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“Décapitées” d’E. Crouzet-Pavan et J.C. Maire Vigueur

Une invitation au voyage ainsi qu'une enquête historique dans une Italie en phase de transition concernant les rôles hommes/femmes dans la cour des seigneurs de Milan, Ferrare et Mantoue.

 

Entre 1391 et 1425, trois femmes sont décapitées sur ordre de leurs maris. Épouses de trois des plus grands seigneurs de l’Italie de la Renaissance – Mantoue, Milan, Ferrare –, Agnese Visconti, Beatrice de Tende et Parisina Malatesta sont exécutées pour cause d’adultère.

Pourtant, aucune femme infidèle ne subissait alors un tel châtiment et, autre étrangeté, loin de dissimuler ces mises à mort, les trois seigneurs les rendent au contraire publiques. Il y a là une énigme historique qu’Élisabeth Crouzet-Pavan et Jean-Claude Maire Vigueur tentent d' élucider.

Cette enquête passionnante sur les mœurs, les pratiques culturelles et l’autorité des seigneuries florissantes de la Renaissance italienne est aussi une contribution à l’histoire des femmes. C’est l’Italie de la première Renaissance, de l’humanisme naissant et de la passion pour les arts, qui est au cœur de ces trois tragédies.

Qui étaient ces trois femmes ? La première, Agnese Visconti, de la puissante famille du seigneur de Milan, avait épousé l'une des personnalités les plus importantes de l'Italie de son temps, Francesco Gonzague, le seigneur de Mantoue.

La deuxième, Beatrice de Tenda avait épousé le duc de Milan, Filippo Maria Visconti. Le musicien Vincenzo Bellini consacra un opéra à sa tragédie “Beatrice de Tenda” (16 marzo 1833, joué en première absolue au Teatro La Fenice à Venise).

Quant à Parisina Malatesta, elle fut la seconde épouse de Niccolò III d'Este, le seigneur de Ferrare. Lord Byron consacra d'ailleurs un poème à Parisina en 1816.

 

 

Nous disent les auteurs : “Certes, l'Italie de la première Renaissance offre une étonnante galerie de seigneurs violents, de victimes et de crimes affreux. Toutefois, il est surprenant que trois des hommes les plus puissants de l'Italie du Nord aient choisi, en moins de quatre décénies, de faire exécuter leur épouse et de rendre publique leur infortune à une époque où l'adultère n'était normalement pas puni par la mort dans l'Italie des XIV et XV e siècles”.

Nos deux inspecteurs historiques se lancent alors dans une enquête dans les sources manuscrites du temps pour découvrir le pourquoi d'une pratique aussi inusitée.

Pour commencer, ces trois histoires sont liées par une unité de lieu et de temps. L'action se joue en trois à quatre décénnie, dans trois cours de l'Italie du Nord : Mantoue, Milan et Ferrare. Durant une période de transition historique d'une Italie qui vit un état de guerre quasi permanent du fait des entreprises milanaises et du processus de formation des Etats territoriaux avant que n'advienne une relative stabilisation avec la Paix de Lodi en 1454.

Ces décénnies étaient donc celles qui avaient vu le pouvoir d'un homme, le seigneur, et derrière lui celui de sa famille, s'imposer progressivement dans un certain nombre de cités. C'est la période de la lutte pour le contrôle de la ville, de son territoire et de ses ressources, jouée entre deux ou plusieurs grandes familles.

Nous disent les auteurs : “Certaines villes avaient oscillé entre des périodes d'expérimentation du nouveau système de gouvernement seigneurial et des périodes de retour au vieux régime communal. On assiste dans l'Italie du Nord - en dehors bien sûr de Venise qui a toujours été singulière en tout  - et ceci particulièrement dans nos trois villes, à une relative stabilisation du pouvoir seigneurial qui se consolide en même temps qu'il se dynastise” Le pouvoir seigneurial est progressivement en train de changer de forme.

Autre point important : “Ces hommes et ces femmes se connaissaient, ou du moins, quand trop d'années les séparaient, avaient des proches qui se connaissaient. Ils se mariaient entre eux, ils se rencontraient à l'occasion de fêtes et de tournois, ils concluaient des alliances ou se faisaient la guerre. Ils s'envoyaient des lettres, ils se rendaient à Milan ou à Venise. L'époux d' Agnese marie sa soeur Elisabetta à l'oncle de Parisina.”

