• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > La mauvaise réputation

La mauvaise réputation

La Malnoue finira en odeur de sainteté.

Il était une fois dans un village de Sologne, une femme repoussée par tous, tant pour sa saleté que pour le mystère qu’elle dégageait. Les uns la disaient sorcière, les autres se contentaient de la fuir comme la peste. Tous en tout cas, passaient leur chemin à son approche. Il est vrai que l’ostracisme dont elle était victime l’avait poussée à se négliger si parfaitement qu’une odeur repoussante exhalait de sa personne.

Bien sûr, cette pauvre femme vivait à l’écart du village, entretenant un jardin et quelques chèvres, des poules et des lapins afin de n’avoir rien à solliciter des autres, ceux-là même qui pinçaient le nez et tournaient le dos à son approche. Elle en avait pris son parti, s’enfermant sans doute elle-même dans un comportement qui la mettait consciemment en marge de sa communauté villageoise.

Pourtant, parfois, elle recevait des visites clandestines. C’était toujours à la tombée de la nuit, après bien des détours que des personnes venaient frapper à sa porte. C’est qu’il leur fallait une bonne raison pour affronter ainsi l’odeur de la dame. À chaque fois, c’était pour ses dons inhabituels que cette visite avait lieu, subrepticement, rapidement, le plus discrètement possible. Personne d’ailleurs ne se vantait jamais d’avoir eu recours à ses étranges services.

Ils étaient de nature mystérieuse, si mystérieuse d’ailleurs que monsieur le curé en personne, un jour, en chaire, avait fustigé cette diablesse qui en une autre époque aurait fini sur le bûcher de l’inquisition. Paroles prémonitoires d’un être aussi borné qu’intolérant ou bien menace à peine voilée. Chacun se signait à son passage, donnant sans doute raison à ce triste ministre d’un Dieu qui avait laissé la miséricorde en cours de route.

C’est la Malnoue qui faisait preuve de charité chrétienne, en dépit de la détestable réputation qui lui était faite, elle ne refusait jamais de porter assistance à qui venait réclamer son aide, le rouge de la honte aux joues. Elle savait bien des secrets de la nature, préparait des décoctions dont elle avait le secret pour soulager là où le médecin avait échoué. Elle rendait également des menus services avec des aiguilles à tricoter qui évitaient d’autres layettes. Elle barrait le feu et faisait disparaître les verrues en apposant ses mains sur la partie en souffrance.

Les villageois avaient tous remarqué du reste qu’en dépit d’une crasse innommable, la Malnoue avait toujours les mains propres, les ongles curés, la peau douce en cet endroit précis. Une délicatesse de sa part, le souci sans doute de ne pas perdre ses pouvoirs magnétiques et la preuve qu’elle aurait été capable de ne pas tant se négliger par ailleurs si elle avait reçu un peu plus de considération.

Car, une fois son office effectué, une fois son œuvre accomplie, elle recevait certes quelques récompenses pécuniaires, à la seule appréciation de ses clients d’occasion, sans doute davantage pour le paiement de son silence que pour ce qu’elle avait pourtant fait avec une efficacité jamais démentie. Elle n’était pas dupe et n’entendait jamais le plus petit remerciement. Les gens sont si ingrats !

Elle en avait soulagé des peines, elle en avait repoussé des mauvaises surprises, des maux insupportables, des souffrances sans que quiconque ne se soucie ensuite de ses douleurs à elle, qui, certes, n’étaient pas physiques ! Elle en avait pris son parti, n’attendait plus rien d’eux. La mauvaise réputation vous colle à la peau et rien ne permet de décoller les yeux de ceux qui montrent du doigt ceux qui vivent autrement.

C’est curieusement en odeur de sainteté que la Malnoue acheva son parcours dans cette vallée de larmes. Un soir, le tocsin résonna dans la petite bourgade, le feu avait pris dans une chaumière, rendant vite impossible toute approche dans la fournaise. Pourtant, il y avait là, trois enfants coincés à l’étage dont on entendait les cris de douleur sans que personne ne puisse venir à leur secours. Les habitants étaient là, devant ce terrible spectacle, hébétés et impuissants. Leurs pauvres seaux d’eau étaient de peu de recours devant une telle tragédie.

