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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Comme un lion en cage

Comme un lion en cage

Faire les cent pas …

Je suis prisonnier de ma chambre aseptisée. Je tourne comme un lion en cage, cherchant à mettre en branle mes pauvres jambes, martyrisées par cette immobilisation forcée. Je tourne en rond comme s’il y avait une autre figure géométrique possible afin de ne pas devenir bourrique. Les esprits rigoureux prétendront alors que je vais de long en large, arpentant inlassablement l’espace entre le mur et le lit.

Ceux-là se trompent également. Je vais de long en long si toutefois il est possible de désigner ainsi ce pauvre espace d’à peine 7 mètres. Je n’en mène pas large et seul le temps, qui ne passe pas vraiment, est véritablement long. Je tourne et je vire tout en découvrant le calvaire de ces animaux que l’on enferme ou de ces hommes qu’on emprisonne.

Je me cogne contre les murs, je cherche à m’évader, à retrouver les grands espaces, la vaste étendue d’un horizon sans limite. Mais j’ai des chaînes au pied et une poche au bout de ma sonde. Le prosaïque de la situation m’interdit de franchir la porte et d’aller traîner ma misère à travers les couloirs. Je suis comme le poisson dans son bocal à la différence que je porte mon bocal au bout de mon bras.

Je bois le calice jusqu’à la lie. Il ne faut d’ailleurs pas mollir en chemin. Boire est non seulement une nécessité mais une obligation pour évacuer le sang et les caillots. La comparaison avec le poisson tombe à l’eau. Ce n’est pas l’animal qui est rouge, c’est mon pauvre bocal. Il tient d’ailleurs plus de l’infâme rosé piscine que du bon rouge charnu et tannique.

Une fois encore mon esprit divague. Je songe à quelques belles libations alors que seule l’eau du robinet m’est autorisée. Une simple et banale eau plate, insipide et sans saveur. Ma punition est donc bien grande, me voilà condamné au pain sec et à l’eau dans ma cellule sanitaire. Cela n’est rien en comparaison des repas que l’on m’accorde. Il parait que l’on paie un forfait hospitalier pour un lieu si inhospitalier. Allez donc comprendre !

Il me faut faire maigre ! Je devrais me serrer la ceinture si je n’étais pas revêtu de cette impudique chemise de nuit qui me laisse les fesses à l’air. Le châtiment passe aussi par l’humiliation d’une tenue indécente. Fort heureusement la loi viendra poser une petite culotte pour les clients suivants, en attendant, je risque une amende pour exhibition à chacune de mes sorties.

C’est donc sans illusion sur le sort qui m’est promis que je me terre dans cette chambre où je rumine ma mauvaise humeur. Je venais ici pour un petit problème masculin et je découvre qu’on s’en prend le plus souvent à ma bourse. Ce n’est fort heureusement pas là que j’ai mal. Boby Lapointe l’avait chanté, la rengaine n’a pas varié depuis.

On m’a demandé de cesser de tourner en rond pour prendre mon pouls. J’avais mis tant de cœur à l’ouvrage que j’ai faussé les données. Il a fallu recommencer la mesure moi qui ai tendance, justement à toujours la dépasser. Mais que ne ferais-je pas pour un battement de paupière d’une infirmière. Et c’est reparti pour un tour, mon cœur bat la chamade.

Alors pour retrouver mes esprits, je prends mon inséparable clavier et glisse sur l’écran mes divagations habituelles. Je n’ai pas perdu la tête, c’est certainement la seule certitude du moment. Je vous laisse à votre bonne santé et à vos occupations habituelles. Je suis un facétieux qui fait feu de tout bois et prend prétexte de n’importe quoi pour noircir le papier.

Demain, j’aurai recouvré ma liberté et le droit de pisser dans un violon ou dans tout autre instrument. Voilà bien une action qui pour quelque temps ne sera pas tout à fait dans mes cordes. Je ne peux vous en dire davantage, je suis soumis au secret médical. Je reprends mes cents pas, j’ai des fourmis dans les jambes et la raison qui défaille. Mais pourquoi veulent-ils me mettre ainsi cette étrange camisole ?

