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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > L’enfer du décor

L’enfer du décor

Un livre, deux vies qui se réunissent pour le meilleur au départ et pour le pire en finale. L’un qui dit dans les moments de tristesse à l’autre « Pendant plusieurs décennies, nous avons fait ... l’humour ». C’est le livre de la compagne de Raymond Devos qui m’avait fait découvrir l’envers du décor, l’envers des rires et des sourires que tout le monde connaissait. Cette fois, il laissait un goût de sordide dans la bouche.

1.jpgLe livre est-elle une histoire de famille, sordide, une croisade, une intrigue de palais, une réaction contre les injustices ? Un peu de tout cela.

Raymond Devos, un clown artiste qui poussait la logique jusqu’à l’absurde. On connaissait de lui ces bons mots qui faisaient rire.

Samantha Lemonnier, l’auteure de pièces de théâtres, de ce livre, fut sa plus proche compagne. Elle y révèle, son enfance douloureuse avec ses parents ruinés, la perte de ceux-ci, l’envoi chez sa tante, la rencontre avec l’humoriste. Elle est née en 1950. Vingt huit ans, plus jeune, la sépare de son égérie, Raymond Devos.

Elle est l’auteur de pièces de théâtre. Son parcours se confond avec celui de Raymond, dont elle a partagé l’intimité, le rire et les secrets.

La fin se passe en justice. Tragique, incompréhensible. Un procès est d’ailleurs toujours en cours. Pour la première fois, elle lève le voile sur les coulisses tragiques de la vie de Raymond Devos, de ce drame qui a miné durant 30 ans - et précipité sa fin - le plus célèbre des humoristes français.

Le début est romanesque. Samantha le rencontre chez sa tante, à Bergh Plage, elle avait 6 ans, lui, 34. Sa tante s’entourait de beaucoup d’artistes de l’époque.

C’est son "grand copain" déjà, dès qu’elle le rencontre. Elle écrit les prémices avec ces mots :

"Ma tante Georgeline était un personnage. Descendante fortunée d’une grande maison de Champagne, près d’Épernay, elle habitait avenue Foch, dans le XVIe arrondissement de Paris, un magnifique appartement où elle recevait des personnalités de tous bords, écrivains, peintres, intellectuels, musiciens, et tout ce que les années cinquante comptaient de gens du spectacle et de la mode. A ses dîners se côtoyaient Duke Ellington, Erroll Garner, Sacha Guitry et toute une flopée de chanteurs et d’humoristes en herbe. Très éclectique dans ses goûts, cette passionnée de jazz - elle jouait du piano -, promenait sa culture et son élégance dans la plupart des capitales européennes, mi-femme du monde, mi-mécène, toujours coiffée de chapeaux dernier cri. Elle ressemblait à s’y méprendre à Coco Chanel, dont elle était proche.

Deux à trois fois par semaine, elle réunissait ses amis et connaissances autour de la grande table en acajou de son salon. Je venais souvent passer mes vacances avenue Foch.

Je quittais alors Berck-sur-Mer - on disait alors Berck-Plage -, à quatre-vingts kilomètres de Calais, où je vivais avec mes parents, et je « descendais » à Paris. L’époque était à la bohème. Les invités de tante Line étaient le plus souvent, comme on ne les appelait pas encore, des « bobos ». Ils arrivaient à n’importe quelle heure, sans nul souci de ponctualité mais, eu égard aux bonnes manières de ma tante, toujours tirée à quatre épingles, impeccablement vêtus. Chez elle, la grossièreté était proscrite. Si je prononçais le mot de Cambronne, elle se montrait « very shocking » et m’envoyait me laver les dents.

Une fin d’après-midi de juillet 1956, elle m’annonce :

- Ce soir, nous avons un invité de marque. Tonton Isa vient te voir avec Francis. Il y aura d’autres convives. J’espère que Francis va bien se tenir. Et toi aussi !