La Malnoue s’approcha, elle pénétra dans les flammes sans un regard pour ceux qui étaient restés les bras ballants devant la scène. Elle monta l’escalier encore praticable. Protégée par sa gangue de crasse, elle supportait vaillamment les assauts du feu. Elle revint une première fois, portant les deux plus jeunes, qu’elle avait enveloppés dans une couverture pour leur permettre de supporter le trajet.

Sans un mot, elle retourna dans l’enfer. Ces cheveux étaient brûlés, ses joues montraient déjà les stigmates de l’horreur. Ses mains avaient été les premières naturellement à souffrir des meurtrissures du feu. Elles n’étaient plus que plaies et charpies. Nonobstant des souffrances insupportables, elle retourna dans la fournaise et revint, à bout de force et de vie, porteuse de l’aîné.

Elle n’eut que le temps de déposer l’enfant dans les bras de monsieur le curé, ironie du sort, celui-là la même qui lui avait promis les flammes de l’enfer, avant que de rendre son dernier souffle dans un étrange silence. L’instant d’après, un vacarme épouvantable accompagna l’effondrement de la maison.

Quelques jours plus tard, toute la communauté sans exception se retrouvait entassée dans une église pleine à craquer, pour honorer la mémoire de l’héroïne. Monsieur le Recteur dans ses habits sacerdotaux n’avait pas lésiné sur le décorum, la maison de Dieu était couverte de cierges pour célébrer la gloire de celle qui était morte en martyre .

Il monta en chaire pour lire une épître, là même où il avait voué la malheureuse à son destin futur. Les fidèles, oublieux alors des mauvaises paroles qu’ils tenaient tous contre celle qui un jour ou l’autre leur avait rendu service, avaient la mine confite, agenouillés, en train sans doute de confesser au très grand leurs fautes passées dans le secret de leur cœur.

Soudain, les portes de l’église s’ouvrirent en grand, un énorme coup de vent fit frissonner tous les participants. Au loin, le cri d’une chouette glaça les sangs de ces braves gens. Le curé se signa par trois fois. C’était trop tard, le malin était passé par là, tous les cierges avaient été soufflés dans le même instant.

On se dépêcha de mettre en terre la malheureuse, la Malnoue ne dut de pénétrer dans l’enceinte sacrée que par l’acte de bravoure qui fut le sien. Point de pierre tombale, personne n’avait songé à la remercier même après ce sacrifice magnifique. Elle reposait dans le carré des indigents, la honte n’étouffe pas ces drôles de paroissiens.

Le temps passa, le printemps revint. Là où la Malnoue reposait pour l’éternité, des plantes poussaient sans que personne n’ait songé à fleurir sa tombe. C’était des aloès, plantes réputées pour soigner les brûlures. Chacun comprit enfin que ce message venait du ciel et non des flammes de l’enfer. C’était sans doute un peu tard, mais c’est souvent ainsi. Ne blâmons pas ces braves gens, les jugements sont souvent hâtifs, les mauvaises réputations ne se défont pas en un jour !

Reconnaissancement sien.

Documents joints à cet article

La mauvaise réputation

Moyenne des avis sur cet article :  4.35/5   (31 votes)




Réagissez à l'article

95 réactions à cet article    


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 11 février 17:33

    « Le temps n’est plus secondé par les horloges dont les aiguilles s’entre-dévorent aujourd’hui sur le cadran de l’homme. Le temps, c’est du chiendent, et l’homme deviendra du sperme de chiendent »

    — René Char, extrait de Feuillets d’Hypnos


    • C'est Nabum C’est Nabum 11 février 19:34

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Le temps ne repousse pas


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 11 février 17:38

      La lecture de la biographie de Guy DEBORD me donne un peu la nausée. Le personnage se révélant sous un jour peu sympathique. Et pourtant, lui,gardera toujours sur le plan intecllectuel : une bonne réputation. A quoi cela tient-il ???


