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Edgar Morin, Tariq Ramadan : Au péril des idées, les grandes questions de notre temps

Edgar Morin philosophe et sociologue français et Tariq Ramadan philosophe et professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford, chacun à sa manière a débattu sur plusieurs sujets dans un ouvrage coécrit, paru récemment chez les éditions Presses du Châtelet, sous le titre : Au péril des idées : les grandes questions de notre temps.

Il s’agit d’un dialogue entre les deux philosophes, plusieurs sujets ont été entamés : l’islam en France, la laïcité, la guerre des sexes, la religion, la raison, la conscience, l’école, l’identité, l’histoire, la raison, le fondamentalisme et même sur le FIS (Front islamique du salut) en Algérie et bien d’autres sujets.

Dans une émission sur TV5Monde il a même parlé des dernières élections qui ont eu lieu en Algérie, et a affirmé par rapport au déni de la démocratie, que normalement dans une démocratie, « après deux mandats ou trois, on s’en va (…) on a changé la constitution pour préserver un homme dont on sait l’état de santé, le problème n’est pas qu’il soit en chaise roulante, le problème est sa capacité d’élocution, sa capacité de décision, sa capacité même d’annoncer lui-même qu’il va être candidat (…) il n’était même pas là pour la campagne électorale, et tout d’un coupe on sait déjà, les jeux sont faits (…) et que si on arrive à cette situation là, c’est que derrière l’homme qu’on place il y a le complexe militaro-industriel, les militaires qui ne tiennent pas simplement l’armée, ils sont garants du grand secteur de l’économie algérienne et de ce point de vue là, ils protègent leurs intérêts, jouent la démocratie sur le plan structurel (…) en Algérie il y a la dictature participative ».

À propos de l’islam politique ou de la religion Tariq Ramadan dans ce livre a dit : « La France, vis-à-vis de la religion, a eu un contentieux qui dépasse beaucoup l’islam. Le deuxième est celui de la colonisation : j’incarne en quelque sorte, la voix de l’ancien colonisé qui vient s’exprimer comme citoyen à part entière, à part égale et qui est perçu comme voulant un peu trop se placer dans l’universel (c’est là une profonde question de perception). C’est-à-dire, et c’est le troisième point, que je déplace les lignes en souhaitant me placer là où vous êtes et pouvoir dire, avec ma référence musulmane, que je n’exprime pas par là celle des valeurs qui nous sont communes. Or, en France, cela ne passe pas. Je bouscule des schémas historiques et des rapports de l’« l’autre » ; voilà quelqu’un, perçu comme « en marge », qui veut s’octroyer le droit de figurer dans le texte, donc au cœur de débat ».

Edgar Morin répond à Tariq Ramadan en ce qui concerne l’immigration et la famille et la quasi-ghettoïsation d’une grande partie de la jeunesse dont la famille est d’origine immigrée : « Ces jeunes sont rejetés, et l’on sait bien que les rejetés rejettent ceux qui les rejettent. On observe aussi des manifestation de haine mutuelle et des conflits qui s’aggravent, dans l’incurie des pouvoirs publics. Alors si vous prenez les banlieues, si vous prenez la Palestine, si vous prenez la colonisation qui ne s’est pas effacée des mémoires, si vous prenez le complexe de supériorité de Français blanc à l’égard des anciens colonisés d’Afrique noire ou d’Afrique du Nord, vous obtenez cet ensemble d’incompréhensions ». 

Et par rapport à la laïcité, Edgar Morin répond : « Je pense que le problème est double, Tout d’abord pour ce qui est de la laïcité imposée par une France républicaine, au début du XXe siècle, contre une France monarchique, réactionnaire et cléricale, on peut dire que l’Église et de l’État, que la laïcisation de l’école ont été de grandes conquêtes de la République. Mais on peut dire aussi que la laïcité, durant toute une partie du XXe siècle, a opposé dans les campagnes les instituteurs, porteurs de la raison, des Lumières et de la démocratie, aux curés porteurs de la régression cléricale et monarchique. D’où l’idée tout ce qui est religieux comporte quelque chose de rétrograde, de superstitieux, d’erroné et d’illusoire. Bien entendu, on peut dire qu’en France la relation avec le christianisme a évolué, puisqu’il y a eu un christianisme de gauche, un christianisme démocratique et que le catholicisme est aujourd’hui différent de ce qu’il était en 1900 ».

Pour Tariq Ramadan : « À l’origine, l’idée de la laïcité suppose la séparation des autorités, afin que le religieux n’ait pas le fin mot sur le politique, la diversité des croyances, préservant ainsi la liberté de penser et/ou de croire. Il s’agit donc de protéger un espace public fondé sur l’acceptation de la diversité et de l’universel. Avec le temps, certains en ont transformé l’essence. Ils ont pensé er réduit le processus de sécularisation à une attaque en règle contre le religieux et sa présence dans la société. Ce qui devrait être l’institutionnalisation de la diversité religieuse par l’autonomie et la neutralité de l’État devient, pour ces intellectuels et ces politiques, un moyen d’écarter la visibilité du religieux de la vie publique. Autrement dit, où la raison s’installe, la religion ne doit plus avoir droit de cité. Nous sommes là en présence d’une espèce d’arrogance de la pensée philosophique et politique ».


