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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Dans une salle d’attente !

Dans une salle d’attente !

Mes billets de Hongrie N° 1

Tuer le temps à coups de pourquoi ...

En transit, terrible situation s'il en est pour celui qui, habituellement, passe beaucoup de temps dans un édicule secret, pour tout autre chose. Ici, les couloirs sont vastes, interminables, peuplés de gens en errance, en transit, en partance ou bien arrivant de partout. Tout marche désormais sur des roulettes ; ça roule, plus exactement, pour une société qui a laissé le sac à dos dans le musée des souvenirs archaïques. La valise a rejoint le chariot : elle suit docilement, elle accompagne tout déplacement en un feulement discret.

N'en pouvant plus de rouler sa bosse, sa valise et son ennui le long de ces vitrines honteuses, aux prix indécents et au luxe à vomir, le quidam en correspondance ne correspond plus qu'avec lui-même ; il attend, seul, noyant son ennui dans un portable quelconque, un journal offert gracieusement, une tablette qui devient la compagne idéale du voyageur solitaire ou des abîmes de réflexions intimes.

Les minutes n'en finissent pas de se succéder, toutes identiques, interminables, fastidieuses. Trois heures à tuer sans but, sans possibilité de fuir cet endroit où la solitude se fait collante, glauque. Les uns cherchent dans le sommeil une manière d'abolir l'insupportable, d'autres se perdent dans l'écoute de leur musique, le casque vissé sur les oreilles pour ne plus entendre ceux qui, en groupe, ne cessent de parler à haute voix.

Quelques-uns sont pris de fièvre acheteuse pour avoir l'air affairé, pour satisfaire une pulsion vitale, une envie de montrer à tous qu'avoir est bien plus important qu'être. Point n'est besoin de beaucoup se forcer : ils sont dans le temple du futile, du tape-à-l'œil, de l'objet qui atteste de la réussite sociale, du bijou et de la montre au prix astronomique . Ici, les bandits de grands chemins d'antan ont ouvert des boutiques ; les voyageurs à détrousser sont des victimes consentantes. La bourse qui se vide atteste que vous êtes en vie !

Beaucoup d'autres regardent, interloqués, les prix qui s'affichent sans honte ni pudeur. Dans quel société vivons-nous pour qu'une montre vaille ce prix proprement ahurissant ? Et dire qu'il existe des imbéciles, sans doute fortunés, pour prétendre que cet objet représente le paradigme de la réussite alors qu'il n'est que l'expression la plus aboutie de la sottise humaine !

Tout est feutré : un calme étrange dans cette agitation fébrile. Quelques appels au microphone, des voix forcément suaves pour avertir que tout bagage laissé sans surveillance sera impitoyablement détruit. La menace est présente : les fouilles l'attestent. Il faut montrer patte blanche et faciès en conformité à chaque espace d'embarquement. Dans cet univers policé, la présence d'une femme toute voilée de noir fait tache :elle interpelle et peut même inquiéter.

Embarquer, celui qui attend ne rêve que de ça. Il regarde nerveusement les pendules, les aiguilles qui n'en finissent pas de tourner en rond à une allure qui n'est pas conforme à ses attentes. C'est curieux cet univers interlope, je ne peux m'y complaire. Des ombres passent, elles viennent ramasser tous les reliefs que laissent derrière eux les gens en promenade à travers le monde. Les uns ne font que regarder partir les grands oiseaux, ils sont collés à leur territoire tandis que les autres ont des semelles de vent.

L'heure est arrivée, il faut se présenter devant le terminal, justement nommé puisqu'il est censé signifier la fin de l'attente. Ce jour-là pourtant ce n'était qu'un nouveau commencement, un supplément pour alourdir davantage le bagage du voyage. Une grande compagnie allemande connaît, elle aussi, des impondérables, elle aussi oublie de communiquer ce temps qui vient s'ajouter à celui qui n'en finissait pas auparavant.

Nouvelle pause, nouveaux voisins, nouvelles impatiences. Le café devient alors la boisson qui donne de la contenance à l'exaspération. La compagnie se montre généreuse en ce domaine, bien plus que pour les éclaircissements. Nouveau tour de pendule, c'est long, c'est même parfaitement inconcevable qu'il faille finalement autant de temps pour rejoindre par ce moyen si sophistiqué deux grandes villes européennes.

Cette fois, c'est le départ ultime ? Que nenni, il faut tous se tasser dans un autobus archaïque pour, au bout d'un périple interminable, rejoindre un avion dont il faudra gravir la passerelle, sous la pluie, tout au bout des pistes. Manifestement, l'appareil sort des hangars depuis peu, il y fait froid. Quand rien ne va, tout va ainsi à vau-l'eau.

La suite ne sera qu'une banale liaison aérienne sans histoire, du moins je l'espère en écrivant ces lignes. La dame en noir est pourtant dans l'appareil. Le curieux pressentiment ne peut abandonner le suspicieux chronique ; le temps n'est pas à la confiance aveugle en ce domaine. Fallait-il attendre aussi longtemps pour s'offrir ce supplément d'émotion ? Mon sens de la tolérance se heurte aux représentations que nous impose ce monde délirant. Je vous prie de m'en excuser.

Voyageusement vôtre.


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8 réactions à cet article    


  • Spartacus Spartacus 24 août 2015 10:47
    Le nihilisme du misérabilisme ?

    C’est quoi ce jugement de valeur sur les gens qui achètent quelque chose dans la zone de transit ?

    Une « moraline » qui donne des bon points de respectabilité pour l’achat d’une breloque, sur la raison ou la passion des gens dans l’aéroport ?

    • C'est Nabum C’est Nabum 24 août 2015 15:22

      @Spartacus

      Tirez à boulet rouge sur ce pauvre rien qui se permet d’écrire
      Vous avez raison grand maître !


    • Zolko Zolko 24 août 2015 11:48

      Mes billets de Hongrie N° 1
      eh ben, j’espère que ce sera le dernier aussi. Le mec qui s’emmerde 3h dans un aéroport et veut absolument que ça se sache. Le nombrilisme à l’état pur.


      • C'est Nabum C’est Nabum 24 août 2015 15:22

        @Zolko

        Accordez moi le second puis votez la mort


      • juluch juluch 24 août 2015 12:23

        Salut Nabum


        En transit ou chez le médecin prendre toujours un livre !

        Comme à l’armée : dépêchez vous d’attendre........  smiley

        • C'est Nabum C’est Nabum 24 août 2015 15:23

          @juluch

          Vous avez raisons mais comme un idiot, je lis Proust qui n’est pas recommandé en de tels lieux


        • Dom66 Dom66 24 août 2015 22:18

          Très beau texte, écrit comme un roman qui débute. Bravo.

          C’est tout a fait ça.

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