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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Des croupières à la vigne

Des croupières à la vigne

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L’évolution de l’espèce.

En bon âne bâté, je me devais, c’était inévitable, telle la monture du bon Saint Martin, me pencher un jour sur la vigne, d'autant plus aisément que mon appétence pour le produit de celle-ci, m’a toujours fait tourner la tête. Soucieux cependant de parfaire ma technique, j'ai commencé par tailler des croupières avant que de me pencher sur le cep.

Le taillage est devenue ma spécialité d’autant plus que bon nombre de ceux qui font métier de commenter l’actualité préfèrent désormais flatter les puissants, user de la flagornerie, jouer avec condescendance les obséquieux et les connivents, singeant en cela leur maître et modèle, le si gentil Michel Drucker.

Prenant le contre pied de la gente journalistique, je taille à tout va, moque, pique, manie le pamphlet et la farce pour décrire le curieux ballet de ceux qui se donnent l’illusion de présider à nos destinées. C’est un régal que de singer ces malheureux pantins, ballottés par l’actualité, se persuadant de leur importance à l’aulne des courbettes que les quémandeurs leur accordent sans le moindre regard critique sur leur incapacité chronique à peser sur le réel.

Le taillage de croupières finit par lasser et rend parfois la vie impossible au malheureux bouffon qui se voit ainsi taxé de tous les noms d’oiseaux. Il devient même, de manière somme toute paradoxale, l’épouvantail local, celui qu'exècrent les jolis merles qui aspirent au perchoir municipal. La prise de bec n’étant pas le fort de ces gens, incapables du moindre sens de l’humour et encore moins de celui de la dérision quand elle porte sur les innombrables et impayables fourberies.

Naturellement les propos acides finissent souvent par tourner au vinaigre dans la belle cité johannique. Le pas était facile à franchir ; la vigne me tendait ses baguettes, pour sonner la charge et m’abattre sur un vignoble abandonné de tous. Lui qui fut jadis, au XVI° siècle le plus grand du royaume, se perd en peau de chagrin, dans l’indifférence générale.

Fort heureusement, quelques vaillants obstinés se battent pour préserver un pan entier de notre histoire du Val en tentant de sauver ce qui peut l’être encore aux côtés des derniers vignerons indépendants qui vivent leur activité plus comme un sacerdoce que comme un métier rentable. C’est donc avec les vignerons associés que je découvrais les mystères de la taille.

Armé d’un sécateur, par un froid de canard et quelques flocons, je m’initiai à cet art qui autorise tous les espoirs ou les inquiétudes pour les libations futures. Comme chaque cépage dispose de son secret, je ne puis que vous évoquer ceux du Pinot, le prince de l’endroit, qu’il soit noir, meunier ou bien gris : cette dernière couleur sera mienne en fin de journée.

Votre arme en main, vous vous trouvez au pied non pas du mur mais d’un cep, porteur d’un grand nombre de sarments. C’est à vous, néophyte ignare de repérer le bois de l’année ; lisse et plus frêle, celui de deux ans, plus rugueux et proche d’un ancien courson et le bois ancien, qu’il convient de négliger et d’éliminer impitoyablement. C’est du moins ce que j’ai compris …

JPEG Ce qui après une première explication semble relativement facile se complique singulièrement quand vous vous trouvez seul devant l’objet en question. Il convient en premier lieu de déterminer le courson sur du bois récent. Celui-ci sera taillé à deux yeux. Il assurera la repousse dans deux ans et se doit d’être le plus possible dans l’axe et le plus bas possible. C’est du moins ce que j’ai compris…

Le choix effectué, c’est la baguette qu’il faudra choisir, celle sans laquelle la récolte future sera insignifiante. Elle doit avoir porté des fruits de la récolte précédente, ce qui en plein hiver, n’est guère aisé à repérer. Puis il faut réfléchir à son orientation, à sa capacité à redresser éventuellement un cep qui part en biais, à envisager de la fixer aux fils, ultérieurement. Du choix opportun de la baguette dépend la prochaine récolte, lourde responsabilité pour qui aime le vin.

Pour corser l’affaire, le tout se pratique dans la boue, le froid, au ras du sol. Si boire est un plaisir, la taille est une épreuve. Je crois finalement qu’il est plus aisé de tailler des croupières, même si cette activité tourne à l’aigre. Qu’importe, quand le vin est tiré, il faut le boire quitte à le couper d’un peu d’eau.

Viticolement vôtre.


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2 réactions à cet article    


  • baldis30 2 février 13:48

    Horreur !

     Enfer et damnation !

     « quitte à le couper d’un peu d’eau. »


    • juluch juluch 2 février 20:30

      je l’ai fait la taille de la vigne....pîtin quel cauchemar !! smiley

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