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Le lendemain

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Baisser de rideau sur le Festival de Loire

La fête s’est achevée, la belle illusion se referme et chacun doit retourner à son quotidien. Tandis que s’activent encore les hommes de l’ombre, ceux qui ont dressé le décor et doivent désormais le plier, pour les autres, le vide s’installe, brutal, impitoyable même. Adieu ce merveilleux rêve anachronique, il convient de revêtir les habits d’aujourd’hui, de retourner à ce quotidien que nous avons fui l’espace de cinq journées merveilleuses.

Il y a bien ceux qui résistent, qui sont encore sur l’eau pour remonter ou descendre la rivière vers le port d’attache. Durant quelques heures, ils prolongent la bulle, se donnent un petit répit pour eux seuls d’ailleurs. Il n’y a plus cette foule immense pour admirer leurs évolutions ; ils ont fui cette bassine factice qui fut durant cinq jours, le théâtre sublime d’une faille temporelle.

La tête encore dans les voiles, le bruit et les poussières d’étoile, les acteurs ont tombé l’habit des mariniers d’alors. Il leur faut retrouver ce monde qui a depuis plus d’un siècle repoussé à jamais cet univers qu’ils ont tenté vainement de faire revivre. Ils se sont pris au jeu, ont cru qu’était revenue une époque révolue. Ils l’ont jouée, l’ont magnifiée, en ont fait une aventure de cocagne pour le plus grand plaisir d’une multitude prête à plonger elle aussi dans l’illusion.

Tous sont rentrés, le rêve s’achève. Il convient de retomber sur ses pieds, d’abandonner les vieilles coques de bois. L’eau ne coule plus sous leurs pieds, le retour à la terre ferme est un rude moment d’autant qu’ils se retrouvent seuls, loin des compagnons qui partageaient ce beau songe d’une parenthèse imaginaire.

Ils se sont imaginés mariniers de la grande époque de la marine de Loire sans bien savoir ce qu’était la dureté de ce métier de chien. Ils ont joué à faire semblant comme des grands enfants déraisonnables, poussant l’imitation à se conduire de manière excessive. Ils ont trinqué à la solidarité, ils ont chanté en chœur, ils ont liché plus que de raison. La tête leur tourne, le réel les dégrise et les laisse pantois et perdus.

Ils ont encore dans la tête les bruits de la fête, les images de ce décor aussi fictif que merveilleux. Il leur faut se défaire de ce rôle qu’ils ont tenu avec tant de bonheur. La fête est finie, il leur faudra attendre deux longues années pour revivre à nouveau ce moment magique. Il y aura bien sûr d’autres rendez-vous, des rencontres qui n’auront jamais la même intensité que ce Festival de Loire à ne pas croire. Il leur faut subir cette descente brutale !

D’autres connaissent pareille décompression quand cessent les festivités qui vous placent en dehors du temps. Reconstitueurs ou bien acteurs dans un son et lumières, le retour au réel est douloureux. Le lendemain devient souvent une journée entre parenthèses, un plongeon violent dans un sas de décompression. Le risque est grand de s’y perdre, de ne pas retrouver son souffle ni même son esprit.

Le lendemain est jour douloureux tout autant que longue gueule de bois que vous ayez bu ou non. La griserie a cessé, le monde ne ressemble plus à vos rêves, à ce mirage que vous aviez soigneusement constitué. C’est un tremblement de tête, une fêlure temporelle, un trouble dépressif, une descente aux enfers. C’est le réveil qui se fait cauchemar, le rêve était si joli !

Il m’a fallu glisser sur le papier ces mots qui vous laisseront indifférents et certainement moqueurs. Vous n’avez pas vécu le Festival de Loire de l’intérieur, vous n’en avez même certainement que faire. Pourtant pour tous ceux qui partagent ce trouble cotonneux, j’avais envie de le coucher sur le papier.

Décompressionnement vôtre.

Photographies de Alain Pavard Doisneau

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4 réactions à cet article    


  • arthes arthes 26 septembre 20:45

    Euh...La fête passée , adieu le saint....Et quand le diable est vieux, il se fait ermite smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 26 septembre 21:35

      @arthes

      Adieu alors


    • Xenozoid Xenozoid 26 septembre 21:49

      il y a l’avant photo smartphone et l’après

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