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11 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 6 août 2014 10:16

    "Il s’agit d’un dialogue entre les deux philosophes, plusieurs sujets ont été entamés : l’islam en France, la laïcité, la guerre des sexes, la religion, la raison, la conscience, l’école, l’identité, l’histoire, la raison, le fondamentalisme"

    Dialogue avec Tariq Ramadan :

    Tariq Ramadan : Échec & mat ! ! !... - SincéritéS

    • Doume65 6 août 2014 17:02

      Caroline, sors de ce corps !

      L’argument porté par le lien, censé être dirigé contre la foi musulmane est aussi valable pour les autres religions « révélées ».


    • Alex Alex 6 août 2014 10:49

      Il n’y a bien sûr rien de choquant à voir Morin et Ramadan discuter laïcité, identité et religion en France ; qu’ils ne soient absolument pas représentatifs de la majorité de la population n’est qu’un détail sans importance.
      On attend donc une discussion du même type entre Morin et Mgr Lefèvre en Arabie séoudite, et une autre entre Ramadan et Mgr Lefèvre à Jérusalem...

      Les titres de Ramadan – « philosophe et professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford » (chaire payée par l’émir du Qatar) – sont bien plus impressionnants que ceux de ses grands amis, tel le sympathique Yûsuf Al-Qaradâwî, ex « mufti officieux du Qatar ».
      Quant à Morin, qui interroge discrètement ses interlocuteurs sur leurs grands-mères, il est parfaitement neutre...
      On se croirait revenu au bon temps d’El Andalus.


      • philouie 6 août 2014 12:26

        La bonne blague,

        Voila Alex qui prétend donner les accréditations à ceux qui ont légitimité à ouvrir leur gueule.
        Alors puisqu’il n’a sans doute pas lu l’article, je reposte l’extrait qui lui est spécialement destiné :

         La France, vis-à-vis de la religion, a eu un contentieux qui dépasse beaucoup l’islam. Le deuxième est celui de la colonisation : j’incarne en quelque sorte, la voix de l’ancien colonisé qui vient s’exprimer comme citoyen à part entière, à part égale et qui est perçu comme voulant un peu trop se placer dans l’universel (c’est là une profonde question de perception). C’est-à-dire, et c’est le troisième point, que je déplace les lignes en souhaitant me placer là où vous êtes et pouvoir dire, avec ma référence musulmane, que je n’exprime pas par là celle des valeurs qui nous sont communes. Or, en France, cela ne passe pas. Je bouscule des schémas historiques et des rapports de l’« l’autre » ; voilà quelqu’un, perçu comme « en marge », qui veut s’octroyer le droit de figurer dans le texte, donc au cœur de débat ».

        Mais peut-être qu’Alex souffre d’un petit résidu de pensée coloniale ?


      • Alex Alex 6 août 2014 13:58

        Je suis athée, anti-colonialiste et pacifique. Mais je constate sur Avox une recrudescence de personnes maghrébines (ou d’origine) qui passent leur temps à accuser « LES Occidentaux » de tous les crimes possibles et imaginables.
        Il est évident que l’Europe a commis des crimes et des horreurs, mais :
        1. Je ne m’en sens pas le moins du monde responsable ;
        2. Depuis plusieurs décennies, les peuples occidentaux ont reconnu eux-mêmes ces crimes (conquêtes religieuses, colonisation, esclavage) ;
        3. Les autres peuples – en particulier musulmans – ont commis autant d’horreurs, voire plus, mais elles n’intéressent curieusement pas la rédactrice, pourtant bien placée pour en parler ;
        4. J’aimerais savoir pendant combien de siècles ces musulmans déclarés vont utiliser ce prétexte victimaire pour expliquer leurs déconfitures actuelles et pour propager leur religion.

        J’ai aussi le droit de dénigrer les leçons que prétend donner à un pays laïc monsieur Ramadan, porte-drapeau d’un Islam prosélyte, ami de « savants » extrémistes, payé par un pays qui finance le terrorisme.
        Mais vous avez aussi le droit d’apprécier ces articles de propagande.


      • philouie 6 août 2014 22:18

        A te lire on croirait que quelqu’un d’engagé sur le plan religieux n’est pas légitime pour discuter d’une loi qui parle de la place des religions.

        Et qu’il faudrait être athée pour pouvoir en parler.

        rho.... sans blague ?


      • igorencore igorencore 6 août 2014 11:32

        J’en parle bien plus souvent avec mon beau frère et vous avez choisi la star showbizzpeople Ramadan !!!
        C’est votre choix mais il n’est guère citoyen  :->


        • Claudec Claudec 6 août 2014 16:17

          Un sujet semble ne pas avoir été abordé dans ce livre, ou s’il l’a été, cela est fait de manière tellement imperceptible qu’en dépit de son caractère fondamental, il n’est pas mentionné par l’auteur du présent article. Je veux parler de la démographie.


          Voilà qui s’appelle écrire « le nez dans le guidon »

          Pour approfondir cette réaction  :

          http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com


          • armand 7 août 2014 19:13

            et une fois de plus camarade Claudec démontre que son obsession de la sur-population n’est pas pour les cathos....


          • Claudec Claudec 7 août 2014 22:18

            S’il n’y avait que les cathos ...


          • igorencore igorencore 7 août 2014 10:53

            Et on continue à mépriser les incontestables mérites de mon beau-frère  smiley

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Bellamine Nassira

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