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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > « L’avenir est à l’industrie ! »

« L’avenir est à l’industrie ! »

Jean-Louis Levet est l’un des meilleurs experts européens dans le domaine de l’industrie. Il vient de publier un ouvrage « Pas d’avenir sans industrie »,aux Editions Economica. J’ai eu l’occasion d’assister à une conférence de J.-L. Levet récemment. Excessivement brillant, sympathique, abordable pour tous, il n’hésite pas à bousculer les idées reçues pour apporter des solutions à des sujets qui intéressent tous ceux qui se questionnent sur la mondialisation ou l’avenir économique de notre pays.

Les experts du niveau de Jean-Louis Levet ne sont pas plus d’une dizaine à l’échelle de l’Europe. Cet économiste universitaire, spécialiste de l’industrie, a exercé des responsabilités aussi bien dans le secteur privé que dans la haute fonction publique. Mais aujourd’hui, à l’heure où le gouvernement français brade son industrie, il n’est plus guère en odeur de sainteté. Selon lui, pour sortir de la crise, il faut que l’Etat et l’Union européenne réinvestissent massivement dans le développement industriel, ce qui est plutôt le contraire de la politique actuelle.

La mondialisation au service de la finance
Depuis les années 1980, l’économie a changé de nature avec la mondialisation : « La mondialisation se structure autour de trois facteurs puissants explique Jean-Louis Levet. D’abord, les progrès technologiques se diffusent à présent dans le monde entier à grande vitesse, notamment avec l’Internet. Deuxièmement, les stratégies d’entreprise sont de plus en plus influencées par la finance. Du fait de l’apparition des fonds de pension qui entraînent un développement des profits financiers, toute l’économie mondiale a été influencée. Autrefois, les entreprises avaient des taux de rentabilité de 5 %. Aujourd’hui, leurs actionnaires veulent qu’ils soient de 15% à 30 %. Résultat : les entreprises, en particulier les grandes, ont tendance à donner une importance excessive aux normes de rentabilité financière par rapport à l’investissement et au long terme et ce sont les salariés et les PME sous-traitantes qui en paient le prix. Dès que les taux de rentabilité sont insuffisants, elles se délocalisent ou licencient, alors que de nombreuses PMI montrent qu’il est possible d’être performant par la créativité, l’innovation et une fine connaissance des marchés. Enfin, le troisième choc sans précédent dans l’histoire est l’arrivée des économies-continents comme la Chine et l’Inde. » Pour l’économiste, si ces pays parviennent en un temps record à se convertir au marché et à assimiler les nouvelles technologies, les salaires ne suivent pas, d’où une concurrence infernale.

« Le politique doit faire de l’industrie une priorité. »

Depuis plusieurs années, la France mise uniquement sur les services, les banques et assurances par exemple, au grand plaisir des capitalistes financiers. En revanche, son industrie décline, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays : Allemagne, Finlande, Inde, Chine... Même l’industrie automobile, fleuron de l’hexagone, est en déclin !

Le politique, en France comme dans l’Union européenne, devrait se réapproprier son rôle d’accompagnement, de prospective et de coordination plutôt que de « laisser faire ». Jean-Louis Levet rappelle par exemple que le grand groupe sidérurgique européen, Arcelor, vient d’être absorbé par un autre groupe, indien, alors que l’Etat, donc les contribuables, avait investi dans la sidérurgie française cent milliards de francs dans les années 1980... «  L’Europe ne peut pas se limiter à une simple zone de concurrence fiscale et sociale, continue-t-il. Aujourd’hui, nous avons une Union européenne sans projet et un pays sans stratégie !  », ajoute-t-il tout en certifiant qu’il ne se range pas avec ceux qui croient au « déclin », car les solutions existent. «  Il faut investir davantage dans la recherche et l’université comme le font les USA ou le Japon. Les principaux pays d’Europe doivent mettre davantage de financements sur des objectifs communs qui représentent de grands enjeux : la santé, l’organisation urbaine, la sécurité, l’environnement... »

