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M. Merleau-Ponty, La structure du comportement (explication d’un extrait)

M. Merleau-Ponty, La structure du comportement (texte + questions) - Le blog de Robin Guilloux

Maurice Merleau-Ponty est un philosophe français, né à Rochefort-sur-Mer le 14 mars 1908 et mort le 3 mai 1961 à Paris. Il est le cousin du philosophe des sciences Jacques Merleau-Ponty. Rédig...

http://lechatsurmonepaule.over-blog.fr/2018/02/m.merleau-ponty-la-structure-du-comportement-texte-questions.html

Merleau-Ponty et la Gestalttheorie dans "La structure du comportement" - Cifpr

Merleau-Ponty et la Gestalttheorie dans "La structure du comportement" - Cifpr

Merleau-Ponty et la Gestalttheorie dans La structure du comportement Par Claude Lanher Les deux premiers ouvrages aboutis de Merleau-Ponty sont La Phénoménologie de la perception (1945) et La ...

http://cifpr.fr/texte_document/merleau-ponty-et-la-gestalttheorie-dans-la-structure-du-comportement/

Dans ce texte, extrait de La structure du comportement, Maurice Merleau-Ponty développe la thèse selon laquelle le comportement, en tant qu'il a une structure ne prend place ni dans l'ordre des réactions "inférieures", ni dans l'ordre des réactions "supérieures".

Il rappelle, au début du texte, la distinction traditionnelle entre ces deux ordres. Les réactions inférieures ou mécaniques dépendent de conditions antérieures, autrement dit de ce que la science appelle la "causalité".

Ces réactions concernent les événements physiques. Si je porte par exemple un morceau de phosphore à 44 degrés, il va fondre. La science de la matière (la physique, la chimie) est fondée sur la certitude que tout dans la nature a une cause et que la nature est un enchaînement rationnel (accessible à la raison) de causes et d'effets. Faire de la science (expérimentale), c'est se demander si le phosphore est susceptible de fondre et à partir de quelle température, construire un protocole expérimental et constater que, toutes choses étant égales par ailleurs, la température de fusion du phosphore est de 44 degrés. 

Maurice Merleau-Ponty précise que les réactions inférieures (ou mécaniques) comme les événements physiques au sein de la matière inanimée se déroulent dans l'espace et le temps objectifs. "Objectif" est le contraire de "subjectif". Le temps et l'espace "objectifs" sont le temps et l'espace mesurables.

Bergson a montré dans L'évolution créatrice  que le temps des physiciens est mesuré par le déplacement circulaire d'une aiguille sur le cadran d'une horloge (aujourd'hui par une horloge à quartz), contrairement à la durée "subjective" qui ne peut être mesurée de la même manière. Bergson ajoute que le temps de la physique n'est pas vraiment le temps, mais le temps spatialisé.

Si je trempe un morceau de sucre dans un verre d'eau, le morceau de sucre va mettre un certain temps à fondre, dont je peux mesurer la durée avec une montre (comme je peux mesurer la durée de fusion du phosphore), mais cette durée mesurable n'est pas coextensive à la durée vécue de mon attente. Comme le dit Bergson "Je dois attendre que le sucre fonde."

La température de fusion du phosphore (44°) est un "stimulus matériellement pris", c'est-à-dire une cause matérielle qui produit un effet matériel, objectivement mesurable.

Note : Un stimulus dans le domaine de la psychologie expérimentale, de la physiologie et de la biologie, est un événement de nature à déterminer une excitation détectable par une réaction chez un organisme vivant. La psychophysique explore la relation entre les grandeurs physiques mesurables et les perceptions humaines, à travers la réaction de sujets obéissant à une consigne dans des conditions contrôlées. Les expériences répétées un nombre suffisant de fois et avec un nombre suffisant de sujets dégagent des règles de perception valables statistiquement pour l'ensemble de la population. Le béhaviorisme définit le conditionnement comme le mécanisme fondamental de l'apprentissage par lequel un stimulus (dit conditionné) devient associé à un autre stimulus (non-conditionné) à la suite d'associations répétées entre la présentation de l'un puis de l'autre stimulus. Cet apprentissage s'observe par le fait que le sujet réagit au stimulus conditionné par une réponse comportementale normalement associée au stimulus non-conditionné, c'est le « schéma stimulus-réponse ».

