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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Cap sur l’avenir …

Cap sur l’avenir …

Segpa : Il y avait aussi des élèves charmants.

Le dernier tout de piste !

Voilà c'est fini. Après quatre années passées dans ce collège, nos chemins vont diverger. Nous allons partir chacun de notre côté, empruntant désormais la délicate et incertaine voie professionnelle. C'est le cœur serré, avec une certaine appréhension concernant l'avenir, que nous venons nous dire au revoir ou adieu.

Nous avons été, quatre années durant, une drôle de classe paraît-il. Comme si une classe sans histoires, sans conflits, sans exclusions devait constituer une curiosité ! Nous avons toujours été heureux de retrouver nos professeurs, de partager avec eux des moments calmes et apaisés. Nous n'étions pourtant pas d'excellents élèves. Mais à quoi bon transformer les heures de cours en pétaudière infâme comme le font, depuis trois ans, ceux de la classe d'en-dessous qui ne furent jamais nos camarades !

Tout avait commencé en sixième avec un curieux personnage, un professeur marcheur qui n'eut de cesse de nous emmener un peu partout et toujours à pied. Vendanges, cueillette des champignons, forêt en hiver, balades sous la pluie, bord de Loire, marché de l'Argonne, salon du livre ; tout était pour lui prétexte à nous faire marcher sans cesse. …

Nous avons grandi, nous nous étions fait les jambes ; point n'était besoin cependant de faire aussi marcher les professeurs. Nous étions la gentille classe, le groupe avec lequel on prend plaisir à passer de bons moments. Nous étions plutôt fiers de cette bonne réputation, et aucun d'entre nous n'a songé à briser ce bonheur simple de la concorde.

C'est sans doute pourquoi nous eûmes droit à de bien beaux souvenirs en guise de point final à nos années - collèges. Il y eut d'abord cette belle aventure sous-marine : ce baptême de plongée du côté de Beffes. Une journée de vacances et de détente, des instants magnifiques avec quelques-uns de nos professeurs et la joyeuse troupe des plongeurs de « Parfum des mers ! »

Cela couronnait une activité menée tout au long de l'année avec une initiation en piscine. Nous pensions alors que c'était notre cadeau d'adieu. C'était sans compter sur les parents d'élèves du collège qui voulurent récompenser notre comportement » exemplaire », nous disait-on, par une belle surprise finale. C'est ainsi que notre dernier jour devint inoubliable …

N'allez pas croire que nous ayons fait des choses extraordinaires, une sortie lointaine et fastueuse. Non, c'eût été sans compter avec notre professeur marcheur qui n'aime rien tant que ce qui se passe au niveau de nos chaussures. Nous avons arpenté le vieil Orléans, découvert ses anciennes demeures, la maison de la coquille et les maisons qui connurent Jeanne d'Arc. Nous avons visité deux expositions dont l'incroyable escalier de secours de Sambre, un artiste bricoleur de génie !

Nous avons eu droit également à la visite de la Cathédrale d'Orléans de fond en comble. La nef naturellement et les belles décorations johanniques mais aussi la crypte, ouverte spécialement pour nous, et les portes de l'enfer : le redoutable calorifère. Pour nous remettre de nos émotions souterraines nous avons pris de la hauteur pour gravir, une à une, les marches menant au sommet du parvis. Vision magnifique, émotion considérable, certaines étaient en pleurs …

De retour sur terre, nous avons bénéficié d' un concert pour accompagner notre pique-nique dans le jardin de l'évêché ; en effet , les professeurs du conservatoire y jouaient de la musique orientale. Moment paisible, d'une grande beauté ! Monsieur Le Maire d'Orléans est venu nous saluer, nous vanter la suite de notre programme et nous souhaiter bonne chance. Quel honneur !

La suite fut grandiose ; nous avions rendez-vous avec la Loire : cette rivière qui a façonné l'histoire de la ville et son architecture. Ce dernier fleuve sauvage d'Europe est la passion dévorante de notre guide. C'est ainsi qu'au milieu de l'eau, ses explications-ses Bonimenteries, comme il aime à dire- nous ont fait découvrir la ville sous un jour tout à fait inattendu , si surprenant, si fascinant ! Car telle était notre récompense, cadeau des parents d'élèves : une heure de navigation à bord de la Sterne, une toue sablière de l'association « Cigales et Grillons ».

Une heure durant nous avons encore écouté, une dernière fois, hélas, le professeur. Pas de bruit dans la classe, comme d'habitude. Il nous raconta l'histoire de la ville, celle du transport fluvial, les animaux qui vivent au cœur de la cité, le courant et les ponts, les mariniers et la fin de leur histoire … Notre dernière leçon, celle qu'on oubliera jamais, comme le dit Héléna, les larmes aux yeux.