Une industrie du « développement durable »

Car pour l’économiste, il ne s’agit pas d’opposer industrie et environnement, car au contraire, ils se complètent : «  Demain, nous bâtirons des maisons et nous construirons des voitures qui ne consommeront presque pas d’énergie. C’est le développement industriel, source d’emplois et de métiers nombreux, que les gouvernements européens doivent soutenir par une volonté politique forte.  » Si le pouvoir politique, à chaque niveau, territorial, national et européen, encourage cette dynamique par une politique industrielle globale, parvient à maîtriser les mutations industrielles, nous pouvons - nous en avons les moyens - sortir de l’impasse actuelle. Hélas, de tous les candidats à l’élection présidentielle, excepté peut-être DSK, peu abordent ce sujet, qui est pourtant essentiel pour notre avenir.

 Pas d’avenir sans industrie
par Jean-Louis Levet, Editions Economica


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18 réactions à cet article    


  • pas expert pour un sous... (---.---.241.154) 8 janvier 2007 12:06

    ... mais quand je lis ce texte qui se veut un résumé du livre, je me demande si cet « expert [de haut] niveau » fais semblant de vivre sans le libéralisme ou s’il l’oubli... Comment peut-on dénoncer le rapprochement Mittal-Arcelor alors que la plupart des entreprises françaises qui se sont maintenues l’ont fait au détriment d’entreprises étrangères absorbées (théorie économique qui veut qu’une entreprise peut devenir assez grande pour ne plus risquer de se faire engloutir par la voisine).

    Il ne s’agit là que du fonctionnement « normal » de l’ultra-libéralisme et rien d’autre.

    Il s’agit encore d’un essai qui tente de vendre les mérites du capitalisme en occultant toute une facette de la réflexion. Lamentable, surtout de la part d’un « expert [de haut] niveau ».

    VIVE LA PENSEE UNIQUE

    ARE RAMA

    ARE ARE

    ARE RICHENOUS...


    • eugène wermelinger eugène wermelinger 8 janvier 2007 12:06

      M. Levet, si j’étais Président, je vous demanderais de devenir mon ministre de l’industrie. Mais je ne suis qu’un électeur lambda, ancien artisan puis industriel, qui ne voit pas pour qui voter le moment venu.(Mais j’ai un faible pour un petit candidat ! JM Governatori) Partout apologie du non travail et de la non production. Parce que s’enrichir n’est plus la récompense de ceux qui produisent, mais de ceux qui font circuler l’argent. Dans le schéma classique ancien on créait et fabriquait un produit, et c’étaient les entrepreneurs et aussi le personnel qui en recevaient les fruits. De nos jours on les opprime. Paperasses, exigences etc... La part belle aux financiers, et ils me font penser à cet arbre très vert que je voyais de loin en me promenant hier. Arrivé plus près j’ai réalisé qu’il s’agissait de la carcasse d’un arbre mort envahi par un lierre prospère. Je prévois sa chute prochaine. Nos industries ? L’automobile est en train de rater les moteurs hybrides, la pharmacie produit des médicaments qui envoient 130 000 français à l’hosto comme le dit notre ministre de la santé, le nucléaire nous condamne à des déchets horribles et en plus on ne sait même plus construire une centrale (Norvège 2 ans de retard) Nouvelles énergies ? Tout sur Iter pour être sûr de louper le coche. Industrie oui, mais pour produire des marchandises utiles et ceci vaut aussi pour l’alimentaire dont je suis issu. Seuls 2 produits sur dix sont bons, 6 médiocres, et 2 très mauvais. Avec ça on ne va pas faire des citoyens en forme. Merci pour cet article.



      • T.B. T.B. 9 janvier 2007 01:17

        Finlande : les flops du chantier du premier (et dernier ?) EPR Le pouvoir finlandais était tout fier d’avoir acheté le tout premier EPR. Aujourd’hui, le chantier cumule les déconvenues. Ce premier EPR sera-t-il le dernier ? En tout cas, les finlandais sont tranquilles sur le plan financier : c’est le contribuable français qui va payer les pénalités dues au retard pris (déjà un an, sûrement plus à l’arrivée. Si elle a lieu) .

