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Casse-noisette

Au coin d'un feu de bois ...

Veillée comme autrefois

Une invitation me fut transmise de venir animer une soirée au coin du feu. Je ne pouvais résister au plaisir de conter pour des spectateurs inconnus, tous amis du directeur vigneron, personnage truculent s'il en est, toujours en mouvement et capable de créer des animations qui mêlent la convivialité et le sens de la fête. Le rendez-vous était fixé à la nuit tombante, dans un relais de chasse perdu dans les bois au lieu-dit « la méchante vente » ….

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Je connaissais l'endroit pour y avoir conduit plusieurs fois des groupes d'élèves après une opération vendange ou une cueillette de cerises. C'est une petite maison sans eau ni électricité, bien loin de l'image qu'on se fait du relais de chasse. Disons qu'ici, la rusticité est de mise et les conditions spartiates n'empêchent nullement d'y passer de délicieux instants. C'est auprès des deux cheminées que les participants allaient se réchauffer tandis que la lumière viendrait des nombreuses bougies, disposées un peu partout dans la maisonnette. Une ambiance parfaite pour dire quelques contes !

Mon ami Laurent avait appelé les membres de son association pour éplucher des noisettes afin, soyez en certain, de préparer un breuvage de sa composition : une douceur alcoolisée sortie des mystères d'un alambic quelconque ou de recettes secrètes. Pour la double douzaine de participants, tous armés d'un casse-noisette et d'une bonne dose de patience il y avait fort à faire :trois poubelles de 80 litres chacune, remplies comme il se doit.

La tâche semblait impossible. Durant quatre heures, la joyeuse troupe s'attela à l'exercice ancestral de « l'émondage. Les groupes se formaient en cercle autour d'une poubelle, chacun prenant un corbeillon pour y glisser la précieuse amande, des seaux permettant de recueillir les fruits abîmés et les coques brisées. Tous s'activaient et, de temps à autre, le maître de cérémonie proposait en guise de récompense, une curiosité à boire ou à déguster.

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Nous vivions une veillée comme il s'en faisait tant jadis. Bien peu avaient connu ces activités ancestrales, pourtant, bien vite, l'atavisme refit surface et chacun se prenait au jeu de la conversation, des potins et des histoires tout en cassant joyeusement coques et amandes. Toutes n'allaient pas d'ailleurs dans le réceptacle prévu à cet effet : quelques bouches mâchouillaient avec délectation des délicieux fruits.

Notre ami l'organisateur n'étant pas avare en la circonstance de produits parfaitement pittoresques, curieusement brutaux et étrangement bizarres, la soirée allait prendre des allures de dégustation hasardeuse. La prudence consistant à ne goûter qu'avec parcimonie ce qui pourrait immanquablement conduire vers la turista ou des complications plus graves encore ; chacun avait à cœur d'achever le travail sans se risquer au malaise.

Je profitai des circonstances aussi étranges que curieuses pour déblatérer quelques récits autour du vin. Il me semblait que le lieu et l'activité des spectateurs les pousseraient à bien entrer dans le sujet et à se laisser porter par les divagations bachiques de votre serviteur. Je pense ne pas avoir failli à la demande et je pouvais rentrer fier du devoir accompli.

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J'avais les mains usées par la tâche ; mes vêtements empestaient le boucané et ma voix avait atteint son seuil de performance. Il était temps de rentrer d'autant que je n'avais pas dépassé les limites prescrites par la maréchaussée. La chose est assez rare avec le maître de la Grande maison ; je devais m'en satisfaire ...

C'est ainsi que se passent les soirées quelque part sur les rives du Loiret, en un village au nom approprié pour la clique qui y sévit : « Maraud » ! Je laissai les derniers briseurs de coque achever le travail : ils étaient au bout de leur peine. Je voulais rentrer avant que la minuit sonne : quand on raconte des histoires, on craint cette heure incertaine …

Ces joyeux comparses vont se retrouver dans deux jours pour tailler les vignes dont ils ont la charge. Ce sera une nouvelle occasion de taquiner le bouchon et chatouiller le gosier. C'est ainsi qu'on aime à profiter de la vie en ce beau pays de cocagne. Qu'importe si d'aucuns penseront que la tempérance n'est pas leur qualité première ; ils sont heureux et c'est bien là l'essentiel.

Noisettement sien.

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5 réactions à cet article    


  • Stupeur Stupeur 10 mars 2015 13:09

    Avez-vous vu des petits rats pendant la séance d’émondage ?
     smiley
     


    • C'est Nabum C’est Nabum 10 mars 2015 15:12

      @Stupeur


      seulement des souris

    • Stupeur Stupeur 10 mars 2015 16:00

      @C’est Nabum

      Ah oui ?
      C’est vrai que les souris dansent aussi,
      sur du Tchaikovsky ?
      quand le chat est parti smiley


    • Stupeur Stupeur 10 mars 2015 16:05

      @C’est Nabum
       
      Bien vu ! Les souris sont partout dans Casse-Noisette smiley
       
      « L’histoire est inspirée de la version d’Alexandre Dumas du conte d’Hoffmann, intitulée Casse-Noisette et le Roi des souris... »
       
      « Pendant la nuit, Clara se réveille pour aller voir dans le salon comment se porte son casse-noisette. Alors que l’horloge sonne minuit, elle entend les souris qui grattent. Elle essaie de fuir, mais les souris l’en empêchent. Par enchantement, elle rétrécit et devient aussi petite qu’une souris (sur scène, l’arbre de Noël grandit). Le casse-noisette prend vie, et avec son armée, ils viennent défendre Clara, et le Roi des souris entraîne ses soldats dans la bataille contre Casse-noisette. Pour la bataille, la partition de Tchaïkovski reprend l’effet miniature de l’ouverture, en utilisant surtout les registres aigus de l’orchestre. Au milieu de la bataille, Clara jette sa chaussure sur le Roi des souris et Casse-noisette en profite pour le tuer avec son épée. Les souris se retirent, emmenant avec eux leur roi mort. C’est alors que le casse-noisette se transforme en prince (dans le conte d’Hoffmann, le Prince est en fait le neveu de Drosselmeyer, qui avait été métamorphosé en casse-noisette par le Roi des souris, et tous les événements qui suivirent le réveillon avaient été prévus par Drosselmeyer pour briser le sort). »
       


    • C'est Nabum C’est Nabum 10 mars 2015 21:08

      @Stupeur

      Je vous promets de m’occuper des slaves vendredi 

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