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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Se brûler les ailes

Se brûler les ailes

Un homme bien trop pressé

L'équilibre rompu.

Monter trop haut, aller trop vite, ne pas laisser aux autres le temps de vous suivre. L'homme pressé mène un train d'enfer. Il épuise ceux qui marchent à sa suite, ceux qu'il a entraînés dans sa sarabande effrénée. Il ne les épargne pas, les trouble et les déstabilise. Sans même prendre conscience du tourbillon qu'il laisse dans son sillage, il veut toujours plus, aller toujours plus haut jusqu'à se brûler les ailes !

Son ascension est si rapide que sa chute sera tout aussi brutale. Hélas, elle en entraînera d'autres : celles des comparses qui n'avaient rien demandé, qu'il était venu déranger dans leur quiétude. Le bonheur est si fragile ; pourquoi a-il eu besoin de s'immiscer, de réclamer une part indue ? Il a dérobé ce qui ne lui revenait pas, croquant à pleines dents, sans souci de les épargner, des provisions si lentement accumulées, si durement acquises.

L'homme pressé est-il une calamité ? Il y a dans son sillage des effluves toxiques, des relents nauséeux. Il se moque bien de ceux qui se retrouvent à sa remorque. Il fonce, tête baissée, mufle au ras du sol. Il méprise les obstacles, il brise les défenses tout autant que les barrières. Derrière lui, ce n'est que désolation et destruction. Peu lui importe ; seul compte le chemin qu'il se fraie à son rythme endiablé.

Il malaxe, il broie, il épuise, il utilise. Il ne se soucie pas des autres, ne respecte pas leur rythme. C'est son étoile qui importe ; il va son train d'enfer en laissant derrière lui cendres et ruines. Pour atteindre son rêve, pour réaliser ses désirs, pour régler ses comptes avec lui-même, il présente la facture à tous. Il se fait rouleau compresseur.

L'homme pressé pense que les autres partagent les mêmes envies, disposent de la même énergie, sont prêts à accepter des sacrifices qui lui sont familiers. Il ne peut imaginer qu'il existe d'autres manières d'avancer, d'autres conceptions de l'existence. Il est un ouragan qui vous prend dans l'œil du cyclone.

Il arrive que le vent cesse soudain ; c'est alors que le tumulte s'estompe, que les illusions tombent, que la magie cesse d'opérer. Derrière le masque n'apparaît alors qu'un pantin dérisoire, un pauvre fou sans consistance, un malheureux fantoche agité de soubresauts. Il choit et vous déçoit. Il s'éteint et vous atteint dans sa chute. Il vous a entraîné au bord de l'abîme …

L'homme pressé n'a fait que passer. Il a laissé cendres et discorde, désordre et regrets. Ce qu'il a fait miroiter n'était que mirage ; il se croyait mage et n'était qu'une image floue et incertaine, un spectre surgi d'un ailleurs qui n'a jamais existé. Il vous a vidé de votre substance, vous a vampirisé et vous abandonne là, sans force ni ressource.

Il a distendu les liens, cassé les amitiés, rompu les amarres. Il vous laisse sur la grève, pauvre épave disloquée, vieux rafiot brisé sous les coups de boutoir d'une mer en furie, d'une aventure désastreuse. C'est lui qui a mené la barque sans avoir l'air d'y toucher, sans jamais prétendre tenir la barre. Ses mots ont suffi pourtant à vous pousser vers les récifs. La fin était inéluctable.

L'homme pressé, il s'en trouve toujours un sur votre route. Il fascine par sa verve et sa facilité, sa puissance créatrice et son imagination. Il cajole, il caresse, il séduit, il emporte. Il vous a donné des ailes, vous a insufflé ce désir fou d'aller toujours plus-haut et cette ivresse des cimes vous a fait perdre la tête. Vous l'avez écouté, vous l'avez cru, vous l'avez suivi.

Il vous a poussé dans le vide. Le suivre était délire ; sa chute sera la vôtre tout autant. Il n'était pas sage de l'accompagner, il s'est joué de vous. Maintenant, chacun doit se reconstruire, récupérer des morceaux épars, recoller ce qui peut encore l'être. Les dégâts collatéraux sont plus nombreux encore. Vos proches qui n'avaient rien demandé, sont eux aussi pris dans la tourmente, ils en ont subi les contre-coups. L'homme pressé est parti plus loin ; il avait oublié de vous dire que derrière lui, l'herbe ne repousse plus !

