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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > L’incroyable aventure d’un téléphone

L’incroyable aventure d’un téléphone

Segpa ... Utile

Ça aussi c'est du sport !

Avec la quatrième, chaque jour apporte une nouvelle aventure, une surprise ou bien un désagrément de taille. Il se passe toujours quelque chose avec eux, ils rompent la monotonie d'un métier que beaucoup se plaisent à dénigrer. Je vous assure qu'il y a matière à ne pas s'endormir en chemin, la surprise est toujours au rendez-vous !

Ce mercredi matin, je devais les conduire en EPS. Depuis bientôt deux mois, je suis confronté à la mystérieuse disparition du trousseau de clefs, celui qui permet d'accéder au matériel et aux installations sportives. Après quinze jours d'exaspération, j'avais fait mon deuil de ce précieux sésame. Je n'imagine pas que la même mésaventure eut pu survenir à un professeur d'EPS sans qu'il y eut une levée de bouclier. Mais pour un pauvre enseignant de Segpa, l'indifférence est souvent la règle dans notre bonne maison.

Mais revenons à nos lascars. La carence ne les concernait guère. Je leur proposais une activité en plein air afin de contourner la difficulté matérielle. Comme chaque mercredi matin, je fis ce jour-là l'appel avant notre départ. Les absences sont encore plus nombreuses dès qu'il s'agit de se mettre en mouvement. Les jeunes filles, depuis le début, m'ont habitué à trouver prétextes et excuses pour échapper à la corvée.

Je ne compte plus les problèmes féminins, les sacs de sport oubliés à la maison, les survêtements qui ne sont pas secs et les oublis malencontreux. C'est devenu un incontournable dans nos structures, le sport ne fait plus recette pour bien des raisons que je ne développerai pas ici. Je ne jetterai pas la pierre aux seuls élèves, nous avons notre part de responsabilité dans cette dérive inquiétante.

Curieusement, ce jour-là, et pour la première fois, les demoiselles présentes (il en manquait quand même trois) avaient apporté une tenue sportive. J'en étais surpris et même un peu pris au dépourvu car je leur avais préparé un travail écrit pour qu'elles patientent en permanence. On n'est jamais sûr de rien vous ai-je déjà écrit !

Avant de partir, je les mets en garde. N'ayant pas les clefs des vestiaires, je leur conseillai de laisser leurs objets de valeur en classe. Elles n'en firent rien, hélas ! Nous partîmes donc, bien plus nombreux qu'à l'ordinaire, ce qui n'était pas pour me déplaire. La séance se déroula même de manière fort agréable, j'aime à ce qu'on s'amuse quand on fait du sport à l'école et même si ce principe n'est pas nécessairement la règle en vigueur de nos jours, le vieil enseignant sportif que je suis, se fait un malin plaisir à prendre à contre-pied les normes du moment.

Tout bascula quand nous retournâmes aux vestiaires, celui des filles avait été visité. Un casque, une carte de bus et un téléphone portable avaient disparu. C'était un cataclysme, un drame d'envergure, une catastrophe immense, un tremblement de terre. La plus grande, la plus virulente aussi était en furie. Elle prétendait que son téléphone valait 800 euros et qu'elle exigeait le retrouver sur le champ.

Immédiatement, elle prit à partie les garçons, puis les élèves qui étaient dans les vestiaires voisins. J'avais beau essayé de la calmer, rien ne me permettait de la faire taire. Elle hurlait, elle vociférait son désir de vengeance, son envie de fouiller les sacs de la terre entière. Quand soudain, je me rappelais avoir aperçu un jeune lycéen qui traînait sur le stade …

J'évoquai alors cette lointaine silhouette qu'on avait aperçu en arrivant. La demoiselle s'en souvint et toute sa colère se tourna vers ce mystérieux inconnu. Nous rentrâmes au collège et elle partit en compagnie du directeur au lycée professionnel voisin, pour tenter d'identifier celui qu'on soupçonnait désormais. Sur le trombinoscope, la vérité n'apparut pas …

La demoiselle était dans un tel état que le directeur jugea préférable d'appeler sa mère afin qu'elle vienne la chercher. Aussitôt dit, aussitôt fait, la dame que nous n'avions pas encore rencontré était là avec une célérité sidérante. Je vous ai déjà dit que le téléphone portable est ce qui fait venir au collège le plus sûrement les nouveaux parents !

La dame, flanquée d'un ou de deux de ses fils et de notre élève décida de faire la sortie du lycée voisin. Sa fille n'en démordait pas, son voleur venait de là. À midi, dans la foule des lycéens, ils retrouvèrent le suspect en question. La troupe se précipita vers lui, le garçon reçut quelques coups et de nombreuses menaces …

J'avoue ne pas trop savoir comment ils s'y prirent mais ils eurent son nom et allèrent porter plainte malgré les dénégations de garçon. La police fit son travail. Décidément dans cette affaire tout semble incroyable. La police fit elle aussi pression sur le suspect putatif. Le lendemain, le portable faisait sa réapparition sur un bureau du lycée.

Ce miracle ne fut pas le seul dans cette affaire. Le même jour, le fameux trousseau de clefs surgissait sur mon bureau. Quelques coups de téléphone, une situation qui ne pouvait plus durer, un incident qui eut pu tourner à l'émeute et voilà que ce qui ne gênait personne, posait soudainement problème.

Voilà comment une séance séance d'EPS permet de découvrir bien des ressources insoupçonnées. Une enquête rondement menée, une collaboraation police-victime, le retour des clefs. Il ne faut jamais désespérer de rien, je retiendrai la leçon et confirait désormais à cette jeune fille les problèmes les plus épineux.

Mystérieusement sien.

 


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4 réactions à cet article    


  • Ruut Ruut 14 novembre 2013 16:52

    Espérons que ce n’est que de la fiction.
    Quel age ont vos étudiants pour se balader avec des GSM de 800 Euro ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 15 novembre 2013 07:58

      Ruut


      Vérité hélas pour une jeune fille issue d’un milieu défavorisé, mère seule avec des enfants et pas de travail.

      Quand j’évoque un renversement des valeurs ...

    • lcm1789 14 novembre 2013 23:24

      Merci Nabum pour ce très bel article qui n’est pas sans rappeler L.Pergaud dans le style…


      L’enseignement demande il est vrai de porter une espérance toujours renouvelée dans l’humanité.

      • C'est Nabum C’est Nabum 15 novembre 2013 08:01

         lcm1789


        L’espérance s’use parfois devant les difficultés de plus en plus grande à porter un espoir humain face aux transformations qu’impose le système économique.

        Je ne peux concevoir les élèves comme de simples pions, j’aimerais tant en faire des humains quand la société ne les rêve qu’en consommateurs !

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