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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Convergence Evolutive : Le tatoudile

Convergence Evolutive : Le tatoudile


Reconstruction de la tête d'Armadillosuchus. D'après Marinho and Carvalho (2009)

… ou le crocotou sera l’organisme choisi aujourd’hui pour illustrer l’évolution indépendante des ostéodermes. Les ostéodermes, ce sont des structures osseuses rigides trouvées à la surface de la peau, et qui confère à l’animal qui le porte l’aspect d’un tank à l’armure impénétrable. De nos jours, les animaux qui les portent sont le plus souvent des lézards ou des crocodiles. Cependant, il existe des mammifères avec des ostéodermes comme le pangolin dont je parlais ici, ou encore le fameux tatou.


Il existe environ 20 espèces de tatous qu’on regroupe parmi les Dasypodidés et dont voici un charmant panel photographique :

Petit tatou velu (Chaetophractus vellerosus)

 

tatou à six bandes (Euphractus sexcinctus)

 

Tatou à trois bandes du Brésil (Tolypeutes tricinctus)

 

Tatou géant (Priodontes maximus)

 

Avec ses 20 à 30 kilos en moyenne et son mètre cinquante de long, le Tatou géant peine à mériter sont titre quand on fouille un peu les informations concernant ses anciens cousins. Très proches des tatous, les Glyptodontidés ont laissé derrière eux d’énormes carcasses témoignant de leur gigantesques dimensions :

Glyptodon asper

Le glyptodon (ou glyptodonte) pesait environ 2 tonnes pour une longueur de plus de 3 mètres. Il vécut durant le pléistocène (période s’étendant entre 1,8 millions d’années et 11430 avant notre ère) en Amérique du Sud. Il est probable que l’arrivée de l’homme il y a 10000 ans sur le continent sud américain ait condamné ces espèces à l’extinction… Bref, séchons nos larmes et reparlons de ces fameux ostéodermes. Pour l’instant, la présence d’ostéodermes entre ces espèces très proches de mammifères ne doit pas vous surprendre : il s’agit bien d’un caractère ancestral transmis plus ou moins sous la même forme à sa descendance. Mais je suis certain que certains d’entre vous (les nerds et les geeks certainement), auront regardé l’image de Glyptodon asper avec un sourcil levé, se demandant s’ils n’auraient pas vu ce genre de fossiles, mais dans un tout autre contexte, une époque bien plus lointaine avec moults Tyrannosaures, Raptors et Triceratops… Et bien oui, c’est pas une rubrique sur la convergence évolutive pour rien : il s’avère que les ostéodermes ont déjà été inventé par des dinosaures v’là plus longtemps que ces copieurs de mammifères. (On me communique dans mon oreillette qu’un de ces dinosaures en armure apparait dans le dernier volet de Jurassic Park que je n’ai pas vu…)

Et là les amis, on remonte loin, dans le crétacé, entre 144 et 65 millions d’années avant notre ère !

Ankylosaurus

Et là encore, on se moque pas de nous niveau dimensions : de 6 à 9 mètres de long pour 6 tonnes. La comparaison avec un char d’assaut s’impose d’elle même…

Et voilà notre première convergence évolutive : la réinvention des ostéodermes par les mammifères, lointains cousins des dinosaures, et près d’une centaine de millions d’années plus tard. Bref, les mammifères sont des gros copieurs.

Mais en creusant un peu (c’est le cas de le dire en parlant de paléontologie), on s’aperçoit que la carapace d’ostéodermes, c’était presque une mode chez les vertébrés : tous les groupes phylogénétiques voulaient s’en parer. Mais parfois, ça donne des résultats franchement surprenant comme pour Armadillosuchus arrudai ce crocodile fossile qui a vécu il y a 90 millions d’années dans la région qui a donné aujourd’hui le Brésil. Il est censé ressembler à ça :

 

 

 

 

Mais alors attention : il s’avère qu’en lisant attentivement l’article qui présente Armadillosuchus arrudai, j’ai compris que seuls le crâne, les vertèbres cervicales, quelques côtes, une partie du membre antérieur gauche, le plastron cervical et une partie de l’armure en bandes mobiles d’ostéodermes ont été retrouvés. Ce qui signifie que les reconstitutions du reste du corps du bestiau ne sont que conjonctures (et éventuellement fantasmes de chimère entre tatou et crocodile). Voici une réelle reconstitution complète de ce qui a été déterré :

 

Armadillosuchus. Tête, plastron cervical et une partie de l’armure de bandes d’ostéodermes mobiles. D’après Marinho and Carvalho (2009).

 

Le plastron et ce qui se trouve juste derrière la tête suffisent cependant à faire le rapprochement avec les tatous puisque ces plaques d’ostéodermes en forme de plaques hexagonales et alignées en bandes mobiles sont véritablement similaires à celles qu’on retrouve dans nos tatous d’aujourd’hui.

Les similitudes ne s’arrêtent pas là puisque les auteurs suggèrent que la dentition, les griffes et la localisation du fossile d’Armadillosuchus le contraignait eu même mode de vie et régime alimentaire qu’un tatou.

N’empêche, que j’irai volontiers caresser un tatou mais qu’il me faudrait me payer cher pour qu’e j’approche un tel bestiau. Et puis un tatou, ça peut faire ça :

 

 

Liens :

Article Laelaps

Article National Geographic

 

 

Référence :
Marinho, T., & Carvalho, I. (2009). An armadillo-like sphagesaurid crocodyliform from the Late Cretaceous of Brazil Journal of South American Earth Sciences, 27 (1), 36-41 DOI : 10.1016/j.jsames.2008.11.005


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1 réactions à cet article    


  • Paul Cosquer 22 août 2009 10:58

    Tatoudile, là ?

    En tout cas, bravo pour cet article superbement illustré qui rappellera aux plus anciens les belles encyclopédies illustrées d’antan que l’on feuilletait avec respect et émerveillement.

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Taupo

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