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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Anonymes de tous les pays, unissez-vous !

Anonymes de tous les pays, unissez-vous !

A chaque fois que j’entends l’expression « la foule des anonymes » ou encore « tous les anonymes » dans la bouche de nos journalistes sponsorisés, c’est-à-dire très souvent, cela me hérisse.

 Sur ce même forum d’Agoravox, nous avons récemment eu droit à un certain nombre d’articles traitant du glissement, voire du manque, de sens de nombre d’expressions utilisées au fil des « informations » diffusées par l’ensemble des médias.

Mais le glissement de sens des mots voire son renversement, dans notre novlangue, n’est pas innocent :

« Anonyme » du privatif grec « ana » suivi du terme grec qui signifie nom : littéralement «  qui n’a pas de nom ».

ANONYME : définition du dictionnaire de l’Académie française...

adj. des deux genres
Qui est sans nom d’auteur. Écrit anonyme. Lettre anonyme. Dans ce sens, on l’emploie comme nom masculin pour désigner le caractère de ce qui est sans nom d’auteur. Il a voulu garder l’anonyme. Il a publié sa brochure sous le voile de l’anonyme.

Société anonyme, Société de commerce qui n’est désignée par le nom d’aucun de ses associés et qui est qualifiée par la désignation de l’objet de son entreprise.

Il peut s’appliquer aussi à la personne, à l’auteur qui cache son nom. Un auteur anonyme. L’auteur de ce poème est resté anonyme. Dans ce sens aussi, il est employé comme nom masculin. J’ai reçu d’un anonyme l’avis suivant. Ce vaudeville, cette brochure est d’un anonyme.

Pire encore : si nous énumérons les synonymes :

incognito, inconnu, insignifiant, ordinaire, quelconque, dénué de personnalité !

Mais les foules en question ne sont en rien composées d’êtres sans nom mais bel et bien de gens, de personnes, de citoyens, même s’il s’agit de simples quidams !

Pourquoi l’emploi du qualificatif « anonyme » associé au terme « foule » ?

Pourquoi ne pas parler simplement de la foule, ou, si on veut, de la foule des gens ou des personnes, inconnus certes de nos « médiateurs », mais qui n’ont rien d’anonyme !

Interrogeons l’emploi de son contraire : Quel mot emploient ces mêmes présentateurs pour qualifier les personnes « connues », ou dont on veut qu’elles le soient ?

Mais ce barbarisme de « people » bien sûr !

The people : en anglais les gens, le peuple.

Tous ces Trucmuche, ces Machinchose…. (préservons gentiment leur anonymat) seraient donc le peuple, ce peuple avec lequel ils n’ont pourtant guère de choses en commun.

Autrefois, il n’y a pas si longtemps, on parlait de personnalités, célébrités, de stars ou d’étoiles. Mais quelqu’un a dû se rendre compte que ces « personnalités » en manquaient souvent et que ces étoiles étaient fréquemment filantes

Et les autres, vous et moi dirais-je sans vouloir vous offenser, n’avons même plus de noms, comme des objets interchangeables.

L’emploi du terme « anonyme » à la place de « gens » ou « personnes » voire, et pourquoi pas, de « citoyens » est loin d’être innocent : il renvoie à chaque personne désignée par l’image de son insignifiance, et lui dénie même la qualité de personne. Etres sans substance, dénués de personnalité, voilà ce que nous sommes face aux « vrais gens » du « people ».

Ainsi, insidieusement l’idée de n’être que des choses, la réification des citoyens fait son chemin dans l’esprit du plus grand nombre – chez nos zélites c’est déjà chose faite.

Si ce n’est pas une tendance à la dépersonnalisation, que serait-ce donc ?

Mais nos chères zélites zélées commettent là une grave erreur, à l’encontre de la doctrine dominante de morcellisation, de parcellisation de notre société : jeunes contre vieux, fonctionnaires contre employés du privé, hommes contre femmes, privilégiés contre défavorisés, actifs contre inactifs, ne voilà-t-il pas qu’ils ressoudent ce peuple en un anonymat collectif !

Alors anonymes de tous les pays, unissez-vous !