 

 

Une constatation frappante : “ L'Italie communale s'affiche comme un monde sans femmes. Des hommes comme consuls, comme podestats et capitaines du peuple. Des hommes qui prêtent serment. Des hommes qui peuplent l'assemblée des citoyens et des conseils. A l'inverse, une poignée de femmes acquièrent une plus grande visibilité. Il semblerait que nos trois femmes aient marqué une étape dans ce lent processus qui fait passer d'une Italie où les hommes détiennent le monopole du pouvoir et où les femmes sont privées de toute autorité à une Italie où les femmes assument désormais un rôle déterminant dans l'organisation de la cour et de sa mise en spectacle, de l'ostentation des richesses et de l'affichage du luxe, de la commande artistique et du mécénat culturel. Musique théâtre, peinture, livres et arts décoratifs, chapelles et jardins, collections et constructions, les princesses italiennes achètent, commandent, décident, consomment. 

Le livre met en lumière la part parfois considérable d'un pouvoir féminin à la Rennaissance jusqu'alors ignoré. Souvent nos femmes sans titre officiel et délégation de pouvoir n' excercaient pas moins des fonctions politiques, avec des variations qui tiennent à l'absence ou à la présence des époux, d'une dynamique sur le rôle en voie d'affirmation des femmes dans le système politique de la seigneurie.

C'est donc précisement l'importance nouvelle de ces femmes de seigneur qui explique leur fin tragique” nous expliquent les auteurs. Précisant : “Notre lecture est que l'adultère, auparavant dissimulé, camouflé quand il survenait, est désormais jugé intolérable. Nos seigneurs font le choix de le révéler, ils font le choix de faire exécuter leur femme et, par l'éclat du châtiment, ils réaffirment leur pouvoir et leur honneur. Peu importe que ces couples vivent une bonne part du temps séparés, peu importe que ces palais soient pleins d'enfants illégitimes et que l'époux pratique une polygamie ostensible. Nos dynasties sont encore très fragiles. Les bâtards légitimés peuvent encore passer dans l'ordre de succession devant les fils légitimes”. Tout est encore instable et en construction.

C'est donc une invitation au voyage dans une Italie en phase de transition concernant les rôles hommes/femmes dans la cour des seigneurs de Milan, Ferrare et Mantoue.

 

Les auteurs :

 

Elisabeth Crouzet-Pavan est professeur à l'Université la Sorbonne Paris IV, spécialiste de l'Italie médiavale et renaissante, en particulier de l'histoire de la République de Venise. Elle est l'auteure de sept ouvrages publiés chez Albin Michel dont “Venise triomphante”, “Le moyen Age de Venise”, “la Mort lente de Torcello”.

 

Jean-Claude Maire Vigueur est professeur d'histoire médiévale à l'Université Roma Tre, spécialiste de la civilisation des villes italiennes entre le XIIe et le XIV e siècle, et l'auteur de ”L'autre Rome”, “Une histoire des Romains à l'époque des communes”.

 

Pour en savoir plus :

http://www.albin-michel.fr/ouvrages/decapitees-9782226435408


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7 réactions à cet article    


  • Christ Roi Christ Roi 28 juillet 11:23

    Article masculinophobe haineux d’une universitaire qui a compris que pour assurer sa carrière elle doit cracher sur les hommes pour satisfaire la LGBT au pouvoir en France.


    • Christ Roi Christ Roi 28 juillet 11:28

      On rappelera aux internautes qu’il y avait dans cette même Italie, 

      Lucrèce Borgia qui était une femme au pouvoir et s’est comportée comme la pire monstre possible, à l’égale de n’importe quel homme dans la même situation, mais ça évidemment, les « historiens » actuels évitent soigneusement d’en parler pour éviter d’irriter les puissants d’aujourd’hui. smiley

    • SUR1NUAGE 28 juillet 12:14

      @Christ Roi


      On se calme…. on se calme …...les femmes sont égales aux hommes autant dans leurs bienfaits que dans leurs turpitudes, non ? la façon de faire est différente suivant les moyens de chacun.

    • Christ Roi Christ Roi 28 juillet 17:13

      @SUR1NUAGE
      Oui mais ce n’est pas ce que dit l’article. Il exprime la supériorité de la femme sur l’homme.


    • Venise Venise 2 août 10:54

      @Christ Roi
      Mais pas du tout Christ Roi ! Loin de moi cette idée saugrenue, rassurez-vous ! 



    • SUR1NUAGE 28 juillet 11:57

      Double bravo, pour recommander E Crouzet-Pavan brillante historienne et pour votre site qui montre bien la beauté éternelle de Venise .

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