Nous sommes rentrés au collège, conscients d'avoir vécu une journée pas ordinaire, un moment rare que bien peu d'élèves ont le bonheur de vivre. C'était là que s'arrêtait notre parcours au collège, nos années d'insouciance également. Deux jours plus tard, nous recevions nos avis d'orientation et le résultat du CFG. Était-ce un cadeau de plus, mais nous étions tous reçus ? Nous pouvions partir, fiers de ce que nous avions fait quatre années durant au Collège C.... !

La suite sera une autre histoire. Notre classe n'existera plus, le groupe s'en va vers des horizons différents. Certains entrent en apprentissage, d'autres découvriront le lycée professionnel ou les maisons familiales et rurales. Nous repartons tous avec des souvenirs plein le cœur et des images qui seront pour nous le symbole de notre passage ici.

Nostalgiquement vôtre.


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6 réactions à cet article    


  • cilce92 8 juillet 2014 16:36

    Une bien belle histoire que vous avez conté pendant ces 4 années ! Et je vous en remercie vraiment !

    Bonne route à vos élèves et à vous ! Ne nous oubliez pas tout de même !

    Bien à vous,
    Cécile


    • C'est Nabum C’est Nabum 8 juillet 2014 19:18

      cilce92


      Ce fut un vrai bonheur

    • Paulo/chon 8 juillet 2014 20:50

      Partagé, le bonheur bien sur. Me laissez-vous penser que j’avais senti en vous l’exception qui confirme la règle, he oui d’une génération ou le maitre représentait la personne à satisfaire pour autant de sa valeur.


      • C'est Nabum C’est Nabum 8 juillet 2014 20:56

        Paulo/chon

        Je suis venu à ce métier pour prendre la suite de deux instituteurs à l’ancienne qui furent mes maïtres et mes modèles
        Maurice et Michel
        Des gens biens, des enseignants droits, des maîtres de l’école Freinet

        Alors je n’ai aucun mérite, je n’ai fait que reprendre le flambeau

      • kalachnikov lermontov 9 juillet 2014 00:48


        Je n’aime pas l’école, vous le savez, j’y ai souffert. Mais j’ai adoré un de mes instituteurs, lequel, en plus de m’avoir appris à lire, compter et écrire (je me débrouille bien, je crois, il serait content, il m’a toujours encouragé) m’a apporté quantité de choses, des choses évanescentes dirais-je, de l’âme oserais-je. Quelque chose qui tient de l’honnêteté, de la droiture dirais-je, et sur tous les plans. Cet homme était sévère mais juste ; exigeant en fait et exemplaire. Il ne prêchait pas le respect parce que c’était au programme ou parce qu’il était payé pour cela mais parce qu’il y croyait tout simplement ; pour lui, l’enseignement était un idéal et il entendait incarner cet idéal. Y parvenait manifestement. Il se trouve qu’il était handicapé de naissance et difforme mais il ne se plaignait pas, ne jouait pas à la victime ; c’est avec lui-même déjà qu’il était exigeant. Comme tous les enfants, - ils se révèlent sots et cruels parfois - nous pouvions rire de son apparence tout d’abord mais la réalité est que tout ça très vite disparaissait ; pas par la violence ou la réprimande, l’obéissance, mais du fait qu’il en imposait naturellement, oui, du fait de son charisme, de sa prestance naturelle.
        Il venait de loin, était nostalgique de sa région ensoleillée qui lui manquait, de son particularisme occitan et c’était un sacré bonimenteur. Il racontait plein d’histoires, axée sur le champêtre. C’est grâce à lui que j’ai compris que ce que je sentais confusément existait peut-être, que le monde était plus vaste que celui où le hasard de naissance m’enfermait, que je pouvais peut-être échapper à la reproduction sociale qui avait cours tout autour de moi. Non que je nie mes origines ou les méprise, mais simplement parce qu’’il est dans ma nature d’aimer le aventures’.
        Devenu adulte, je le revis quelquefois et compris à des allusions qu’il avait souffert souvent, de son corps, dans son activité, sans jamais rien en laisser paraître. Nous n’en avons pas parlé directement, ce n’était pas le genre de la maison, la pudeur fait aussi partie de cette façon d’être qu’il défendait et transmettait. Il était content de l’homme que j’étais devenu. Non du fait de mon parcours qui était calamiteux selon la norme collective, mais parce que j’étais devenu un homme bien droit, équilibré, armé pour la vie.

        Allez, une pensée pour lui, ce grand monsieur, et bon vent aux petits.

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