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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Il pleut des cordes

Il pleut des cordes

Confessions aqueuses

Quand il n'y a plus qu'à se réfugier sous la buvette !

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Le Thoureil, charmant petit village de charme lové contre la Loire. Un bonheur pour les yeux avec ses vieilles maisons bourgeoises, splendeurs d'un passé brillant pour notre marine et ses marchands. Une âme qui transpire de ces murs de tuffeau, embellis de glycines en beauté printanière. Il y avait de quoi être heureux et jouir à profusion des vieux gréements allant sur l'eau.

Mais le ciel en avait décidé autrement. Pour célébrer ce coin de France qui jadis se spécialisa dans la culture du chanvre, il pleuvait des cordes. Rien de plus normal, me direz-vous, quand on maîtrise l'art complexe et irrémédiablement ésotérique pour mes mains malhabiles, du nœud marin. Dans une telle tourmente, l'organisatrice n'aurait eu qu'à tenter le diable en s'essayant au nœud de pendu ; mais la dame a un tempérament bien trempé, ce qui, en ce jour de forte pluviométrie, était ce qui pouvait lui arriver de mieux.

Elle a eu raison de croire en la folie des gens de Loire. Habillés de cirés, de bottes ou couverts de parapluies à éborgner les voisins, ils arpentèrent, d'amont en aval et inversement, ce quai noyé sous la pluie. Rien n'arrête le pèlerin pourvu qu'il soit un peu marin ou sacrément coquin. C'est ainsi qu'il y avait du monde sous ce déluge pour honorer cette belle fête.

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Mais le curieux est rarement téméraire bien longtemps, d'autant plus que les mariniers avaient trouvé refuge dans leurs cabanes ; rares étaient ceux qui s'aventuraient sur la rivière. Le béotien comprit bien vite que la seule animation envisageable se trouvait à terre. Il en tira bien vite les conclusions qui s'imposaient pour retrouver tous ses semblables, comparses d'occasion ou coquins de circonstance autour de quelques grands parapluies judicieusement déployés par les organisateurs.

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Que ces bienveillantes protections aient été offertes ainsi aux naufragés de la pluie, justement à proximité immédiate et contiguë des buvettes, ne doit relever que de la pure coïncidence. Que ces sus-nommés estanquets improvisés aient proposé des vins du pays, aggrava encore la détresse de ceux qui voulaient se mettre à sec. Pour éviter de se mouiller des pieds à la tête, il fallait donc sacrifier au rite de Bacchus.

Bon nombre de nos camarades eurent la faiblesse de se laisser pousser, non par ce maudit vent tourbillonnant qui ne simplifiait pas la tâche des quelques rares navigateurs, mais par cette occasion qui fait toujours le larron en foire. Les abris ne désemplissaient pas alors que curieusement, les verres suivaient un mouvement presque asymétrique et inversement proportionnel.

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Quelques raisonneurs affirmaient péremptoirement qu'ils craignaient que les tornades viennent insidieusement mettre un peu d'eau de pluie dans leur vin. Ils s'empressaient donc de vider le godet par souci de respect des pratiques œnologiques en vigueur dans notre charmant pays. Le verre vide, ils manquaient soudainement de contenance et devaient bien vite recommander un autre verre, au risque de se faire prendre une place tant convoitée.

Le cercle infernal était engagé ; ce ne fut alors que suite ininterrompue de rasades et d'averses. La pluviométrie a toujours eu un curieux effet sur les fêtes en extérieur. Sur celle-ci, elle donna une coloration blanc, rouge, rosé du meilleur effet. Ajoutons-y les inévitables bulles de nos amis saumurois et vous pouvez constater que les mariniers sont capables de naviguer entre deux eaux sans aucune difficulté.

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Votre serviteur ne resta pas en reste et, pour ne pas paraître prétentieux ou distant, il se joignit à ce curieux manège des verres qui ne sont jamais à moitié remplis. Pour ajouter un peu de piment à la chose, je poussai même le bouchon un peu plus loin, dans taverne en dur, un établissement dûment estampillé par une licence IV au nom prometteur d'estaminet. Devant la pratique du lieu et , sans me faire prier outre mesure, je dis deux ou trois fables au débotté.

Les mauvaises langues et les abstèmes affirmeront sans honte ni argument crédible que j'avais agi sous l'euphorie du moment. Je tiens à m'élever en faux contre ces affirmations calomnieuses. J'avais simplement le désir d'honorer mes amis de rencontre et de célébrer notre Loire comme il se doit. La fête se termina de la plus belle des manières sous de belles et revigorantes averses et chacun se fit la promesse de revenir ici l'an prochain avec le soleil pour compagnon.

Thoureillement leur.

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La loi Évin me contraint à vous mettre en garde contre ce billet à lire avec une extrême modération.

 

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6 réactions à cet article    


  • Radix Radix 30 avril 2014 10:03

    Bonjour Nabum

    Article joliment écrit avec, je le soupçonne, un reste de « jubilation » de la veille !

    Cette histoire m’a remis en mémoire une phrase que mon arrière grand-mère aimait a dire, fruit d’une longue expérience (elle était née sous Napoléon III) et d’un sens de l’observation particulièrement aiguisé : « Quand l’temps s’abernaudit, il va chailler d’la pieu ! ».
    Sentence jamais mise en défaut !

    Radix


    • C'est Nabum C’est Nabum 30 avril 2014 11:08

      Radix


      Merci
      J’aime beaucoup votre aphorisme
      Il était plus qu’abernaudi ce maudit temps

    • L'enfoiré L’enfoiré 30 avril 2014 14:25

      Bonjour Nabum,

       « Il pleut de cordes »
      Une expression idiomatique bien de chez nous franophones.
      En anglais ; ce serait il pleut des chats et des chiens (It’s raining cats and dogs")
      J’ai commencé ma série de billets bien de chez nous.
      Pas de fleuves à Bxl, (si ce n’est une rivière voutée)mais un canal. 

      Dans dix jours, vous allez pouvoir constater où je vis.

      .
       

      • C'est Nabum C’est Nabum 30 avril 2014 15:21

         L’enfoiré


        Ils sont fous ces anglais
        Les chats craignent l’eau et les chiens mouillés sentent mauvais ...

        J’ai hâte de vous découvrir en votre région

      • Prudence Gayant Prudence Gayant 30 avril 2014 22:17

        Je n’ai pas très bien compris le sujet de l’article. S’agissait-il d’honorer la pluie, les noeuds ou les leveurs de coude ligériens ?

        Ce que je retiens depuis que je lis les histoires de Loire de l’auteur : ils lèvent presque autant le coude que le pied pour éviter de rester au sec pour l’un et mouillé pour l’autre !


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