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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Divagations landaises

Divagations landaises

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L’océan pour témoin.

Une longue marche entre la dune et l’océan sur une plage déserte pousse à l’art délicat de la conversation à bâtons rompus, plaisir que ne peuvent s’offrir les adeptes de la marche nordique qui passent à côté de nous, telles des flèches ayant le vent aux trousses. Nous devisons, nous pérorons, nous ratiocinons pour finir parfois par tenir des propos qui méritent d’être gravés sur le sable fin.

Chaque année, le même constat nous saute aux yeux : la côte se modèle, se façonne, se transforme, en dépit des efforts des hommes pour maintenir un équilibre précaire. La nature est la plus forte, malgré les efforts des uns et à cause des coups tordus des autres : le vent, la mer, le sable n’en font qu’à leur tête et c’est tant mieux.

L’homme laisse cependant sa douloureuse et pitoyable trace. Des détritus jonchent notre parcours : bouteilles et bidons de plastique, sacs et déchets divers et toujours avariés, cordages, filets et tout ce qui se jette par-dessus bord. L’humain souille : c’est bien la seule chose qu’il fasse spontanément, naturellement, oserai-je écrire.

N’en pouvant plus, l’une d’entre nous ramasse un énorme bidon qu’elle remplira aisément de ses épaves de notre société de consternation tandis que son geste chevaleresque entraîne une discussion animée sur l’organisation des circuits de distribution. Le jetable est la plaie du système tout en étant son essence même. Il serait pourtant si simple, par la loi, d’interdire le fongible, de prohiber ce qui ne se récupère pas dans des circuits de recyclage à la charge des vendeurs.

Mais s’il est simple de dire le souhaitable en marchant sur le sable, il est impensable d’envisager pareille loi édictée par des parlementaires qui ne sont là que pour servir les intérêts de la grande distribution, des industriels et des groupes de pression au détriment de la nature et de l’avenir. D’eux, nous savons que les seules contraintes qu’ils décident sont toutes tournées contre les consommateurs, les citoyens, les plus humbles qui sont, au final, les seuls cochons de payants de ce système vicieux.

Nous longeons l’égout de notre chère papeterie. Là encore, nous n’avons que notre nez et nos yeux pour déplorer la nuisance. La mer est ici couverte d’une mousse blanche nauséabonde et c’est pourtant là que des pêcheurs viennent tendre leurs lignes. Preuve que l’humain n’aime rien tant que la fange et les égouts. Nous filons bien vite de là, l’estomac révulsé à l’idée de la qualité de leurs prises éventuelles.

Un belvédère nous offre une vue panoramique sur l’immense forêt landaise. Quelques panneaux retracent les efforts des pionniers pour faire reculer le sable et installer la dune telle que nous la connaissons aujourd’hui. Nous pouvons mesurer notre incapacité actuelle à mener des travaux de cette envergure :tout se heurte à la folle inflation des coûts, à l’impossibilité de mener un projet à long terme, dispendieux et sans retombées directes. Nous avons basculé dans une société de l’immédiat et de la cupidité.

Au loin, l’épave d’un navire marchand. Vieille connaissance qui nous sert de point de repère et de but de promenade chaque année depuis si longtemps. La carcasse rouille, elle se transforme au fil du temps, elle devient belle : la rouille, les éléments la sculptent et la magnifient. Elle n’est jamais la même également. Des parties se découvrent, d’autres se détachent. Pourquoi a-t-on laissé ce monstre ici ? Parce que la dépense eût-été trop importante ? On mesure le respect que l’homme accorde à la côte devant une pareille verrue métallique.

Nous regagnons nos pénates. Demain sera une autre promenade, d’autres sujets d'indignation ou d’admiration. Nous discourons, nous essayons encore de tenir un discours structuré, de proposer des phrases construites pour aborder des sujets qui puissent permettre le dialogue et parfois le débat. Serions-nous les derniers représentants d’une espèce humaine qui jadis disposait d’un merveilleux outil d’échange et de communication qu’on nommait la langue ? Nous revenons vers la civilisation ; il est temps de reprendre téléphone et télévision, ordinateur et tablette afin de nous taire, chacun dans notre coin.

Plagistement vôtre

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11 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 9 avril 2016 10:14

    Il en va des navigateurs professionnels ou touristiques, comme des automobilistes, dès qu’ils sont sur leur bateau, ils se transforment en égoïste s’ils ne l’étaient pas déjà.

    Une bonne part des déchets provient du rejet en mer, comme si c’était un puits sans fond.

    Une autre partie sont les déchets balancés dans la nature, qui échouent dans les ruisseaux, puis les rivières jusqu’au bord de mer.

    Enfin, pour le reste, ce sont les plagistes.

    Ce qui est remarquable, ce sont ces gens qui viennent promener leur(s) chien(s) sur la plage, souvent sans laisse, les y laissent faire leurs besoins sans état d’âme, sans respect pour les autres et sans ramasser.

    La mer efface tout, n’est ce pas ? Sauf la bêtise humaine.


    • C'est Nabum C’est Nabum 9 avril 2016 11:25

      @Daniel Roux

      La mer est une poubelle alors que c’est sans doute notre bien le plus précieux

      Si nous ne changeons pas radicalement de comportement, le désastre est pour bientôt
       C’est toute une éducation qui doit être fevue

      Merci


    • Fergus Fergus 9 avril 2016 11:36

      Bonjour, c’est Nabum

      Je connais bien cette région dont mon épouse est originaire.

      Or, il se trouve que nulle part je n’ai, à propos de « l’égout de notre chère papeterie », fait ce constat : « Là encore, nous n’avons que notre nez et nos yeux pour déplorer la nuisance. La mer est ici couverte d’une mousse blanche nauséabonde. »

      Où avez-vous fait ce constat ? Une information utile pour tous ceux qui, comme moi, se baladent parfois durant de longs kilomètres sur les plages girondines.

      Car je présume que vous parlez de l’exutoire de l’usine de Biganos de la Cellulose du Pin dont les effluents transitent par le réseau SIBA d’Arcachon pour être rejetés à des kilomètres dans l’océan. Si tel n’est pas le cas, merci de le préciser.


      • Fergus Fergus 9 avril 2016 11:38

        Pour le reste, d’accord avec vous sur la présence de nombreux détritus dont la majeure partie sont rejetés sur la côte par les marées. Mais les estivants ont également une part de responsabilité. et ce n’est pas tolérable.


      • C'est Nabum C’est Nabum 9 avril 2016 12:29

        @Fergus

        Non
        C’est Mimizan


      • Fergus Fergus 9 avril 2016 12:53

        @ C’est Nabum

        OK, merci pour la précision. Je ne suis pas allé à Mimizan depuis des décennies. Il est scandaleux qu’il y ait ce type de nuisance.


      • C'est Nabum C’est Nabum 9 avril 2016 13:39

        @Fergus

        Le chantage à l’emploi fonctionne

        Vous nous imposer des travaux et on part
        C’est trop facile


      • juluch juluch 9 avril 2016 15:23

        L’avantage du métal c’est qu’il finit par retourner à son élément d’origine et disparaître.


        le plastique, surtout certains c’est plus problématique.

        Il se décompose en tout petits éléments qui sont très long à être absorbé par la nature.

        Tous les pays ayants des cotes jettent et sur la terre entière malgré les avertissements.

        Tourne vire, on finit par retrouver ses résidus d’hydrocarbure dans nos assiettes.

        Mais petit à petit les mentalités changent.....lentement !

        Merci encore Nabum !

        • C'est Nabum C’est Nabum 9 avril 2016 16:10

          @juluch

          L’eau a passé et repassé sur le fer et le fer a dissout

          Merci l’ami


        • Radix Radix 10 avril 2016 13:10

          Bonjour Nabum

          Je connais bien cette région aussi bien à terre qu’en mer et le problème des déchets sur les plages landaise a fait l’objet d’une plainte des communes littorales landaises auprès de l’Europe.
          En effet les déchets proviennent pour la plupart d’Espagne, ce qui est facile à déterminer en regardant les étiquettes des emballages.

          Ayant longé les côtes espagnoles en voilier, je m’étais rendu-compte que les bennes à ordure étaient déversées directement dans la mer du haut de la falaise entre Santander et San Vicente de la Barquera.
          Les courants marins se chargeant de transporter le tout vers les côtes françaises.

          Théoriquement cette plainte avait aboutie, mais apparemment il y a encore des problèmes.

          Radix

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