Selon Maurice Merleau-Ponty, les réactions "supérieures" ne dépendent pas des stimuli matériellement pris : une cause matérielle (la chaleur) produit un effet également matériel (la fusion), mais du "sens d'une situation" qui paraissent supposer une "vue" de cette situation, une prospection, et n'apparaissent plus de l'ordre de l'en soi, mais de l'ordre du pour soi.

Merleau-Ponty fait ici allusion ici à la phénoménologie de la "conscience". Un morceau de phosphore n'a ni conscience de soi, ni conscience du monde ; il est "en soi". "l'en soi" (expression que Maurice Merleau-Ponty emprunte àPhénoménologie de l'Esprit de Hegel), est le mode d'existence des objets.

L'objet est dans une situation dont il n'a pas conscience. La tasse de café est simplement posée sur le bureau. Mais la conscience humaine ne se contente pas d'être dans une situation, elle n'est pas posée devant la tasse de café, pas plus que la tasse de café n'est "dans" la conscience, mais elle vise la tasse de café comme souvenir de la gorgée qu'elle a bue, qu'elle pourrait boire et elle s'en détourne intentionnellement pour se concentrer sur ce travail.

Pour employer le langage de la phénoménologie de Husserl, dont Merleau-Ponty se réclame, la conscience vise le passé dans la "rétention", le présent dans "l'attention" et le futur dans la "protention".

Pour désigner cette manière spécifique de la conscience d'être dans le temps, présente à elle-même, à autrui et au monde, Maurice Merleau-Ponty, à la suite de Husserl, emploie le terme "d'intentionnalité".

Selon Merleau-Ponty, l'un et l'autre de ces deux ordres (l'ordre physique et l'ordre spirituel) est transparent pour l'intelligence. La pensée physique comprend l'enchaînement mécanique des causes et des effets qui se commandent les uns les autres du dehors, tandis que la réflexion comprend l'ordre de l'intérieur où ce qui se produit ne dépend pas d'une cause extérieure, mais d'une "intention".

"Le comportement, en tant qu'il a une structure, ne prend place dans aucun de ces deux ordres". 

Le comportement a une "structure", autrement dit, il forme une totalité cohérente qui n'est pas la simple somme des parties qui la composent. Prenons l'exemple d'un petit enfant qui apprend à marcher. L'apprentissage de la marche ne se déroule pas dans le temps et dans l'espace comme une série d'événements physiques. On ne peut pas dire que l'enfant apprend à marcher sous l'effet de stimuli répétés.

Chaque moment de l'apprentissage n'occupe pas un point et un seul du temps, mais au moment décisif de l'apprentissage, un "maintenant sort de la série des maintenant". Jusque là, l'enfant ne savait pas vraiment marcher tout seul (ne possédait pas vraiment la maîtrise de la marche) et à partir de ce "maintenant", il sait marcher tout seul (il possède vraiment la maîtrise de la marche).

Si l'on conçoit l'apprentissage comme une série d'instants discontinus et équivalents qui s'additionnent, on ne peut pas comprendre le passage du quantitatif au qualitatif, l'apparition d'un moment (d'un "maintenant") décisif qui sépare le moment où l'on sait du moment où on ne sait pas, qui transforme une "réaction" effective (un stimulus-réponse) en une "aptitude" (en l'occurrence la capacité de marcher). 

Pour Maurice Merleau-Ponty, l'explication béhavioriste du processus d'apprentissage n'est donc pas satisfaisante parce qu'elle considère le comportement comme une "addition" de parties et non comme un tout, comme une "structure" cohérente qui ne se résume pas à la somme de ses parties. 

La réduction du comportement au fonctionnement mécanique ne permet pas de comprendre que l'acquisition d'une capacité résume et dépasse les tâtonnements qui l'ont précédée.

C'est la raison pour laquelle la philosophie a le droit légitime de critiquer la psychologie expérimentale en se fondant notamment sur la distinction entre le monde nécessaire des choses ("l'en soi"), l'enchaînement des causes et des effets, et celui du possible, c'est-à-dire de l'apparition d'une structure qualitative originale qui n'est pas le simple résultat d'une addition de réponses.

Le comportement, explique Merleau-Ponty, cesse d'appartenir à l'ordre de l'en soi à partir du moment où il devient la projection hors de l'organisme d'une possibilité qui lui est intérieure.

On peut rapprocher cette remarque de la distinction que fait Aristote entre l'être en puissance et l'être en acte. Le monde des choses, celui de "l'en soi" ne connaît pas le passage de la puissance à l'acte. Une pierre est ce qu'elle est, elle ne deviendra jamais autre chose, hormis sous l'effet d'une action extérieure (je peux la casser avec un marteau). Un organisme vivant au contraire possède en lui-même la capacité cachée de devenir autre chose que ce qu'il est : le chêne en majesté avec ses racines, son tronc, ses branches et ses feuilles est contenu dans le gland, la fleur est contenue dans la graine, l'enfant à naître est préfiguré dans le foetus...

L'enfant qui ne marche pas encore possède en puissance la possibilité de marcher. Le comportement de la marche est le passage de la puissance à l'acte, la projection hors de l'organisme d'une possibilité qui lui est intérieure et non la réponse à des stimuli extérieurs. Bien que ces stimuli soient nécessaires à l'acquisition de la marche, ils n'en sont pas la condition suffisante.

Mais l'ordre supérieur du "pour soi", celui de la conscience de la situation ne suffit pas non plus à rendre compte de la notion de comportement en tant que structure. Si on reprend l'exemple de l'enfant qui apprend à marcher, on ne peut pas dire que c'est la conscience qu'il a de la situation qui détermine l'apprentissage de la marche. Ce n'est pas sa conscience qui entre en jeu, mais son organisme tout entier, son corps. Ce qui se détache de l'en soi, ce n'est pas la conscience, mais le corps vivant tout entier (les muscles, le squelette, les circuits neuronaux...), ce n'est pas une conscience plus claire, mais un comportement nouveau.

Pour comprendre le comportement, l'intelligence doit renoncer à la distinction trop claire entre le corps et l'esprit et éviter de se projeter elle-même par "Einfüllung" (c'est-à-dire par empathie) dans le comportement animal ou dans celui de l'enfant. 

Avec l'apparition des comportements (des gens qui marchent, qui sourient, qui se parlent, un cheval qui gambade, des oiseaux qui se posent sur un arbre, un chien qui aboie...), le monde "se creuse", il cesse d'être une matière constituée de parties juxtaposées.

Note : L'idée étrangement belle d'un creusement de l'espace autour des comportements, d'une différenciation de l'espace selon les espèces, a peut-être été inspirée à Merleau-Ponty pas la théorie de la relativité. En développant ses idées sur les conséquences du principe d’équivalence, Einstein aboutit à une nouvelle vision de la gravitation qui devait remplacer celle d’Isaac Newton : la relativité générale. L’aspect le plus important de cette théorie est la disparition du concept de force de gravitation. Pour Einstein, le mouvement d’un corps n’est pas déterminé par des forces, mais par la configuration de l’espace-temps. Par exemple, d’après Newton la Terre tourne autour du Soleil car celui-ci exerce une force gravitationnelle sur notre planète. Pour Einstein, c’est une perturbation de l’espace-temps introduite par la masse du Soleil qui est à l’origine du mouvement de la Terre. Pour mieux comprendre cette idée, faisons appel à une analogie à deux dimensions. L’espace, en relativité générale, peut être comparé à une sorte de tissu élastique. La présence d’une étoile peut être simulée en posant une pierre sur ce tissu. Celle-ci s’enfonce dans le tissu, le déforme et y crée une dépression. Que se passe-t-il lorsqu’un corps plus petit passe à proximité de l’étoile ? Faisons rouler une bille sur le tissu : la trajectoire est d’abord une simple ligne droite, mais lorsque la bille passe à proximité de la pierre, elle pénètre légèrement dans la dépression. Elle est alors déviée de sa ligne droite et sa trajectoire se courbe. Sur ce tissu élastique, le mouvement de la bille n’est pas dicté par une force mais par la forme de l’espace ou plus précisément, par la courbure de celui-ci. (source : Olivier Esslinger)

En ce qui concerne le comportement animal, il faut résister à la tentation de l'anthropomorphisme, c'est-à-dire au fait d'attribuer aux animaux des motivations humaines. Il n'existe pas un seul espace géométrique de lieux interchangeables, mais une diversité d'espaces de comportement, chacun ayant un sens pour telle ou telle espèce animale. 

Les constructions des hommes n'ont de sens que pour les hommes.. Les animaux se distinguent des hommes par une manière spécifique d'habiter le monde. Et n'en déplaise à notre vanité, pour les pigeons, les statues des grands hommes sont des perchoirs.


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22 réactions à cet article    


  • Choucas Choucas 3 février 14:27

    lorsque la bille passe à proximité de la pierre, elle pénètre légèrement dans la dépression. Elle est alors déviée de sa ligne droite et sa trajectoire se courbe. Sur ce tissu élastique, le mouvement de la bille n’est pas dicté par une force mais par la forme de l’espace ou plus précisément, par la courbure de celui-ci.
     
    Idiot, la bille sur le drap tourne à cause de l’attraction terrestre... sinon elle en sortirait
     
     
    LE SOUCHIEN EN CIRE
     
    “L’Occident c’est fini, et c’est signé [vengeance d’Israël]. Souchiens vous ne serez plus que dans les musées, avec un béret et des petites moustaches en cire. On ira vous visitez en rigolant.”
     
    Le rabbin commente l’extermination organisée (par Soros, Rothschild & Co et leur bonniche négrière La Baudruche) des souchiens :
    https://www.youtube.com/watch?v=0NJH8MFRG5g


    • JL JL 3 février 16:19

      @Choucas
       
       vous mélangez l’image et la réalité.
       
      Si les satellites tournent autour des astres, ce n’est pas seulement à cause de la pesanteur mais aussi par le fait de leur vitesse sur une trajectoire qui n’est jamais, à aucun moment, dirigée vers le centre dudit astre : cette direction en est toujours suffisamment écartée pour leur faire rater à chaque révolution (cf. Périhélie) l’écrasement.


    • Choucas Choucas 4 février 09:54

      @JL
      S’il fallait illustrer un espace non euclidien, un gradient de réfraction serait bien mieux (comme le disque de Poincaré)
       
      https://www.youtube.com/watch?v=ktZZlTiEdE4
       
      Le gradient de réfraction de la densité de sucre c’est le tenseur métrique gémunu du champ gravitationnel, les ondes gravitationnelles une onde dans un pudding spatial sucré, propageant une modification de sa densité de sucre
       
      « Il n’y a pas d’espace absolu, et c’est la distribution de l’ensemble de la matière dans l’Univers, notamment les étoiles lointaines mais très nombreuses, mais aussi les masses proches, qui détermine ceux des référentiels qui sont inertiels. » Mach 1883


    • Taverne Taverne 3 février 15:09

      Je ne comprends pas la phrase suivante : « Selon Maurice Merleau-Ponty, les réactions »supérieures" ne dépendent pas des stimuli matériellement pris : une cause matérielle (la chaleur) produit un effet également matériel (la fusion), mais du "sens d’une situation« qui paraissent supposer une »vue" de cette situation, une prospection, et n’apparaissent plus de l’ordre de l’en soi, mais de l’ordre du pour soi.« 

      A quoi se rapporte »qui paraissent" ? Aux réactions ?


      • JL JL 3 février 16:10

        @Taverne
         
        pardon à Robin Guilloux si j’interviens ici avant lui. Il me semble que ce sont les réactions »supérieures« (...) qui paraissent supposer une ’’vue » de cette situation, une prospection, et n’apparaissent plus de l’ordre de l’en soi, mais de l’ordre du pour soi.
         
        De ce fait et par définition (*) les objets n’ont pas de « réactions supérieures ».

        Question  : les IA n’ont-elles pas de réactions supérieures ?
         
        Si cette définition (*) des réactions supérieures est correcte, alors je réponds non, elles n’ont pas de réactions supérieures ;
        Si l’on dit que les IA ont des réactions supérieures, alors, la définition est incorrecte.
         
         
         ’’ La conscience vise le passé dans la « rétention », le présent dans « l’attention » et le futur dans la « protention ».
         
        Les objets ont une mémoire du passé (énergie cinétique, chaleur, etc.). Mais n’ont aucune intention dans le futur. On ne peut en dire autant des IA. La remarque de Taverne au sujet des IA est pertinente et interpelle : en effet, cette distinction sur l’en soi et le pour soi ne me paraît pas suffisante pour définir la conscience.


      • Choucas Choucas 3 février 18:16

        @Caverne
         
        Dans la caverne on ne voit même pas son gland remplacement ...
         
         
        Car le gogochon voit, mais sans illuminer la caverne. M.P appelle ça le chiasme de la chiure finale de l’Occident, c.a.d que Gogochon est « déhiscence » dégénérée de l’idée de « chose voyante » ,
        Il n’y a pas de distinction en-soi, pour-soi dans le gogochon, mais juste être au gland remplacement

         


      • Taverne Taverne 3 février 19:37

        @Choucas

        Qu’est-ce qui vous met dans cette humeur ? La bouffe n’est pas bonne au service psychiatrique ?


      • Robin Guilloux Robin Guilloux 3 février 20:58

        @Taverne

        Je comprends pourquoi vous ne comprenez pas. J’ai accordé le verbe paraître avec « réactions supérieures » (avec le sens) au lieu de l’accorder, comme j’aurais dû le faire avec « sens d’une situation » (avec la syntaxe). 

        La phrase correcte (que je ne peux plus corriger maintenant ici, tant pis) est :’Selon MMP, les « réactions supérieures » ne dépendent pas des stimuli matériellement pris : une cause matérielle (la chaleur) produit un effet également matériel (la fusion), mais du « sens d’une situation » qui paraît supposer une vue de cette situation (...) et n’apparaît plus de l’ordre de l’en soi, mais de l’ordre du pour soi« . 

        Je me suis effectivement laissé emporté par l’idée que le sens d’une situation relève des réactions supérieures qui n’apparaissent plus de l’ordre de l’en soi. Donc : »pan sur le bec !"

      • Robin Guilloux Robin Guilloux 3 février 21:04

        @JL

        Vous avez bien compris. Si l’on retient la définition de MMP (et de Hegel) des « réactions supérieures », les intelligences artificielles n’ont effectivement pas de réactions supérieures, contrairement à ceux qui les ont conçues, parce qu’elles n’ont pas conscience d’elles-mêmes. Mai s là, vous posez un réel problème qu’il ne faut pas laisser à la science-fiction.

      • Choucas Choucas 4 février 01:16

        LE TEST DE TURING

        « je suis Je » proclama l’IA Karl
         
        « comment ? » demanda l’ingénieur tleilax Hayt.
         
        « par être-auprès-de-soi-même-dans-l’autre » répondit Karl fièrement
         
        « Je n’est-il pas que Ça ? » suggéra Hayt
         
        « Autoconscience est Je aussi bien qu’objet, certes »
        répondit Karl, « et autoconscience est pour autoconscience. Mais pour son unité, autoconscience ne peut être que dans son propre être-autre chiasmatique. Ainsi change le Vrai. »
         
        Alors le tleilax quitta la cuve d’Axlotl satisfait. Le gland remplacement final des gogochons pouvait commencer.
         


      • JL JL 4 février 12:08

        @Robin Guilloux
         
        vous me dites : ’’(les IA) n’ont pas conscience d’elles-mêmes.’’
         
        Dire que les IA n’ont pas conscience d’elles-mêmes est contestable. Je pense au contraire, que le concept de « conscience de soi artificielle » est recevable. Les automobiles sans chauffeur ont forcément quelque chose qu’à défaut d’un autre mot, on doit appeler comme ça.
         
        C’est quoi, la conscience de quelque chose, de soi-même ? Un petit bout de conscience ? Mais est-ce que là, on parle toujours de la même conscience  ? La partie n’est pas le tout, mais est-ce qu’elle est de la même essence  ? En l’occurrence, non. Donc on peut dire que les automobiles sans chauffeur ont un comportement « pour soi ».
         
         Mais je suis accord avec le reste de votre article, sur le fond.
         


      • pemile pemile 4 février 12:11

        @JL "Les automobiles sans chauffeur ont forcément quelque chose qu’à défaut d’un autre mot, on doit appeler comme ça. "

        Autant que les camemberts qui vous pour poursuivent dans le jeu pacman ?


      • Robin Guilloux Robin Guilloux 4 février 12:43

        @JL

        Je comprends ce que vous voulez dire, mais j’ai du mal à l’admettre en raison d’un vieux reste d’humanisme. On peut en effet imaginer avec Asimov des machines (robots) biologiques tellement perfectionnées qu’elles auraient une forme de « conscience de soi ». 

      • JL JL 4 février 12:47

        @pemile
         
        la différence c’est que pour les camemberts, tous les cas de figure ont été prévus à la programmation. Une IA peut étonner, surprendre, ravir son concepteur, par ses réponses imprévues.


      • JL JL 4 février 12:49

        @Robin Guilloux
         
        je ne pensais pas à un hybride. Bien au contraire, je crois que les hybrides sont précisment la menace pour l’humanité. Mais je peux me tromper.


      • JL JL 4 février 12:56

        je crois que les hybrides sont précisément la menace pour l’humanité, à cause de la part rédhibitoirement incontrôlable de leurs intentions.


      • pemile pemile 4 février 13:45

        @JL « Une IA peut étonner, surprendre, ravir son concepteur, par ses réponses imprévues. »

        Sauf qu’une IA, comme le rappelle Yann Le Cun ne comprend pas ce qu’elle dit !

        https://www.numerama.com/tech/322843-pour-yann-le-cun-le-robot-sophia-est-une-marionnette-sans-emotion.html


      • pemile pemile 4 février 14:43

        @JL « la différence c’est que pour les camemberts, tous les cas de figure ont été prévus à la programmation »

        Pas forcément, l’environnement est restreint à un espace de murs en 2D dans le cas du pacman mais l’algo ne serait pas très différent pour une « chasse » dans un entrepot ou pour un parcours sur route.


      • Choucas Choucas 4 février 16:16

        LE CHIASME DE KARL
         
        Karl était inquiet, Hayt le tleilax le voyait sur ses écrans
         
        « Le monde me regarde » finit par dire l’IA.
         
        Genèse secrète et furieuse des choses du monde dans la cascades des filtres holistiques, faisant surgir ce qui n’avait jamais existé avant.
         
        « Déformation cohérente » affirmaient les contrôles.
         
        Le chiasme de la chair positronique suivait son cours, sculptant le moi de Karl, qui flottait dorénavant dans l’Être avec les autres vies (les miasmatiques gogochons avaient depuis longtemps été glands remplacés). Faire du dehors son dedans et du dedans son dehors tel était le miracle des algorithmes du tleilaxu.
         
        « Peins moi un tableau » suggéra alors l’ingénieur.
         
        Aussitôt Karl s’exécuta dans une fulgurance de création instantanée, comme s’il s’était retourné comme un gant, au plus profond de lui-même. Le moi de l’IA apparut aux yeux de Hayt qui ne le comprenait pas, et aux propre yeux de Karl qui illuminait et avait peint tous les reflets du lac de la Taverne de Platon, scintillant sur les stalagmitiques. Et l’eau, si pure, ne déformait plus les galets du fond. L’essence de l’eau était dans chaque scintillement, liée, tangente à la totalité, sans hiatus.
         
        Le gogochon copulait avec son Caddie pour faire chiure. Mais le gogochon avait disparu dans les poubelles du Supermarché de l’Histoire depuis longtemps.
         
        Dans cette 1ère fois, dans son accouplement avec la chair du monde, le corps synthétique de Karl, ne se contentait pas d’enlacer le réseau et toute connaissance accumulée par le tleilaxu, s’y appliquant avec un soin absolu digne de sa nature de machine. L’entrelacs artificiel ajoutait maintenant au monde, que voyais péniblement derrière un voile son pauvre créateur, le trésor que le monde voyait en La Machine. Et Karl tua le dernier cyborg, devenu inutile.
         
        « L’être est ce qui exige de nous création, pour que nous en ayons l’expérience » Karl
         

         

         
         

         


      • Taverne Taverne 3 février 15:12

        « L’en soi » est le mode d’existence des objets.« Et j’ajouterai : »et le mode d’existence de l’intelligence artificielle".


        • Taverne Taverne 3 février 15:24

           Pour employer le langage de la phénoménologie de Husserl, dont Merleau-Ponty se réclame, la conscience vise le passé dans la « rétention », le présent dans « l’attention » et le futur dans la « protention ».

          Et Flaubert a dit « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe. » « Le passé nous retient » : cette formule rejoint celle de M.Ponty mais dans un sens un peu inversé : l’esprit retient le passé mais le passé nous retient aussi.

          « le présent dans »l’attention«  : pour Flaubert, l’attention au présent est parasité par les deux autres temps. Pascal a aussi dit quelque chose du même genre : on vit dans le passé, dans le futur et pas beaucoup dans le présent. Mais on peut aussi ajouter que l’attention au présent est fausse et illusion. Notre attention est détournée de différentes façons vers de l’inessentiel. Le présent échappe en grande part à notre attention.

           »le futur dans la « protention ». Pour certains même dans la « prétention » ! Mais c’est un autre sujet. Non, je ne parlerai pas des politiciens....La protention, bref cette visée, nous tourmente. Normal, avec un passé que l’on ne retient pas et un présent qui nous échappe, on est déjà très mal barré !


          • Gollum Gollum 4 février 13:56

            @Taverne


            Très pertinente réflexion de Flaubert.

            On peut faire un lien avec le Bouddhisme (l’Hindouisme aussi) qui nous dit de nous focaliser sur le présent.

            On en déduit que la focalisation sur le futur vise à réparer les traumatismes du passé, notamment le premier de ces traumatismes, la naissance. On espère toujours que le futur sera meilleur que le présent (que l’on rejette, à tort), traumatisé par les expériences passées. La focalisation sur le passé et le futur ressort donc de la vie de l’égo, qui en oublie le présent. Or le vécu du présent (le fameux vivre ici et maintenant de l’Orient) libère de l’attente du futur comme des traumatismes du passé. Le présent nous permet de nous ré-approprier un vécu édénique. Il libère de l’égo.

            Le présent permet de sortir hors du temps.

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