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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Des âmes et des saisons — Boris Cyrulnik

Des âmes et des saisons — Boris Cyrulnik

À l’aide de nombreux exemples empruntés à la psychologie ou à l’éthologie, Boris Cyrulnik montre à quel point notre environnement agit sur l’être humain. Contrairement à ce que l’homme a longtemps pensé, il a certes dominé la matière, mais il est loin d’avoir dominé la nature.

L’approche psychoécologique

Elle distingue trois niveaux.
Le premier niveau concerne l’enveloppe proche du corps. Le deuxième niveau, plus éloigné, est constitué de la famille, du quartier et de l’école. Enfin, le troisième et dernier niveau est celui des mots et des représentations abstraites.
Chacun de ces niveaux quand il se modifie ou qu’il change a un impact sur notre personnalité et même sur notre biologie.

Extrait

«  Tous les êtres humains ont un cerveau humain, mais chaque cerveau a été sculpté différemment selon les pressions des milieux précoces. Dans l’utérus, dès que le cerveau de l’embryon commence son développement, il subit la pression des émotions maternelles. Après sa naissance, quand il est dans les bras de ses parents, la construction du cerveau est tutorisée par l’entente affective du foyer. Puis, quand l’enfant parle, il comprend les règles et les histoires racontées par sa famille et sa culture et les incorpore dans sa mémoire. Ne nous étonnons pas si chaque cerveau est personnalisé, puisqu’il résulte des forces façonnantes qui exercent leur pression depuis l’origine. C’est pourquoi, lorsqu’un accident abîme une zone cérébrale, les effets ne sont pas rigoureusement les mêmes. Chacun perçoit le monde que son cerveau lui fait voir comme une réalité objective. Selon sa génétique, son développement et son histoire, chaque personne vit dans un monde à nul autre pareil. Et comme le réel ne cesse de changer selon les bouleversements climatiques et sociaux, le cerveau donne à voir des mondes sans cesse différents.  »

Une forte tendance à idéologiser les découvertes

Boris Cyrulnik cite une professeure d’université, féministe radicale, qui a cherché à démontrer qu’aucune femme n’a été nazie. J’aurais aimé le croire, mais c’est faux bien sûr. Il s’interroge sur les motivations de cette enseignante, voulait-elle prouver que l’homme représente le Mal  ? «  Dans ce cas, conclut Cyrulnik, le féminisme qui devrait être la fierté de notre société risque de se transformer en sexisme décourageant.  »

L’éducation des hommes et des femmes

L’agressivité masculine a sûrement été une adaptation nécessaire à la survie. Mais il n’est pas certain que l’agressivité masculine est si naturelle que ça. On élevait les petits garçons en leur inculquant l’idée qu’ils ne pourraient pas échapper à la guerre. Ils étaient séparés de leur famille et souvent battus :

«  Pour bien éduquer un jeune garçon, il fallait le battre, on lui apprenait qu’il connaîtrait la guerre plusieurs fois dans sa vie. On glorifiait la violence, hommes tués, grands animaux tués. Ce n’est que depuis quelques décennies que la violence a été disqualifiée et qu’on cherche à protéger les femmes et les enfants. La violence s’est civilisée en se cantonnant aux spectacles sportifs.  »

Et finalement :

«  Peu d’hommes regrettent l’époque où ils devaient s’engager dans n’importe quelle armée ou bien travailler quinze heures par jour dans des conditions de torture physique, sans voir la lumière, et puis donner tout l’argent à leur femme. On les applaudissait, on les héroïsait, on leur donnait tous les pouvoirs en attendant la silicose qui les emportait à la cinquantaine. Était-ce vraiment une bonne affaire  ?  »

