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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Irvin Yalom, Et Nietzsche a pleuré

Irvin Yalom, Et Nietzsche a pleuré

Irvin D. Yalom, Et Nietzsche a pleuré (When Nietzsche Wept), roman traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Clément Baude, avec le concours du Centre national du livre, Galaade Editions, 2007

L'auteur :

Irvin David Yalom est un écrivain américain. Né de parents russes le 13 juin 1931, il est docteur en médecine depuis 1956 et professeur émérite de psychiatrie à Stanford depuis 1994, il a mené de front une double carrière de psychiatre et d’animateur de thérapies de groupe. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont deux romans : Et Nietzsche a pleuré (1991) et Mensonges sur le divan (1996) et des textes portant sur la psychothérapie, notammentLe Bourreau de l'amour, qui fut sur la liste des best-sellers du New York Times en 1989. Auteur d’une large littérature spécialisée, le Dr Yalom s’essaie à d’autres techniques d’écriture et publie également des romans traitant eux aussi de l’univers psychothérapeutique, tel La Méthode Schopenhauer (2005). Everyday Gets a Little Closer (1974) est, quant à lui, un récit coécrit avec un patient dans lequel ils racontent tous deux, successivement, leur expérience et leur relation au cours de la thérapie de ce dernier. Chacun y rassemble et y décrit alternativement ses points de vue, ses sentiments au fil de l’expérience. Les œuvres du Dr Yalom sont étudiées par les étudiants en psychologie. 

Friedrich Nietzsche

Friedrich Wilhelm Nietzsche (Röcken, le 15 octobre 1844 - Weimar, le 25 août 1900) est un philologue, philosophe, poète et musicien allemand. Fils d'un pasteur, Nietzsche, après ses études, est appelé à la chaire de philologie classique de l'université de Bâle. En 1870, il s'engage comme volontaire dans le conflit franco-allemand. De retour à Bâle, il entre en relation avec le milieu intellectuel bâlois et rend de fréquentes visites au compositeur Richard Wagner qui réside aux environs de Lucerne. Son premier ouvrage, La naissance de la tragédie, paraît en 1872 et suscite de vives polémiques dans les milieux universitaires germaniques. De 1873 à 1876, il publie les quatre essais des Considérations inactuelles, puis, en 1878, Humain, trop humain. La même année intervient la rupture avec Wagner. Gravement malade, Nietzsche demande à être relevé de ses fonctions de professeur. Dès lors commence sa vie errante entre Sils-Maria, Nice, Menton et plusieurs villes italiennes. En 1882, il fait la connaissance de Lou Andréas Salomé, avec qui il vit sa seule véritable et platonique histoire d'amour. Lou a en commun avec Nietzsche d'avoir réfléchi à la mort de Dieu. Tous deux passent trois semaines d’errance à discuter de philosophie. Mais la sœur du philosophe, maladivement jalouse, s'ingénie à briser cette relation, ce que le frère ne lui pardonnera pas ! Pendant cette période les livres se suivent à un rythme rapide : Aurore"(1881), Le Gai Savoir (1882 et 1887), Ainsi parlait Zarathoustra, (1885), Par-delà bien et mal (1886),Généalogie de la morale (1887), Le Cas Wagner (1888), Crépuscule des idoles (1888, publié en janvier 1889), Nietzsche contre Wagner (publié en février 1889), L'Antéchrist (1888, publié en novembre 1894), Ecce homo (1888, publié en avril 1908)). Au début de 1889, il s'effondre dans une rue de Turin, puis il sombre dans la démence et passe les dix dernières années de sa vie dans un état mental quasi végétatif. L'œuvre de Nietzsche est essentiellement une critique de la culture occidentale moderne et de l'ensemble de ses valeurs morales (issues de la dévaluation chrétienne du monde), politiques (la démocratie, l'égalitarisme), philosophiques (le platonisme et toutes les formes de dualisme métaphysique) et religieuses (le christianisme). (source : babelio)

Joseph Brauer :

Médecin autrichien, Joseph Breuer fit d’abord une brillante carrière de médecin hospitalier et de chercheur en physiologie, avant de s’intéresser à la psychologie et, plus précisément, à l’hypnose, qu’il expérimente pour la première fois avec une femme de la bourgeoisie viennoise de l’époque, Bertha Pappenheim, qu’il présente à un jeune élève qu’il décide de prendre sous sa tutelle, S. Freud. B. Pappenheim deviendra la célèbre Anna O., le premier des cinq cas des Etudes sur l’hystérie que les deux médecins décidèrent de co-publier en 1895. Même si un an plus tard, le divorce est déjà consommé entre S. Freud et J. Breuer, le premier reprochant au second de ne pas vouloir reconnaître le rôle prépondérant de la sexualité dans la dynamique psychique inconsciente, le nom de Joseph Breuer apposé au bas du cas de Anna O., reste à jamais attaché à l’histoire de la découverte de la psychanalyse. (source : Christophe Bormans)

