamais su garder la tête sur les épaules, un reliquat c’est plus que probable, d’une autre vie, d’un passage sur l'échafaud qui a laissé des traces. J’ai beau m’évader en songe, je ne peux indéfiniment rester ainsi, corps fragmenté et évanescent. Les mots ne peuvent rester longtemps carapaces ou bien armures pour dissimuler la réalité d’une amputation capitale.

Ici et maintenant, la belle affaire, la triste imposition d’une existence qui s’englue dans la glaise de la nécessité. Les contingences n’ont jamais été de nature à favoriser l’imaginaire, ce merveilleux lieu dont j’ai fait mon univers. On y rencontre des fées et des mages, des monstres et des korrigans, des princesses et de merveilleux personnages. La vie s’y invente à chaque ligne dans la plus totale émancipation des contraintes.

Ailleurs a extraordinaire besoin de son corollaire initial tout autant qu’initiatique : « Il était une fois … » C’est le point d’entrée dans un univers fractal aux multiples possibles, aux innombrables combinaisons, aux inénarrables rebondissements. Le rêveur passe son temps à se créer des scénarios, à s’inventer des vies, à s’imaginer des épopées qu’il se garde bien de toutes raconter. Son ailleurs est son refuge, son jardin secret qu’il aime à cultiver en silence, la plupart du temps.

Parfois, pourtant, une bouture s’impose à lui, une éclosion soudaine et irrépressible qui réclame sa part de lumière. Les mots glissent alors sous ses doigts, s’agrippent au clavier, se succèdent sans trop savoir, dans un premier temps comment ils vont s’assembler et donner sens à ce qui n’est encore qu’une vague idée, une intuition qui n’a pas achevé sa mue.

Il suffit d’accepter de se laisser mener par le bout du nez par ce qu’on appelle imagination. Ne jamais dans pareil cas, faire la mauvaise tête, juger et se demander ce qui peut bien se cacher derrière ces péripéties qui se percutent les unes aux autres. C’est l’ailleurs qui a pris les commandes, il convient de lui faire confiance, de s'agripper pour surtout ne pas quitter le navire en cours de route.

C’est ainsi que naissent les histoires, de la volonté mystérieuse d’un souffle incertain, d’une pensée évanescente, d’une inspiration qui ne se dévoile jamais tout à fait. Il n’est pas question de tirer des plans sur la comète, il s’agit simplement de suivre mot à mot les idées qui se figent comme par magie sur l’écran lumineux.

Qui est à la tête de cet ailleurs si prolifique ? C’est une question à ne jamais se poser, une tête en ébullition redoute plus encore tout ce qui peut la refroidir, lui remettre les idées au clair et les points sur les i. Pour ne pas m’embarrasser de ces effroyables contraintes, j’en oublie même les barres sur les t, laissant ainsi plus de liberté encore à ma prose en lui permettant de se jouer des confusions, des fautes qui sont légions, des imprécisions qui bout à bout permettent d’ouvrir de nouveaux possibles.

Ainsi, à chaque conte, le lecteur sera moins surpris que le créateur. Le premier sait à quoi s’attendre, il a compris les codes et les principes qui meuvent l’auteur quand l’autre se trouve toujours pris au dépourvu de sa propre fantaisie. La cohérence n’a pas sa place dans cet ailleurs miraculeux, il a beau vouloir se gratter la tête, il a oublié une fois encore qu’elle était dans les nuages.

Confidentiellement vôtre.

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15 réactions à cet article    


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 17 novembre 11:16

    L’équilibre du MONDE : La déesse Maât incarne l’équilibre en toutes choses. ... sur un plateau de la balance et une image de la déesse Maât ou une plume d’autruche sur l’autre. ... dont témoigne sa présence chaque jour renouvelée à la proue de la barque solaire.


    • C'est Nabum C’est Nabum 17 novembre 11:30

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Si j’ai un problème au niveau du Maät qui va me dresser la grand voile ?


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 17 novembre 11:41

      @C’est Nabum


      Tout dépend. maât ou Maât. L’origine du mot reste débattue ; elle renvoie au verbe « maâ », « diriger », qui appartient au vocabulaire nautique et qui est mis en rapport dans les textes avec le souffle ou le vent du nord, avec une connotation vitale (souffle vital) et de cap maintenu (droiture).