Le rôle de la famille a évolué

Extrait

«  A l’origine, le mot famulus désignait un petit groupe où chacun était le serviteur de l’autre. À Rome, tous les habitants d’un domicile constituaient une famille gouvernée par un chef. Cet homme décidait du destin des enfants qu’il avait engendrés et parfois reconnus. Il choisissait aussi les esclaves qui habitaient cette maison et qu’il adoptait quand l’estime et l’affection se tissaient entre ces deux hommes. Cette conception de la famille qui associe la parenté, la filiation et la résidence intègre l’espace (le toit) et la fertilité. Or la structure des logements familiaux dépend beaucoup des progrès techniques de l’architecture et des récits qui établissent une hiérarchie des valeurs morales. Au XIXe siècle, les enfants se développaient dans des logements habités par des personnes de tous les âges, coordonnées par le travail paysan (la ferme), la fonction ouvrière (l’appartement) ou la filiation aristocratique (le château).
Les hommes occupaient un espace au loin dans les champs, dans les mines ou dans les usines où les femmes commençaient à venir. Elles occupaient un espace plus proche de la maison, s’occupaient de la basse-cour, surveillaient les enfants et servaient les hommes à table. Après chaque guerre, on a noté une modification de cette répartition spatiale et des rôles domestiques. Après 1918, de nombreux jeunes hommes en âge de travailler avaient été tués dans les tranchées. Beaucoup revenaient chez eux mutilés, gazés ou souffrant de troubles psychiques qu’on ne savait pas encore appeler “traumatismes”. Les femmes, pendant ce temps, avaient pris leur place dans les champs, les usines et les institutions. Elles découvraient leurs capacités à travailler loin de chez elle et à se sociabiliser.  »

Source : Des âmes et des saisons — Boris Cyrulnik


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15 réactions à cet article    


  • rhea 1481971 15 septembre 19:23

    Pour changer de paradigme il faut changer l’environnement, cela change la

    réalité et la vérité.


    • Tesseract Tesseract 15 septembre 21:57

      @rhea 1481971
      Avant de changer l’environnement, songez à vous changer vous même. Il n’y a de vérité et de réalité qu’en Soi. Tout le reste en découle.


    • rhea 1481971 16 septembre 10:50

      @Tesseract
      A l’aide des mathématiques je décris une autre réalité sur mon blog sur
      média part.


    • alinea alinea 15 septembre 22:27

      J’ai survolé parce que je n’ai pas la tête à ça, mais j’ai lu : l’agressivité masculine.. ;

      ce que vous dîtes n’a rien de naturel ; la civilisation a écarté l’humain de la, de sa nature. l’agressivité est essentielle, ce n’est pas une attaque mais une défense ; je ne vois pas pourquoi il faudrait la castrer, en revanche il faut savoir, et pas parce qu’on l’a appris, mais parce qu’on sent que c’est vital et essentiel, quand l’utiliser.

      L’humain est un animal qui a dévoyé ses richesses, perverti ses puissances, il faudrait qu’on pense tous à savoir comment remédier à tout ça


      • JPCiron JPCiron 16 septembre 21:20

        @alinea

        En trois citations, voici ce que je comprends du message de B.Cyrulnik :

        « La domination, qui a été une adaptation pour survivre, aujourd’hui ne produit que du malheur. »

        Autrefois, les hommes allaient à la mine et les femmes tenaient la maison. « La force virile, le courage, l’abnégation des hommes au combat et le dévouement des femmes à la maison hiérarchisaient les valeurs et charpentaient la société.  »

        Les sociétés évoluent en étant plus ouvertes aux femmes dans les activités autrefois "d’hommes’’. Dès lors « 

        Puisque les femmes y prennent place, il faut redéfinir les hommes. »

        .



      • alinea alinea 16 septembre 21:23

        @JPCiron
        Oui, tout à fait ! mais quel rapport avec l’agressivité ? la ténacité sous la contrainte, c’est le contraire non ?


      • JPCiron JPCiron 16 septembre 21:43

        @alinea

        C. Perrin dit :  il n’est pas certain que l’agressivité masculine est si naturelle que ça. >

        Je suppose que cela se lit sous l’angle culturel que traite Cyrulnik : 

        « La pensée binaire a fait triompher l’ Occident en légitimant les rapports de domination (...) » Plus loin il oppose violence et coopération...