Déraisonnablement vôtre.

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16 réactions à cet article    


  • jacques 22 janvier 17:32

    Je vous souhaite sincèrement un bon courage Nabum.


    • C'est Nabum C’est Nabum 22 janvier 21:28

      @jacques

      Merci mon ami


    • Rincevent Rincevent 22 janvier 17:46

      Bon rétablissement, C’est Nabum et prostate, non, je voulais dire prosit !


      • C'est Nabum C’est Nabum 22 janvier 21:28

        @Rincevent

        à la vôtre
        Pour l’heure, je trinque !


      • oncle archibald 22 janvier 19:11

        C’est curieux d’apprécier de façon négative le fait de recevoir des soins qui devraient vous permettre de vivre des lendemains meilleurs. Bonne convalescence Nabum et comme on dit chez nous : « t’en fagués pas ». Occitan phonétique, je suis hélas incapable d’orthographier correctement cette belle langue .


        • C'est Nabum C’est Nabum 22 janvier 21:29

          @oncle archibald

          Je suis curieux de nature


        • Abou Antoun Abou Antoun 22 janvier 21:07

          Je vous souhaite sincèrement un prompt rétablissement.


          • C'est Nabum C’est Nabum 22 janvier 21:29

            @Abou Antoun

            Merci mon ami


          • Sergio Sergio 23 janvier 11:10
            Bonjour Nabum

            Je suppose que vous êtes une personne qui ne tenez pas en place. Vous décrivez les suites opératoires comme contraignantes, je crois qu’il fallait en passer par là, vous verrez que dans quelques temps vous retrouverez un inestimable confort de vie.

            En attendant afin de vous remonter le moral, je vous laisse traduire cette formule antillaise 

            Sa ou fé mysié a, tiembé raid pa moli, plis foss !

            Sinon, « laissez pisser le mouton, c’est un animal qui pisse longtemps »

            • C'est Nabum C’est Nabum 23 janvier 11:42

              @Sergio

              Le mérinos est un mouton


            • PiXels PiXels 23 janvier 12:21

              @C’est Nabum



              Bonjour Nabum

              A une autre époque et dans un autre lieu... mais probablement pour des raisons identiques, que certains « commentateurs/donneurs de leçons » pathétiques (mais on a l’habitude) ne comprendront que le jour où eux-même y seront confrontés,... Verlaine nous a gratifié de ce chef-d’oeuvre :

              Sinon, histoire de remplacer les « cent pas » et le verre d’au par un bon « bol de rigolade » 

              (si vous pouvez mettre de côté les éventuels a-priori et/ou préjugés sur le "personnage !)


              Le ciel est, par-dessus le toit,
              Si bleu, si calme !
              Un arbre, par-dessus le toit,
              Berce sa palme.

              La cloche, dans le ciel qu’on voit,
              Doucement tinte.
              Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
              Chante sa plainte.

              Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
              Simple et tranquille.
              Cette paisible rumeur-là
              Vient de la ville.

              Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
              Pleurant sans cesse,
              Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
              De ta jeunesse ?


              Prenez soin de vous !

            • C'est Nabum C’est Nabum 23 janvier 12:35

              @PiXels

              Laissons les donneurs de leçons avoir l’impression d’exister !
              Quant à Verlaine, il place la barre trop haut


            • Sergio Sergio 23 janvier 12:52

              @C’est Nabum

              Sinon, « laissez pisser le mouton, c’est un animal qui pisse longtemps »


              Était à l’intention de vos détracteurs, me suis je fait comprendre ?

            • C'est Nabum C’est Nabum 23 janvier 13:27

              @Sergio

              Je l’avais compris ainsi

              Laissons pisser le mérinos leur était destiné


            • sarcastelle sarcastelle 23 janvier 14:48

              quand vous aurez fini Clochemerle et ses deux suites (la dernière ne vaut pas grand-chose) relisez Voyage autour de ma chambre. 

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