    • C'est Nabum C’est Nabum 18 novembre 13:58

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      je reste droit dans mes bottes


    • C'est Nabum C’est Nabum 18 novembre 13:58

      @Bernie 2

      Je m’en passe pour l’instant


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 17 novembre 11:35

      Chapitre VIII


      L’IMPROMPTUE.

      Vendredi 8 novembre 2003

      Riche de nouvelles données, Olga retourne chez son libraire préféré. A l’évocation du nom de Burgonde, la mémoire de Monsieur lampe se rallume au souvenir d’un certain André qui l’avait bien conseillé dans un procès avec les anciens propriétaires de sa maison avant qu’elle ne soit transformée en librairie. Ah ! ces avaricieux, Madame...
      La maison suintait d’humidité, ce qui est très fâcheux pour la conservation de beaux livres rendus fragiles par les années, et le vice n’apparaissait pas vraiment à l’acquisition.
      André burgonde avait une personnalité riche et attachante bien que très discrète. Il arborait toujours une grande moustache dorée et un chapeau à l’ancienne mode. Ils furent souvent amenés à échanger des entretiens sur la batellerie et l’art marinier. Monsieur lampe avait appris incidemment son décès il y a deux mois en lisant les journaux. Ils avaient perdu contact dans les années quatre-vingt-dix (nonante) sans qu’il en sache les raisons.
      Le libraire avait toujours eu l’impression que planait un secret autour du père de Monsieur Burgonde qu’il n’avait guère connu, mais dont il évoquait parfois la mémoire à ’l’occasion de ses recherches. andré gardait le souvenir d’un bel homme assez mystérieux et très cultivé qui recherchait les défis que probablement une simple vie de notaire ne lui apportait pas ;
      Pour le reste, andré se montrait peu disert. Etait-il marié ? Avait-il des enfants ? Sa discrétion sur ces sujets s’expliquait certainement par les légendes que son père avait léguées à sa famille en partant un beau matin d’octobre. André avait cinq ans.
       

      • Bernie 2 Bernie 2 17 novembre 21:38

        @Mélhéroine dans mes narines

        C’est ça le chapitre 8 ? Va falloir 659 chapitres pour faire une nouvelle. Et quelle nouvelle !!!!!!!

        Allez un débrief vite fait ;

        la mémoire de Monsieur lampe se rallume, c’est censé être drôle et fin ? C’est plus une perche, mais un baobab.

        Pour le reste, du SAS sans l’érotisme. Pitié, le cliché du chapeau à l’ancienne mode. Quelle mode ? C’est son style, sa personnalité, c’est quoi sa mode ?

        Du hall de gare sponsorisé par Doliprane.



        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 17 novembre 11:51

          Sinouhé l’Egyptien. Ailleurs, ou la sortie d’Egypte. Ecrit à la sortie de la guerre en 1945.



            • Sozenz 17 novembre 15:58

              Ailleurs ... l’autre ici et là ; vu avec les vrais yeux de celui qui reçoit librement .

              Merci Nabum d’être de l autre ici !


              • C'est Nabum C’est Nabum 17 novembre 16:21

                @Sozenz

                Avec plaisir


              • Bernie 2 Bernie 2 17 novembre 22:22

                Son ailleurs est son refuge, son jardin secret qu’il aime à cultiver en silence, la plupart du temps.

                Parce que vous gardez secret votre jardin ? Vous qui ne jurez que par un ou deux billets quotidiens. Même la plus grivoise de vos aventures sont scribouillés derechef.

                Je ne saurai faire un résumé, sous la multitude. Des années de segpa, les vacances, les contes de la Loire, même le voyage intime de votre femme sans vous apparait sur la toile. Et vous vous dites prude ? Quel jardin secret ? Combien de mètres carrés reste t’il ?

                Vous êtes obscène, et voulez jouer les prudes. Quelle schizophrénie !

                Quelle force vous meut à vouloir être un soleil, vous croire rayonnant alors que vous ne distillez que mélancolie et médiocrité.
                J’espère qu’au moins par rapport au chantier de votre rue, vous obtiendrez la fibre optique. Ce serait un moindre mal.

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