Quatrième de couverture de Et Nietzsche a pleuré  :

Venise, 1882. La belle et impétueuse Lou Salomé aborde le Dr Breuer, ancêtre de la psychanalyse et mentor du jeune Sigmund Freud. Elle vient solliciter son aide pour son ami, Friedrich Nietzsche. Le philosophe, malgré la parution du Gai Savoir et de Humain, trop humain, est encore méconnu du grand public. Après l'échec de son ménage à trois avec Lou Salomé et Paul Rée, Nietzsche est plongé dans le plus profond désespoir. Irvin Yalom imagine la rencontre fictive entre Breuer et Nietzsche, véritable partie d'échecs entre les deux hommes, qui concluent alors un pacte pour tenter de se guérir l'un l'autre. Et c'est à une nouvelle naissance de la psychanalyse, dense, ludique et originale, que nous convie Irvin Yalom.

"Comment pouvait-on vivre jusque-là sans connaître les livres du docteur Irvin D. Yalom ? On se le demande. Ce n'est pas tous les jours que les livres de psychothérapie se lisent comme des romans.

(Geneviève Delaisi de Parseval, LIBÉRATION,19 janvier 2006) 

Extrait :

"J'ai une proposition à vous faire, une proposition exceptionnelle, peut-être encore jamais faite par un médecin à un de ses patients. Je tourne autour du pot... Mais ce n'est pas facile à dire, même si je suis rarement à court de mots. Enfin... allons-y !

- "Voilà : je vous propose un échange professionnel. Pendant un mois, je serai le médecin de votre corps et me concentrerai uniquement sur les symptômes physiques et les médications. En contrepartie, vous serez le médecin de mon âme, de mon esprit."

Nietzsche, dont la main enserrait toujours la poignée de sa malette, parut d'abord surpris, puis méfiant. "Qu'entendez-vous par là ? Votre âme, votre esprit ? Comment pourrais-je me faire médecin ? N'est-ce pas une autre version de ce que nous évoquions la semaine dernière, votre traitement médical en échange de ma philosophie ?

- Non, c'est tout à fait autre chose. Je ne vous demande pas de m'enseigner quoi que ce soit ; je vous demande de me guérir.

- Mais vous guérir de quoi au juste ?

- Question difficile... Et pourtant je la pose toujours à mes patients. Je vous l'ai aussi posée, et maintenant c'est à mon tour d'y répondre... Je vous demande de me guérir du désespoir..." (p.229-230)

Mon avis sur le roman :

"L'histoire est un roman qui a été ; le roman est de l'histoire qui aurait pu être." (André Gide, cité par Irvin Yalom)

De 14 ans l'aîné de Freud, Joseph Brauer a apporté une contribution fondamentale à la psychanalyse naissante avec les Etudes sur l'hystérie que les deux médecins publièrent en 1895, avant qu'ils ne divergent sur la question de l'étiologie sexuelle des névroses.

Anna O... (Bertha Pappenheim), la célèbre patiente de Breuer, dont le cas fait l'objet de la première des Etudes sur l'hystérie joue d'ailleurs un rôle important dans le roman où constitue l'obsession principale de Brauer, comme Lou André Salomé celle de Nietzsche.

Irvin Yalom, professeur émérite de psychiatrie à Stanford, promoteur de la "thérapie existentielle" et de la "thérapie de groupe", a imaginé dans Et Nietzsche a pleuré une fascinante rencontre entre Joseph Brauer et Friedrich Niezsche, organisée par Lou Andréa Salomé, à l'insu de Nietzsche.

Brauer a tôt fait de cerner le principal problème de Nietzsche : son orgueil qui lui interdit de se mettre en situation d'éprouver de la reconnaissance et de faire confiance à autrui. Une subtile partie d'échecs s'engage alors.

Yalom montre l'importance dans la vie de Nietzche et dans sa psyché des relations de pouvoir et de rivalité : rivalité avec Lou André Salomé, avec Paul Rée, avec Richard Wagner, un trait du caractère de Nietzsche également souligné par un des collègues de Yalom à Stanford, René Girard et qui empêche d'aborder la question sous l'angle strictement sexuel car selon René Girard, c'est la sexualité qui est pour ainsi dire "à la remorque" de la rivalité mimétique et non l'inverse...

Yalom prête à Brauer la ruse diplomatique d'un contrat avec Nietzsche qui place les deux hommes sur un plan d'égalité : lui Brauer sera le médecin du corps de Nietzsche et ce dernier le guérira de son désespoir et de son angoisse.