        Il y a l’aspect hormonal, certes, mais aussi l’aspect éducation et de structure/ rôles dans la société. < l’éducation change l’organisation des circuits cérébraux


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 16 septembre 21:44

        @JPCiron
        C’est pourquoi il y a longtemps qu’il a son rond de serviette sur la téloche publique.


      • alinea alinea 16 septembre 21:51

        @JPCiron
        Oui, je sais que presque tout le monde pense culturel, comme une évidence, niant totalement le côté naturel qui nous sous tend !
        Mais je parle toujours de mon point de vue !


      • JPCiron JPCiron 16 septembre 22:40

        @alinea

        Perrin passe très vite sur un point je crois essentiel, au début du bouquin :

        « L’ éthos, la hiérarchie des valeurs morales qui caractérise une culture, dépend, plus qu’on le croit, de la structure du milieu. »


        Et Cyrulnik illustre ce point par des populations issues d’un même peuple, mais vivant en plaine tropicale, en moyenne montagne (sous la limite des arbres), en montagne, et en haute montagne (après 3 ou 4000 mètres). Plus les conditions de vie sont plus difficiles (et cela vaut aussi -par exemple- pour les contrées arides), plus les populations sont fragmentées, plus les dieux et les rituels sont importants, plus les règles sociales doivent être observées et l’unité du groupe par l’obéissance aux règles et à la structure sociale devient un nécessaire élément de survie.

        Ainsi, quand on lit l’Ancien Testament et la rigidité des règles, de la structure sociale qui va avec, cela correspond à des contrées arides comme le Hijaz d’Arabie, où il n’y a pas de place pour la contestation du Chef i l’on veut la survie du groupe sur la durée.

        L’ennui, c’est que ces règles ont été ensuite mises par écrit, et ont ’’figé’’ ces règles et des valeurs... que l’on continue à faire vivre, deux mille ans plus tard, dans un environnement complètement différent, qui ’’sécréterait’’ naturellement des règles et Valeurs différentes. 

        L’environnement est important, mais les croyances (=Culture) le sont aussi. Et peuvent jouer comme un frein (à l’évolution des valeurs/ moeurs) et un encouragement à coller à des valeurs/ moeurs/ rituels qui ne sont plus adaptés.

        Ce n’est que mon point de vue sur ce que dit (ou pourrait dire ?) Cyrulnik...

        .


      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 16 septembre 09:26

        Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Il me semble qu’il y a deux formes d’agressivité : la défensive, et la prédatrice. Si l’homme n’avait pas la conformation plus plus tournée vers l’extérieur et la constitution plus solide, il ne pourrait construire de maisons. J’ai rarement vu une femme sur un chantier ou conduisant une grue....Mais dire comme Zemmour que le cerveau de l’homme est resté au stade reptilien, instinctif et prédateur est assez peu reluisant pour l’homme. Certes, il faut des militaires pour la défense...une réalité. René Char concilia les deux. Ecrivain de génie et résistant dans le VERCORS. Comme des femmes en temps de guerre n’ont pas eu peur d’apprendre à aller au Combat : OLGA CLANCIC.. Ah, mon article suit celui d’Alinéa. Le cliché sur la Amazons qui se coupaient le sein gauche pour mieux bander leur arc.. Tous les hommes de dire : des féministes... que de bêtises. Les femmes celtes défendaient leur tribu. Lire Mélusine d’Audrey FElla. le cerveau évolué contient un versant féminin et masculin..... Ayant ainsi la possibilité de changer de partition selon les circonstances. Mais il y a les limites biologiques et il faut les accepter..


        • JPCiron JPCiron 16 septembre 21:29

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.

          Les femmes celtes défendaient leur tribu.>
          C’était une autre société, qui a pratiquement disparu. Nous sommes en Occident dans une société plutôt patriarcale, grâce aux dieux. Et les religieux ne sont pas près de nous en faire sortir.