Tonton Isa, c’était Pierre Dac, de son vrai nom André Isaac. Ma tante redoutait les saillies de ce farceur invétéré, encore qu’elle admirât la verve et la drôlerie de ce bonhomme jovial à la faconde intarissable. Quant à Francis, ce n’est autre que Francis Blanche, qui multipliait déjà les farces et attrapes en tout genre."

Le décor est planté. Il va prendre du temps pour s’installer, pour s’incruster à jamais, dans les vies et les mémoires. C’est là que Raymond Devos va la prendre sous sa protection. Le temps passe. Chacun suit sa propre voie en fonction de l’âge de chacun des interlocuteurs. Ils se retrouvent, bien plus tard, devant un dîner d’amoureux. Samantha a, alors, 20 ans. Marié, Raymond ne peut que difficilement se couper de son métier et de son épouse. C’est alors que commence une amitié, un amour un peu maudit.

L’envers du décor, ou plutôt l’enfer, ne commence que vers la fin de sa vie, quand la maladie s’installe dans les corps et les esprits de Raymond.

Après une difficile ascension dans le monde du music-hall et, la gloire venue, cela devient le calvaire, vécu sous l’emprise insidieuse d’un secrétaire très particulier, qui n’a eu de cesse de le plier à ses désirs, de détourner sa fortune et de le harceler. Il règle tout.

En 2005, malade, Raymond vit des apnées de sommeil, a des difficultés à se mouvoir. Samantha prend son bâton de pèlerine pour le protéger malgré lui, pour le défendre des malversations, des manipulations de son entourage direct.

Une femme d’ouvrage, Azevedo et un secrétaire, Pierre Merrou se sont infiltrés comme impresario dans la vie du comique. Ils se sont implantés dans la maison en faux défenseurs, conscients de leur force. Le choc avec Samantha, à l’extérieur, est inévitable. Tirer la sonnette d’alarme dans une croisade contre l’adversité, il faut en avoir les moyens extérieurs quand l’ennemi est déjà à l’intérieur.

Les premiers contacts entre les représentants de la vedette malade et Samantha sont immédiatement très froids.

Raymond y voit d’ailleurs un avantage direct. Bonasse, il les laissent se profiler dans la belle maison de Raymond avec, au bout, l’enfer en préparation. Le patrimoine d’une carrière célèbre, telle que la sienne, n’est pas mince.

Ils vont se durcir dans un froid glacial pour devenir un vrai calvaire. Raymond, un "océan de tendresse", comme le dit Samantha, est un colosse au pied d’argile. Il soufre d’acédie, de schizoïdie et aussi, dépendant de ses geôliers, souffre d’un syndrome de Stockholm évident. Sous l’emprise de son secrétaire, Pierre Merrou, qui connaît la combinaison du coffre de la maison, il va se faire plumer par lui.

Il souffre mais assume avec courage en prenant un peu de bon temps avec Samantha, sa copine de toujours.

Il lui dit, sentant sa fin proche, "le jour où je partirai, je te laisserai mon âme".

Samantha se bat pour sortir l’homme qu’elle aime des griffes de ces redoutables éminences grises.

La mort de Raymond survient, le 15 juin 2006. Dans les obsèques se déroulent dans l’intimité, dans l’ignorance de ce qui a été les prémices au drame. Samantha croit mettre un point final à l’histoire. Le "dernier sketch" comme Samantha l’appelle survient en janvier 2008. Elle est placée en garde à vue, accusée d’avoir précipité la mort de Raymond, d’avoir administré des sur-doses de médicaments pour de vils vicissitudes d’argent.

Elle écrira :

"Je n’exagère pas en disant que j’ai été donnée en pâture aux chiens au cours d’un véritable lynchage médiatique et juridique, pour le plus grand bonheur d’un secrétaire aussi particulier que vindicatif, instigateur de cette mise à mort parfaitement orchestrée par un parquet aussi peu soucieux du secret de l’instruction que de ma personne et parfaitement oublieux des contre-pouvoirs dont se targue notre prétendue démocratie...".

La justice et les médias suivent cette option et l’accuse d’intention de donner la mort pour raison de profits. Des fossoyeurs sont derrière cette action et recherchent toujours les bénéfices de leurs "bons offices".