Au passage :

Il va nous falloir revoir les paroles de notre hymne national :

« Aux armes anonymes,

Formez vos bataillons… »

Ou de nos chants populaires :

« Ah ça ira ça ira ça ira

Et tous les people à la lanterne… »

En France, disait-on, tout finit par des chansons…


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14 réactions à cet article    


  • Marsupilami Marsupilami 12 juin 2008 12:48

     @ Finael

    Bien vu. Il faut donc à tout prix être "vu à la télé" pour se "faire un nom". Eddy Mitchell avait compris très tôt le destin des anonymes...


    • La mouche du coche La mouche du coche 12 juin 2008 14:04

      Sans anonymat, il n’y a pas de véritable liberté d’expression


    • finael finael 12 juin 2008 16:20

      @ la mouche du coche et Richard Patroso

       Je me suis peut-être mal exprimé, il est bien entendu que je respecte l’anonymat de certains de ceux qui le désirent, par exemple l’anonymat des sources des journalistes, aujourd’hui en danger.

       Ce qui m’effraie par contre c’est l’emploi de ce qualificatif pour désigner des personnes qui ne cherchent pas particulièrement cet anonymat. C’est là qu’il y a un emploi abusif et loin d’être neutre, du mot.

       Et cet article a pour objet de montrer que cet emploi n’a rien d’innocent car c’est une dévalorisation des personnes en "êtres insignifiants". Et ceci me paraît très bien représenté par cette expression, kafkaïenne quand on y réfléchit bien, de "foule d’anonymes".

       Cette interprétation est renforcée par l’emploi du terme "people" pour désigner d’autres personnes, souvent bien insignifiantes d’ailleurs, ce terme est carrément un contresens  !

       Le peuple (véritable signification du mot), n’est en rien présent chez ces "people" alors qu’il l’était dans un autre anglicisme très employé il y a quelques dizaines d’années : les "boat-people".

       Le principe de la novlangue est de déformer le sens des mots, d’en faire disparaître un maximum et d’utiliser ceux qui restent pour déformer ou tronquer la réalité ... et c’est ce qui est en train de se passer !



      • Marsupilami Marsupilami 12 juin 2008 16:30

         @ Finael

        Je comprends tout à fait ta position. Avec quelques variables d’ajustement légèrement différentes des tiennes, je pourrais être dans le même état social que toi tel que tu le décris. Ce n’est pas le cas et tant mieux pour moi. Le message que j’ai posté était sardonique mais aussi profondément fraternel. Les variations de statut social et la misère humaine, je sais concrètement ce que c’est. Fraternité.


        • finael finael 12 juin 2008 22:35

          L’un des paradoxes que cache cette expression de "foule d’anonymes" est qu’il y a bien peu de chances que les personnes ainsi désignées le soient vraiment pour ceux qui nous surveillent.

          Renseignements Généraux, police, services divers de renseignements, ne se gênent guère pour identifier ces "anonymes" ... après tout c’est leur métier.

          De même, aucun contributeur d’Agoravox n’est anonyme, même si, comme la plupart d’entre nous, il utilise un "pseudo" "nyme", c’est à dire en fait un surnom !

          Mais l’occasion est trop bonne de rappeler à chacun que "nous sommes (presque) tous dans la même galère", quelles que soient les différences qu’il est utile, voire indispensable, de souligner à l’excès pour éviter que nous nous en rendions compte, ce qui ouvrirait la porte à la force du plus grand nombre !


          • Iren-Nao 13 juin 2008 02:51

            Finael

            J’ai toujours plaisir a vous lire et suis en general d’accord avec vos commentaires et je vois tres bien ce que vous voulez dire, et j’y souscris grandement...

            Quoique :

            J’ai un probleme avec la ou les foules ou effectivement l’anonymat autorise des comportements parfois plus que facheux, les foules ont une facilite etonnante a brailler a l’unisson en suivant n’importe qui ou n’importe quoi, que ce soit un people a musique ou un aprenti dictateur..

            La foule c’est trop souvent l’abdication de sa volonte propre.

            Il est sans doute mieux que la foule soit anonyme car elle est stupide et capable de tout et de preference du pire.