      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 11 février 18:14

        Texto : Guy Debord, né le jour maudit au Moyen-Age du massacre des Innocents est venu pour désespérer le monde. Chapeau bas : il a pleinement réussi sa mission,... Nous l’auréolerons de cette fin éclatante de beauté,...


        • C'est Nabum C’est Nabum 11 février 19:34

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.

          Évitons t’attiser la haine ici


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 11 février 19:52

          @C’est Nabum


          il ;suffit de deux silex,...

        • C'est Nabum C’est Nabum 11 février 19:54

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.

          La moindre étincelle fait mouche ici


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 11 février 20:13

          @C’est Nabum


          Nabum, c’est vous qui mettez le feu,...Vous êtes excusé, il fait froid,...

        • Henry Canant Henry Canant 11 février 19:30

          Nabum,

          Ta fable est historiquement fausse.
          Je ne vais pas m’emmerder à t’ expliquer que les « guerrisseurs » étaient autrement considérés.

          Tu te couvres d’un ridicule sans nom.

          Dire que tu as enseigné des enfants me remplit d’effroi.

          • C'est Nabum C’est Nabum 11 février 19:33

            @Henry Canant

            Pourquoi êtes vous ainsi ?

            Allez consulter


          • Henry Canant Henry Canant 11 février 20:12

            @C’est Nabum
            Je suis ainsi d’abord parce que je suis né avec des gènes qui m’ont été transmises.


            Ensuite j’ai vécu certaines situations qui me portent à avoir à avoir un certain regard qui, je suis désolé, est tout à fait opposé au tien.

            Je n’ai jamais cherché à briller, mê suis tjrs contenté de faire mon travail au mieux de mes capacités.

            Je ne regrette pas grand chose et je n’ai aucune intention de m exhiber comme tu le fais, pour tenter de rattraper maladroitement un passif négatif.

            C’est toi qui devrait consulter, mais malheureusement je crois sincérement qu’il est bien tard.

            Je n’ai rien à prouver tandis que toi ..... 

          • C'est Nabum C’est Nabum 11 février 20:26

            @Henry Canant

            Pourquoi me harceler ainsi ?


          • nono le simplet nono le simplet 12 février 10:40

            @Henry Canant
            Je suis ainsi d’abord parce que je suis né avec des gènes qui m’ont été transmises.


            là où il y a une gène y a pas de plaisir smiley

          • nono le simplet nono le simplet 12 février 10:45

            @Henry Canant
            Je n’ai jamais cherché à briller

            ah ! un semblant de lucidité, bravo !

          • nono le simplet nono le simplet 12 février 10:47

            @Henry Canant
            Ensuite j’ai vécu certaines situations qui me portent à avoir à avoir un certain regard


            en plus de loucher tu bégayes ?

          • Nestor 12 février 11:32

            Salut Nono !

            « là où il y a une gène y a pas de plaisir »

            Mort de rire ... smiley

            C’est vrai que vu comme ça effectivement vaut mieux pas trop chercher à briller ... smiley


          • nono le simplet nono le simplet 12 février 11:53

            @Nestor
            salut Nestor !

            je suis en forme ... mais bon, il cherche aussi smiley

          • Henry Canant Henry Canant 12 février 17:27

            @nono le simplet
            Tas de graisse aviné, cbercher à briller est se mettre en avant.


            Lorsque tu auras cuvé entre deux cuites ....

          • pemile pemile 12 février 17:33

            @Henry Canant « Tas de graisse aviné »

            Bon ptit plat d’hiver ça !