Samantha est mise en garde à vue et l’affaire est montée en épingle.1.jpg

Les informations sur sa mort ont été faussées par la justice, avec un seul dossier à charge, sans beaucoup de données pour le justifier. Par la presse, aussi, elle est toujours en mal de sensations fortes. Une histoire de gros sous, d’héritage qui intéresse les journaux à sensation qui semblait faire planer la mort au dessus d’un nid de coucous. De là à penser à l’empoisonnement, il n’y avait qu’un pas. Une affaire avec une odeur de fumée sans feu.

Le public croit ce que la presse raconte.

Je me devais de faire mon acte de contrition, parce que comme beaucoup de monde, j’y ai cru à ce que les médias en disaient à l’époque. Ce livre remet-il les pendules à la bonne heure ? J’ai essayé de lui donner un reflet le plus approchant.

Raymond Devos restera, pour moi, un jongleur de mots toutes catégories, un guide dans le domaine. Tant à dire à son sujet.

D’autres humoristes se souvenaient de lui, avec tellement de références, de déférences, lors de sa mort.

Samantha se devait de rétablir une autre vérité, sa vérité. Elle fut, trop longtemps, surnommée d’intrigante et de mythomane et son livre a, pour le moins, des accents de vérité.

A l’envers de son décor, quand les bénéfices sont importants, pas moyen de trouver de bonnes intentions.

L’enfer est souvent pavé de trop bonnes intentions.

 

L’enfoiré.

Citation :

  • " Celui qui pense que, chez les grands personnages, les nouveaux bénéfices font oublier les vieilles injures, il s’abuse", Nicolas Machiavel
  • « On a toujours tort d’essayer d’avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas tort ! »

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2 réactions à cet article    


  • slipenfer 13 juillet 2010 13:02

    Ba même pas un ty pti poste ?
    citations

    Du moment qu’on rit des choses, elles ne sont plus dangereuses.

    Chaque fois que mon percepteur revenait, je payais un impôt sur le revenu

    Est-ce que c’est en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions faire le jour même que nos l’éviterons ? (pour BP celle la)

    J’ai l’impression que mon chêne sent sa dernière heure arriver : il sent déjà le sapin.

    Je connaissais un sportif qui prétendait avoir plus de ressort que sa montre. Pour le prouver, il a fait la course contre sa montre.

    Je préfère glisser ma peau sous des draps pour le plaisir des sens que de la risquer sous les drapeaux pour le prix de l’essence...

    Le flux et le reflux me font marée.

    Si Dieu n’est pas marié, pourquoi parle-t-on de sa grande Clémence.
     smiley 


    • L'enfoiré L’enfoiré 13 juillet 2010 13:19

      Bonjour slipenfer,

       Oui, Raymond Devos, sa compagne n’attirent pas les foules. Tout le monde s’en fout.
       Quand on est dans le bain, on doit apprendre à s’en sortir quand l’eau est trop chaude.

       Bonne citation.
       Dire les choses de manière parodique, avec un brin d’humour qui peut être sarcastique, permet de s’en souvenir.
       Rire en payant des impôts avec son percepteur devant soi, il faut pouvoir assumer.
       
       J’ai lu récemment au sujet de l’affaire BP, un titre qui m’avait attiré : « La catastrophe pourrait être profitable ».
       Troublant et pourtant vrai.
       L’homme passe à l’action, change son optique quand il y a une incendie. Sinon il dort. Il faut le secouer dans ses fondements, dans ses habitudes rikiki.
       Pas question d’être un kamikaze en se protégeant par un drapeau.
       Je fais du sport à ma mesure. Je me fous complètement de me comparer à quelqu’un d’autre.

       Comme je le disais chez Morice, je n’irai jamais en Afghanistan.
       Lui est étonner d’avoir des ennuis et des rémoras à ses basques.
       Pour ce qui est de Dieu, je ne suis pas compétent pour répondre.
       J’ai ma Clémence. Je m’en contente.
       smiley
       
       

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