        Une « innovation » de sûreté... qui aggrave le risque de catastrophe ! En situation accidentelle, le « core-catcher » (ou « cendrier ») chargé de récupérer le coeur en fusion (corium), pourrait créer de puissantes explosions et aboutir à la rupture de l’enceinte de confinement. Ce serait alors un vrai Tchernobyl...

        Quand Mme Lauvergeon (Pdg d’Areva) raconte des salades : "Le réacteur EPR a été conçu pour résister à tout, y compris les chutes d’avion". (DépêcheAFP - 9 juillet 2005) C’est pas bien de mentir comme ça, Mme Lauvergeon !


      • eugène wermelinger eugène wermelinger 9 janvier 2007 11:23

        Merci TB d’avoir fait la correction géographique. De toute façon c’était un vent du nord et qui donne froid dans le dos.


      • T.B. T.B. 9 janvier 2007 12:44

        C’est moi qui te remercie, cela me permets de dire ce que je pense de la politique criminelle d’EDF, COGEMA, AREVA ...

        Quant à Jean-Louis Levet ( responsable national du Parti Socialiste, chargé de l’industrie, depuis novembre 2005, après avoir été délégué national du Parti Socialiste chargé de la politique industrielle ) il ne me réjouit pas et oublie de dénoncer, par exemple, que les normes concernant l’habitat français ne sont préparées, volontairement, pour s’équiper en énergie solaire et/ou éolienne autonome. A l’inverse d’un pays comme l’Espagne qui tient, elle, - et le fait - à faire l’impasse sur l’énergie électrique d’origine nucléaire.

        Tu as raison de dire que la France est en train (10 milliards d’euros payés par les contribuables français, chaque année, pour renflouer les caisses de la SNCF) de rater le coche.


      • le mave 8 janvier 2007 12:36

        Les grandes sociétés appartiennent à des actionnaires gourmands qui veulent des taux de rentabilité exorbitants ,ce qui nous donne licenciements délocalisations atteintes au code du travail : 1ére partie de l’article .

        Le libéralisme c’est collectiviser le coûts et privatiser les profits : 2ème partie de l’article .

        Je ne suis pas un des meilleurs experts européens,ou alors je l’ignorais ,mais je connaissais ces évidences depuis longtemps et je ne suis pas le seul .

        Quant à la conclusion c’est le bouquet final :industrie et environnement sont complémentaires .

        On pourrait même dire que viol et amour sont complémentaires ,vérité et propagande de même ,expertise et aveuglement encore plus.


        • nisco 8 janvier 2007 12:58

          @ Le Mave

          Merci. Le mot « expert » est vraiment galvaudé ces derniers temps et sert surtout à assenner à grand coups d’évidences une pensée unique.

          Un monde d’oxymores comme le dénonçait depuis longtemps le clairvoyant (ex)sous-commandant Marcos. Il en avait trouvé une belle : le fachisme libéral. (cf article du monde diplomatique de Août 2000)


        • minijack minijack 8 janvier 2007 12:55

          Belle analyse. Lucide et courageuse car à contre-courant de beaucoup d’idées reçues et de mauvaises habitudes. En résumé, pour que ça change et que nous évitions le déclin une seule chose est essentielle : LA VOLONTE POLITIQUE de ne plus privilégier la rentabilité immédiate des fonds de placements au détriment de l’innovation et des emplois.

          DSK est en effet un assez bon économiste et ferait un excellent second responsable de l’Etat. Mais l’économie n’est pas tout... Votez Ségolène !


          • Jules Lebenet (---.---.43.46) 8 janvier 2007 19:00

            Je vous ai fait une réponse à 18h58, qui est mal placé.

            SORRY !!!


          • meta-babar (---.---.72.2) 8 janvier 2007 12:57

            Il est clair qu’il n’est pas nécessaire d’être expert pour se rendre compte de tout celà. Mais ça ne fait pas de mal de le répéter, parce que curieusement j’en connais qui ne veulent pas entendre. En France le commercial est roi, mais il n’a rien à vendre, alors il se plaint de l’euro qui est trop fort. En Allemagne bizarrement on vend toujours autant !


            • cdg (---.---.169.151) 8 janvier 2007 17:34

              trop tard, l industrie francaise est coulee ... Mais rien n est perdu, les chinois, amricains ou allemands viendront passer leur vacances dans un pays sous developpe : la france ...

              Pourquoi l industrie allemagne se porte bien mieux que la france ? Peut etre parce ce qu ils ont fait certaines reformes et qu ils ont en effet investit dans l industrie au lieu de l immobilier comme chez nous (D ou vient les +100% de hausse a votre avis ? pour info en france dans une petite ville a 60 km de Marseille, les prix de l immobilier sont equivalent a ... Francfort !)


              • ZEN zen 8 janvier 2007 18:52

                Du bon sens, tout simplement...


              • faxtronic faxtronic 8 janvier 2007 22:03

                Je me demande si la crise de 2001 sur la neteconomie n’a pas :
                - Plumer les petits investisseurs
                - Refroidir les ardeurs pour les petits investisseur a investir dans le secteur economique

                Alors que la pierre, c’est proverbial : « investir dans la pierre » (sic).


              • Jules Lebenet (---.---.43.46) 8 janvier 2007 18:51

                OUI, Mille fois OUI.

                Un petit Bémol, toutefois par rapport à l’article. Les pôles de compétitivité et d’innovation mise en place en 2005 par le gouvernement DDV sont là pour redynamiser notre tissu industriel. C’est la bonne direction.

                La seule chose est de s’assurer que l’investissment dans ces pôles n’est pas dilapider par des « Charlatans » de toutes les espèces. Sinon tapons FORT et FERME sur ceux-ci.


                • Jules Lebenet (---.---.43.46) 8 janvier 2007 18:58

                  DSK s’est plus fait remarqué dans l’épannouissement de l’économie financière que dans celle de nos industries.

                  DSK a été ministre de l’économie a une époque où, l’économie était orienté totalement sur la Fonction Publique, la Finance et les Services.


                  • Viv (---.---.152.234) 9 janvier 2007 10:44

                    Je suis totalement d’accord avec l’auteur de l’article. C’est relativement évident : la France ne peut pas vivre de finances et d’eau fraiche, à un moment, il faut qu’elle produise quelque chose !

                    Les pôles de compétitivité sont effectivement quelque chose de très intéressant (je suis champenois, et le pôle de compétitivité dans cette région était le bio-éthanol si mes souvenirs sont bons : si cela fonctionne, on peut dire adieux aux problèmes de prix du pétrole et d’indépendance énergétique de puissances étrangères !), et permettrons je l’espère de dynamiser l’industrie de demain.

                    Un pays ne peut pas se permettre de n’avoir que des services et des prestations financières, cela devient une bulle, et ce n’est pas bon...

                    Voila pourquoi la France doit s’appuyer sur l’Europe (plus de financements) pour exister : un industrie européenne dynamique assurerait une industrie française saine.

                    ++


                    • eugène wermelinger eugène wermelinger 9 janvier 2007 11:32

                      Bémol pour le bio-éthanol : toutes les surfaces cultivables ne suffiraient pas pour remplacer le pétrole, mais cela peut partiellement contribuer. La recherche doit aller déjà voir comment améliorer ce qui est en projet : voitures de ville à air comprimé, moteur à Hydrogène embarqué ou à hydrogène produit dans le véhicule, batteries à nanotubes x fois plus puissantes, moteur hybrides (Prius) etc. Et sans oublier l’électricité domestique qui pourrait être produite sur chaque immeuble. Où avons-nous une industrie pouvant produire les cellules photovoltaïques nécessaires en France ? Et on peut continuer ainsi sur des industries innovantes et autonomes. Merci d’y réfléchir.

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