Tandis que l'état de santé de Nietzsche s'améliore, l'auteur du Gai savoir devient donc le "thérapeute du désespoir" de Brauer...

Mais en bon psychothérapeute et qui plus est spécialiste de l'hystérie, Brauer sait bien que corps et âme sont liés et ce contrat est pour lui le seul moyen d'accès à ce qui l'intéresse vraiment : l'intériorité de Nietzsche.

Nietzsche ne lâchera pas de son côté Brauer tant qu'il n'aura pas répondu sincèrement à la question de savoir s'il aime Anna O. (Bertha Pappenheim) pour elle-même ou pour les fantasmes qui lui sont attachés. Car, selon Nietzsche, ce n'est jamais tout à fait l'autre que nous désirons, mais le désir que nous avons de l'autre.

Mais jusqu'à quel point Brauer est-il prêt à tout abandonner pour "devenir ce qu'il est ?"

Obligé à son tour par Brauer de répondre à la même question à propos de Lou, et à quelques autres à propos d'une enfance sans amour, Nietzsche touche ce que le hassidisme appelle le "point d'intériorité" et découvre l'amitié sincère et le don des larmes.

  


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5 réactions à cet article    


  • astus astus 16 février 11:22

    A lire aussi le magnifique roman historique et philosophique « Le problème Spinoza » (prix des lecteurs du livre de poche).

    Cdlt


    • Gollum Gollum 16 février 11:33

      Intéressant. J’ai lu pas mal de bouquins de N. je peux pas dire que je l’ai trouvé orgueilleux. D’ailleurs je déteste, profondément les orgueilleux. N. est certes un esprit affirmé mais y voir de l’orgueil me semble facile d’une part (ce sont les apparences) et faux d’autre part.

      Certains semblent orgueilleux au premier abord mais se révèlent finalement plus humbles que d’autres. Là encore les derniers seront les premiers et inversement.

      Je ne suis pas sûr que Girard par exemple, avec sa certitude d’avoir trouvé la clé du christianisme dans une certitude quasi absolue ne soit pas plus orgueilleux que N. finalement...


      • Robin Guilloux Robin Guilloux 16 février 12:39

        @Gollum

        L’orgueil de Nietzsche est plutôt un système de protection, une armure caractérielle contre les blessures. C’était sans doute le plus sensible et même le plus « religieux » (mystique) des hommes, mais indéniablement, il a été sujet à la rivalité mimétique (jalousie pathologique) ; on peut citersa rivalité avec Wagner, Paul Rée, Lou Andréa Salomé... et il n’a jamais réussi à s’en défaire. Mais après tout, il n’est pas le seul. Ce fut aussi le cas de Dostoïevski et de Proust. Peut-être faut-il en être passé par là pour en analyser les mécanismes, comme le font Proust et Dostoïevski.


      • Gollum Gollum 16 février 13:36

        @Robin Guilloux

        Pour ce qui est de Wagner j’y vois moins du mimétisme qu’une figure paternelle de substitution. Plus de 30 ans d’écart. N’oublions pas que N. fut frustré de présence paternelle.

        Ceci dit il est vrai qu’ils étaient habités par une mythologie assez semblable visant le surhumain. D’où la rivalité assez fatale. Mais N. comprit très tôt qu’il était philosophiquement parlant bien supérieur à Wagner. Donc parler de rivalité je ne sais pas. Il n’y a plus de rivalité quand on dépasse l’autre.

        Par contre je soupçonne fort de la mauvaise foi quant à la musique de Wagner. Il faudrait que je lise les textes consacrés à Wagner pour me faire une idée, voir si ses arguments tiennent la route...


      • Gollum Gollum 16 février 13:42

        @Erwan Prigent

        Chez lui, c’est une conscience aigüe de ses limites et de ses capacités ! il n’était pas dupe de soi, tout ou s’exclamant qu’importe de monsieur Nietzsche ! qu’importe de moi !

        Oui c’était un athée totalement serein en face de la mort. Et qui ne désirait absolument pas la survie de sa petite personne. Dans le fond cela n’illustre-t-il pas le fameux Celui qui veut sauver sa vie la perdra et inversement  ?

        Un chrétien qui désire être sauvé par Jésus n’a-t-il pas tout faux par rapport à un N. qui accepte sereinement son anéantissement total ? On peut sérieusement se poser la question.

        Feuerbach disait des chrétiens qui voulaient ainsi être sauvés, et donc perdurer de façon perpétuelle, qu’ils étaient dans l’égoïsme le plus complet. 

        J’ai bien peur qu’il avait raison dans le fond.

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