            Comme vous savez. a plus de deux on est facilement une bande cons.

            Je souscris neanmoins a votre opinion sur la question, ce qui n’est pas incompatible.

            Cordialement

            Iren-Nao


            • finael finael 13 juin 2008 11:51

              "La foule a beaucoup de têtes mais pas de cervelle" (je ne sais plus de qui c’est).

              Mais ce n’est pas une raison pour la qualifier de foule d’anonymes - ce qui est faux.


            • anny paule 13 juin 2008 07:27

              Encore moins innocent , donc plus pervers, que "l’anonyme" est "l’anomie" (concept que nous devons à Emile Durkheim et qui peut se comprendre comme l’"absence d’organisation naturelle ou légale". (Mot formé d’un préfixe privatif "a" et de "nome", du grec "nomos", signifiant portion de territoire, division administrative de l’Egypte ancienne, ou circonscription dans la Grèce moderne, ou enfin territoire tout court).

              Dans une société constituée d’une somme d’anonymes, on tombe forcément dans l’anomie... Comment alors envisager la moindre solution d’union, de résistance organisée ?

              Comme nos élites distinguées et bien "briefées" par leurs maîtres en communication ou leurs "spin doctors", l’emploi d’anonymes revient à priver les citoyens, non seulement de leur conscience d’être, mais de la conscience du groupe qu’ils peuvent constituer ! De plus, au niveau de cette Europe sans Peuples qui se fait , la conscience de territoire doit quitter l’imaginaire de chacun... Il s’agit, dès lors, de priver chacun de son humanité, de son identité, de gommer l’ensemble des principes qui pouvaient constituer la cohésion sociale pour en faire un ensemble informe sur lequel on pourra, sans danger, exercer toutes les formes de pression !

              Privé de nom, l’individu ne peut plus revendiquer ses origines... et "les hommes sans origines n’ont aucun avenir" (Jaspers)... C’est peut-être ce qui est attendu, le "no future" pour les humains, dans un système mondialisé qui fonctionne sur des règles qui lui sont propres, qui sont une fin en soi, et qui laisse peu de place à l’humanisme et à l’humanité !


              • Iren-Nao 13 juin 2008 09:11

                Vous avez bien dit Anny Paule.

                Iren-Nao


              • La mouche du coche La mouche du coche 13 juin 2008 09:11

                N’importe quoi.

                1 - Qu’est-ce que vous fumez ?

                2 - Est-ce qu’il vous en reste ? cela a l’air d’être du bon. smiley


              • finael finael 13 juin 2008 11:47

                @ Anny Paule

                 Effectivement, le "nomos" grec, ou plutôt athénien, désignait le territoire de chacune des dix tribus composant la "cité" et son arrière pays, d’où "l’oiké nomos" (qui a donné notre "économie") désignant les relations de chacun de ces territoires avec son environnement - y compris, mais non exclusivement, ses échanges.

                 Tout en étant d’accord avec votre analyse, il me semble toutefois que le système actuel tend à recréer des groupements, totalement artificiels, permettant de réunir ces personnes ayant perdu le sens de leurs origines, dans des "boites" afin de les diviser artificiellement, boites dont j’ai cité quelques unes dans mon article.

                 Heureusement, dans des régions de culture ancienne comme les notres, il est difficile de faire oublier à chacun ses origines, ce qui donne lieu à des phénomènes comme le communautarisme, souvent dénoncé mais rarement analysé, ainsi qu’à l’explosion sans précédent de la passion pour la généalogie dans notre pays.


              • pissefroid pissefroid 13 juin 2008 11:59

                J’aime bien le çà ira de la fin de votre billet.

                La richesse d’un pays c’est son peuple, ses habitants, pas ses représentants qui bafouent les espoirs de leurs mandants (je pense au traité simplifié).


                • Amada 23 juillet 2009 23:54

                  Re bonsoif finael


                  Tout à fait d’accord avec l’étrange usage que l’orchestration grandmédiatique
                  fait de notre langue. Bravo pour le repérage de cette étrange inversion
                  anomynes/people.

                  Cordialement
                  Amada

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