          • nono le simplet nono le simplet 13 février 03:40

            @Henry Canant
            henry, 

            en réponses cinglantes tu as la puissance de feu d’un porte-avions monégasque, un pédalo quoi  smiley
            arg !, touché ! ah non finalement smiley

          • gaijin gaijin 12 février 09:20

            « Ne blâmons pas ces braves gens, les jugements sont souvent hâtifs, les mauvaises réputations ne se défont pas en un jour ! »
            ben voyons hâtons nous d’excuser la foule des lâches ............et voyons ou ça ou nous mène ....
            aujourd’ hui la situation est inchangé et ceux qui exercent les médecines « parallèles » risquent de voir les archers du rois se pointer a 6 heures dans l’indifférence générale de la moitié ou plus de la population qui a recours a leurs services : situation ubuesque puisque par ailleurs ils ont le droit de payer des impôts sur l’activité illégale qu’ils exercent ......situation unique aussi dans les pays du même « niveau » que le notre ......
            zéro question sur le sujet dans la dernière présidentielle la dernière commission sur le sujet ( en 2013 ) s’étant conclue ainsi :
            « il faudra bien savoir un jour si on veut ou pas se poser la question de savoir si on veut se poser la question d’évaluer les médecines alternatives »
            plusieurs mois de commission payée avec nos impôts pour arriver a ça .....
            ne blamons pas .....


            • C'est Nabum C’est Nabum 12 février 09:34

              @gaijin

              Bonjour


            • juluch juluch 12 février 09:52

              Bonne histoire  smiley


              la mauvaise réputation


              Le grand Georges aurait apprécié.

              merci Nabum.

              • C'est Nabum C’est Nabum 12 février 10:30

                @juluch

                Je l’espère

                Merci à vous


              • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 12 février 10:26

                Seuls ceux qui on touché le fond savent ce qu’est la remontée. La plupart des humains font la planche, le tout est déviter de s’y cogner,....


                • C'est Nabum C’est Nabum 12 février 10:30

                  @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                  Je remonte


                • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 12 février 10:32

                  @C’est Nabum


                  Si vous êtes « gentil », je veux bien ôter la planche,....

                • C'est Nabum C’est Nabum 12 février 10:34

                  @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                  Non je ne suis pas encore remonté à la surface

                  Serez vous ma planche de salut ?


                • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 12 février 10:37

                  @C’est Nabum


                  Ne confondez pas avec le dit fromage : PORT-SALUT,...

                • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 12 février 10:35

                  La différence avec vous Nabum, c’est que j’ai toujours surnagé dans les eaux célestes tout en côtoyant l’abject,...Mithridiatisée.....


                  • C'est Nabum C’est Nabum 12 février 12:38

                    @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                    Vous êtes une étoile et moi un gros pavé dans la marre


                  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 12 février 12:45

                    @C’est Nabum

                    Ne dit-on pas d’un gros livre qu’il s’agit d’un pavé qui s’amarre au lecteur ? Hannibal Lecter ou Lector ? Tout dépend des lunette puisque vous écrivez sur les water pas closet.

                  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 12 février 12:49

                    @C’est Nabum


                    et d’une femme qui accouche, qu’elle se dé-livre d’un fardeau,...bonne ou mauvaise mère,... Ca pèse un moutard,... 

                  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 12 février 12:56

                    @C’est Nabum


                    Relevons le lapsus calami : « marre » pour « mare ». Si la mère, l’amer, la marée,...n’ont qu’un « R ». Marraine en prend deux. Moi, j’ai une une marraine d’amour. Vous n’avez-eu que l’amer,....

                  • C'est Nabum C’est Nabum 12 février 13:18

                    @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                    C’est pourquoi j’évoquai le pavé


                  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 12 février 13:27

                    @C’est Nabum


                    L’enfer pavé de bonnes intentions,.... ??? et si nous passions à l’étape supérieure : Pavons l’enfer d’intentions mauvaises,...il ne mérite que cela,...

                  • lejules lejules 12 février 11:26

                    @auteur

                    merci pour cette très jolie histoire

                    • C'est Nabum C’est Nabum 12 février 12:38

                      @lejules

                      Merci


                    • Nestor 12 février 11:30

                      Salut Nabum !

                      J’ai bien aimé ce texte ...  smiley

                      Ça m’a rappelé une histoire ... Une femme qui en plein hiver est tombée dans une rivière ou l’eau commençait à glacer, plein de monde était là à observer la scène ... Mais juste une de ces personnes sans aucune hésitation a eu le courage de plonger pour venir en aide à cette femme ... C’était un mendiant qui la plupart du temps était repoussé à coup de pompe par le reste de sa communauté  !  smiley

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès