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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Libertés contre égalité

Libertés contre égalité

Liberté, égalité, fraternité. La France a le goût du défi et c’est tout à son honneur. Avoir la volonté de permettre à chacun de ses administrés de satisfaire aux mieux ses envies, d’exprimer tous ses talents avec pleine latitude et de mener sa vie comme bon lui semble est la voie de la sagesse. Œuvrer pour que tout individu d’une communauté donnée se voit et se sente l’égal de son prochain en moyens autant qu’en fins est, à coup sûr, un sacerdoce de tous les instants. Mais prétendre mener de front ces deux entreprises à leur comble, fût-ce par l’entremise arbitrale d’une tierce grâce pour se donner du courage – « allez, fraternité ! » –, ce n’est plus de l’amour, c’est de la rage. Bien sûr, on se verra objecter avec raison que ce brelan de vertus est un idéal, et qu’un idéal est le fanal d’une nation dans la nuit. Toutefois, pour que soient tempérées les ardeurs, il faut s’être réellement penché sur les tenants et aboutissants de l’égalité et de la liberté, ou plutôt des libertés, tout le monde n’en faisant pas le même usage. À bien y regarder, en effet, l’égalité parfaite est une chimère ; quant à la liberté totale, au mieux est-ce un caprice d’adolescence. Que penser dans ce cas de l’adjonction des deux ? La rencontre de deux vertus pleines et entières annule-t-elle la difficulté d’atteindre chacune séparément ? Ce serait pourtant merveilleux. Mais redevenons sérieux. Il pourra sembler indécent de taquiner la fameuse devise. Hors de tout excès, cependant, il faut n’y voir qu’un idéal, tant nous sommes loin du compte. Quand bien même il ne s’agirait que d’ajuster les parties entre elles, à ne pas considérer dans quelles proportions limiter chacune, nous nous condamnons à perdre sur tous les tableaux.

Nous avons vu que le libéralisme moderne vidait la communauté de toute légitimité primitive en conférant celle-ci exclusivement à l’individu. En d’autres termes, cette substitution d’entité doit être interprétée comme une négation pure et simple de l’homme en tant qu’animal politique, hors d’une conception proprement utilitariste des choses. La politique n’est plus la fin de tout homme pour ainsi dire inscrite dans ses gènes, c’est, au contraire, un moyen pour lui de parvenir à n’importe quelle fin, au gré de sa volonté. Se pose alors la question de savoir ce qui résulte de la mise en concurrence des volontés particulières. Étant donné qu’elles se valent toutes dans les débats, l’emportera celle qui parviendra à faire nombre, à fédérer dans l’optique d’une majorité, le sésame de tout système politique cardinal (i.e. fondé sur le seul pouvoir du nombre). Le passage de l’un au multiple, nous l’avons dit plus haut, favorisé par une propension naturelle au grégarisme, devient donc en premier lieu utilitariste : ainsi se forment des sous-communautés, éphémères et enchevêtrées, mues par le commun intérêt du moment. Afin que soient constituées ces communautés d’intérêt, chaque membre potentiel se doit de se tenir informé en permanence du nombre de celles et ceux qui partagent avec lui certaines vues, certains penchants. Dans les sociétés modernes de plusieurs millions d’habitants, on perçoit là le formidable pouvoir dont disposent les médias qui, comme nous en informe l’étymologie, tiennent le rôle d’intermédiaire entre sociétaires atomisés. Enfin, rappelons-nous de la dynamique intrinsèque du nombre qui le porte à devenir exponentiel du simple fait de son énonciation, gage non négligeable de confort et de sérénité. Dans un débat d’idées opposant huit individus à deux de leurs congénères, la tendance n’est pas d’appuyer ou de renforcer une conviction personnelle par les confrontations successives de chacun des deux à chacun des huit (ce qui devient d’ailleurs insurmontable dans un pays de plusieurs millions d’âmes) mais par celle, plus sommaire, du chiffre 2 au chiffre 8.

Munis de ces différents éléments, poursuivons à présent notre étude. Nous avons introduit au livre précédent la notion de dyade pour attester la complémentarité de deux principes solidaires. Ainsi en était-il du couple nature-culture (distinction certes réductrice que l’on affinera plus loin) et de l’impératif universel face aux exigences du particulier. Il est une troisième dyade relative aux rapports humains qui est la rencontre des principes de liberté et d’égalité. Est-ce à dire qu’il nous faudrait choisir entre les deux grands bienfaits à nous promis depuis deux siècles environ ? Non, mais il nous faut les concilier, les articuler entre eux pour que puisse s’opérer une certaine harmonie. Il y a un extrémisme égalitaire de même qu’il y a un extrémisme libertaire. Ces deux outrances nous portent à tailler dans leur matière brute pour enter l’une sur l’autre. L’enture ainsi obtenue est ce que nous appellerons le principe d’équité. Qu’est-ce, en fait, que l’équité ? C’est le froid souci de la juste répartition des choses. Elle est l’avocat de l’égalité lorsque celle-ci est victime d’une liberté prédatrice, donc inique. Elle est également la championne des libertés en péril face au nivellement aveugle d’une égalité dogmatique. L’équité est la règle de Lesbos, le maître étalon de la justice, quels qu’en soient le lieu, l’époque et le régime. Le sentiment de l’équité ne requiert pas de connaissances particulières en ce sens qu’il fait appel spontanément à une logique rétributive, accessible peu ou prou à tout individu sain d’esprit. S’il existe réellement un droit naturel, l’équité est le principe juridique qui s’en rapproche le plus. Elle transcende tout à la fois les sanctions arbitraires et les lois communes de par la souplesse et l’intégrité de ses attributions. S’adaptant au moindre cas particulier pour rendre à chacun son dû – ce bien plus que des lois, condamnées quant à elles à la rigidité de l’écrit – et assurant néanmoins à ses ressortissants l’impartialité qu’ils sont en droit d’attendre, l’équité est la pierre philosophale de tous les régimes politiques. Si un peuple parvenait un beau jour à se saisir de ses ressorts par quelque institution ajustée sans relâche, puis à lui vouer une sorte de culte public à l’instar de celui consacré de nos jours aux droits subjectifs, un tel peuple, donc, ne serait pas en reste avec la pérennité et le dynamisme politiques des Romains.
Dans les faits, le respect de l’équité est difficile à tenir. L’objectivité totale qu’elle commande relève de la vocation. Ouvertement bafouée par le passé, l’équité, bien qu’invoquée à tout bout de champ, est aujourd’hui ou négligée, ou dénaturée dans ses fondements intangibles. S’il est manifeste que la loi du plus fort va à son encontre, l’égalité par principe ne lui correspond pas davantage. D’ailleurs, l’équité se moque tout autant de l’égalité que de l’inégalité. Elle légitime parfois l’une, parfois l’autre, selon les circonstances, sourde aussi bien aux rapports de forces qu’aux injonctions morales. En bref, ménageant leur champ d’action à la liberté et à l’égalité, elle prescrit leurs limites respectives pour peu qu’on sache l’entendre. Dans le cas contraire, ou bien la liberté des uns entrave injustement celle des autres, ou bien l’égalité à toute force s’installe au détriment de certaines libertés. Voilà deux vases communicants, deux contenants aux dimensions réglées. Nous pourrions maintenant faire déborder tour à tour ces deux vases au moyen d’exemples empruntés à la vie de tous les jours. Mais la société française contemporaine, sur laquelle nous concentrerons notre examen, est à ce point sujette au déterminisme historique que nous porterons notre regard sur les manquements aux libertés plus qu’aux entorses à l’égalité. De fait, au XVIIIe siècle, les premières étincelles des Lumières se firent avant tout pour revendiquer des libertés, flétries jusqu’alors (de culte, de mœurs, de pensée, d’expression). L’égalité, la praxis bourgeoise l’arrachait déjà pied à pied depuis plusieurs siècles, au service d’un État de plus en plus centralisé qui voyait d’un bon œil cet afflux de fonctionnaires, monnayant leurs services pour quelques titres et capitaux (cf. « offices » Livre I, chapitre 3), grignotant ainsi les prérogatives de vieilles noblesses aigries. Mais quand le peuple entra en scène à la fin du siècle, ce fut dans l’ensemble pour demander davantage d’égalité économique, de sorte que l’égalité allait devenir la grande passion française, sous toutes ses formes, légitime, outrancière, balbutiante, ubiquitaire. Par conséquent, les exemples illustrant l’inégalité viennent rapidement à l’esprit, ceux concernant des mesures liberticides sont beaucoup plus subtils. Les tribulations de la liberté d’expression en sont emblématiques.
L’outrage aux puissants a longtemps motivé une absence quasi-totale de liberté d’expression, au mieux une tolérance réduite de l’hétéroclite. On se méfie de ce qui déroge comme susceptible d’engendrer des troubles d’ordre social. C’est une constante de l’histoire à laquelle n’échappe pas l’époque contemporaine, et il y a de bonnes raisons à cela. On aimerait croire à la responsabilité totale de nos gouvernants en la matière, à leur inclination naturelle à empêcher que ne soient divulguées certaines informations dans la crainte que celles-ci ne portent atteinte à une autorité obtenue de haute lutte. Il y aurait ainsi d’un côté une classe politique tout à ses avantages personnels, prête à leur sacrifier les libertés publiques, de l’autre un peuple spolié dans son ensemble, lors même qu’il serait détenteur de vérités spontanées utiles à son salut. Cette grille de lecture, qui porte à tout référer en dernière analyse à une éternelle dichotomie dominants-dominés, a ses mérites. Dès lors qu’il s’agit de rapports humains et des dissemblances qui en découlent, elle est transposable à foison. En outre, sans égard pour les nombreux points de rupture non assumés par la modernité (explicités dans le livre I), ce raccourci permet l’économie de la remise en question par quelque étude plus poussée. On croit ainsi pouvoir tout expliquer sous le sceau de la seule domination du haut vers le bas. Pourtant, sans pouvoir de même parler d’une domination, quelque chose comme un effroi semble émerger du bas, contraindre le haut et, après coup, toute la société. Le lecteur aura ici du mal à nous suivre, nous lui devons les éclaircissements nécessaires. Va donc suivre à présent une théorie de la liberté d’expression.

L’individu a constamment à l’esprit toute une série de schèmes dont la teneur et l’organisation lui sont propres. En fonction de ses caractéristiques mentales (pour ne pas parler encore de facultés) et de ce que lui soumettent les différentes expériences qu’il éprouve, il se fait une opinion plus ou moins construite, plus ou moins conforme à la réalité de tout objet d’examen. Il n’y a donc pas deux pensées identiques en tous points, mais relativement à certains objets isolés, il y a affinité de pensée, sans quoi aucun consensus et aucune vie en communauté ne seraient jamais envisageables. La raison humaine est le moyen par lequel chaque individu prête ou non crédit au produit de son intellection. Au vrai sens du terme, l’esprit applique ses critères à discriminer entre deux pôles que sont le vrai et le faux, entre ce qui est conforme à la raison et ce qui lui est contraire. Pour qu’il soit valide, cet effort doit faire intervenir le tribunal intime, c’est-à-dire qu’il doit être entrepris à l’abri de toute emprise d’autrui. La confrontation d’idées est certes nécessaire, pour l’animal politique comme pour l’individu spontané, mais en dernière instance, le mot de la fin appartient à la part rationnelle de chacun. En prenant parti pour la modernité, nous devons poser comme préalable que cette part rationnelle est la même en chacun, qu’il y a égalité rigoureuse sur le plan intellectuel au sein de la communauté des hommes. Sur un sujet donné, nous sanctionnons donc bec et ongles l’égalité prérequise de tous les avis et y trouvons notre compte en ayant, en retour, voix au chapitre. L’avis qui l’emporte se fonde alors inévitablement sur l’adhésion du plus grand nombre, quelles que soient par ailleurs la pertinence, la véracité ou la moralité de cet avis. C’est la manière dont fonctionne la social-démocratie contemporaine, ou démocratie « cardinale », égalitaire et horizontale (par opposition à la démocratie « ordinale », hiérarchique et verticale), qui stipule qu’une majorité, par définition, a toujours raison, même lorsqu’elle a tort. Un premier écueil point alors : ce jugement infaillible du nombre ne porte-t-il pas à un certain relativisme des valeurs ? Si oui, comment l’éviter ?
Toute société qui fait de la raison un élément accessoire se condamne à avoir recours à d’autres formes de canalisation sociale. Ce fut vrai des sociétés à forte emprise religieuse, ça l’est tout autant de celles qui placent leur salut dans la sanction du nombre. Pour garantir l’harmonie sociale, les unes et les autres institueront une morale publique, un chemin de largeur idoine pour s’assurer le déplacement régulier de tous les sociétaires dans la même direction. Partant, le moindre contrevenant empruntant des chemins de traverse « blasphème » dans un cas, « dérape » dans l’autre. À l’ancienne morale chrétienne qui sclérosait la société et pouvait contribuer à la figer dans d’abjectes distinctions, la modernité a répondu par l’idéologie des droits de l’homme qui, au contraire, par réflexe répulsif, promeuvent l’uniformisation. Une uniformisation prescrite par un progressisme éternel et parfois béat. Mais de toute façon, le rappel à l’ordre va de soi, il devient inéluctable dans une société qui se défie de la liberté comme d’une incitation à l’outrage religieux ou un frein à l’égalité. La liberté d’expression (voire la liberté de penser qui en est l’origine) se trouve, dès lors, en première ligne des ennemis potentiels. Et le discours, par conséquent, de se trouver constamment passé au crible du dogme en vigueur. Le moindre écart de langage, la moindre entorse au règlement ne seront pas seulement analysés sur un plan logique, mais également moral : fondée ou non, la médisance est un crime, elle nuit à la confraternité du monde. Il n’est pas jusqu’à la critique qui ne soit perçue comme attentatoire lorsque celle-ci n’est pas rigoureusement bienveillante, à tout le moins complaisante. C’est avec de telles règles que la liberté d’expression doit composer.
On peut bien entendu se poser la question des limites de la liberté d’expression, puisque toute liberté est difficilement concevable sans quelque enceinte. À la liberté sans aucune entrave, dite « négative », le philosophe Isaiah Berlin opposait la liberté « positive », cantonnée au domaine du possible et donc consciente de ses limites propres. La liberté positive est pondérée et constructive, c’est à cette instance qu’il faut rattacher la liberté d’expression s’exerçant dans une société mature. Chaque sociétaire doit alors pratiquer l’autocensure, le tout étant de savoir dans quelle mesure. Il lui faudra une certaine éthique personnelle, reflet de ses responsabilités bien comprises, sans pour autant sacrifier le droit de rendre public quelque chose dont il est intimement convaincu, à tort ou à raison. Respect et sincérité doivent ainsi cohabiter. Il faut ici mesurer à quel point une véritable société libérale est appelée à faire confiance à chacun des individus qui la composent, à faire le pari que chacun aura les moyens – culturels, intellectuels, sensitifs, éthiques – d’élaborer sa pensée avant de parler, de livrer en quelque sorte un produit fini à la critique de ses congénères. C’est une propension tout à fait noble et louable que de tabler sur une telle égalité de moyens, accordant à chaque voix, en plus du droit à la parole, la même légitimité. Dans le cas contraire, en effet, on discrimine et la modernité s’y refuse. Mais si tout n’est plus qu’affaire de point de vue, la distinction entre le vrai et le faux s’estompe quelque peu. Lui est en retour substituée une autre distinction, morale cette fois, entre le bien et le mal, afin, disons-le, de veiller à la cohésion de la masse sur le chemin du progrès. Dorénavant, il faudra distinguer l’homme qui pense bien de celui qui pense mal. Est-ce réellement conforme à une vocation libérale, propre à tenir compte de tous les affects dans leur pluralité, quitte à leur résister par l’usage de la raison ? Pas vraiment. Cela est conforme à une vocation égalitaire, arrachée au prix de certaines libertés. Voyons cela dans le détail.

La démocratie cardinale, nous venons de le dire, fait peu de cas d’une hiérarchie logique entre les opinions. En reconnaissant une parfaite égalité entre tous, elle répond du corollaire, à savoir l’égale légitimité des discours tenus. Il est ainsi permis à chacun d’exposer son point de vue sur tel ou tel sujet, il est même salutaire de le faire afin que soient prises en considération d’éventuelles et profondes divergences. Celles-ci s’appuient aussi bien sur l’intime conviction – réfléchie ou non – du sujet, que sur l’éducation qu’il a reçue ou plus simplement sur son vécu, enfoui ou quotidien. De manière générale, chacune de ces trois causes de « mûrissement » intellectuel entrent en jeu dans des proportions inappréciables. Assurés d’une égale réception de tous les discours, les sociétaires sont invités à participer aux débats, à les initier même : il y va de la vie démocratique. Surgissent donc de nombreux débats, du plus oiseux à l’essentiel, sans que puisse en découler un quelconque ordre d’importance ; il est à rappeler que la pensée politique n’est plus une fin mais un moyen de confort parmi d’autres, ce qui la dépouille de toute primauté sur des disciplines qu’elle est pourtant censée administrer, l’économie en tête. Pour aller au bout de cette logique, les sociétés modernes doivent encore veiller à ce que toute opinion devienne dans les faits matière à discussion, sans acception de tendance. Là est le sublime de la société libérale. Mais voilà ! Pour le coup, un immense défilé d’avis désordonné se bouscule au portillon, parmi lesquels les plus hétéroclites. Ainsi en est-il par exemple de l’individu convaincu de la prédominance d’une race sur une autre, ou d’un sexe sur l’autre. S’il mérite une contradiction publique et la plus soignée et implacable qui soit, n’a-t-il pas, lui aussi, droit de cité ? Dans un cas comme celui-là, le libéralisme moderne ne joue plus le jeu, il oublie ses principes en déplaçant le débat d’un plan logique, intellectuel, à un plan purement moral, ultime recours possible lorsque l’on a fait litière du concept d’animal politique et d’une fin supérieure et commune à tous les membres de la cité. Autrement dit, en déniant la nécessité a priori d’une exigence rationnelle lors de tous débats de société, les gouvernements modernes n’ont d’autre choix que de pallier ce manque a posteriori par des leçons de morale. Là où la raison est oblitérée, les passions s’exposent, fussent-elles tempérées par des mesures quasi-religieuses.
Une fois de plus, la logique n’est pas au rendez-vous, les grands principes affichés sont impossibles à assumer. Et l’on voit qu’une liberté – la liberté d’expression en l’occurrence – se trouve abandonnée pour les besoins d’ordre, d’uniformité et de nivellement. Bien évidemment, certaines idées doivent être combattues sans relâche et circonscrites dans le registre de la liberté positive, mais elles ne peuvent l’être que d’un point de vue dialectique. En les disqualifiant uniquement en agitant l’index outré du curé en chair, en ne leur opposant qu’une fin de non-recevoir lors même que l’on a claironné au préalable l’égalité des voix, on prend le risque de conforter l’apostat dans son erreur. Sous des dehors libéraux, c’est en fait l’esprit d’inquisition qui lui paraît se manifester, et de citoyen éconduit, il se sent devenir victime de la pensée unique et détenteur d’une vérité cachée. Peut-être notre individu est-il raciste ou sexiste par conviction profonde ou simple préjugé, peut-être l’est-il du fait d’une éducation bâclée ou d’expériences malheureuses qui l’auront poussé à se perdre dans des généralités trompeuses. N’importe. Il est convaincu de ce qu’il pense et la victoire de la raison ne sera acquise que lorsqu’il sera convaincu du contraire. Cette réalité, la modernité aurait bien du mal à ne pas l’admettre, elle qui fait de tous les hommes des êtres également pourvus en raison, en moyens intellectuels, en aptitudes à l’instruction et à la remise en question. Voilà déjà un point sur lequel la démocratie cardinale se trouve en parfaite contradiction avec elle-même. Mais il en est un autre, plus pervers encore.
Considérons donc cet étrange individu pour qui certaines catégories homogènes de personnes sont, par nature, programmées à en maintenir d’autres sous leur férule arbitraire. Notre propos n’est pas ici de démontrer le manque de discernement manifeste que dénote ce langage, le simple bon sens doit y suffire. Ce qui nous intéresse, c’est qu’un individu tout à fait sain d’esprit peut très bien souscrire sincèrement à de telles idées, hic et nunc. Cela nous est pénible à admettre, tant nous sommes cramponnés à l’idée d’individus également dotés intellectuellement et à une humanité naturellement généreuse. Ainsi serions-nous presque enclins à penser que notre cobaye prend un malin plaisir à refuser l’amour qui est en lui, cherchant bêtement à se rendre intéressant ou, au mieux, qu’il estime mal les choses en réponse à une violence sociale à son encontre. Notre désarroi est d’autant plus grand que la science ne permet pas (pas encore ?) d’éradiquer de l’extérieur toute pensée maléfique du cerveau. Personne ne niera cependant que nous avons tous nos schèmes propres, dont la teneur, la maturation et l’arrangement nous incombent individuellement, en tant qu’êtres libres et responsables. Que le phénomène de singularité qui s’en dégage ne s’accorde pas toujours avec le postulat de l’égalité entre les êtres, c’est un cas de conscience que nous laisserons à d’autres. Il importe avant tout de cesser de faire l’impasse sur l’hétérogénéité des opinions, même et surtout lorsque celles-ci nous paraissent dangereuses. En traînant son auteur en justice, on ne combat pas une idée, on la maquille aux couleurs du temps. Il est même surprenant que notre époque s’y abaisse, elle qui est par ailleurs si prompte à toujours demander plus de prévention et moins de répression. En la matière, d’aucuns en viennent même à penser qu’il suffit d’interdire l’usage de certains mots pour voir disparaître avec le temps l’idée qui s’y rattache ; Orwell n’est plus bien loin. Alors pourquoi une telle hypocrisie, un tel refus de combattre de front et par le verbe le moindre jugement bancal ? Pourquoi tergiverser avec la liberté d’expression ? Pourquoi recourir systématiquement à l’ordre moral quand seule la logique d’une argumentation saine, claire et objective peut venir à bout d’une erreur terrée sous un crâne ? Pour répondre à ces questions, il nous faut revenir au propos du présent livre : l’empire du nombre.
À cet effet poursuivons l’exemple ci-dessus en compagnie de notre individu douteux. Il est donc établi que cette personne se fait une idée pour le moins bien à elle des rapports humains, virtuellement discriminante, qui plus est au moyen de critères iniques. Pour autant, sa pensée peut fort bien être le fruit d’un travail intellectuel intensif. Ne l’oublions pas, il nous est difficile de mettre en doute ses capacités puisqu’il est notre égal en tout. Dans ce cas, il convient de lui permettre, comme à tout autre, et s’il le désire, de rendre publiques ses idées, même les plus subversives, en se faisant un devoir, au demeurant, de lui porter la contradiction. Toutefois, ne pourrions-nous pas nous trouver malencontreusement face à un maître de rhétorique, maîtrisant à la fois logos, èthos et pathos ? En effet, ce n’est pas impossible. Mais comment reprocher ses talents à une personne ? Et pourquoi le faire ? Le scrupule moral face à un débateur qui, lui, en est peut-être totalement dénué nous donne-t-il le droit de lui interdire la parole ? Est-il conforme à une liberté d’expression effective d’imputer a priori un manque d’éthique personnelle à un tribun, brillant sur la forme, tendancieux quant au fond ? N’y a-t-il pas derrière tout cela une sorte de vice caché, une impuissance latente et difficilement contenue à assumer sans réserve tout ce que l’on promeut, à savoir et l’égalité des capacités à débattre et à émettre un choix, et la liberté pleine et entière de faire entendre sa voix ? Il semblerait qu’il y ait bel et bien discordance, et cette discordance, c’est à l’effet de masse qu’il faut l’imputer. Quand un homme s’adresse à un public atomisé et nivelé, où tous possèdent une part égale du pouvoir délibératif sur tous sujets donnés et où la majorité emporte sans doute possible la décision finale, cet homme cherche mathématiquement à faire nombre. Qu’il parle de produits « bio », de pouvoir d’achat, de la paix dans le monde ou de l’inégalité des races, il cherche à faire nombre. Le nombre devient ainsi la fin ultime, la clé du succès, le satisfecit qui sanctionne tout ou le contraire de tout. Aussi le nivellement social, auquel nous portons un soin jaloux, est-il susceptible d’entraîner avec lui, et malgré lui, un nivellement des valeurs compromettant que l’on refuse de s’avouer. Non que le nombre soit un mal en lui-même, à blâmer, mais il n’est pas non plus porteur de valeurs, quelles qu’elles soient. La masse, entendue pour elle-même, est un corps neutre, fluctuant au gré des vents et cédant au plus chaud. Alors que l’on tend à y voir un moment de communion, et de faire de cette communion une finalité, l’idéologue, le prédicateur ou le commerçant s’en font un marchepied, un moyen que justifient d’autres fins.
Mais afin que puisse se faire l’adhésion du plus grand nombre, il faut que le logos, l’èthos et le pathos du tribun soient servis par des outils de communication adéquats. L’agora antique, les codex conservés pieusement, le héraut médiéval, la Gazette de Renaudot, voire le billet informatif de fin de messe, la Bibliothèque bleue, les grands organes de presse, puis, et surtout la radiodiffusion et la télédiffusion, jusqu’au fantastique développement de l’Internet et à l’interactivité qu’il génère, crescendo, la technique a fait son œuvre dans ce domaine. On aimerait n’y voir que des avantages, qui, d’ailleurs, pèseront toujours plus que les inconvénients à prendre en compte : on n’en fait jamais trop pour la diffusion du savoir. Néanmoins, Internet est aussi le lieu du nivellement absolu, du meilleur et du pire mitoyens, d’un fatras d’informations et de connaissances qu’il incombe à chacun de savoir distinguer, d’adopter, puis de combiner, afin, éventuellement, d’alimenter à son tour le pot commun. C’est donc un vaste terrain d’entraînement à la maîtrise du nombre si tant est que l’on veuille tirer parti de la publicité – au vrai sens du terme, celui de « rendre public » – qu’il autorise à certaines fins personnelles. Désirez-vous convaincre les foules du bien-fondé de l’utilisation quotidienne d’un produit cosmétique ? Internet. Escomptez-vous réunir des signatures de soutien en vue de la libération d’un journaliste détenu illégalement à l’autre bout du monde ? Internet. Seriez-vous plutôt enclin à convaincre le maximum de personnes que Monsieur Darwin fabulait et que la création est œuvre de Dieu ? Internet. Tous ces messages sont recevables dans la mesure où, d’une part ils ne contreviennent pas à la loi, d’autre part leurs émetteurs ont une égale légitimité à s’exprimer sur n’importe quel produit de leur volonté. Et c’est tant mieux. Comment séparer le bon grain de l’ivraie ? Libre à chacun de prendre de la distance, d’exercer l’uniforme esprit critique dont la modernité le pare, tout comme ses semblables. Mais qu’advient-il si une idée contraire au goût de l’époque parvient à faire nombre ? Comment la rendre illégitime et lui opposer une fin de non-recevoir ? Il n’y a aucun moyen légal d’y parvenir, voilà, semble-t-il le cœur du problème. Le nombre étant décrété infaillible, ce n’est pas par ce biais que se pourra concevoir la contre-attaque. Que faire alors dans un cas pareil ? Une chose et une seule reste possible : réduire le mal à sa source en empêchant la divulgation de l’idée incriminée, autrement dit réserver la liberté d’expression à celles et ceux qui s’expriment conformément au bien en vigueur. En contrariant, en escamotant toute pensée hétérodoxe, on espère ainsi faire disparaître le mal, partant du principe que tout ce qui ne peut faire nombre peut, à bon droit, être considéré comme non avenu, voire non-existant. C’est, bien sûr, sans compter et la traçabilité perpétuelle de ce qui se dit sur Internet, et la formidable caisse de résonance que constitue un tel média. Tant et si bien que le moindre sujet étouffé sous le coup de la morale bénéficie en retour d’une publicité phénoménale, nourrissant au passage tous les délires « complotistes ».

Ainsi voit-on l’une des libertés majeures – la liberté d’expression – restreinte dans des proportions normatives pour satisfaire à la nécessité dominante, au vrai but poursuivi – l’uniformité, pour ne pas dire le nivellement. Somme toute, la modernité n’a d’autre choix que de céder à la seule véritable passion qui submerge toutes les autres, à la valeur cardinale entre toutes, et en particulier en France, à savoir l’égalité. Loin de pouvoir concilier libertés et égalité, le pays ayant fait valoir son habilité à tout garantir en bloc doit supporter la désillusion. Or, c’est un cinglant aveu d’impuissance que d’appeler du nom de « populisme » tout élan politique cherchant à faire nombre sans se soumettre aux injonctions morales. Il y a un difficile équilibre à atteindre entre les capacités disparates des individus à appréhender le moindre message informatif, a fortiori idéologique, et la libre circulation de toutes les opinions. Au lieu de cela, toute société refusant d’apprendre de ses déconvenues préfèrera disqualifier tel ou tel en prétextant que flatter les bas instincts du peuple, c’est ne pas respecter les règles du jeu démocratique, quand la seule règle qui vaille, dès lors, est celle du nombre. Une attitude noble et réellement conforme à la démocratie cardinale consisterait à favoriser les débats publics, au risque, il est vrai, de voir la majorité s’engouffrer sur de sombres chemins ; le fantôme de l’Allemagne des années 30 est là pour nous le rappeler constamment. Refusant de prendre un tel risque, sans pour autant que soit remise en cause l’infaillibilité du nombre en tant que fin en soi, la seule alternative qui s’offre à une telle société est le recours en justice systématique à l’encontre de toute idée rendue notoire heurtant les susceptibilités en usage ou les préceptes moraux, toujours plus présents quant à eux. Ce à quelle fin ? Pour éviter toute contagion dans l’espace public.


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77 réactions à cet article    


  • Anaxandre Anaxandre 28 août 2012 15:58

     La Liberté (« individuelle » s’entend, concept libéral anglais importé en France par les « Lumières ») menant, par définition, à la domination du fort sur le faible, ou du riche sur le pauvre s’oppose à l’Egalité entre les Citoyens. C’est pour cette raison, que nos ancêtres révolutionnaires leur ont accolé la Fraternité. Mais quand il n’y a plus un Peuple et une Nation Souveraine mais des communautés et des lobbies, quand la notion de citoyenneté est totalement dévoyée et que du Citoyen il ne reste que le « consommateur », comment faire pour éviter qu’une telle société ne finisse par imploser à force de tenter désespérément de faire accroire aux masse - et pour combien de temps encore ? - que ces vieux concepts sont encore vivants ? Viendra un temps, peut-être moins éloigné qu’on ne le pense, où il ne suffira plus à nos politiques de marteler ces mots pour masquer la mort des idéaux qu’ils signifiaient...


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 28 août 2012 16:07

      Je crois que nous nous retrouvons sur le caractère de l’exaspérante et sacro-sainte démocratie moderne...

      Merci pour votre commentaire.


    • Anaxandre Anaxandre 28 août 2012 16:18

       Démocratie moderne que j’appelle (au cas ou vous ne m’auriez pas encore lu) : « Démocratie-Représentative-d’Opinion-Contrôlée ».

       (PS : votre sujet et votre article sont forts intéressants mais je craint que sa longueur n’en rebute plus d’un... À méditer pour votre prochain article. Cordialement, A.)


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 28 août 2012 16:37

      Vous avez parfaitement raison quant à la longueur de mon texte, j’en suis tout à fait conscient et il s’est d’ailleurs écoulé plus d’une semaine entre mon envoi et sa parution, ceci expliquant cela. C’était pourtant mon deuxième article sur Agoravox ; à l’avenir, je serai plus attentif à cela.

      Au sujet de la démocratie représentative et de ses méandres, je prépare un ouvrage (dont est issu le présent article) qui inclut une réflexion hors des sentiers battus à ce sujet. Si ce passage peut également vous intéresser, je serai ravi de vous le soumettre (par mail, sera-ce possible, le cas échéant ?).

      Cordialement.


    • Anaxandre Anaxandre 28 août 2012 19:46

       Désolé pour le peu d’audience de votre article... Faites plus court la prochaine fois (et glissez le nom de Mélenchon ou de Le Pen dans le titre, apparemment ça fonctionne assez bien... smiley )


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 28 août 2012 21:37

      Vous savez, il est inévitablement difficile de « faire nombre » avec un article qui déplore le fait d’accorder du crédit qu’à ce qui « fait nombre ». smiley
      Dommage que les gens qui ont voté « contre » cet article n’argumentent pas. Ne l’ont-ils pas fait uniquement pour en sanctionner la longueur ?

      J’avais repéré votre casque spartiate avant d’apparaître sur ce site ; je suis particulièrement attentif aux gens sensibles à l’Antiquité. Ce sont les rares à s’intéresser réellement à la politique, la vraie, pas à telle ou telle coterie.

      À la prochaine.

      PS : Mélenchon, Le Pen et consorts, très peu pour moi. On crève d’accorder autant de crédit aux hommes politiques, tous bords confondus.


    • Anaxandre Anaxandre 28 août 2012 16:45

       Vous comprendrez qu’on ne peut pas mettre en ligne ici des informations personnelles. Quand votre ouvrage sera achevé, mettez un lien ou des références sur ce site.


      • non667 28 août 2012 22:47

        liberté = tout les espoirs vous sont permis (pierre dac ) smiley smiley smiley
        liberté d’expression  et d’écrire : les lois gayssot et antiraciste y ont mis un terme
        liberté de penser (florent pagny ) vu le sectarisme/partialité des coco du sni à l’école poursuivi par les sos du snès au college et lycée ,la propagande médiatique il est impossible d’échapper à l’endoctrinement gauchiste ( il m’a fallut vivre la trahison du socialisme par le ps en 1983  : politique de rigueur = politique des grecs aujourd’hui pour m’en apercevoir ! )
         l’égalité  est devenu par la gauche l’égalité des chances ? ???façon loto : 100% des gagnants du loto y ont joué !
        du foutage de gueule !


        • Claudec Claudec 29 août 2012 08:27

          Libre réflexion à propos de notre devise nationale


          Les républiques se succèdent, les constitutions se révisent, pourquoi une devise, fut-elle nationale, ne se remettrait-elle pas en cause, ne serait-ce que pour tenir compte des effets du progrès survenu entre temps ? Sans porter atteinte aux valeurs qu’elle veut proclamer, il n’y aurait rien de choquant, pour qui n’est pas aveuglé par le dogme, à y réfléchir calmement et avec un recul de plus de deux siècles par rapport à l’époque à laquelle fut proclamée celle de la République française. Sans compter une autre révolution – industrielle celle-là – et des bouleversements de la société, imprévisibles à la fin du XVIIIe s. La nation qui se glorifie d’avoir ainsi proclamé au bénéfice de tous les valeurs qu’elle faisait siennes pourrait de la sorte juger de ce qu’est devenu son présent et être la première à en tirer les conséquences.


          Étant donné le climat euphorique dans lequel la devise française a été adoptée, sous l’influence des penseurs de l’époque, plus utopistes encore que les « intellectuels » d’aujourd’hui, force est de reconnaître qu’elle a changé bien peu de choses à nos rapports sociaux. Les privilèges, qui symbolisent en les concentrant tous les principes au nom desquels les trois valeurs de Liberté, Égalité et Fraternité ont été choisies, non seulement ont perduré mais se sont multipliés, proclamés comme autant de conquêtes par ceux qui en profitent et les défendent maintenant avec obstination.


          Notons que les replâtrages ou substituts opérés ou proposés par les uns et les autres, dont le plus fameux a été celui tenté par Vichy avec Travail, Famille, Patrie, n’ont pas été couronnés de davantage de succès que d’estime pour qu’ils puissent être sérieusement pris en considération. il ne s’agit d’ailleurs pas ici de changer une devise mais de réfléchir à ce qu’est devenue sa signification objective.



          De la Liberté


          « Une expérience journalière fait reconnaître que les français vont instinctivement au pouvoir ; ils n’aiment point la liberté ; l’égalité seule est leur idole » Chateaubriand


          « La liberté commence toujours par être accompagnée de maux qui suivent l’usage inconsidéré qu’on en fait. » Frédéric Bastiat - La Loi



          Pour autant qu’elle ne relève pas du rêve, la Liberté se définit par les limites que la loi lui octroie ou que chacun voit assignées à la sienne par celle des autres. Loin d’être cet idéal d’indépendance que chacun vit à sa guise, la Liberté a un caractère faisant hautement référence à la vie collective et réclame de ce fait une attention toute particulière, eu égard aux revendications de plus en plus inopportunément formulées par les uns et les autres à son sujet.


          La liberté consiste à faire à son propre gré ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque individu ou groupe d’individus est subordonné à ce qui assure aux autres la jouissance de ces mêmes droits. En cela, il n’est pas de liberté sans devoirs. La loi pouvant aider à fixer et codifier ces droits et ces devoirs, c’est elle qui arbitrera autant que de besoin.


          « La liberté de chacun finissant où commence celle des autres », elle peut être considérée comme une richesse, un espace dévolu à quiconque dans l’égalité républicaine, laquelle est tout autre chose que cet égalitarisme anarchisant avec lequel elle est trop souvent confondue. Il est dès lors évident que plus le nombre de ceux qui partagent cette richesse ou cet espace est grand, moins la part de chacun le sera. Sauf à concevoir bien entendu que cet espace soit extensible à l’infini. Or, de ce point de vue et en attendant la conquête viable de notre environnement planétaire – ce qui ne ferait d’ailleurs qu’en repousser les limites tout en multipliant nos devoirs, l’humanité est confrontée à ses frontières matérielles ; celles de la Terre sur laquelle elle vit, ou plus exactement aux limites que son imprévoyance lui octroie et dans lesquelles il lui est possible d’y vivre. Cet espace vital est en effet inexorablement grignoté, chaque jour davantage, par une inconscience aggravée par le nombre.


          Plutôt que de revendiquer toujours plus de ce qui se raréfie à chaque instant, c’est la révision de ses exigences en matière de Liberté qui s’impose à l’homme. Si par exemple la réduction des libertés des uns est due à une croissance démographique imputable à d’autres, comment faire pour empêcher ces autres d’empiéter sur l’espace de liberté des premiers ? Que ce soit possible par la contrainte ou par la raison, il s’agit bien de limiter les libertés individuelles de tous.


          Le temps est révolu d’affirmer des droits dont l’abus ne peut conduire qu’à l’anarchie. Si la Liberté peut être vue comme un espace ou comme une richesse, comme tout espace ou toute richesse un partage nécessite davantage de pragmatisme que de bonnes intentions. Ne pas s’en soucier, c’est tout simplement méconnaître l’aboutissement incontournable de toute idée utile, appelée à être traduite tôt ou tard dans les faits.


          Ne peut-il pas être vu dans une telle analyse une explication supplémentaire du fait que la codification d’un système de valeurs, qu’il s’agisse banalement de politesse, de bienséance, de cordialité ou plus généralement de tout ce qui touche à la considération due à autrui, en même temps qu’à l’égalité de tous devant la loi, ne se fonde pas impunément sur des considérations abstraites, idéalistes, voire idéologiques et dogmatiques, a fortiori lorsqu’elles naissent dans l’anarchie, l’euphorie et l’utopie ? À croire que la raison, comme la vérité, finit toujours par sortir du puits.


          Peut-être sommes-nous tout simplement confrontés aux conséquences de « l’emploi de l’esprit aux dépens de l’ordre public [...] une des plus grandes scélératesses [...] de toutes la plus dangereuse, parce que le mal qu’elle produit s’étend et se promulgue par la peine [...] infligée [...] des siècles après lui ». (Duchesse de Choiseul au sujet de J.J. Rousseau). À noter qu’il s’agit ici de la liberté de penser qui, pour le meilleur et pour le pire, ne connaît pas d’autres limites que celles de la raison et que c’est lorsque cette raison est bafouée que l’autre liberté, la liberté d’être, est en danger. Et ceci d’autant plus que se répand la confusion entre liberté de penser, de s’exprimer et d’agir, entre pensée et action. Nombreux sont ceux qui s’exprimant, prennent leurs gesticulations pour de l’action et plus nombreux encore ceux qui, laissant les autres penser pour eux, s’expriment et se comportent en irresponsables.


          Entre dès lors en jeu la responsabilité, sans laquelle la liberté n’est plus qu’une vue des esprit les plus fumeux ou les plus malhonnêtes, elle n’est alors même plus une richesse à partager ; elle est un mythe qu’entretient la démagogie et son compagnon le mensonge.


          La notion de liberté entendue comme espace ou richesse que les hommes ont en commun a pour corollaire que la part de chacun ne peut que se réduire lorsque le nombre de ceux qui les partagent croît. Elle mérite, de ce fait, une attention plus grande que celle qui lui est portée, notamment de la part de ceux qui bafouent si souvent la Liberté, au nom des libertés (identitaires, communautaristes, corporatistes, individuelles, etc. ) qu’ils prétendent promouvoir ou défendre.


          Pierre d’achoppement de la vie en société, combien celle-ci serait pourtant changée, dans le sens du progrès social, si toutes les combats qui se mènent de par le monde au nom de la Liberté en tenaient compte. Utopie ? Bien au contraire : marque de raison ! Mais la raison n’est-elle pas elle-même une utopie ?


          • Claudec Claudec 29 août 2012 08:28

            (Suite)



            De l’Égalité


            « L’envie, principe de la Révolution française, a pris le masque d’une égalité dérisoire ; elle promène son insultant niveau sur toutes les têtes, pour détruire ces innocentes supériorités que les distinctions sociales établissent. » Talleyrand


            « Il faut reconnaître que l’égalité, qui introduit de grands biens dans le monde, suggère cependant aux hommes ... des instincts cependant fort dangereux : elle tend à les isoler les uns des autres, pour porter chacun d’entre eux à ne s’occuper que de lui seul.

            Elle ouvre démesurément leur âme à l’amour des jouissances matérielles » Alexis de Tocqueville


            “La liberté et la fraternité sont des mots, tandis que l’égalité est une chose” (Henri Barbusse)


            Peut-être, s’il avait été plus pragmatique, Barbusse eût-il choisi d’évoquer l’inégalité plutôt que l’égalité. L’inégalité est en effet incontestablement plus naturelle et largement répandue que son contraire. Les pères de notre devise nationale et républicaine ont d’ailleurs pris la précaution de préciser qu’ils parlaient d’Égalité de droit, ce qui autorise que sa traduction dans les faits soit sujette à bien des difficultés, sinon à l’inaccessible L’égalité de fait n’est pas de ce monde, dans lequel aucune chose ne ressemble à une autre ; qui refuse par nature tout nivellement. En conséquence, les plus intégristes sont contraints d’admettre, même s’ils se gardent de l’avouer, le caractère éminemment utopique de cette égalité inscrite au fronton de nos monuments.


            Si bien des exemples illustrent cette illusion, auquel le législateur tente de pallier par ses textes, il peut être divertissant autant que significatif de considérer à ce titre la différence d’usage que les républicains français font du vouvoiement et du tutoiement, signe d’égalité entre tous. Ils emploient en effet le vouvoiement et le tutoiement selon des règles révélatrices d’une certaines dérive de leurs valeurs de référence. Le phénomène mérite donc une attention plus grande que celle qui lui est généralement prêtée. Selon le code français de la politesse, l’usage du vous marque indéniablement, une distance, une considération, que ne confère pas le tu. N’en découle-t-il pas que la considération accordée à autrui n’est pas la même pour tous les êtres humains ? Ceci n’induit-il pas une notion d’inégalité fondamentale, dont l’usage différencié du tu et du vous, selon la personne à laquelle ils s’adressent, est la l’affirmation ?


            Une remarque du même ordre s’applique d’ailleurs à l’usage du prénom. Alors que d’autres déclinent leur prénom pour un emploi immédiat par le premier interlocuteur venu, et n’hésitent pas à agir réciproquement, le Français en est loin. Soit par une sorte de réserve, soit par manque de simplicité, il préfère nommer l’autre, comme lui-même, en faisant précéder son nom propre du titre de Madame, Mademoiselle ou Monsieur, marquant de la sorte une distance aussi peu égalitaire qu’archaïque. Il est vrai que d’autres langues européennes, comme l’espagnol ou l’italien, par exemple, font mieux encore, qui usent de titres plus ronflants et distinctifs les uns que les autres et vont même jusqu’à user de la troisième personne pour s’adresser à autrui. Il est étrange que la situation ne soit pas inverse dans la langue de ceux qui se prétendent les promoteurs – quand leur chauvinisme légendaire ne les conduit pas à se prendre pour ses inventeurs – de l’égalité et de la fraternité. Il faut reconnaître à cet égard que nos politiciens de gauche, auxquels ceux de droite ont rapidement emboîté le pas, ont grandement innové dans les années 60 avec l’emploi du prénom pour communiquer entre eux au vu et au sus de tous, ce qui est peut-être l’avancée sociale la plus importante qu’aient pratiquée depuis longtemps les uns et les autres ; renouant en cela avec les efforts des révolutionnaires de 89 ayant vainement tenté d’instituer l’usage du ci-devant puis du citoyen, ainsi que de la gauche prolétarienne ayant tenté du camarade.


            Quoi qu’il en soit, l’emploi du tu, après ces tentatives d’imprégnation des rapports entre les hommes d’une marque se voulant d’égalité et de fraternité n’a-t-elle pas atteint des résultats diamétralement opposés ? en d’autres termes, le tu, n’implique-t’il pas, en raison de son caractère familier, une sorte de banalisation, de nivellement humiliant, de ceux à qui il est réservé, dès lors que l’emploi du vous est permis et même recommandé pour marquer une reconnaissance assortie d’un supplément de respect face à d’autres ? Ceci peut sembler d’autant plus réel que l’emploi du vous ne s’avère aucunement opposé aux principes d’égalité, de fraternité ou de simple proximité, tout en valorisant les individus les uns par rapport aux autres ; ce faisant, tout un chacun, en toute circonstance, se voit témoigner non plus de la distance, mais de la déférence : le respect, que marque le vouvoiement. Il en est comme si l’usage du vous rehaussait le statut de chacun.



            De la Fraternité


            Des trois termes de notre devise nationale, la Fraternité est peut-être le plus précaire. En effet, si la Liberté et l’égalité – devant la loi – se peuvent décréter, nul ne peut contraindre qui que ce soit à une fraternité à laquelle celui ou ceux à qui elle s’adresse peuvent au demeurant être indifférents.


            Paradoxalement, la fraternité est un sentiment qui ne peut être que personnel. Passe encore pour la solidarité, pour l’exercice de laquelle la collectivité peut se substituer aux individus pour en faire preuve en leur nom et à leurs frais.


            Proclamer valeur républicaine et universelle la fraternité fut et demeure un vœu tellement peu laïque que l’esprit des lumières eut dû en être alerté. Quoi de plus contraire en effet à la raison pure qu’un sentiment directement inspiré de l’amour du prochain, valeur évangélique entre toutes.


            La diversité des individus engagés et dès lors supposés faire preuve de fraternité et l’obligation d’égoïsme que la nature fait à chacun de donner priorité à ses propres intérêts sur ceux de son prochain dictent une tout autre loi ; les plus philanthropes d’entre nous doivent en convenir, lorsqu’ils ont à lutter contre.


            Quoi qu’il en soit, le fait qu’elle ne puisse être que consentie à titre strictement personnel distingue, voire isole, en quelque sorte la Fraternité des deux autres valeurs proclamées. Éminemment individualiste, elle peut être refusée par certains sans ôter quoique ce soit à celle pratiquée par d’autres – et vice versa – et peut-être est-ce pour cette raison que le principe de solidarité tend à se substituer à une fraternité qui est tout autre chose. Curieux d’ailleurs, que la question soit aussi discrètement traitée dans les sphères intellectuelles.


            Il en est tout autrement de la Liberté et de l’Égalité. Le fait qu’un seul membre de la communauté des hommes apparaisse aux yeux de leurs défenseurs comme privé de la moindre partie de ce qu’elles représentent, suffit pour que l’attrait universel de ces deux valeurs se rappelle à leur vigilance.



            • Éric Guéguen Éric Guéguen 29 août 2012 09:24

              Bonjour et merci pour votre longue intervention.

              Elle s’adjoint parfaitement à mon texte, j’espère seulement que les rares courageux à m’avoir lu auront le même courage vis-à-vis de vous.

              Au plaisir de débattre.
              EG.

              PS : Merci notamment pour la citation de Talleyrand que je ne n’avais jamais lue nulle part.


            • SALOMON2345 28 mai 2013 09:19

              « FRATERNITÉ »
              Rousseau évoque une dévolution d’une partie la Liberté personnelle (sa souveraineté propre) au bénéfice du « bien commun » en s’élevant par le passage à la citoyenneté, ainsi les Lumières - notamment les Francs Maçons - proposent la position de la Fraternité au sommet du Triangle symbolique et entre ces deux exigences LIBERTÉ et ÉGALITÉ, afin que celles-ci puissent se « vivre » par le coeur et la raison, chacun faisant un pas vers l’autre !


            • Éric Guéguen Éric Guéguen 28 mai 2013 22:26

              Merci à vous.
              Ça c’est pour l’héraldique, mais dans les faits, la conciliation des trois principes est bien plus malaisée, ne trouvez-vous pas ?


            • JL JL 29 août 2012 09:53

              Cet article très long et très abstrait aurait mérité de cibler davantage son sujet. Quels rapports en effet, entre celui de la dialectique liberté vs égalité et celui de la liberté d’expression ?

              Je vais essayer une réponse partielle, et tout d’abord une remarque ; l’auteur écrit : "En d’autres termes, cette substitution d’entité doit être interprétée comme une négation pure et simple de l’homme en tant qu’animal politique, hors d’une conception proprement utilitariste des choses« pour lui signaler, au cas où il ne la connaitrait pas cette phrase d’Annah Arendt, qui aurait pu ouvrir le débat : »« Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. »

              J’en viens au sujet ; l’auteur écrit : « Il est une troisième dyade relative aux rapports humains qui est la rencontre des principes de liberté et d’égalité. »

              Je ne crois pas que la liberté et l’égalité soient nativement, deux principes à élever au même rang ; et j’affirme que l’auteur tombe dans l’erreur courante d’opposer les deux. Entre le fort et le faible, c’est la loi qui protège, et la liberté qui opprime. Et donc, la liberté n’a pas le même sens pour le riche et le pauvre, pour le puissant et pour les modestes. Pour le prédateur et le bonhomme. Il ne faut pas opposer liberté et égalité, mais au contraire, les marier harmonieusement, s’en servir intelligemment, comme l’accélérateur et le volant de la voiture.

              De sorte que, si la liberté est une valeur certaine, je réfute l’idée que l’égalité en soit intrinsèquement une ; et d’abord, quelle sorte d’égalité ? La même part pour le lion et pour l’âne est en soi une injustice (je traiterai de l’équité une autre fois).

              Je vois l’égalité comme un principe politique, une volonté, un moyen de lutter contre les inégalités excessives et les dégâts qu’elles entrainent.

              Si ce n’est pas l’égalité qui s’oppose à la liberté - ni réciproquement -, en revanche, c’est bel et bien le besoin de sécurité qui obère la liberté. Le deal que propose l’État (en tant qu’expression du groupe), c’est : un peu moins de liberté contre un peu plus de sécurité.

              Il y a dans les sociétés libérales deux moyens sur lesquels repose la sécurité d’un individu et de sa famille) : l’État providence, et/ou la fortune personnelle.

              - l’État providence est moral - pour faire court, l’égalité est érigée en valeur (donc, moyen) : chacun est déclaré égal en droit vis-à-vis des services publics ;

              - l’autre moyen, à savoir la fortune personnelle - qui confère abondance de biens, liberté absolue, sécurité maximum - fait fi de l’égalité. Le néolibéralisme et la morale (en l’occurrence l’égalité : une vie vaut une vie) sont ennemis irréductibles.

              Voilà pourquoi les riches veulent toujours plus d’argent, et ne supportent pas d’entendre parler d’égalité. Mais paradoxalement, les libéraux n’ont que le mot d’égalité dans la bouche ! A ceci près que l’égalité libérale, c’est : l’État protège la fortune de la même façon pour tout le monde ! Un euro est aussi protégé que 10 milliards d’euros !

              L’égalitarisme : c’est le fait de réclamer l’égalité quand elle nous est plus favorable que l’équité. Par exemple,le choix d’une flat-tax au détriment de l’impôt progressif c’est égalitariste. L’égalitarisme de droite accroit les injustices, l’égalitarisme de gauche les réduit : c’est mécanique ! Or, qu’est-ce qu’on observe ? Que les inégalités s’accroissent ! C’est donc l’égalitarisme de droite qui détruit notre société, et non pas l’égalitarisme de gauche !

              « Mes chers compatriotes, ne séparez jamais la liberté de l’égalité » (F. Mitterrand)
              "La nation, c’est le seul bien des pauvres." (Jean Jaurès)


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 29 août 2012 11:05

                Bonjour à vous, et merci pour cette réponse pertinente.

                Concernant tout d’abord votre remarque sur la citation d’Hannah Arendt, si vous relisez la phrase qui suit dans ma prose, vous constaterez que je ne dis pas autre chose :
                « En d’autres termes, cette substitution d’entité doit être interprétée comme une négation pure et simple de l’homme en tant qu’animal politique, hors d’une conception proprement utilitariste des choses. La politique n’est plus la fin de tout homme pour ainsi dire inscrite dans ses gènes, c’est, au contraire, un moyen pour lui de parvenir à n’importe quelle fin, au gré de sa volonté. »
                D’où le règne, à terme, de l’utilitarisme, en résonance avec ce que dit Arendt (qui figure, d’ailleurs, dans mon « Panthéon » si je puis dire).

                Ensuite, il me faut rappeler que ce texte est issu d’un ouvrage, il peut donc paraître incomplet vis-à-vis de ce que je désigne par « dyade » notamment, ou bien encore eu égard au principe d’équité. Pour développer celui-ci, j’avancerai l’argument de la justice distributive, celle qui s’y conforme le mieux, et celle que nous revendiquons, pour la plupart du moins, vis-à-vis de l’impôt progressif : à chacun selon ses revenus.
                Mais si nous étions logiques, nous appliquerions en toutes choses ce principe d’équité, ou de justice distributive. Exemple : le droit de vote ne serait plus tel que nous le connaissons, il serait lui aussi progressif, ou « capacitaire » : à chacun selon ses mérites. Car n’oublions pas qu’Aristote faisait dépendre le recours à la justice distributive d’une référence au bien commun, ce qui est le cas aussi bien pour l’impôt que pour le droit de suffrage. En conférant le droit de vote indifféremment, sans acception de qui que ce soit, nous sommes déjà dans l’égalitarisme.

                Ensuite, vous semblez distinguer un égalitarisme de gauche, tout à fait bienvenu, et un égalitarisme de droite ravageur. Voilà qui est tout à fait insolite. L’égalitarisme, en soi, est une erreur, de gauche comme de droite, et ce comme tous les « ismes » serais-je tenté d’ajouter. L’erreur que vous faites, et que tous les gens de gauche font, est de confondre égalité et justice. C’est d’autant plus étonnant que vous admettez le caractère relatif de l’égalité, et que cette phrase est tout à votre honneur : "L’égalitarisme : c’est le fait de réclamer l’égalité quand elle nous est plus favorable que l’équité.« (parfaitement d’accord sur ce point).
                En fait, la justice est une valeur qui submerge l’égalité, qui parfois lui correspond, parfois non. Lorsque l’on est attaché à la justice, on se moque de l’égalité, ce qui va au rebours de l’époque contemporaine qui fait de l’égalité une fin en soi. Autant de Ministres hommes que femmes, est-ce juste ? Pas nécessairement. Peut-être n’y avait-il que des femmes compétentes à l’instant »T« , ou que des hommes, mais l’égalité stricte a primé en l’occurrence.

                À mes yeux, c’est parce que nous sommes obnubilés par l’idée d’une égalité omniprésente que nous engendrons, paradoxalement, des inégalités. De ce point de vue, l’égalité est l’hydre de la gauche, plus elle tape fort sur une tête qui dépasse, plus violemment dépassera une autre tête, ce qu’elle refuse de comprendre. Quant à la droite, elle s’est perdue dans un libéralisme qui ne sait ni d’où il vient (historiquement), ni où il va (géographiquement) et qui s’en contre-fout. Au moins partagez-vous avec la droite le sentiment d’un nécessaire recours à la sécurité, mais en faire le pendant négatif de la liberté me semble, pour ma part, un peu trop réducteur.

                ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

                Pour finir, j’aurais aimé que quelqu’un réagisse à ceci : comment ne pas voir que l’équation »un homme = une voix« conduit nécessairement à légitimer n’importe quelle majorité, c’est-à-dire n’importe quelle idée susceptible de fédérer ? Une fois que l’on a remarqué cela, comment ne pas en déduire que le seul moyen qu’il reste d’empêcher certaines idées »nauséabondes« de se propager est de limiter la liberté d’expression, c’est-à-dire la publicité (au premier sens du terme) de telles idées ? Là encore, une liberté se couche devant l’égalité (cf. notre équation de départ).

                Exemple : imaginez un philosophe bénéficiant d’un certain crédit demandant publiquement le retour de la peine de mort. Nous savons, vous et moi, qu’une majorité de Français y serait probablement favorable. Comment réagir dans un tel cas pour se conformer au dogme des Droits de l’Homme (anti peine de mort), en s’avouant que les masses sont diminuées intellectuellement et incapables de raisonner sur ce sujet ? Non, grand Dieu ! Plus simplement en taxant ce philosophe de »populiste« (et de philosophe, il n’est plus, ipso facto, que »polémiste qui dérape") et en lui interdisant à l’avenir tout accès aux principaux médias. Empêchons à toute force la contagion ! smiley


              • JL JL 29 août 2012 11:23

                Bonjour à vous également.

                svp, n’allons pas trop vite dans les sentences définitives : une réponse au pied levé sur un sujet si complexe mérite mieux.

                Vous dites que je distinguerais un égalitarisme de gauche, tout à fait bienvenu, et un égalitarisme de droite ravageur. Et ajoutez : "Voilà qui est tout à fait insolite. L’égalitarisme, en soi, est une erreur, de gauche comme de droite".

                Puisque nous sommes d’accord sur la définition de l’égalitarisme (formule dont en effet, je me targue d’être l’inventeur), ne croyez vous pas que l’égalitarisme de gauche est un frein aux excès inégalitaire, au contraire de l’égalitarisme de droite qui en est un accélérateur ?

                A mon tour de vous dire que les deux versants de l’équité ne sont pas symétrique, de même nature, ce que vous semblez ignorer : d’un coté, il y a l’iniquité ; de l’autre, l’humanité, la fraternité. Ce qu’on pourrait appeler la justice sociale ; ou la morale.

                De sorte que, en effet, je persiste et signe : il y a un égalitarisme de gauche, tout à fait bienvenu, et un égalitarisme de droite ravageur.

                Et sur ce sujet, l’histoire, en particulier ces dernières années, ne me contredit pas : mais je ne parle pas de celle qui est écrite par les vainqueurs.

                « Les diatribes de Mitterrand sur les « maîtres de l’argent » étaient plus violentes que les prises de position actuelles de Besancenot ». (François Ruffin)


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 29 août 2012 11:31

                « svp, n’allons pas trop vite dans les sentences définitives : une réponse au pied levé sur un sujet si complexe mérite mieux. »

                Tout à fait, je vous prie de m’excuser et tiens à dire que c’est un plaisir de vous lire.
                N’y voyez qu’une réponse, elle aussi, au pied levé.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 29 août 2012 11:48

                Pour allant plus avant :

                La guerre que se font les socialistes et les libéraux est un jeu de mimes entre l’auguste et le clown-blanc. Ils sont tous fruits du même arbre, celui de l’âge moderne, de la défiance de l’objet politique, de la suprématie de l’économie et du social sur toute autre considération. La différence majeure est que les libéraux, cyniques jusqu’au bout des ongles, l’assument totalement, sans vergogne, tandis que les socialistes, catholiques modernes, ont aujourd’hui quelques remords vis-à-vis de ce qui a été délaissé.
                Les uns et les autres sont tous individualistes, et si les socialistes se soucient à nouveaux frais de la notion de « bien commun », c’est toujours dans une optique de charité chrétienne : soulager la misère des plus démunis. C’est tout à fait louable, mais à cela, la justice, la vraie, reste sourde et répond sèchement : « N’existe-t-il pas des déshérités qui méritent leur sort et des riches qui n’usurpent pas leur richesse ? »


              • JL JL 29 août 2012 12:13

                Excuses acceptées, merci, mais le préjudice n’était pas grave du tout. smiley

                Vous dites : « La guerre que se font les socialistes et les libéraux est un jeu de mimes »

                Hum ... Si vous parlez du PS et de l’UMP, je crois bien que les plus libéraux sont encore au PS : il n’y a pas de parti libéral revendiqué, ils sont partout. Je ne sais plus qui a dit : le libéralisme ne peut avancer que masqué. Ceci explique cela.

                Puisque vous aurez remarqué que j’aime bien les citations, celle-ci que je trouve très pertinent ici :
                « Le libéralisme économique préside tous les imaginaires » (Edouard Glissant« )

                Pour ce qui concerne votre deuxième §, là encore, si vous le permettez, je mettrai un bémol :

                Il ne faut pas pas confondre la lutte contre la « pauvreté » (thème de droite) et la lutte contre les « inégalités » (impératif de gauche). On peut réduire la pauvreté en accroissant les inégalités. C’est même cela l’astuce. En effet, réduire la pauvreté, c’est une nécessité pour les riches, puisque »ventre affamé n’a pas d’oreilles". Et les pauvres, au bout du compte, ça coûte cher ! Et comment réduire la pauvreté sans réduire la richesse ? En sacrifiant les classes moyennes. Celui qui a compris ça a tout compris de la nuance droite vs gauche. Si un gouvernement qui se dit de gauche ne réduit pas les inégalités, alors, il n’est pas de gauche, c’est clair.


              • JL JL 29 août 2012 12:25

                PS : j’ai oublié, mais il va de soi que je vous remercie sincèrement pour le compliment.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 29 août 2012 14:43

                J’ai bien peur que votre vision des choses vous pousse au manichéisme : il y aurait ainsi des politiciens animés de bonnes intentions à gauche, et des prédateurs sans scrupules désireux de se donner pour principe la spoliation éternelle à droite.
                Or, m’est d’avis que les choses sont bien plus complexes que cela, et que la complexité (doublée de l’hypocrisie) est bel et bien le trait dominant de la période contemporaine. Et c’est parce qu’il est difficile aujourd’hui de pointer du doigt de vrais coupables, que la tentation « complotiste » est grande. Il y a des gens animés de bonne volonté à gauche comme à droite, dont les principes diffèrent, je pense, davantage sur la forme que le fond, de sorte qu’il devient urgent de dépasser ce clivage éculé, et de voir, notamment, en quoi gauche et droite modernes sont deux branches issues de la même souche. Je le répète ; un socialiste a aujourd’hui beau jeu de critiquer le matérialisme, l’économisme et autres, car sa filiation politique a grandement contribué à installer ces poisons (à outrance) dans les têtes.
                « Pauvreté » et « richesse » demeurent des points de vue tout à fait relatifs : le pauvre d’hier n’avait ni eau, ni électricité, celui d’aujourd’hui se plaint de ne pouvoir offrir une PS3 à son gamin (j’exagère à peine).

                Je me permets à ce sujet une auto-publicité, car cet article risque de vous intéresser :

                http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-impasse-comme-horizon-121158#commentaires


              • JL JL 29 août 2012 15:30

                Mais non, aucun manichéisme là-dedans ! C’est juste une question de clientèle électorale. Désolé, mais si vous continuez comme ça, les mots n’auront plus de sens.

                Je ne confonds pas les hommes et les principes : j’ai énoncé deux positions, appelez les truc et machin, si ça vous gène de dire droite et gauche, et si vous préférez réserver les termes de gauche et droite à la valetaille politique.

                Nierez vous que Sarkozy, pour ne citer que lui, croit dur comme fer en la théorie du ruissellement ? Vous savez ce que c’est j’imagine ? Pour lui et ses semblables, les inégalités ne sont pas le problème, mais la solution. C’est tellement bon de concilier ainsi le principe de réalité et le principe de plaisir.

                Je le répète : d’un coté de l’équité, il y a l’humanisme, l’égalité comme boussole ; de l’autre, l’égoïsme, l’iniquité, les inégalités.

                Et j’ajouterai une chose : l’égalité est circonscrite : on peut s’en approcher, mais jamais le plus grand nombre ne dira qu’il y a un excès d’égalité. En revanche, de l’inégalité, il faut dire des inégalités, elles sont sans limite. Et le corollaire, c’est n’importe quoi, c’est l’aventure ; c’est jouer à l’apprenti sorcier. Ici encore, je parle sous le contrôle de la réalité observable : Monsanto, Fukushima, le 11 Septembre, etc etc..

                « Précisément, on reconnaît la gauche serpillière, la gauche pleurnicheuse, la gauche qui ne veut pas être de gauche, aux chaudes larmes qu’elle verse sur la souffrance sociale sans jamais vouloir interroger, et encore moins modifier, les structures qui ne cessent de la recréer. On la reconnaît par conséquent aussi à ses instruments : emplois-jeunes, éducation-formation — avec le double aveu implicite que l’éducation est surtout une formation professionnelle et que, si bien sûr on les y aidera, il appartient tout de même aux individus de se rendre « employables » —, fiscalité enfin, soit tout ce qu’il reste de leviers secondaires pour atténuer les effets à l’intérieur du cadre mais sans jamais y toucher. De tous ces palliatifs, cependant, la fiscalité est le plus significatif — quand il n’est pas manié à la baisse à la façon du socialisme Jospin-Strauss Kahn-Fabius... Mais voilà que François Hollande, décidé cette fois à le pousser dans le bon sens, semble avoir empoigné le levier, et la chose est suffisamment étonnante pour être notée (sous les habituelles réserves de la jonction incertaine du geste à la parole...). Que le gauchomètre s’en ressente et donne une mesure fiable, est confirmé par le capteur complémentaire de l’éditorialomètre, machine corrélée mais réglée selon un principe de variation inverse : sans surprise Jean-Francis Pécresse (Les Echos), Dominique Seux (Les Echos, again), Alexandre Phalippou (Huffington Post tendance Anne Sinclair) prophétisent le désastre, ainsi que Yves Calvi (C dans l’air) en charge de brancher l’expertomètre sur l’éditorialomètre (corrélation positive) et qui réunit un superbe plateau [4] à trois (plus lui) contre un pour bramer et faire bramer au désastre économique, avec parmi les bêtes à cornes l’inénarrable Philippe Dessertine, Christian de Saint-Etienne et surtout Elie Cohen, jusqu’à il y a peu conseiller économique de François Hollande mais horrifié des nouvelles velléités de gauche du candidat qu’il croyait sincèrement de droite. On doit toutefois à l’honnêteté de reconnaître que l’éditorialo-expertomètre, machine pourtant ultra-sensible en tout cas dans cette partie là du cadran (depuis vingt ans, très peu de réaction sur bonus, fortunes et inégalités, non plus sur chômage, fin de droits et seuils de pauvreté), n’a pas fait exploser le scope comme elle l’aurait fait il y a cinq ans à peine. Jean-Michel Aphatie, par exemple, a même éprouvé le besoin de démentir avoir pris parti pour les riches et n’avoir fait que de l’ironie à propos des 75% de Hollande. Il est vrai que l’époque commence à sentir fort le goudron et les plumes et pour la classe possédante et pour la valetaille médiatique qui jusqu’ici n’avait de cesse de lui servir la soupe avec force justifications économiques et admonestations à l’endroit du peuple envieux ». Lordon le départ des riches


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 29 août 2012 16:17

                Vous oubliez de citer Tocqueville, qui dit que plus l’égalité des conditions progresse, plus les inégalités résiduelles sont insupportables et laissent présager que c’est l’inverse qui se produit.

                Concernant votre point de vue dichotomique entre une droite égoïste et une gauche humaniste de part et d’autre de l’équité, je ne peux m’y résoudre, désolé. c’est même la raison pour laquelle je lui préfère - comme explicité dans mon texte - la dichotomie entre égalité (principe de gauche qui flirte avec l’égalitarisme) et liberté (principe de droite qui n’exclut pas le droit de se désintéresser des gens qui souffrent) de part et d’autre de l’équité à atteindre.
                On obtient une droite cynique face à une gauche naïve (mais utile...).

                Bien à vous.


              • JL JL 29 août 2012 17:54

                « Concernant votre point de vue dichotomique entre une droite égoïste et une gauche humaniste de part et d’autre de l’équité »

                Non, je ne fais pas un choix dichotomique. Encore une fois vous confondez les principes et les hommes (*).

                C’est pourtant clair et un fait avéré que personne ne peut nier sinon en niant le sens des mots : davantage que l’équité en faveur du plus puissant, c’est inique. davantage que l’équité en faveur du plus faible, c’est humaniste. Je n’y peux rien, même si ça vous défrise, désolé.

                Maintenant laissez moi vous dire que le choix que vous faites n’est pas entre liberté ou égalité, mais entre le bonheur de quelques uns lequel a pour corollaire l’asservissement, voire la ruine des foules d’une part, et la sobriété pour tous au nom du bonheur du plus grand nombre d’autre part. Car entre le fort et le faible, c’est la loi qui protège, et la liberté qui asservit. Y compris au bout du compte, puisque le puissant a toujours besoin de plus de puissance pour préserver ses privilèges. Même un enfant comprendrait cela.

                (*) La gauche et la droite auxquelles vous pensez - le PS et l’UMP - ne sont que les deux bras de la même oligarchie et n’ont rien à voir avec les principes que j’énonce.

                PS. à ce sujet je vous rappelle ce que disait Michel Rocard de la politique de la droite (mais celle du PS ne semble pas meilleure sinon qu’ils y mettent davantage de formes) : L’action du gouvernement, c’est une redistribution à l’envers. Et nous revoilà revenu à la théorie du ruissellement, chère à la droite, et si onéreuse aux contribuables.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 29 août 2012 21:48

                Pour le coup, je vous trouve un peu cavalier...

                En bref, l’équité est un équilibre délicat, c’est un point d’appui unique sur une règle métallique. Que vous déplaciez ce point à gauche ou à droite, la règle tombe, et vous n’êtes plus dans l’équité.
                Qu’est-ce que l’équité ? Le respect de ce qui est dû à chacun. Hors de ceci, vous êtes inique. Si vous ne donnez pas à celui qui mérite, vous êtes inique. Si vous donnez à celui qui ne mérite pas, vous êtes inique. Peu importe le reste du seul point de vue de la juste.
                Vous me dites ensuite qu’un déséquilibre n’a pas la même valeur s’il est en faveur des puissants ou des faibles : je vous répond « soit », mais dans ce cas vous n’êtes plus dans la justice, vous êtes dans la charité (pas dans l’« humanisme » qui, au sens véritable et originel n’a absolument rien à voir avec l’égalité).
                Libre à vous d’œuvrer dans la charité, mais il n’y a plus de justice là-dedans. La justice est une vertu CARDINALE, relevant de l’État. La charité, quant à elle, est une vertu THÉOLOGALE qui relève d’initiatives privées, tout à fait louables au demeurant. Les prêtres sont charitables, les sociologues le sont aussi, mais ce n’est pas le rôle d’un magistrat.
                La charité est tout à fait respectable, sauf lorsqu’elle est imposée aux frais de l’État car, soyez-en certain, aujourd’hui plus que jamais, l’État n’a pas les moyens d’être charitable... même avec l’argent des autres. Ce qui lui est demandé avant tout, c’est d’être juste, i.e. équitable.
                Exemple : l’Aide Médicale d’État est à la fois charitable... et inique.


              • JL JL 30 août 2012 07:48

                Cavalier si vous voulez, mais à cavalier, cavalier et demi.

                Vous confondez la justice et la politique. Et je vous dirai que la charité institutionnalisée, cela s’appelle une politique sociale.

                Par ailleurs, l’équité n’est pas rigoureuse comme vous persistez à le dire, mais subjective. Et c’est là que l’égalité fait sens : où est la justice, entre l’égalité et l’équité ? Si l’égalité favorise le faible, en quoi serait-il inique de la préférer à l’équité, laquelle est souvent dite par le puissant ?

                Si l’égalité favorise le riche, pourquoi faudrait-il la préférer à l’égalité ?

                Vous me traitiez de manichéen ? Non, c’est vous qui êtes psychorigide, et même idéologue : un idéologue de l’équité.

                Il y a 20 ou 30 ans, Alain Minc voulait remplacer dans notre devise, le mot égalité par celui d’équité. Internet n’existait pas, et nous avions échangé sur ce sujet par courrier. Je ne sais pas si j’y ai été pour quelque chose, toujours est-il qu’il n’en a plus reparlé. Il faut dire qu’à cette époque, le libéralisme n’avait pas encore ravagé tous les cerveaux. Mais nous savons que la bêtise insiste toujours, hélas.


              • JL JL 30 août 2012 08:01

                L’attrape couillon appelé espoir : « La conviction morale nous fiche la trouille. L’espoir est sans effort » … « Pourtant, malgré notre condition misérable en tant que citoyens, en tant qu’individu chacun d’entre nous reconnaît ce qui est juste et bien. En fait, quand il s’agit de son moi privé, intérieur, il est plus difficile d’éviter l’équité que de justifier l’iniquité, bien que nous y arrivions. Indépendamment de notre déformation par l’implacabilité du capitalisme, et la médiocrité matérialiste qui l’accompagne, nous savons qu’il y a une chose telle que l’équilibre, une chose telle que la justice, et l’équité pour tous, quel que soit notre refus de le reconnaître. Ceci grâce aux balances éternelles en nous tous. Et le pivot de ces balances, sinon l’action, cette préférence intérieure muette, toujours présente, en faveur du juste équilibre, est, je crois, l’esprit ».

                ...
                La plupart des Américains, indépendamment de leurs inclinations politiques ou de leur religion, ne reconnaîtraient pas le bien commun s’il les mordait au cul. Nous n’avons aucun concept authentique du bien commun. Vraiment pas. Tocqueville l’a observé il y a cent soixante-dix ans. Il disait qu’en Amérique, aucun homme ne doit quoi que ce soit à un autre homme. Ni un autre homme ne lui est redevable. Qu’est-ce que cela peut laisser de mouvement vers l’intérêt commun nécessitant les efforts coopératifs de plus d’un homme ? Nous connaissons tous la réponse : le gouvern’ment9. Ce qui laisse le bien commun aux politicards graisseux, aux requins de la banque et de l’hypothèque, et à un cartel privé d’escrocs en coulisses appelé la Fed "

                (Joe Bargeant)

                Que peut penser de l’équité, un individu qui n’a aucun sens du bien commun, ou qui s’en fiche, à votre avis ?

                Voici en substance ce que je disais à Minc, et qui n’a pas varié : Inégalité en langage néolibéral se dit équité. Les inégalités sont plus ou moins injustes, et pour ceux qui voient le verre à moitié plein, plus ou moins justes. Cet équilibre entre juste et injuste, à savoir, le plus juste possible ou le moins injuste possible, n’est pas une donnée en soi. Il n’y a que deux manière de dire si un partage est juste : le consensus ou le choix du plus fort. Le consensus s’exprime de deux manières possibles : par la démocratie ou par le marché. Il se trouve que la démocratie est corruptible, et que le marché s’apparente à la loi du plus fort. Remplacer dans notre devise nationale le mot Liberté par celui d’équité n’a d’autres buts que d’instaurer une inégalité de droits, autrement dit, tuer la République et revenir à l’Ancien régime si ce n’est au Moyen âge. Mais l’histoire est un éternel recommencement.


              • JL JL 30 août 2012 08:09

                Eric Guéguen,

                j’ai coutume de dire que le libéralisme ne peut s’imposer que par la ruse : votre article n’est qu’une ruse libérale, que vous en soyez conscient ou non. J’en veux pour preuve cette phrase, je vous cite : "La charité est tout à fait respectable, sauf lorsqu’elle est imposée aux frais de l’État car, soyez-en certain, aujourd’hui plus que jamais, l’État n’a pas les moyens d’être charitable... même avec l’argent des autres.« 

                Juste une question, à ce sujet : que veut dire cette phrase : »même avec l’argent des autres«  ?

                L’Etat pourrait-il faire avec un autre argent que celui des »autres«  ? Et d’abord, quels »autres" ? Vous sombrez ans la confusion verbeuse, désolé.


              • JL JL 30 août 2012 10:06

                Dans mon post de 8H01, il faut lire « remplacer dans notre devise nationale, le mot égalité par le mot équité n’a d’autres but ... » et non pas « liberté par ... »

                Et dans celui de 7H48, il fallait dire : « Si l’égalité favorise le riche, pourquoi faudrait-il la préférer à l’équité ? »

                Par exemple : la flat-tax, ce que j’appelle l’égalitarisme libéral, celui qui nous conduit à brader nos services publics, au nom de la concurrence libre et non faussée. L’égalitarisme libéral, c’est la négation non seulement de l’équité, mais à terme, de toutes nos valeurs nos us et nos coutumes.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 août 2012 10:09

                Voir en moi un néolibéral n’est pas piqué des hannetons. Pour tout vous dire, je suis taxé de crypto-marxiste par des libéraux lorsque je leur parle de « bien commun ». De grâce, les uns et les autres, accordez vos violons. Je pense surtout que bon nombre de gens, toutes tendances confondues, se plaisent à faire rentrer des gens dans des cases, ce qui est plus commode pour tirer dessus à boulets rouges. Quelqu’un de « fluctuant » est pour vous, semble-t-il, forcément un ennemi qui avance masqué. Or, non, je cherche le vrai partout où il peut se trouver, tout simplement. Jamais il ne vous viendrait à l’esprit que l’objectivité est à ce prix, jamais ?

                - Je suis pour la limitation des salaires et j’entends à ma droite : « coco » !
                - Je suis contre l’idée d’une égalité naturelle entre les êtres et j’entends à ma gauche : « facho » !
                - Je suis favorable à une instruction publique forte et digne de ce nom face à la mainmise des établissements privés, et de nouveau à droite : « marxiste » !
                - Je suis opposé à l’AME et voici qu’à gauche, on braille : « néo-cons ! »
                - Je suis contre une loi sur la burqa et j’entends à droite : « islamiste » !
                - Je prône un retour aux frontières et l’exaltation du sentiment national, mais à gauche, on me répond : « vichyste » !
                - etc.

                Bref, ce genre de décryptage est stérile.
                Vous n’êtes en rien d’accord avec ce que je dis, soit, et a priori, c’est le cas de la majorité des gens qui passent par là. Seulement j’attends encore que soit infirmée la thèse principale de ce papier, que je vous remémore :

                Comment ne pas voir que l’équation « un homme = une voix » conduit nécessairement à légitimer n’importe quelle majorité, c’est-à-dire n’importe quelle idée susceptible de fédérer ? Une fois que l’on a remarqué cela, comment ne pas en déduire que le seul moyen qu’il reste d’empêcher certaines idées « nauséabondes » de se propager est de limiter la liberté d’expression, c’est-à-dire la publicité (au premier sens du terme) de telles idées ? Là encore, une liberté se couche devant l’égalité (cf. notre équation de départ).

                Pour finir, je comprends mieux le préjugé gauchiste dont vous faites preuve : vous assimilez la justice à l’égalité. L’idée qu’il puisse y avoir des très riches et des très pauvres vous insupporte, ce que je comprends parfaitement. Mais vous en venez presque à dire que l’existence de gens riches et de gens pauvres est une injustice. Non ! Certains travaillent dur pour être riche, d’autres se tournent les pouces (il y en a, j’en connais) et ne méritent rien. C’est du bon sens et il n’y a rien de « néolibéral » là-dedans. Ce qu’il faut éviter, c’est que pouvoir et richesse aillent nécessairement de pair, et donc redonner à la hiérarchie sociale son véritable sens (ce qui doit se doubler d’une mobilité au sein de cette hiérarchie, bien entendu). Jusqu’à présent, par défiance de la verticalité politique, on a tablé sur l’horizontalité économique. Nous voyons tous le résultat : l’émergence de nouvelles hiérarchies, iniques celles-là car fondées avant tout sur la richesse.

                Enfin, vous dites que j’assimile la justice à la politique, parfaitement. Enfin presque... La politique consiste à maintenir un savant équilibre au sein de la cité, en particulier rendre à chacun ce qui lui revient. C’est la raison pour laquelle tout, strictement tout, dans la vie des hommes repose sur la politique. La justice, de son côté, est la vertu des vertus, celle qui maintient le lien entre les individus et l’idée de bien commun, d’où le fait qu’une bonne part de l’activité politique consiste à favoriser le bon exercice de la justice.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 août 2012 10:13

                « Et dans celui de 7H48, il fallait dire : »Si l’égalité favorise le riche, pourquoi faudrait-il la préférer à l’équité ?« 

                => C’est qu’à mon sens, on se contrefout de »favoriser le riche«  ! On favorise celui qui mérite d’être favorisé, que celui-ci soit riche ou pauvre. Certains riches méritent d’être riches, certains pauvres méritent d’être pauvres. Certains riches ne méritent pas d’être riches, certains pauvres ne méritent pas d’être pauvres. Il appartient à l’équité de »faire le ménage" dans tout ça.


              • JL JL 30 août 2012 10:27

                Vous êtes pour la limitation des salaires ?

                Mais vous-êtes vous posé la question de savoir si c’est équitable, et au nom de quoi, et à quelles limites ?

                Et le reste à l’avenant.

                Bien évidemment que je n’assimile pas la justice à l’égalité : vous en parlez comme si vous n’aviez rien compris à mon argumentation.

                Vous devez savoir comme moi que la compréhension est une adéquation à nos intentions.

                Quand j’écris : "Cet équilibre (l’équité) entre juste et injuste (puisque par définition ici, ce n’est pas l’égalité !) , à savoir, le plus juste possible ou le moins injuste possible, n’est pas une donnée en soi. Il n’y a que deux manière de dire si un partage est juste : le consensus ou le choix du plus fort.« 

                il est clair que je heurte votre idée de l’équité laquelle serait selon vous, intrinsèque à la chose, »énonçable" par des esprits éclairés (les juges)  ! C’est cette idée que je dénonce comme psychorigide et qui vous empêche de comprendre où vous faites erreur. En l’occurrence, le juge est, dans un tribunal, dans la position du plus fort !


              • JL JL 30 août 2012 10:36

                Lisez donc cet article, je cite la première phrase : "Le capital est malade de trop d’argent. Le vol d’une partie de la force de travail s’est tellement accumulé dans le capital, au cours du temps, que la production mondiale de marchandises, plus les services qui s’y attachent, ne représentent plus que 3 % des richesses du monde."

                et démontrez moi que ce n’est pas l’égalitarisme libéral (ou de droite, c’est le même - celui que je dénonce comme accélérateur des inégalités), qui nous a mené là !

                Mieux, démontrez moi que ce serait l’égalitarisme de gauche - celui que je définis comme un garde fou contre les excès d’inégalités - qui serait responsable de cette situation ubuesque.

                Bon courage !


              • JL JL 30 août 2012 10:39

                Arrêtez de vous contredire svp, en prétendant que je confondrais justice et égalité, équité et égalité, puisque vous avez de vous même rendu hommage à la définition de l’équité que je vous ai donnée. Je n’ai jamais remis en cause l’équivalence entre justice et équité. Mais la justice n’est pas la politique, ce que vous perdez constamment de vue.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 août 2012 10:47

                Je ne peux me résoudre à penser qu’il y ait le moindre être humain sur terre qui puisse « valoir » 200000 euros par mois. C’est obscène.

                La justice dont je parle ne se règle pas dans un tribunal, elle n’est même pas positive, instituée : je ne vous parle pas du légal, mais du légitime, ce que bafoue, et les libéraux, et les socialistes qui pourtant sont tous les enfants de Locke et de son Droit Naturel (qui a tant fait pour sacraliser la propriété privée).
                Pour expliciter le sens que je donne à la justice, je m’appuierai sur un exemple fourni par Droit naturel et histoire :

                Considérons donc deux enfants. L’un est petit et dispose d’un grand manteau. L’autre est grand et ne possède qu’un petit manteau. Face à cela et hors de toute convention, la réaction de tout individu normalement constitué est de dire « ce n’est pas normal », ou plutôt « ce n’est pas juste ». Dans l’absolu seulement. Car à bien y regarder, peut-être le petit enfant a-t-il travaillé dur pour s’offrir son bien. Pour sa part, il est possible que le grand enfant n’ait compté que sur la charité dans l’acquisition du sien. Enfin, n’oublions pas l’impérieux sentiment de propriété qui, lui aussi, est légal. Quelle pente le droit naturel nous amènerait-il à suivre vis-à-vis des acquêts de ces deux enfants ? Celle qui consiste à distribuer les manteaux en fonction de la taille respective des enfants. Tout autre droit, positif, nous entraînera à faire d’autres choix. Le libéral, intransigeant sur le respect des libertés, ne changera rien à l’ordre des choses sans autre forme de procès, arguant de la primauté du droit de propriété sur toute autre considération. Le socialiste, quant à lui, soucieux d’établir en tout l’égalité parfaite sans la moindre discrimination, plutôt que de demander au petit enfant de renoncer à son grand manteau, offrira le même vêtement au grand enfant aux frais du contribuable.

                ... Cette sorte de justice est bien sûr un absolu, une asymptote vers laquelle doit tendre la justice instituée, sans jamais pouvoir l’atteindre (sauf, dans notre cas, à sacrifier le droit de propriété que vous et moi aurions bien du mal à remettre en cause).

                PS : Merci de ne pas sous-entendre dans chacun de vos mails que je ne comprends décidément rien à ce que vous dites, c’est assez insultant.


              • JL JL 30 août 2012 11:31

                Je regrette mais, quand vous dites que je confonds justice et égalité, je me pose des questions.

                En revanche je crois pouvoir dire à juste titre que vous confondez justice et politique, gouvernance (pour user d’un mot à la mode libérale) et équité. Selon moi, l’équité au gouvernement , c’est déjà une faute. Tout parent vous le dira, je le dis puisque vous avez pris cet exemple farfelu et artificiel (un peu légèrement, puisque comparaison n’est pas raison) des enfants : il faut en faire un peu plus pour les p^lus faibles. Les gouvernements de droite sont comme ces parents qui privilégient leurs enfants les plus beaux et les p^lus forts : cet atavisme vient sans doute du passé, quand le groupe devait affronter des ennemis redoutables. La démocratie est le luxe des nations, et la nation est le seul bien des pauvres.

                Vous avez écrit : "Le socialiste, quant à lui, soucieux d’établir en tout l’égalité parfaite sans la moindre discrimination, plutôt que de demander au petit enfant de renoncer à son grand manteau, offrira le même vêtement au grand enfant aux frais du contribuable."

                Je crois qu’à partir de là, de cette vision simpliste et biaisée que vous avez de la politique, nous pouvons convenir d’en rester là.

                Bien à vous.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 août 2012 11:43

                J’établis mon point de vue, voilà mon but. Le vôtre, semble-t-il, est d’établir que je cherche à tromper mon monde, que je ne saisis rien, que je mélange tout, etc. À chacun de juger.

                Quant à votre référence absconse sur l’enfance, il ne s’agit pas de favoriser tel ou tel enfant, mais de permettre à chaque capacité de s’exprimer pleinement, ce qui implique inévitablement de dire que les capacités sont diverses, donc, relativement à un sujet particulier, inégales.

                Sur ce, au revoir et bonne journée.


              • JL JL 30 août 2012 11:55

                Je ne peux pas vous laisser dire que ma référence à l’enfance est absconse (c’est pourtant facile à comprendre) alors que c’est vous-même qui avez initié cette référence à l’enfance, et surtout parce que, de toute évidence, vous ne réfléchissez pas : je ne crois pas que c’est en favorisant les plus doués (au moins autant que les plus fragiles) qu’on leur permet de réussir, bien au contraire : on leur permet seulement d’abuser, et l’abus n’est jamais une réussite.

                Je pense que vous n’avez jamais eu d’enfant, peut-être même êtes vous très jeune.

                Amabilité pour amabilité, puisque vous semblez dire que mon but est malhonnête, laissez moi à mon tour vous dire que si vous êtes droit dans vos bottes, ce sont des bottes très connues : celles que portent tous les idiots utile.

                Non, ne pleurez pas, je ne vous traite pas d’idiot : idiot utile n’est pas une insulte, c’est un diagnostic.

                Au plaisir de vous rencontrer sur un sujet moins clivant.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 août 2012 12:12

                Je n’ai jamais parlé de « favoriser tel ou tel », mais de permettre à chacun de tirer profit de ce qu’il a en lui. Mettez deux coureurs sur une ligne de départ, avec le même matériel, le même entraînement, et « pan ! », le coup de feu. À l’arrivée, l’un sera peut-être bien devant l’autre. Alors qu’y faire ? Donner un vélo au plus « faible » ? Imposer des poids aux chevilles du plus « fort » ?

                Sur le reste de votre message, je ne relèverai pas, c’est sans intérêt.
                Restons-en là une bonne fois pour toutes, merci.


              • JL JL 30 août 2012 12:22

                Restons en là en effet, sur cette réponse pitoyable et ridicule et qui ne se justifierait que pour résumer la position d’un opposant qui ne comprend rien à rien.


              • micnet 29 août 2012 22:42
                Bonjour et tout d’abord merci pour la qualité de votre article (même si jugé par certains comme ’trop long’ smiley)

                Je me permets quelques questions :

                1 - Lorsque vous dites :

                 «  La politique n’est plus la fin de tout homme pour ainsi dire inscrite dans ses gènes »

                ---> Donc pour vous, la politique serait (ou devrait être) la finalité de l’ homme ? Pourriez-vous l’expliciter ? Sinon question subsidiaire et pardon d’être un peu basique dans ma formulation mais j’ai envie de vous demander tout simplement quel est le sens de la vie pour vous ?

                2 - Par rapport à la liberté d’expression, vous dites entre autres :

                «   Le moindre écart de langage, la moindre entorse au règlement ne seront pas seulement analysés sur un plan logique, mais également moral : fondée ou non, la médisance est un crime, elle nuit à la confraternité du monde. »

                ---> Ne pensez-vous pas que le ’moralisme’ tue, non seulement la liberté d’expression mais s’oppose également à la ’morale’ ?

                Cordialement,

                PS : question subsidiaire qui n’a rien à voir avec l’article : participez-vous toujours aux commentaires sur le site ’enquête et débats’ smiley

                • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 août 2012 00:25

                  Bonsoir « micnet » et merci de m’avoir lu.

                  Je ne sais pas qui vous êtes, nouveau ici vraisemblablement, du moins sous ce pseudonyme, et habitué d’Enquête&Débats. Pour répondre à votre dernière question : Non, je ne participe plus à E&D, ni de près, ni de loin, car je suis banni du site.
                  J’aurais à ce sujet beaucoup de choses à dire du personnage de Jean Robin, mais ce n’est pas le lieu. De plus, non seulement j’aurais l’air aigri, ce qui n’est pas le cas, mais en plus ce serait accorder une attention supplémentaire à quelqu’un prêt à tout pour que l’on parle de lui.

                  Voici maintenant les réponses à vos questions :

                  1. Lorsque je dis que la politique est une fin en soi dans la vie de chaque être humain, je m’appuie tout simplement sur le point de vue aristotélicien qui, lui-même, reflétait l’esprit grec antique. La politique était alors la science architectonique par excellence, celle permettant toutes les autres, et la démocratie, régime de la liberté et non pas de l’égalité, était un moyen parmi d’autres d’y parvenir.
                  Vous me demandez quel est le sens de la vie ? À chacun de le déceler, serais-je tenté de répondre. Mais à mes yeux, quel que puisse être le sens d’une vie, celle-ci s’inscrit irrémédiablement dans une « cité » (une nation à notre époque) ; je veux dire par là que nous sommes toutes et tous « condamnés » à vivre ensemble, déterminés à subir le regard de l’autre et à communiquer avec lui. Nous retombons alors sur Aristote et son célèbre « animal politique », auquel font front aussi bien la vision du marché éternel que la théorie du contrat social. L’une et l’autre laissent accroire à chacun que la communauté des hommes dépend de notre bon vouloir et qu’il nous appartient de rompre nos « liens » à tout moment, ce que la seule anthropologie parvient aisément à réfuter. Mais ces mythes ont décidément la vie dure...

                  Je vous conseille un livre superbe à ce sujet, sorti il y a quelques mois :
                  Fin de la philosophie politique ? - Hannah Arendt contre Leo Strauss, de Carole Widmaier.

                  2. Concernant la morale, je suis justement en train d’écrire un chapitre à ce sujet. Pour faire court, je dirais que la morale est au nombre ce que l’éthique est à l’individu. L’« individu » antique (formulation assez impropre il est vrai) était bien différent de l’atome isolé que nous nous plaisons toutes et tous à être aujourd’hui. Mais il avait, imprégné en lui, une notion impérieuse du « bien commun ». Ce bien s’est perdu au fil du temps, avec l’idée même de politique (pour en revenir au point précédent) comme des articles d’un autre âge, trop hiérarchiques, trop verticaux, trop discriminants. Mais en expulsant toute hiérarchie, en nivelant les aspirations et en faisant des hommes des êtres interchangeables, le marché a peu à peu creusé son trou pour dominer sans partage les moindres de nos décisions et engendrer de nouvelles hiérarchies, iniques celles-ci car fondées sur la seule richesse. De nos jours, en définitive, le bien commun s’est mué en un succédané utilitariste, en la maximisation du contentement général que reflète parfaitement ce grotesque « indice de moral des ménages ».
                  Et pour en revenir à l’éthique et à la morale, je dirais ceci : une morale est indispensable à une société fondée en nombre (comme la nôtre), non en raison. L’éthique individuelle est un bien trop onéreux pour une telle société, qui doit donc se rabattre sur la morale de masse, comme n’importe quelle religion soucieuse d’ordre. Le moralisme est une dégénérescence de la morale, qui, il faut bien le dire, lui prête le flanc constamment.
                  Nous sommes donc individualistes dans le mauvais sens du terme. Les Anciens partaient d’une molécule (la cité) et toléraient quelques atomes isolés, mais suffisamment responsables pour faire profiter la cité du fruit de leurs spéculations. Nous autres, Modernes, commençons atomes pour nous réfugier par gros temps dans le giron consolant de la molécule (État-nation) avant de nous en extraire à nouveau dès que nous avons eu notre content. C’est ce que j’appelle un libéralisme inversé.

                  Sur ce, bonne nuit, et au plaisir de vous lire.


                • micnet 30 août 2012 13:50

                  Bonjour et merci d’avoir pris le temps de me faire une réponse argumentée. (le problème c’est qu’en voulant vous répondre à mon tour en cliquant sur ’réagir à ce message’, votre réponse à mon premier message n’apparaît pas à l’écran. Tant pis, je fais au mieux...)


                  Au préalable, je vous présente mes excuses, je ne savais pas que vous étiez ’banni’ du site d’ E&D. Pour tout vous dire, je n’y poste que depuis une petite semaine, mais j’ai lu quelques messages de vous et j’ai vu votre débat sur la ’peine de mort’. J’ai trouvé l’ensemble ainsi que votre approche sur la critique du monde moderne très intéressante.

                  Mais vous avez raison ce n’est pas le lieu, revenons donc au sujet.

                  Donc si je résume votre pensée (en espérant ne pas la déformer), vous placez le sens de la vie en général et le rôle de l’homme en particulier au sein d’une entité plus vaste qui s’appelle la communauté ou plutôt la ’cité’ (pour parler de l’organisation aristotélicienne). Entité qui aurait été vidée de sa substance par la modernité ou l’individualisme de notre époque ce qui conduirait l’homme, d’une certaine manière à être ’esclave de lui-même’ puisque déconnecté des intérêts de ladite communauté et donc déconnecté aussi de ses semblables.
                  Ce en quoi je partage votre avis. Mais selon moi, il me semble que votre raisonnement est juste mais incomplet. Je m’explique. Vous abordez la problématique d’un point de vue seulement ’horizontal’ mais il y a aussi l’aspect ’vertical’ de l’homme que j’appellerais le besoin de ’transcendance’. Personnellement, je pense que tout homme recherche pour son épanouissement personnel et souvent de manière inconsciente, l’infini. Donc j’estime qu’il ne peut pas seulement se réaliser au sein d’une communauté mais qu’il a besoin aussi de « s’élever ». Cette notion de ’transcendance’ (appelez-là ’spiritualité’ si vous voulez ou ’foi’) est à mes yeux aussi importante à prendre en compte pour la recherche de liberté (même pour un non-croyant).
                  Pour revenir sur le parallèle que vous faites avec ’l’atome’ puis la molécule, on peut aussi continuer à remonter la structure aux cellules, aux tissus puis au corps humain. Chaque élément ayant effectivement besoin de s’organiser en agrégat pour pouvoir constituer l’élément qui lui est supérieur. Mais tout ceci n’explique pas le ’pourquoi’ de cette organisation. Quelle est don l’énergie qui sous-tend à cette organisation sans laquelle celle-ci ne pourrait avoir lieu ?
                  Puisque vous avez la gentillesse de me proposer un livre, je vais à mon tour faire de même en vous proposant un autre livre : « ce que je crois » de Jacques Ellul ed Grasset. L’auteur, professeur d’histoire, philosophe et théologien aborde la question du sens de l’histoire dans cette perspective. (Par ailleurs, il a eu toute une thèse cirtique liée à l’influence de la ’technique’ et de ses impacts sur la société moderne)

                  En vous remerciant

                • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 août 2012 14:39

                  C’est toujours un vrai bonheur d’avoir affaire à quelqu’un qui comprend parfaitement ce qui est dit :
                  « Donc si je résume... semblables. » => je ne changerai pas une virgule à ce que vous avez écrit dans votre premier paragraphe. Merci pour ce récapitulatif.

                  Concernant la transcendance, vous avez parfaitement raison. S’il se trouve que je n’accorde pas la primauté au fait religieux dans mon ouvrage, c’est parce qu’il est difficile en la matière de parler d’une transcendance absolue. Ce qui n’est pas le cas, par exemple, du sentiment de justice et de bien commun que j’essayais de retranscrire dans mon échange avec JL. Sans transcendance, nous serions toutes et tous des sophistes petit-bourgeois. En revanche, vous avez parfaitement raison de souligner le rôle d’une transcendance individuelle, hors de tout besoin d’absolu (comprenez ici d’« universalité ») : je dis souvent que je préfère un jeune Français musulman qui prie cinq fois par jour et qui lit le Coran dans le métro à son voisin esclave des marques et du rap à tue-tête. Une vie spirituelle me semble tout ce qu’il y a de plus sain, à condition qu’elle ne cherche pas à s’imposer. Nous sommes là néanmoins dans ce que je notais comme étant une collection d’affects puisque le principe de laïcité interdit à ce genre de transcendance de viser à l’absoluité (sauf en matière de Droits de l’Homme, véritable autothéisme).
                  Vous touchez davantage du doigt une transcendance universellement partagée lorsque vous spéculez au sujet de la molécule, ce qui nous plongerait sur l’authenticité ou non du Droit naturel. Ce qui désarçonne, c’est que si un tel droit existe, il est à la fois universel, donc impérieux, et descriptif, non prescriptif, donc... impuissant.

                  PS : Merci pour vos conseils de lecture.


                • micnet 30 août 2012 18:13

                  Bon et bien manifestement nous sommes presque d’accord sur tout smiley


                  Je reviens juste sur certains points : vous avez entièrement raison de me faire préciser que la transcendance dont je parle est en réalité une transcendance ’individuelle’. D’ailleurs, j’aurais dû être plus explicite dans mon exemple sur les atomes et les cellules car dans mon esprit il s’agissait aussi d’illustrer ce que j’appelle la transcendance individuelle (et non collective). Je vais donc essayer de développer.
                  Si on prend le cas d’une cellule prise individuellement au sein du corps humain et qu’on isole cette cellule de ce corps, celle-ci est vouée à disparaître. Cette cellule, pour qu’elle puisse se développer et se reproduire a besoin d’une part d’échanges inter-actifs avec les cellules voisines (cela illustre votre thèse sur l’homme au sein de la communauté) et d’autre part de garantir au corps humain, soit l’entité qui lui est supérieure, une pérennité et une bonne santé sans laquelle celle-ci est vouée à disparaître (ce qui illustre l’aspect de transcendance individuelle). Ainsi, la cellule n’agit pas directement pour elle-même mais pour quelque chose de plus vaste, qui la contient et qui la dépasse et c’est ce qui, paradoxalement , la fait se réaliser pleinement. J’espère, avec cet exemple avoir pu clarifier ma pensée.

                  Autrement, c’est un détail mais je voulais juste réagir sur votre exemple du jeune qui fait sa prière 5 fois par jour et lit le Coran ’dans le métro’. Personnellement, je préfèrerais que ce jeune lise le Coran (ou la Bible ou la Torah, ou autre...) chez lui ou dans un lieu de culte car dans ce cas, précisément on ne se trouve plus tout à fait dans une transcendance individuelle mais on commence (tout doucement) à mettre un pied dans le collectif.
                  Mais là, j’ avoue que je ’chipote’ un peu smiley

                  Bien à vous

                • Éric Guéguen Éric Guéguen 31 août 2012 17:22

                  Fort intéressant.

                  Je dois m’absenter quelque temps mais dès mon retour, je n’oublierai pas que je vous dois une réponse détaillée. Mille excuses.

                  Cordialement, et à très vite.
                  EG.


                • Éric Guéguen Éric Guéguen 13 septembre 2012 12:54

                  Bonjour.
                  Je prends enfin le temps de vous répondre.
                  Et pour user d’une autre image, je dirais que les citoyens sont à la cité ce que les branches sont à l’arbre, c’est-à-dire :

                  1. Si le tronc ne permet pas la multiplicité et l’épanouissement maximum de chaque branche, il y va de sa survie ;
                  2. Mais les branches ne peuvent omettre que si le tronc n’est pour elles qu’une simple vue de l’esprit, elles perdent toute raison d’être.

                  3. En outre, pour filer la métaphore, les racines, dans notre exemple, constitueraient quant à elles les ancêtres poliades, transmetteurs de tradition.

                  Nous sommes passés de temps où l’arbre façonnait les branches au mieux à l’image étroite des racines, dans tous les cas selon des schémas contraignants, à une époque de désolidarisation totale, de démembrement de l’arbre et même d’un négation de son existence. Les branches semblent donc tenir en l’air et s’accroître par la seule action du Saint Esprit, et lorsque celles-ci se revendiquent de certaines racines ou d’un tronc commun pour en tirer un avantage individuel, c’est encore plus ubuesque.


                  PS : Au sujet de la laïcité, je suis d’accord avec vous, moyennant un bémol. Je ne suis pas opposé au fait de voir un musulman lire le Coran dans le métro car je m’oppose à la logique du nombre, celle qui consiste à ne donner du poids qu’à ce qui a l’heur de fédérer (principe de démocratie « cardinale », comme je l’appelle). J’entends par là que ce qui défrise les laïcistes les plus virulents en général, c’est le prosélytisme, c’est-à-dire la possibilité qui est laissée à notre musulman de « faire nombre ». Pour ma part, habitué à réagir en individu dans ces cas-là (et il y aurait tout un débat à lancer sur la notion moderne d’individu, totalement bouleversée), je vois là un épiphénomène qui ne choquerait personne si chacun prenait l’habitude de réagir en individu responsable, soigneux et soucieux de vérité. Le prosélytisme n’a pas prise sur ces gens-là... dans un État laïc bien entendu.

                  À vous lire.


                • Éric Guéguen Éric Guéguen 14 septembre 2012 12:17

                  Je vous invite par ailleurs à écouter l’émission Répliques du 1er septembre dernier, très intéressante :

                  http://www.franceculture.fr/emission-repliques-penser-a-droite-2012-09-01


                • micnet 15 septembre 2012 19:57

                  Bonjour à vous,


                  Je viens à l’instant de voir votre réponse et vous en remercie !

                  Pour en revenir à votre métaphore de l’arbre et de ses branches, ma foi, je trouve que c’est une très belle image qui illustre peut-être encore mieux que les cellules du corps humain la relation citoyen/cité. Par ailleurs, j’adhère totalement au 3è facteur que constituent les racines représentant l’importance de la ’tradition’ à transmettre.
                  Mais pour en revenir à mon idée de transcendance, j’ajouterais un 4è facteur fondamental qui est le soleil. En effet, toute plante, comme toute feuille des branches a besoin de la lumière du soleil pour permettre à son arbre de croître. On appelle cela la ’photosynthèse’ ce qui, je crois, permet aussi de comprendre la métaphore liée au besoin d’une source extérieure à l’arbre et donc ’extérieure’ à la Cité. Peut-être même aussi est-ce ce manque de soleil qui, comme vous le dites, fait oublier (si je puis dire) aux branches qu’elles n’ont pas un rôle uniquement pour elles-mêmes mais également pour l’arbre dans sa plénitude. 
                  En d’autres termes, ce manque de transcendance explique peut-être aussi cet individualisme et cette indifférence envers notre chère Cité que vous dénoncez à juste raison.

                  Autrement, je reviens quelques instants à l’aspect lié au ’prosélytisme’ que vous soulevez. J’avoue en effet être plutôt de sensibilité ’assimilationniste’ par rapport à cette question. Et cela rejoint d’ailleurs notre débat par rapport à la Cité. J’estime qu’un autre aspect important, lorsqu’on vit en collectivité, est la notion de ’discrétion’. C’est pour moi une grande marque de respect vis-à-vis des autres ’citoyens’ que de ne pas mettre en avant ses ’spécificités’ qui relèvent justement plus, selon moi, d’un comportement individualiste (ou communautariste).
                  Ainsi pour en revenir à votre arbre, si certaines branches, voisines entre elles décident d’emprunter une voie différente de celle qui a été initiée par les racines de l’arbre, pensez-vous qu’elles donneront de bons fruits ? ;-o)

                • micnet 15 septembre 2012 20:00

                  Par ailleurs, merci également pour votre lien que je ne manquerai pas de regarder avec intérêt.


                • Éric Guéguen Éric Guéguen 16 septembre 2012 00:07

                  Le soleil ? Excellent apport de votre part, c’est tout à fait ça. Nous sommes en phase.

                  Je souscris également à votre remarque au sujet du prosélytisme. Je voulais simplement souligner le fait qu’à mes yeux, ce n’est pas à la loi d’imposer cette discrétion. On la possède ou on ne la possède pas. On est un digne citoyen ou on est un rustre.
                  Nous sommes condamnés à voir certaines branches donner des fruits pourris, aigres, sans saveurs. Il n’appartient pas à la cité d’empêcher leur développement. En revanche, considérer, sous couvert des Droits de l’Homme, que la pourriture n’est qu’une affaire de goût et qu’un fruit pourri est aussi souverain qu’un fruit sain, c’est sacrifier d’autant le bien commun, donc la pérennité de la cité.

                  Bonne nuit à vous.
                  EG


                • micnet 16 septembre 2012 11:24

                  Pour ce qui est de la question du prosélytisme et de la Cité, faut-il faire des lois ou pas ? Vaste question qui mériterait tout un débat. (Que je serais prêt à avoir avec vous mais j’imagine que c’est hors sujet eu égard à cet article )

                  Quant à la notion de ’discrétion’, elle me paraît primordiale. Doit-on l’ imposer ou, encore plus important, peut-on l’ imposer ? Là encore on pourrait en discuter longuement.

                  Encore merci à vous et au plaisir de lire un autre de vos articles !

                • Adrien Adrien 30 août 2012 11:00

                  Bonjour l’auteur, dommage que ton article soit si long et que je n’ai pas le temps d’y réfléchir car il a l’air très stimulant ! smiley 

                  j’ai l’impression d’être d’accord avec toi, tu m’as convaincu que l’équité n’est pas forcément une valeur de droite, par rapport à l’égalité, valeur de gauche............ enfin oui, mais ce n’est pas si simple, car la droite se sert du mot « équité » pour faire passer en douce la légitimité des faveurs aux privilégiés sous l’excuse du « mérite », de la liberté ou de l’ordre (naturel !) des choses......... donc, elle détourne souvent le mot. 

                  je critique donc habituellement le mot « équité » davantage pour le sens qu’on veut y fourguer à tort que par son sens profond.

                  D’un autre côté, je critique aussi le largage idéologique du concept de « liberté » par la gauche qui l’assimile à la droite, alors qu’elle est consubstantielle à la gauche républicaine........... !

                  Il y a donc un savant dosage à trouver entre liberté et égalité, au service dis-tu de l’équité, j’aurais dit : de la justice sociale. J’utilise personnellement le concept de « fraternité » (solidarité) qui est la notion « fonctionnelle », qui permet justement de faire le dosage entre liberté et égalité, notion indispensable, donc : sans elle, le dosage est caduc, subjectif. Je n’ai pas l’impression que tu retiens l’intérêt de la fraternité que je juge un rouage essentiel, malgré ses allures youkaidi youkaida.........

                  dernier point : je n’ai pas vu quels critères « objectifs » tu choisissais pour limiter les libertés d’expression de certaines idées nocives.

                  ultime point : oui, tout est politique, je suis bien d’accord............ smiley 


                  • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 août 2012 11:16

                    Merci de m’avoir lu, Brassens. smiley
                    Dans l’ordre :

                    1. L’équité est à mes yeux un absolu, l’égalité est relative. Je ne tiens jamais compte de ce que peuvent nous vendre les hommes et femmes politiques de tous poils sous le label « équité ». C’est forcément un produit frelaté pour se mettre de futurs électeurs dans la poche.

                    2. J’évite justement de parler de « justice sociale », au sens rawlsien du terme, qui s’appuie non plus sur une justice distributive, mais sur une justice re-distributive. Lorsqu’on lit Rawls, qui a beaucoup plus de succès chez nous que dans son pays d’origine, on sent à quel point sa vision de la justice est caritative.

                    3. Vis-à-vis des idées nocives, personnellement, mon point de vue est clair : aucune limite à la liberté d’expression (sauf insultes du genre « ta mère suce des ours » qui n’apportent rien d’ailleurs, ni à la mère, ni aux ours) mais ceci implique en contrepoint que la raison reprenne ses droits, i.e. que cesse la logique du nombre, celle qui consiste à dire qu’une majorité aura toujours raison. C’est difficile à mettre en application, j’en conviens, mais personne n’a jamais fait le moindre effort dans cette direction. Or, accorder du crédit aux seules majorités, c’est contenter le marché. Ainsi peut-on vendre aux masses une idée comme on leur vend un lave-linge.

                    à vous lire,
                    EG


                  • Adrien Adrien 30 août 2012 11:39

                    Merci de ta réponse smiley

                    1. l’équité. retour à la case départ............ car si la notion est relative et que tu l’assumes, alors tu acceptes que tout le monde mette dedans ce qui l’arrange et pousse le curseur vers la liberté sans entraves (la droite) ou l’égalité radicale (la gauche). Donc, on n’est pas sorti de l’auberge « politique »...........

                    3. pas de critères objectifs ? c bien le problème insoluble......... c la raison pour laquelle la loi du plus grand nombre reste la pire des solutions « à l’exception de toutes les autres. »........ smiley
                    mon point de vue est qu’il faut absolument des mécanismes régulateurs de l’éthique politique. on ne pourrait élire n’importe qui, il lui faudrait une morale à toute épreuve et la moindre corruption, cynisme ou mensonge éhonté dans la vie politique devrait le renvoyer à la vie civile pour 10j ans !
                    la loi de la majorité, ok, mais il faut que les élus nous tirent vers le haut et ne flatte pas notre bassesse.

                    2. la justice sociale : ok, je n’en connais pas les finesses, mon usage est « brut de décoffrage »..........

                    ton exemple du manteau et de l’enfant est une vraie parabole. En fait, je suis vraiment de gauche car je trouve que c’est à la société de faire en sorte que l’enfant de grande taille ait de quoi se protéger du froid (redistribution), quitte à lui donner quelques coup de pied au derrière pour qu’il se bouge. Ce n’est donc pas le grand manteau du petit garçon que j’enlèverai ! qu’il le garde, mais je ferai une ponction dans son argent de poche par.............. solidarité sociale ! (=fraternité ou justice sociale). 


                  • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 août 2012 12:50

                    Me revoilà après un léger contretemps, désolé...

                    1. Je dis que l’équité est pour moi, au contraire, un absolu, pas une auberge espagnole. Je peux par exemple flouer quelqu’un parce que j’ai beaucoup à y gagner tout en avançant ma bonne foi, je sais néanmoins, dans mon for intérieur, que je lui fais subir une iniquité : je prends plus que mon dû. Que la loi soit de mon côté ou non (ce qui arrive ! D’où la nuance entre le légal et le légitime), qu’elle m’ait surpris ou non à frauder, peu importe, en l’occurrence je suis inique, c’est un fait, pas une opinion, et je mets mon mouchoir dessus car dans la balance, j’estimerai peut-être qu’il ne pèse rien au regard de ce que j’y gagne matériellement. Après, c’est un simple problème de casuistique : pourrais-je vivre avec ça sur la conscience ? Certains le pourront, d’autres non.

                    2. Si, bien sûr qu’il faut des critères objectifs ! Je me suis peut-être mal exprimé, désolé. Ce que je veux dire, c’est qu’on ne peut empêcher quelqu’un d’être intimement convaincu, par exemple, que les hommes sont plus intelligents que les femmes. Pour ma part, je préfère permettre à cette personne de tout dire publiquement, ce qui implique de son côté d’admettre la contradiction, elle aussi publique, et argumentée. Ensuite, je fais le pari de l’intelligence humaine - ce qui était le vrai ressort de l’Humanisme, d’ailleurs : je pense que la probité intellectuelle et la dialectique - à condition d’être soucieux de la vérité - peuvent amener l’auditoire à prendre en compte le message (pour détromper notre ami sexiste, en l’occurrence), voire à se reconnaître dans ce qui est dit, du moins l’inviter à creuser la question sans céder aux a priori réducteurs. Je n’ai pas une mentalité de militant, je ne désire pas fédérer, mais, humblement, si c’est possible, convaincre par l’exemple et le souci de préciser au mieux ma pensée de la nécessité d’une démarche objective. Je suis peut-être imprécis à vos yeux, dites-moi...

                    Donc, une morale, oui, bien que je préfère l’éthique, qui elle est spontanée, individuelle et non imposée. Et toute morale se fonde sur des jugements de valeurs, ce qui est aujourd’hui inabordable dans une société qui est devenue nivelée au maximum, simple juxtapositions d’affects qui se valent tous. D’où le besoin d’une religion, celle des Droits de l’Homme, mais c’est un autre débat.

                    3. Je place l’instruction publique au même niveau que la justice distributive. Ce sont les deux jambes d’un régime républicain, sans quoi il s’écroule. Lorsque j’entends quelqu’un dire que l’école doit être une affaire privée, qu’il est dégueulasse de devoir payer des impôts pour que les fils de pauvres aillent à l’école, que c’est le hasard qui les a fait naître dans une famille pauvre et que c’est la faute-à-personne, je ne peux l’accepter. Suis-je de gauche pour autant ? Sur ce point peut-être, je ne sais pas... Mais ce qui est sûr, c’est qu’il est anormal qu’un fils d’ouvrier soit condamné à être ouvrier, et qu’un fils de notable soit assuré d’être notable. En revanche, il est normal qu’il y ait, et des ouvriers, et des notables, et que les premiers soient moins bien payés que les seconds.
                    Qu’en pensez-vous ?

                    Bon ap’ !


                  • debase 30 août 2012 18:52

                    @l’Auteur

                    ’égalité’ est un concept qui ne devrait être employé que dans le domaine purement abstrait des Mathématiques et, par extension, de la Physique.

                    Il ne devrait avoir normalement aucun sens dans le domaine de l’humain ou du social car l’humanité ne se met pas en équations.

                    Son emploi malgré tout dans ces domaines est du aux ’rationalistes’ purs et durs, amateurs de chiffres, ceux qui ne sont doués que de « l’esprit de géométrie » (cf Pascal).


                    • Éric Guéguen Éric Guéguen 31 août 2012 17:20

                      Tout à fait d’accord avec vous. Du moins l’égalité est-elle relative à un objet déterminé.
                      La diversité humaine dont on se targue contient dans son principe l’inégalité des capacités que l’on n’assume pas.


                    • Éric Guéguen Éric Guéguen 16 septembre 2012 12:53

                      Disons qu’un véritable pays libéral refuserait de légiférer à ce sujet, tablant sur la responsabilité et la discipline intellectuelle de chacun (chaque loi n’est-elle pas, en définitive, une défaite de l’intelligence commune ?). Mais vous et moi savons pertinemment à quoi nous en tenir vis-à-vis de ces choses primordiales à notre époque...

                      Je suis en train de lire le dernier numéro de Philo Mag : très intéressant. Il y est expliqué notamment pourquoi nous ne lisons plus, n’écrivons plus, ne mémorisons plus et n’apprenons plus comme avant. Et il y a de grandes chances pour que ce qui a été perdu en cours de route le soit définitivement chez la plupart d’entre nous. D’ici 50 ans, le métier de rédacteur sera un métier d’avenir. Seule une poignée de résistants aura encore plus de 1000 mots à son vocabulaire et - à moins que des machines s’en chargent - il faudra faire appel à eux pour la communication d’un savoir qui deviendra, paradoxalement, inaccessible à la plupart lors même que nous vivrons à l’âge de l’Internet et du tout-numérique. C’est affolant.
                      Tout ceci pour dire que je ne crois pas au Progrès. Je crois au progrès individuel, pas davantage. Et pour un individu qui s’évertue à bien vivre, à être honnête et rigoureux intellectuellement, combien - utilitaristes au possible - s’en moquent comme de l’an 40 ? Et comme la seule légitimité encore tolérée de nos jours est celle qui fédère, qui fait « nombre », qui offre une majorité, quelle qu’elle soit, notre pente civilisationnelle est la paresse, la facilité, la perte de sens généralisée. C’est une manne immense pour l’empire du commerce.

                      J’ai un autre texte en ligne, je ne sais pas si vous l’avez lu. Par ailleurs, j’ai un petit article historique en attente de validation.
                      Bien à vous.


                      • Éric Guéguen Éric Guéguen 16 septembre 2012 12:54

                        La réponse ci-dessus est destinée à micnet : mauvaise manip’ de ma part, désolé.


                        • micnet 17 septembre 2012 22:50

                          Désolé, je viens de m’apercevoir seulement de votre réponse qui « m’était destinée ».


                          Je partage à peu près tout ce que vous venez de décrire. Je ne reviens pas sur votre constat quant à la déchéance du monde moderne, vous le faites bien mieux que je ne saurais le faire.
                          Par contre, je crois déceler (peut-être à tort) dans ce que vous écrivez une certaine ’foi’ envers la nature humaine. Vous dites :

                          «  Je crois au progrès individuel, pas davantage. Et pour un individu qui s’évertue à bien vivre, à être honnête et rigoureux intellectuellement, combien - utilitaristes au possible - s’en moquent comme de l’an 40 »

                          Il se trouve que pour ma part, je ne crois pas au progrès individuel ni à la nature humaine en général. Je pense, pour tout vous dire que toute la problématique moderne que vous dénoncez à juste raison n’a pas comme ’cause racine’ (pour parler comme un qualiticien) la société actuelle (qui n’en serait que la conséquence) mais plutôt « l’homme »de manière générale.
                          Aussi, partant de ce principe, j’en arrive à me demander, par rapport à votre remarque sur la nécessité de légiférer dans un pays libéral, si ce n’est pas (malheureusement) un pré-requis nécessaire ? (L’homme étant, par nature selon moi un être profondément égoïste, lâche, incapable de s’ouvrir à son prochain et à se préoccuper de l’intérêt général)

                          Bonne soirée à vous

                          micnet



                          • Éric Guéguen Éric Guéguen 17 septembre 2012 23:24

                            Je prends bonne note de votre remarque. C’est en effet un point sur lequel nous sommes en léger désaccord.
                            Pour ma part, je serais moins « pessimiste » que vous semblez l’être, si je puis dire. Je pense que la nature humaine nous offre la variété, qu’elle n’est en soi ni bonne ni mauvaise et que la plupart des êtres sont sourds aux besoins du prochain tant qu’on ne les pousse pas un peu. Aux extrêmes, cette nature humaine nous gratifie également, il me semble, d’êtres pervers et vils (minoritaires) ainsi que d’êtres, au contraire, profondément bons et enclins « naturellement » à venir en aide à autrui avant que de penser à soi (mais minoritaires également).

                            Je fais, en somme, le « pari » de la diversité qui s’assume et prend acte de la générosité ayant du mal à se faire entendre dans une gangue d’égoïsme et de lâcheté, pour reprendre vos propres termes. Et même si, parfois, il doit recourir à certains artifices comme la religion pour pallier le fait qu’il soit devenu Homo Œconomicus (ce qu’un Jean Robin à beaucoup de mal à comprendre, par exemple...) et susciter en lui-même de l’intérêt pour son prochain, je crois, il est vrai, en la force d’âme de l’être humain, voire en des êtres... allez, entre nous lâchons le mot... « supérieurs », j’entends par là d’individus plus « humains » que la moyenne, races, sexes, âges et religions confondus.

                            Mon dernier article est paru ce matin. Bonne nuit !


                          • Éric Guéguen Éric Guéguen 17 septembre 2012 23:58

                            ... et j’ajouterais pour finir que si nous sommes tenus de tant légiférer, c’est parce que nous avons renoncé à distinguer les bergers du troupeau dans un souci égalitariste. Nous voilà donc condamnés aux lois et à la morale au rebours d’une éthique de la responsabilité devenue inaccessible au grand nombre.
                            Mais il est tard et je crains de n’être plus très clair dans mes propos... smiley


                            • micnet 18 septembre 2012 11:10

                              Et oui, c’est tout un débat ! 

                              Sinon vous avez raison, je suis un vrai pessimiste qui s’assume ;/)

                              Lorsque vous dites «  Je pense que la nature humaine nous offre la variété, qu’elle n’est en soi ni bonne ni mauvaise et que la plupart des êtres sont sourds aux besoins du prochain tant qu’on ne les pousse pas un peu. »

                              Nous sommes donc au-moins d’accord pour dire qu’il faut ’pousser un peu’ les êtres afin que ceux-ci prennent en compte un minimum le bien commun. C’est pour cela que je pense qu’on ne peut pas se passer de contraintes (législatives ou autres) dans une société.

                              Autrement vous parliez de l’importance du fait religieux ce en quoi je partage votre avis. Pour être tout à fait transparent avec vous, je dois vous dire que je suis croyant, de culture protestante (ce qui explique certainement mon côté ’pessimiste sur la nature humaine smiley).
                              En fait, pour résumer ma pensée, je vois la nature humaine exactement comme l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains :

                              « Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas ; car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. Or, si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais, d’accord avec la Loi, qu’elle est bonne ; en réalité ce n’est plus moi qui accomplis l’action, mais le péché qui habite en moi.
                              Car je sais que nul bien n’habite en moi, je veux dire en ma chair ; en effet, vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir : puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. »

                              Et pour en revenir à la notion de ’liberté’, je la comprends aussi à travers le prisme du ’péché’ qui est en fait un état d’esclavage intérieur pour l’homme, esclave de son propre ’ego’ ce qui le rend incapable de se tourner vers l’autre par ses propres efforts. Que seule sa foi, sa relation avec une entité ’extérieure’ au système ou à la société lui permet de s’en libérer.
                              Par ailleurs, je ne crois pas qu’il y ait des gens ’naturellement bons’ ou ’naturellement mauvais’.
                              Voilà ! J’imagine bien sûr que vous en avez une vision bien différente. Et c’est ce qui fait tout l’intérêt de la discussion smiley

                              • Éric Guéguen Éric Guéguen 18 septembre 2012 15:32

                                Oui, j’ai une vision un peu différente des choses, peut-être parce que je m’appuie moins que vous sur la religion pour penser les choses, peut-être aussi parce que je suis de culture catholique. Quoi qu’il en soit, vous avez raison de dire qu’il faut pousser les gens pour obtenir le meilleur d’eux-mêmes ; leur pente est toujours celle du moindre effort. Le bémol que j’ajoute est simplement que certains, eux, n’ont besoin de rien pour prendre conscience de la nécessité des liens sociaux. Ainsi, malgré sa capacité à s’autogouverner, cette minorité se voit assujettie aux lois qui gouvernent le grand nombre. D’où l’équation : plus d’égalité (ou de conformisme) = moins de libertés.

                                Je suis croyant également, et malgré tout, comme vous le voyez, je ne crois pas à l’égalité des êtres, j’entends la même capacité à s’adapter, à apprendre, à se comporter, etc. Je ne me range absolument pas dans la catégorie des « autogouvernés », mais je m’emploie chaque jour à faire tout pour y parvenir, de sorte que l’image que je me fais du « citoyen-modèle » soit pour moi comme une asymptote, c’est-à-dire un élément de transcendance. Mais à chacun d’user des métaphores dont il a besoin, l’essentiel étant qu’il existe – j’en suis convaincu – des choses qui se rangent sous la catégorie des absolus (même au plan moral), que ces « absolus » incommodent l’époque moderne comme autant de résurgences d’un passé honni, et qu’il me paraît manifeste et puéril que si notre époque fuit ces absolus, et toute transcendance en générale, c’est parce qu’elle a trop pris l’habitude de s’en remettre au relatif, au subjectif, à ce qui a mille et un sens, c’est-à-dire aucun en définitive.


                              • micnet 18 septembre 2012 19:11
                                Vous dites

                                «  Je suis croyant également, et malgré tout, comme vous le voyez, je ne crois pas à l’égalité des êtres, j’entends la même capacité à s’adapter, à apprendre, à se comporter, etc »

                                Moi non plus je ne crois pas à ’l’égalité naturelle’ des êtres. Tout comme vous, je pense que certains ont des ’prédispositions’ à s’adapter et à tendre plus facilement vers l’intérêt général que d’autres. Par ailleurs, votre image asymptotique du citoyen-modèle me convient parfaitement.
                                Mais justement, c’est tout le problème ; ce modèle est une ’asymptote’ et donc par définition un idéal dont on peut se rapprocher mais jamais atteindre. 

                                Ensuite, je voulais revenir sur un point qui me semble fondamental : on parle depuis le début de la ’liberté’ mais quelle définition doit-on en donner ? Qu’est-ce qu’être VRAIMENT libre ?

                                Là aussi, je vous donne ma propre vision : pour être vraiment libre, il faudrait être capable de s’affranchir de ses propres désirs, de ses propres pulsions, bref de s’affranchir de tout ce qui nous empêche de nous consacrer pleinement à l’autre ou au bien de notre chère Cité.
                                Ainsi, des gens de grande qualité comme vous et moi (soyons immodestes jusqu’au bout smiley) ne serons jamais capables de prioriser « l’autre » par rapport à notre propre personne. Tout simplement parce que ce n’est pas ’humainement ’possible. Voilà ce que j’ai tenté d’exprimer via mon ’pessimisme’ dans la nature humaine.
                                D’après moi, le seul absolu qui permet vraiment d’être totalement libre, qui transcende toutes les religions et qui, j’ose le dire, donne un sens véritable à cette vie, c’est l’ Amour. L’amour, non pas en tant que sentimentalisme béat, voire niais mais l’ amour au sens de l’ Agapé. C’est à dire la pratique du ’don de soi’. Cela signifie être prêt à donner sa vie pour ce qu’on estime être plus important, plus grand que sa propre personne. D’ailleurs à cet égard , on peut faire don de sa propre personne à son prochain comme à sa Cité . 
                                Et à ce propos, je suis convaincu que si les citoyens n’ont plus le sens commun ni l’intérêt pour la chose publique (politique), c’est en grande partie parce que nos propres dirigeants pensent d’abord à eux, à leur carrière avant de penser à leur pays. Parce que nos mêmes dirigeants n’ont pas (ou plus) cet amour de la patrie chevillé au corps, ce même amour que portait fièrement un De Gaulle par exemple. Si celui-ci restera dans les mémoires comme un grand homme d’état, c’est, au-delà de ses qualités exceptionnelles, parce qu’il aura toujours fait passer son amour inconditionnel pour son ’très cher vieux pays’ avant sa propre personne ou sa carrière. On voit bien que ce n’est plus le cas aujourd’hui loin s’en faut...

                                Bien je m’arrête là, je sens que je pars un peu dans tous les sens. J’espère en tout cas avoir été suffisamment clair dans ce que j’ai tenté d’exprimer.

                                Bien à vous

                                • Éric Guéguen Éric Guéguen 18 septembre 2012 23:08

                                  Encore une fois ce que vous dites est très intéressant.
                                  Je suis en train d’écrire un livre et figurez-vous que je comptais intituler l’un de mes chapitres Eros, Agape et Philia. Soit trois rapports différents à l’amour. Et ma préférence va à la philia qui s’accorde peut-être mieux à l’ensemble des hommes, s’intercalant entre le premier, charnel, bestial, et le deuxième, mystique et divin. Mais sûrement n’êtes-vous pas tout à fait d’accord sur ce point.

                                  Tout ceci est amusant car on me reproche souvent un certain « pessimisme ». Bref, pour finir, j’aimerais juste revenir sur votre remarque au sujet de notre maître-mot, la « liberté ».
                                  Je me contenterai simplement de dire ce qu’est, à mes yeux, un esprit libre (ce que je m’efforce d’être avant tout). Un esprit libre est :

                                  - Humble : tel Socrate, il sait pertinemment que ce qu’il sait n’est rien au regard de ce qu’il est possible de savoir ;

                                  - Courageux : car il n’hésite pas à aller parfois au rebours de la pensée commune, ce qui est bien difficile à notre époque, mais non en tant que posture, simplement en en faisant abstraction ;

                                  - Patient : il est des jours où l’on a l’impression de se perdre dans un savoir artificiel... ;

                                  - Curieux : en effet, sans curiosité - le meilleur des défauts - comment apprendre de tout ce qui nous entoure ? ;

                                  - Probe : car la corruption annule ipso facto les quatre qualités susmentionnées.

                                  Au-delà de ça, la liberté reste contingente, puisqu’il nous faut répondre à certaines nécessités, en tête desquelles celle de se sustenter chaque jour que Dieu fait.

                                  À vous lire...
                                  EG

                                  PS : Comment vous faire parvenir ma prose ? Peut-être celle-ci vous intéressera-t-elle !


                                • micnet 19 septembre 2012 00:38

                                  J’avoue que vous avez réussi à susciter ma curiosité quant à votre prochain livre !

                                  Serait-ce indiscret de vous demander le ’titre’ ou, à défaut, le sujet traité ?

                                  Ce fameux chapitre sur ces 3 types de rapports à l’amour m’intéresse au plus haut point. (Avant de vous dire si je suis d’accord ou pas, j’attendrai de vous lire précisément sur le sujet smiley))

                                  Par rapport aux 5 critères définissant l’esprit libre, je n’ai pas grand chose à redire. Personnellement, je pense que le plus difficile à respecter reste l’humilité (du moins en ce qui me concerne), non seulement vis-à-vis du savoir mais également du comportement.

                                  Merci encore pour ces échanges instructifs. Si vous souhaitez me faire parvenir votre ’prose’, sachez que c’est avec grand plaisir. Par quel biais pourrais-vous communiquer une adresse mail ?

                                  Bonne nuit


                                  • Éric Guéguen Éric Guéguen 19 septembre 2012 09:22

                                    Le chapitre en question reste à l’état de projet, mais d’autres chapitres vont vous intéresser. Libertés contre égalité en est un d’ailleurs.

                                    Le titre : Le Miroir des Peuples. J’ai repris l’ancien recours au « miroir », ce genre que les philosophes dédiaient aux maitres du temps, sorte de critique masquée, pour l’adresser au maître de notre époque - contrairement aux apparences - à savoir le peuple.

                                    Comment vous faire parvenir mes PDF ? On va faire comme ça : écrivez-moi sur chl91@hotmail.fr

                                    Cordialement,
                                    EG

                                    PS : je cherche depuis longtemps un (ou une ?) vis-à-vis susceptible de porter un regard critique et constructif sur mon travail. Notre « rencontre » est à ce titre tout à fait bienvenue.


                                  • Éric Guéguen Éric Guéguen 19 septembre 2012 09:41

                                    Ah, je vous dois encore une réponse au sujet de l’« asymptote » :

                                    En effet, par définition, ce qui est asymptotique n’est jamais atteint, mais c’est justement cela qui est roboratif à mes yeux, le fait de se lever chaque matin pour effectuer une partie du chemin et se dire concomitamment que ce chemin est sans fin.
                                    Philosopher, c’est remettre chaque jour sur le tapis ce que l’on a acquis la veille, avec risque de tout perdre, et on perd toujours un peu, ce qui nous éloigne d’autant d’un « absolu ».
                                    Mais ce n’est pas parce que l’absolu nous est inaccessible... qu’il n’existe pas. Voilà, selon moi, l’erreur de la modernité, douter de toute absoluité sous prétexte qu’elle requiert des efforts surhumains, et s’abaisser ainsi à tout relativiser.
                                    Alors oui, il faut croire à l’existence de l’absolu, mais pour ne pas en faire l’objet de la tyrannie, il convient, comme vous le dites, de ne pas négliger l’humilité.



                                    • JL JL 4 octobre 2012 15:27

                                      Guéguen,

                                      encore sur ce vieil article ? Il est vrai que c’est le vôtre, et c’est une ’chance’ que j’ai vu passer ce post.

                                      Je ne sais pas ce que vous voulez prouver avec ce lien.

                                      Si vous voulez parler d’équité, en bien ou en mal, peu me chaut, faites un article.

                                      Ceci étant, laissez moi vous dire que cette idée de remplacer dans notre devise, le mot liberté par celui d’équité, est une vieille idée d’Alain Minc (les années 80, je crois) et que j’avais combattue en son temps.

                                      Direz vous que, dans les entreprises, entre employés hommes et femmes, à travail égal il faut exiger non pas l’égalité des salaires, mais l’équité des salaires ?

                                      Pfff ! ça n’a pas de sens. L’égalité des salaires entre hommes et femmes découle de l’égalité homme et femme. Ou bien vous comprenez ça, et vous comprenez le principe d’égalité, ou vous ne le comprenez pas, et je vous laisse dans votre marasme intellectuel.


                                    • Éric Guéguen Éric Guéguen 4 octobre 2012 15:34

                                      @ JL :

                                      Écoutez l’émission avant de déblatérer, soudard, il est entre autres question d’Alain Minc...

                                      Diriez-vous, quant à vous, que dans le domaine sportif, entre hommes et femmes, à discipline égale il faut exiger non pas l’équité mais l’égalité des attentes ? « Pffff ! » Vous seriez bien en peine de voir un jour une femme monter sur un podium !

                                      PS : j’aime la « chance » grâce à laquelle vous êtes passé me voir...


                                      • JL JL 4 octobre 2012 15:51

                                        Et moi, soudard, j’aime bien !  smiley

                                        Chance dans le sens, hasard. Il faut tout vous dire !

                                        Écouter l’émission ? Et pourquoi donc ? Je n’ai rien demandé, moi. Faites en un résumé. Je le lirai, peut-être.

                                        Bon, on se calme. Votre exemple sportif est idiot. Et contredit par les courses de chevaux avec handicap. Ou les catégories sportives. En tant que citoyen, un malingre est l’égal d’un athlète. Tout dépend du cadre et de la règle : il serait stupide évidement d’organiser des compétitions avec handicap ; les compétitions sportives n’ont rien à voir avec le Turf. Ni d’ailleurs avec la citoyenneté.

                                        Mais je vois que vous mélangez tout : c’est ce qui arrive, par exemple quand on veut faire de l’économie une science dure. Ses objets ne se laissent pas circonscrire aussi facilement que des objets mathématiques.

                                        Je vous laisse. Au plaisir de lire votre résumé !? Je repasserai, peut-être.


                                      • Éric Guéguen Éric Guéguen 4 octobre 2012 16:07

                                        Eh bien, que sont les catégories sportives si ce n’est de l’équité !!!!!!!!!!!!!!!!!!
                                        Nous ne sommes décidément pas faits pour discuter, j’aurais mieux fait de ne pas remettre 100 francs dans le nourrin.

                                        Concernant votre exemple du malingre et de l’athlète, lorsque la nation envoie des représentants aux JO, elle discrimine (un mot fort, honni de nos jours, mais accolé au principe d’équité) et dit : il nous faut les meilleurs dans CE domaine. Et, curieusement, c’est l’athlète qui est pris, non le malingre. L’égalité reste, demeure un concept éminemment re-la-tif.

                                        Faites un effort vis-à-vis de cette émission, j’ai autre chose à faire qu’un résumé scolaire.


                                        • JL JL 4 octobre 2012 16:23

                                          Restons calme !  smiley

                                          Il vous faut des lunettes ? J’ai écrit : « Les compétitions sportives n’ont rien à voir avec le Turf. Ni d’ailleurs avec la citoyenneté. »

                                          Il vous faut quoi en plus ? Une explication de texte ?!!!

                                          Qui vous demande un résumé scolaire ? Vous ne savez pas faire passer un message ? Énoncer les deux ou trois grandes idées qui s’en dégagent ? Vous êtes en quelle classe ? Moi, je devrais faire un effort pour visionner ça ? Je n’en vois pas l’utilité. J’ai mieux à faire, je me moque, a priori de cette vidéo et de son contenu, désolé. J’en ai assez lu et entendu sur le sujet.


                                        • Éric Guéguen Éric Guéguen 4 octobre 2012 16:34

                                          @ JL :

                                          Voilà. Et emmenez vos « a priori », merci.

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