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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Confession d’une « salope »

Confession d’une « salope »

Salope ? Moi ? Sincèrement, je ne le pense pas. Enfin, pas franchement. D’ailleurs, qu’est-ce que ça veut dire « salope » ? S’il suffit de coucher sans trop de manières pour être taxée de salope, pas de doute j’en suis une. Mieux : je le revendique !

J’aime l’épiderme des hommes, leur odeur, le poids de leur corps sur le mien, la virilité de leur étreinte. Bref, pour parler trivialement, j’aime me faire sauter, et de préférence par un type que j’ai moi-même dragué, ce qui exclut – je le signale à toutes fins utiles à tous ceux dont la libido pourrait être excitée par cette lecture – les fachos, les prétentieux, les cradingues, les snobinards, les intégristes religieux, les tombeurs professionnels, les vieux rabougris, les coupeurs de cheveux en quatre, les héroïnomanes, les prédateurs politiques et les abrutis de tout poil.

Malheureusement, dans le domaine de la copulation, il faut avouer que la déception est plus souvent au rendez-vous que l’extase. Le « baisage » est rarement à la hauteur du plumage ou du ramage de ces messieurs, y compris chez les développés du supinateur ou les surpuissants du deltoïde. Orgasme, ô désespoir ! Le monde est décidément mal fichu : on croit trouver la bête de sexe chez les hypertrophiés des abdos et l’on se retrouve à poil dans un plumard avec un atrophié de la chipolata qui vous expédie ça façon sprinter quand vous espériez une performance de marathonien ! Éjaculation précoce, tu parles ! Éjaculation éclair, oui ! Et je ne parle même pas de la consistance de l’objet ! Bonjour la frustration !

Notez bien qu’à l’inverse, il est possible qu’un soir de beuverie vous rameniez, accroché à votre caleçon moulant ou à l’image entrevue de votre body à dentelles, un gugusse au look affligeant, un smicard de la drague, un rond-de-cuir de la bagatelle, un laissé pour compte de l’érection triomphale auquel votre état éthylique avancé a pu laisser entrevoir la possibilité d’un coït. Lorsque vous commencez à dessoûler, il est trop tard : Tarzan a surgi de son kangourou élimé et vous saute dessus avec l’appétit d’un bonobo en rut, le bigoudi tendu comme la peau d’une star vieillissante au lendemain de son dernier lifting. Et crac ! c’est parti pour le rodéo de la jungle. Lui Tarzan, vous Jane. Ça va être horrible. Vous souhaitez un incendie, un cyclone, une invasion soudaine de l’armée monégasque, bref une diversion quelconque pour échapper à l’étreinte du mollusque. Mais rien ne vient vous sauver : pas le moindre pyromane, pas le plus petit meurtrier, pas l’ombre d’un commando grimaldiste.

Entre temps, le bigoudi s’est mis en action et vous découvrez avec surprise puis ravissement que son propriétaire est un as de la chose, un expert du déduit, un virtuose ignoré qui vous interprète tour à tour la Symphonie Héroïque, Good Vibrations et la Chevauchée des Walkyries. Le Barenboïm de la quéquette existe, vous l’avez rencontré ! Alors vous entrez dans la danse, vous vous mettez au diapason du maestro : allegretto, allegro ma non troppo, allegro molto vivace. Et tant pis si les voisins protestent auprès du syndic. Après tout, le vit c’est la vie, et vous emmerdez ces castrateurs. Un conseil toutefois pour le cas où ce genre d’aventure vous arriverait : gardez les yeux fermés jusqu’au départ de Barenboïm, vous éviterez de le voir disparaître engoncé dans sa panoplie de petit bureaucrate étriqué ; il ne faut jamais ternir le souvenir que l’on est en train de se fabriquer !

Je l’avoue sans difficulté : je suis une accro du sexe ! Comme d’autres sont des accros de la bouffe, du boulot, de la dope, du jeu, de la télé ou du pastis. Accro du sexe, mais pas obsédée pour autant ; la preuve : il m’arrive de m’imposer jusqu’à trois ou quatre jours d’abstinence, pour vous dire à quel point je ne suis pas totalement dépendante. Alors, salope ? Décidément non. D’ailleurs, j’ai toujours fait ça gratos. Enfin presque, car en toute franchise, il me faut bien confesser, ça et là, quelques petites entorses à ce principe, mais dieux et diables m’en sont témoins, jamais contre de l’argent, uniquement contre des avantages en nature.

En règle générale, je m’envoie en l’air à titre totalement gracieux et dans le seul but d’en tirer le maximum de plaisir. Avec le plus total détachement vis-à-vis des conventions sociales. Les tabous, connais pas ! Immorale ? Peut-être. Salope, non.

D’ailleurs, quelle est la plus salope des deux, entre la bonne fille comme moi, qui prend sainement son pied, et la bourgeoise rongée par sa schizophrénie sexuelle ? Celle qui, froide et moralisatrice le jour, subit en rêve chaque nuit, dans la moiteur de ses draps, des outrages que même un réalisateur de X n’oserait pas mettre en scène dans un film porno, style La chatte sur un doigt brûlant ou Tant qu’il y aura des zobs ? Pire : qui se donne par calcul au va-et-vient répugnant d’un époux brutal et adipeux dont la fortune personnelle ou la réussite professionnelle assurent à Madame une position sociale enviable ?

Conduite de pute. Pute respectée dans son quartier ou le cercle de ses relations, mais pute quand même.

À cet égard, n’en déplaise aux âmes bien pensantes, il faut reconnaître que le mariage est l’une des formes les plus répandues de la prostitution.

Avec le travail, lorsqu’il est subi. Vendre son cul, vendre ses muscles, vendre sa tête, quelle différence ? Seul le plaisir exonère de la prostitution. Plaisir de faire l’amour, plaisir de bâtir, plaisir de diriger, plaisir de travailler tout simplement. Dès que le plaisir s’estompe puis disparaît pour céder la place à une dépendance purement vénale ou à une routine désespérante, la prostitution triomphe de facto. Une prostitution le plus souvent rendue inévitable par les réalités économiques. Mais une prostitution admise, codifiée et affublée d’un faux-nez consensuel qui joue parfaitement son rôle d’alibi, celui de la « réalisation par le travail ». Une réalité pour beaucoup, certes. Mais un leurre pour ceux, toujours plus nombreux, qui se réfugient dans la vie associative ou les activités extra-professionnelles pour fuir ce qu’ils perçoivent, plus ou moins consciemment, comme une aliénation. En définitive, la majorité d’entre nous sont des putes qui s’ignorent. Et nous n’y pouvons rien : tout notre système sociétal est basé sur cette réalité.

Mais je m’égare, sans le moindre espoir que mes états d’âme érotico-sociologiques puissent changer quoi que ce soit à un héritage millénaire admis par tous. Qui plus est, ma libido recommence à me titiller gravement le cortex et à m’échauffer la craquette. Normal, cela fait bien trois jours que je ne me suis pas frottée à l’épiderme d’un mâle. Il est décidément grand temps de me remettre en chasse… Ciao, amici  ! 

 

Antoinette V.

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