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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > De plumes et d’eau

De plumes et d’eau

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Conte pour un photographe.

 

 

Qui n’a jamais trempé sa plume dans l’eau ignore qu’il faille prendre de la hauteur pour laisser les cris percer le mystère de la création. C’est ce que se disait une chevrette curieuse, belle dame entrant toute nue dans les flots, domaine de tous ces curieux animaux se prenant de bec : Gallinule poule d'eau , sarcelle d’été et grèbes huppés. Elle avança d’un pas incertain, redoutant de mouiller sa robe quand un phoque lui conseilla de prendre ses jambes à son cou afin de quitter au plus vite la place afin de ne point souiller son onde pure.

 

Le sabot circonspect, ne voyant pas où elle mettait les pattes, la belle demanda à un héron cendré, perché dans l’arbre de lui indiquer le chemin. L’autre ne voulant pas se mouiller refusa de prendre position sur l’itinéraire le moins risqué pour traverser. Tout le monde ne franchit pas le Rubicon sans y laisser des plumes, fut-il un animal à poil.

L’aventure amusa beaucoup une Tadorne de Belon et une Rousserolle Effarvatte qui survolant la scène en rirent aux éclats en compagnie d’une mouette bien nommée. Il y avait là, l’expression de l’incommunicabilité qui interdit aux différentes espèces de se donner la main. Certaines d’ailleurs pensaient justement que l’expression les excluaient puisque de palmes elles étaient munies.

Parmi celles-ci, des foulques macroules qui voyaient tout en noir se regroupèrent pour parer à une éventuelle agression du phoque ou de la demoiselle gracile. La vie en communauté provoque souvent ce genre de crainte infondée. Plus loin une Bergeronnette des ruisseaux bravant sa peur, mis ses pattes à l’eau pour guider la demoiselle. Une autre sentinelle : un cingle plongeur lui vint en aide sur l’autre rive pour que sa traversée se déroule sans encombre.

Ce fut alors un joli tohu-bohu parmi les oiseaux occupés à baguenauder dans cet endroit jusqu’alors si paisible. L’intrusion déclencha une volée de bois vert ce qui surprit la chevrette qui justement allait rejoindre son chevreuil préféré. Les protestations allèrent bon train, les volatiles jugeant fort mal qu’un cervidé vienne empiéter leur pré carré, fut-il liquide et de forme incertaine.

Des récriminations ou plus sûrement des délations furent envoyées à la préfecture qui comme chacun le sait désormais réagit toujours par des mesures coercitives. C’est ainsi qu’un martin pêcheur fut mandaté par le représentant de l’état pour fixer un écriteau comminatoire sur la berge. En dépit du principe que nul n’est censé ignorer la loi, les yeux de biche de la chevrette ne peuvent lire que les pattes de mouche. La belle transgressa, elle qui allait fauter d’une toute autre manière, sans que le martin s’en offusque. 

Pêcheur dans l’âme, notre ami le martin passa lui aussi outre l’interdit pour aller quérir un mulet comme le veut la tradition. Ce fut le signal de la débandade générale, véritable bamboche aquatique initiée par sa majesté le Balbuzard pêcheur. D’autres à l’instar de l’échasse blanche, prenant l’interdiction de haut, se mirent à puiser dans la réserve halieutique tandis qu’un oiseau, plus grand que les autres faisait le guet sur la rive. À la moindre alerte, il devait leur faire un signe, ce qui pour lui relevait de la faute d’orthographe. Mais l’animal tuberculeux ne se monta pas du col, ce qui, compte tenu de sa morphologie, est une qualité rare.

Certains témoins de la scène pensèrent qu’il valait mieux se tirer de là tandis qu’une cigogne en transit se mit à chanter à l’attention des gardes de pêche : « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ! ». La subversion avait gagné les hôtes de ces flots. C’est donc à tire d’ailes que les oies cendrées s’en allèrent vers le Capitole. Pour ce long voyage, elles burent quelques rasades de bernache, nul n’interdit encore de voler en état d’ébriété. 

L’affaire fit grand bruit, on caqueta, on cacarda, on cagnarda, on gloussa, on piailla tant et si bien qu’une délégation de journalistes de la presse écrite vint couvrir l'évènement. Les représentants des canards souchets se haussèrent du col et vinrent des chênaies voisines pour rédiger un article. Il se trouvèrent le bec dans l’eau, la chevrette depuis longtemps avait retrouvé son amoureux. Le calme revint en cet endroit, tandis qu’agissant toujours à contre-temps, monsieur le Préfet dépêcha sur place un drone grimé en sterne consternante pour établir désormais une surveillance des lieux.

Aquatiquement leur.

Photographies de Philippe Mahaux

 

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7 réactions à cet article    


  • Bendidon Bendidon 2 décembre 2020 10:58

    Waouh très belles photos, celle du martin pêcheur sur le panneau pêche interdite vaut son pesant de poissons smiley


    • agent ananas agent ananas 3 décembre 2020 00:16

      @Bendidon

      En effet ... j’en ai jamais vu en France/Europe mais je me rappelle de flashs de turquoise et marine en Inde et au Sri Lanka, il y a fort longtemps ...


    • C'est Nabum C’est Nabum 4 décembre 2020 16:15

      @Bendidon

      Je l’ai immédiatement dénoncé au préfet 


    • Jjanloup Jjanloup 2 décembre 2020 17:52

      Jolis jeux de mots reflétant la réalité beaucoup moins jolie...


      • C'est Nabum C’est Nabum 4 décembre 2020 16:16

        @Jjanloup

        Rassurez-vous, les incultes du pouvoir ne peuvent comprendre 


      • juluch juluch 2 décembre 2020 18:27

        bien aimé !

        merci nabum !

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