          Les femmes néandertaliennes avaient un bassin étroit et étaient aussi musclées que les mecs. Elles participaient à la chasse, et survivaient parfois à de graves blessures. C’était une adaptation sûrement utile pour la survie des groupes, à un moment de l’humanité.


        • uleskiserge uleskiserge 16 septembre 12:11
          BORIS CYRULNIK : LE FURET DE LA RÉSILIENCE

          10 DÉCEMBRE 2020

          Rédigé par Serge ULESKI et publié depuis Overblog

           

             « Il court il court Cyrulnik... il est passé par ici, il repassera par là... »

           

                  Ah Cyrulnik ! Encore Cyrulnik ! Toujours Cyrulnik !

           

                 Rappelons à tous ceux qui l’ignorent, les médias en particulier, que le furet Cyrulnik, omniprésent, n’est en aucun cas à l’origine du concept de résilience (pour peu qu’il s’agisse d’un concept) ; aussi, rendons à Emmy Werner, psychologue américaine, ce qui lui appartient car « la résilience » c’est elle !

                 Année après année, force est de constater que Boris Cyrulnik semble avoir davantage besoin de nous que nous de lui car sur nos propres vies et celles de nos proches, il est certain que nous en connaissons bien plus que ce conférencier compulsif d’autant plus que ce dernier pourra que difficilement contester l’affirmation suivante : nous seuls incarnons au quotidien ce qu’on appelle « le principe de réalité » ; personne d’autre pour en assumer tous les enseignements à notre place. 

          Aussi : « Cyrulnik, lâche-nous la grappe ! Et va consulter à propos de cette addiction qui est la tienne !  »

                 En conclusion, qu’il nous soit permis de préciser ceci : ce qui est insupportable chez ces individus omniprésents dans les médias parce qu’ils font partie d’un réseau auquel les médias ne peuvent manifestement pas dire « Non ! » c’est le fait qu’ils parviennent à vous faire croire que vous avez besoin d’eux alors qu’il est urgent de prendre conscience que vous n’avez pas besoin d’un Cyrulnik graphomaniaque, gourou insatiable : plus il en croque, plus il a faim.

          Et gardons à l’esprit ce qui suit : s’il n’y avait personne pour rémunérer (« grassement » il est dit) ce Boris Cyrulnik maintenant millionnaire, il n’y aurait « ni conférence ni patient cyrulnik » car, comme chacun sait, si les conseilleurs sont rarement les payeurs c’est qu’ils sont le plus souvent, trop souvent, les encaisseurs.
           

           

          -------------------

           

          « Le journaliste scientifique Nicolas Chevassus-au-Louis explique dans son enquête39 que Boris Cyrulnik raconte « peu ou prou la même chose » dans ses 18 livres (2,5 millions d’exemplaires vendus) avec de nombreuses banalités, des contradictions et des références, notamment scientifiques, défaillantes (non référencées, invérifiables).

          Son statut de scientifique y est aussi questionné puisque : il n’exerce plus comme médecin depuis 1999, il n’est pas éthologue (ce qu’il confirme au journaliste) et il n’est guère cité dans les publications académiques. Concernant la notion empruntée de résilience, le journaliste ajoute qu’il se contente « dans ses livres d’enchaîner les anecdotes sans esquisser la moindre théorisation sérieuse » alors même que des discussions ont cours dans le milieu scientifique.

          La chercheuse indépendante Odile Fillod a consacré deux billets critiques 40,41 aux thèses et au parcours de Boris Cyrulnik. »...

           

          Fiche wikipedia.

           


          • ZenZoe ZenZoe 16 septembre 14:23

            @uleskiserge
            Rappelons à tous ceux qui l’ignorent, les médias en particulier, que le furet Cyrulnik, omniprésent, n’est en aucun cas à l’origine du concept de résilience

            Vous avez entièrement raison là-dessus. Tout au plus peut-on lire quelquefois que Cyrulnik a ’’popularisé’’ ledit concept en France.


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 16 septembre 21:47

            @uleskiserge
            Pas plutôt un coucou ?

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