• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Les suisses alémaniques

Les suisses alémaniques

Moulins - Château sur Allier

JPEG

Panne de gaz.

Notre seconde nuit fut éminemment réparatrice après les efforts de la veille. Georges eut cependant le désagrément de partager son territoire avec une famille castor qui joua un bon moment à glisser le long d’un toboggan. Voilà bruit fort agréable au demeurant et très utile car mon compagnon, tout occupé à profiter du spectacle, m'épargna ses ronflements. À toute chose, malheur est bon.

Puis ce fut le second jour. Le réveil sous la pluie, la panne de gaz et l’absence, plus alarmante, d’électricité : autant de peccadilles devant la beauté de l’Allier qui coule fièrement à nos pieds. On peut comprendre aisément la passion que nos amis d’ici ont pour leur rivière, sauvage et fougueuse, libre et libre de la présence des humains. Nous sommes admiratifs nous aussi.

C’est donc le ventre vide que nous partons vers l’inconnu ou presque. Une heure de navigation le long de ces berges magnifiques vous redonne, malgré tout, du cœur à l’ouvrage. Soudain, au détour d’une courbe, au loin, une grève où un canoë est couché sur le flanc. Nous approchons et, bien plus en retrait, se présentent à notre vue deux tentes et deux autres bateaux. Nous décidons d’aller saluer nos compagnons de rencontre.

P1050478.jpg

Nous sommes merveilleusement accueillis par une troupe de Suisses alémaniques composée de cinq jeunes dames et d'un homme, installés sous un auvent de fortune et affairés à la préparation d’un repas ou rien ne manque. La conversation s’engage, le français étant maîtrisé très honorablement par trois de nos naufragés du petit matin. Bien vite, ils nous proposent du café, devinant à notre allure, nos carences en boissons chaudes.

Nous restons là une bonne heure à deviser ainsi des nos aventures respectives, des voyages en canoë, de la Suisse et de plein d’autres choses. Nous repoussons l’invitation à partager le repas, plus par pudeur que par réticence à goûter cette étrange et appétissante préparation qui mijote sur le feu de bois. Nous les laissons à leurs agapes et filons vers notre régime …

Deux heures plus tard, nous n’avons toujours pas vu le moindre village. Nous avons désormais compris que l’Allier a repoussé au loin les constructions humaines. La rivière demeure sujette à débordements et colères ; elle n’est pas endiguée et ne permet pas d’y construire bâtisse à proximité. Nous devons nous résoudre à faire maigre, une fois de plus.

Nous reprenons la route en même temps que la pluie. Le ciel est bouché, gris, pesant : une pluie fine et obstinée nous pénètre en dépit de nos capes. Rien pourtant n’altère notre émerveillement pour l’Allier : cette rivière si semblable à notre Loire et cependant si différente . Nous avons ainsi le bonheur de croiser une cigogne qui nous fait même l’honneur de s’envoler jusqu’à son nid, afin que nous jouissions plus encore de ce spectacle inaccoutumé . Bernaches, sternes, hérons, aigrettes viennent compléter ce merveilleux tableau.

P1050529.jpg

C’est alors que nous découvrons notre point de chute : le site d’Embraud de l’association La Chavannée, à Château-sur-Allier, dans ce lieu unique d'une beauté à vous couper le souffle, à bouter son chapeau bien bas devant l’obstination et la persévérance de Jacques Paris et de ses compagnons à créer et faire vivre un espace consacré à la préservation des traditions : marinières, folkloriques, culturelles, historiques. Décrire toutes les activités serait fastidieux et vous priverait de la visite en un site splendide et d’une authenticité à nulle autre pareille.

Le panorama, rien qu’à lui seul, vous permet de comprendre pourquoi, depuis plus de deux mille ans, les humains remontent la sente qui mène à la ferme située sur le sommet de la colline. Ils y ont porté le sel, le vin, les grains, les produits que les mariniers transportaient sur la rivière. Vous n’avez alors qu’à écouter le patriarche, évoquer avec du trémolo dans la voix, ce chemin fondateur d’une épopée qui reste encore la sienne.

DSCN1599.jpg

Fondée en 1969, l’association « La Chavannée » a pratiqué le collectage, la musique, la batellerie avec, en tête de pont, l’instituteur Freinet qui menait à la ferme ses élèves et les plus anciens. Dix ans plus tard, la ferme était achetée et ne cesserait de grandir pour devenir salle de spectacle, dortoir, réfectoire, lieu d’exposition et atelier de construction navale.

Jacques Paris est également un conteur, il aime à parler en bourbonnais, sa langue maternelle et nous échangeons quelques textes. Nous nous retrouvons ensuite autour de livres et d’auteurs qui nous touchent. Ces instants donnent déjà tout leur sens à ce voyage. J’ai rencontré un maître qui m'a offert deux de ses livres. Je lui ai remis en échange un disque et un livre.

Jacques et ses amis nous ont laissé les clef du domaine. Nous sommes chez nous pour cette nuit que nous passerons au sec. Chapeau bas, gens de La Chavannée. Si vous êtes des seigneurs sur l’eau, affrontant la rivière à la bourde et à la rame comme jadis, si vous êtes les seuls à vous lancer dans des avalaisons en plate, vous êtes des princes à terre, des princes qui n’oublient jamais qu’ils ne sont que des humbles qui ouvrent leur porte aux pèlerins et aux voyageurs.

Émerveillement vôtre.

DSCN1639.jpg


Moyenne des avis sur cet article :  4/5   (4 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • juluch juluch 13 mai 2016 13:20

    C’est presque la Bérézina votre périple !


    Vous n’avez pas pris une recharge pour le butagaz de camping ???

    Jeuner va vous permettre d’aller plus vite du coup........ smiley

    On suit, on suit !

    • Shawford Shawford 13 mai 2016 13:29

      @juluch

      En suivant les péripéties au plus près par d’autres canaux d’information, là c’est de la guimauve Attendez la suite à aller voir suivre les dernières infos quasi en temps réel sur fb c’est encore plus punchy !!!

      Courage Nabum, courage (dans le même temps vous êtes désormais nourris comme il se doit, c’est bien l’essentiel, ne perdez pas ça de vue smiley ) !!!


    • Prudencegayant (---.---.79.191) 13 mai 2016 15:07

      @Shawford

      Ils ne sont tout de même pas à défricher les pistes en contrées lointaines et sauvages !! N oublions pas qu’ ils sont partis de leur plein gré vivre des histoires « passionnantes » et inconnues !


    • Shawford Shawford 13 mai 2016 15:10

      @Prudencegayant

      C’est bien vrai ça j’en conviens, c’est pas l’Amazonie ni Koh Lanta (ils s’en voudraient sans aucun doute pour ce dernier exemple smileysmiley

      Ils méritent cependant à mes yeux tous les égards pour la générosité qu’ils mettent dans leur transport et dans leur volonté d’échange ! smiley


    • Prudencegayant (---.---.79.191) 13 mai 2016 15:19

      @Shawford Kolanta ? Émission débile. Je ne remets pas en cause les difficultés rencontrées. Mais je ne vais pas me morfondre en attendant les épisodes journaliers. Nabum ne fait que compter les ennuis rencontrés en sublimant le paysage et les promeneurs. Il n aime pas le statique donc il pagaye pour vous.


    • juluch juluch 13 mai 2016 16:21

      @Prudencegayant

      ces émissions sont filmées donc pas réelles et arrangé pour ajouter du suspense....bref du pipeau.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires