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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Instantanés d’une plage ordinaire - 3 -

Instantanés d’une plage ordinaire - 3 -

Le Bonimenteur en vacances ...

Lire à la plage

Lire sur le sable, ce n'est pas tout à fait un acte ordinaire. Il faut se poser bien des questions, s'imposer plus encore de gesticulations acrobatiques pour trouver position adéquate. Il n'est pas aisé de conserver le fil de son récit tant les sollicitations, ici, sont diverses, les perturbations nombreuses et les impondérables de toutes natures sur le sable. Tout demande réflexion y compris le format du livre que l'on risque de trouver ensablé avant que de l'avoir vraiment parcouru.

La position du lecteur sur le silice est un supplice à nul autre pareil. Il doit en premier lieu se prémunir du vent qui est un adversaire redoutable dès que le livre se donne des allures de grand. Le soleil quant à lui, est un opposant d'une toute autre dimension. Il demande équipement ou adaptation. Le lecteur en position dorsale qui souhaite se parer de l'astre solaire avec son seul livre prend le risque d'une crampe aux bras et d'un mal au cou qui pourraient lui faire passer l'envie de la relecture.

Les mieux équipés fourmillent d'idées pour tenir le choc, réussir cet impossible gageure ! Ils s'arment d'un parasol cela va de soi mais aussi coussins pour surélever la tête, cette partie du lecteur qu'il convient de préserver pour que la lecture demeure pertinente. Chaises pliantes, basses, trous dans le sable, monticules ou toute autre installation qui donnent confort et repos au dévoreur de lignes sont autant de réponses possibles qu'il vous appartiendra d'étudier.

Il faut choisir ensuite un livre pour l'usage que vous voulez lui assigner en ce lieu. Il y a le roman de façade, celui qui vous donne l'apparence de la sagesse à des fins qui ne sont pas toujours avouables. Derrière un gros bouquin à la couverture cartonnée, il est aisé de mater les voisines petitement vêtues et les lunettes fumées ont bien du mal à justifier votre occupation supposée ...

Il y a aussi des erreurs à ne pas commettre, des dissonances fatales comme celles de vouloir à tout prix lire un roman fleuve au bord de l'Océan. Le roman de gare vous laisse sans entrain quand la série noire suppose que vous ayez un bronzage à la hauteur. Le roman policier doit rester dans le sable les jours de grand vent et le roman rose aime par dessus tout les premiers jours de vacances.

Le livre n'est pas tout, il faut choisir son auteur. Il y a celui qui évoque immédiatement quelque chose aux curieux qui ne manqueront pas de pister ce que vous êtes censé compulser. Il faut adapter votre choix à la sociologie de votre environnement estival. Dans tous les cas, le « best-seller » est recommandé pour une conversation facile avec un inconnu de passage. Des choix plus osés risquent de vous couper de vos semblables, Céline, Kennedy Toole ou Salman Rusdie ne sont pas en haut de la vague estivale.

Il faut aussi prendre la précaution de montrer que vous avancez dans votre ouvrage, que votre marque page progresse de jour en jour. Faire tout un été avec le même roman ne sert guère vos intentions, il se trouve toujours un voisin attentif pour déjouer votre astuce. Changer de roman tous les jours n'est pas plus efficace. Vous devez simuler une lecture moyenne, avancer à petits pas et ne pas oublier de tourner régulièrement une page de temps à autre !

J'oubliais le conseil essentiel, celui qui vous évitera toute raillerie superflue. Prenez votre compagnon de papier dans le bon sens. Le conseil peut paraître trivial mais il arrive parfois que nos lecteurs horizontaux se trompent, fort occupés qu'ils sont à bien autre chose que ce à quoi ils feignent de s'adonner. C'est la faute suprême qui vous contraindra, je le crains, à changer promptement de lieu de villégiature.

Enfin, le journal n'est nullement indiqué dans les régions océaniques. L'exercice est rigoureusement impossible avec les grands formats. Même lire l'Équipe relève de l'exploit. Rabattez-vous sur les magazines et attendez si possible, le passage d'une caravane publicitaire qui vous fournira en ouvrages inutiles. Prenez garde néanmoins au nom de la revue, certaines vous classeront dans des catégories particulières bien avant que vous compreniez pourquoi l'on rit sous cape derrière vous.

Lire sur la plage, finalement ne s'improvise pas et si vous vous munissez d'un imprimé simplement pour avoir un peu de constance, il n'est pas rare que la stratégie se retourne contre vous. Ne cherchez pas l'extravagance ou bien l'incongruité, allez piocher du côté des meilleures ventes, vous ressemblerez ainsi à ceux que vous voulez imiter !

Quant au lecteur authentique, jamais il ne lui viendrait à l'esprit de mettre un grain de sable dans son précieux compagnon. Il conservera son livre sur sa table de chevet ou près d'un bon fauteuil sans risquer de lui faire souffrir les outrages d'une météo à ne pas mettre un livre dehors cette année.

Lecteurement vôtre.


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17 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 14 août 2013 11:23

    Pour optimiser la lecture sur la plage , on peut compter sur Babakar qui viendra proposer un large choix de chapeaux et de lunettes de soleil !

    je viens de finir NetForce de Tom Clancy , et j’attaque en ce moment Du Domaine des murmures de Carole Martinez

    le plus dur en ce moment par ici , c’est de rentrer dans l’eau qui a bien rafraichi après le Mistral , alors qu’il fait 30° C , ça vous fait un de ces chocs thermiques !!


    • ZEN ZEN 14 août 2013 11:53

      J’ai trouvé une solution : le e-book

      C’est discret, léger, résistant au vent, sans réverbération au soleil...
      Sans limites aussi : l’équivalent d’un sac de plage chargé de 300 volume et plus
      Loin du See,Sun and Sex, je reviens sur Ovide, Montaigne ou Monpassant, à ma guise...

    • LE CHAT LE CHAT 14 août 2013 12:02

      Salut Zen ,
      le e book , c’est pas mal , mais risqué sur la plage à moins d’avoir quelqu’un pour le surveiller pendant la trempette ! personne n’irait voler un pauvre bouquin papier , acheté 50cts ou un euro aux vide grenier .

      la racaille suit ses victimes jusque sur les plages ! un e book , c’est tentant ! smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 14 août 2013 12:17

      Le Chat


      Quant à moi, je lis « La traversée de la France à la nage » ce qui me dispense d’aller à l’eau ! 

    • C'est Nabum C’est Nabum 14 août 2013 12:18

      ZEN


      Méfiez-vous du sable Une rayure est si vite arrivée ! 

    • ZEN ZEN 14 août 2013 12:37

      Salut LE CHAT

      A Wimereux, il y a de la rocaille, pas de racaille


    • C'est Nabum C’est Nabum 14 août 2013 12:19

      Aladeen


      Pour lire heureux, lisons cachés ! 

      Voilà la morale de la fable ...

    • jako jako 14 août 2013 12:47

      Merci Nabum, j’aime lire mais curieusement pas partout, par exemple terrasse ou plage, impossible, trop de choses vous distraient


      • C'est Nabum C’est Nabum 14 août 2013 13:39

        Jako


        Vous ne faites donc pas partie des contorsionnistes ou de ceux qui feignent la lecture ! Je vous en félicite ... 

      • Prudence Gayant Prudence Gayant 15 août 2013 00:34

        Vivement la rentrée !

        Tous ces galets ce sable et ces Français affalés sur le sable sont d’un ennui mortel.
        Bison futé commence à s’ennuyer ferme.
        Bientôt le 19 août, 

        • C'est Nabum C’est Nabum 15 août 2013 07:50

          Prudence


          Pour changer un peu, à la rentrée les français se retrouveront sur la paille ! 

          Le changement c’est maintenant

        • Prudence Gayant Prudence Gayant 15 août 2013 15:21


          Ceux qui ont encore de la paille chez eux sont des nantis.
          Nous nous plaignons régulièrement des mauvaises conditions de vie, pourtant, rien ne change réellement.
          Que faut-il renverser ? le système ? 
          Vos articles sont reposants, il suffit de se laisser bercer par le doux clapot des vagues. 
          Je lis en général les commentaires publiés sur le côté droit de la page d’accueil d’AV et parfois je frémis sous la virulence des propos échangés.
          Même par ces temps de grosses chaleurs, les participants de ce journal-citoyen ne se mettent pas au vert. Pas de répit pas de farniente !
          Je suis comme un crabe qui se « planque » dans les trous d’eau et observe la houle.
          Mais la rentrée s’annonce autrement moins idyllique. 
          En cette journée de la fête de la Vierge Marie, qu’elle vous ait en sa sainte garde. 
          Bonne journée
          PS : je ne suis pas totalement athée un peu dubitative, curieuse et surtout voudrais savoir ce qu’il y a réellement derrière tout cela. C’est à ce moment-là qu’une machine à remonter le temps me serait très utile. 
          Mais c’est je l’ai oublié un article sur la plage et ses péripéties. Je retourne dans mon trou d’eau la marée remonte je vais pouvoir pincer quelques fesses bien charnues d’imprudents baigneurs. Ceux qui ont bien grillé au soleil d’août. 

        • C'est Nabum C’est Nabum 15 août 2013 15:35

          Prudence


          Changez le système s’imposera snas doute quand l’équité sera au centre du projet de société.

          En attendant, chacun se plait à vivre de ses petits avantages et ne s’indignent pas d’avoir plus misérable en dessous de lui.
          Ainsi, le système a encore de beaux jours devant lui ...

          Alors réfugions-nous là où nous pouvons, vous dans votre trou d’eau et moi sur la Loire où je file à l’instant ! 

        • Prudence Gayant Prudence Gayant 15 août 2013 19:24

          Ne vivez-vous pas vous même de vos petits avantages ?

          Indignez-vous.
          Il en restera bien quelque chose.
          Le système a été changé bien des fois depuis le 6 octobre 1789. 
          Ce n’est pas le système qui est en cause mais bien l’espèce humaine. 
          Je retourne dans mon trou d’eau.

          • C'est Nabum C’est Nabum 15 août 2013 21:29

            Prudence


            Le système n’a jamais fondamentalement changé.
            Sauf en 1789 où il y eu une passassion de pouvoir entre une classe et une autre, depuis, ce sont toujours les mêmes qui détiennent pouvoir et argent.

            Il faut changer les règles du jeu pour donner place à une diversité sociale dans les organes de décisions.

            J’ai naturellement das avantages liés à ma profession mais sachez qu’en contre-partie je refuse toute rémunération pour mes contes et mes interventions dans une logique qui échappe à bien des gens.

          • Prudence Gayant Prudence Gayant 15 août 2013 22:58

            Je ne remet pas en cause votre probité. 


          • C'est Nabum C’est Nabum 16 août 2013 08:23

            Prudence


            Je n’en doute pas mais j’aime à préciser que j’agis ainsi ce qui me cause bien des tourments. Ainsi dans les grosses animations de Loire, les municipalités délèguent le programme à un professionnel qui prend un pourcentage sur les cachets des intervenants.

            Un piurcentage du gratuit pose vraiment trop de problème, il est préférable de m’écarter. Ça m’amuse. Pauvre société du fric ! 

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