Des hommes pressés, il y en a beaucoup trop ! Prenez la peine de vous en préserver, surtout fuyez-les alors qu'il en est encore temps ! Ils sont hâbleurs, sympathiques, charmeurs, convaincants. Usant sans vergogne de leurs pouvoirs, ils obtiennent votre adhésion puis vous sucent le sang. Ils se montrent alors sous leur véritable jour : nuisibles, toxiques, néfastes et pervers. D'eux, il n'y a jamais rien à espérer de bon en dépit de leurs promesses, de leurs belles paroles et jolis mensonges.

Serais-je moi aussi un homme pressé ? J'en suis venu à me le demander après une petite série d'anicroches qui ne sont certainement pas fortuites. J'ai le sentiment d'épuiser ceux qui veulent encore me suivre, de les déstabiliser ou de les leurrer. Il me faut faire une pause, réfléchir et prendre la peine de regarder derrière moi. Ce billet aura peut-être le mérite de leur dire que le danger existe et qu'il est préférable de l'envisager !

Précipitamment leur.


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9 réactions à cet article    


  • leon et paulette leon et paulette 5 juillet 2014 11:06

    Touchée c’est Nabum ... j’ai failli couler ... Mon bonimenteur ne m’avait pas prévenue du danger. Pas assez rapide, je reprends souffle doucement, à mon rythme en me laissant dépasser. J’aime bien regarder les escargots.


    Allez je n’en dit pas plus sur moi et je vais regarder la vie dehors.

    Bonne journée à vous.

    Paulette

    • leon et paulette leon et paulette 5 juillet 2014 11:20

      oups ...mon bonimenteur c’est pas vous hein  ... le mien j’aurais bien aimé qu’il me prévienne ...


      allez l’escargote s’en sort sous la pluie.

      Paulette



    • C'est Nabum C’est Nabum 5 juillet 2014 11:45

      Paulette


      Rassurez vous ! Tout ceci n’est que littérature

      On se protège comme on peut

    • kalachnikov lermontov 5 juillet 2014 15:06

      Je vous lis, des tas de pensées me viennent et parmi celle-ci des tas de pensées que je ne désirais surtout pas avoir, qui me sont pénibles et me font souffrir.

      Du coup, j’oscille entre me crever les yeux ou vous maudire.

      Et même ce que je viens de noter là m’exaspère.

      Je ne devrais pas vous lire, et même ne pas lire. Ou mieux encore puisque je veux vivre, vous ne devriez pas être.


      • C'est Nabum C’est Nabum 5 juillet 2014 17:58

         lermontov


        C’est si grave que ça docteur ?

        Parfois, le moral sombre, un peu comme nos bateaux quand ils rencontrent un obstacle

        Puis on finit toujours par ressortir la tête de l’eau

      • kalachnikov lermontov 5 juillet 2014 21:10

        Vous ne m’avez pas compris, je crois. Je voulais dire que les rapports sociaux entre les individus ne se passent que sous le mode du heurt. Il y a toute une violence larvée, générique, qui jaillit de loin en loin. Je crois que cela devrait être consdéré et enseigné ; non pas pour salir l’homme qui est tel que la nature le veut, mais pour ne jamais perdre de vue que l’équilibre est fragile. Et peut-être précieux, inouï.

        Dans mon post précédent, par le menu :
        stimulus= votre propos ;
        perception/sensation = déplaisir ;
        réaction= aggressivité pour le fauteur de troubles que vous représentez à ’mes’ yeux ;
        de ce fait, conflit intérieur = le premier élan intime la représaille mais la violence étant socialement proscrite, la tendance est à la retourner contre soi, au moins la refouler.
        Cette résolution de conflit étant inefficace, une autre option est envisagée : la fuite, soit l’option névrose (la névrose consiste à éviter ce qui nous heurte).
        puis, une autre, celle de la psychose, cette dernière consistant à vouloir effacer ce qui nous heurte. En l’occurence, ’vous’ effacer.

        Bon,je sais, je suis singulièrement barré aujourd’hui.


      • C'est Nabum C’est Nabum 5 juillet 2014 22:56

        lermontov


        Je ne suis pas toujours réceptif moi non plus
        La fatigue, l’énervement, d’autres raisons encore m’ont fait passer à côté de vos subtilités

      • claude-michel claude-michel 6 juillet 2014 08:23

        Salut Nabum...j’suis pressé...comme un citron par la machine infernale du progrès..vous savez celle qui va toujours plus vite pour remplir les coffres des banques en oubliant les peuples qui tentent de suivre sans succès..Toujours plus vite plus haut..la chute n’en sera que plus meurtrière il me semble un jour ou l’autre... ?

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