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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Le miséreux au grand cœur

Le miséreux au grand cœur

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Hugues l’hospitalier.

Aller sur les chemins, c’est se lancer dans l’étrange aventure des rencontres impromptues. Parfois, des gens bien ancrés dans leur confort ferment leur porte à celui qui marche. D’autre fois, par crainte, peur ou simplement ignorance, de braves gens l’ignorent superbement, faignant de ne pas le voir ou de ne pas entendre son bonjour. Plus rarement, une porte s’ouvre, un inconnu, le cœur sur la main vous dit : « Finissez donc d’entrer ! ». Exceptionnellement, des inconnus se lancent dans des confidences, profitant de l’aubaine d’une oreille de passage pour vous confier des secrets.

Jamais il ne me fut donné de pénétrer dans univers plus sordide, dans un espace misérable d’où en premier abord, la saleté, le désordre, la pauvreté prenaient le pas sur tout autre impression. Puis, aux premiers mots échangés, le décor s’efface pour ne laisser place qu’à un être d’exception. Je trouve là, dans cette fermette d’un autre âge, d’un autre siècle, un homme au cœur bien plus riche que la multitude de nos semblables.

Il est assis sur un banc quand je l’avais remarqué. Indifférent semble-t-il à tous ces marcheurs qui passent devant chez lui. Solitaire, le vieil homme guette sans doute un regard qui ne soit pas empreint d’une curiosité malsaine. Son espoir, que l’un de ceux-là s’arrête et vienne le saluer.

L'homme se cache sous un bob enfoncé jusqu'au ras des yeux. À la main il arbore un bâton qu’il a lui-même sculpté. Les décors est naïfs mais grand le soin donné à leur réalisation. À ses pieds un seau plein de plumes, atteste qu'il se nourrit des pensionnaires de sa basse-cour, volailles allant sans barrières ni contraintes.

L’homme, tout comme le décor, était si étonnant que je vins à lui pour lui serrer la main. Je pousse même l’audace en lui demandant sous forme de plaisanterie si c'est bien ici qu'on offrait l'apéritif. Il me renvoie aussitôt un grand et franc sourire édenté et d'une voix bien vite essoufflée, il me prie de le suivre …

L'homme marche à petits pas hésitants. Il est plus bringuebalant que chancelant et le bâton lui sert de tuteur. Il s'arrêta plusieurs fois sur la courte distance pour reprendre souffle et un peu contenance. Sans la moindre hésitation il me pria d'entrer dans sa modeste fermette plus délabrée que pittoresque.

L'intérieur dans lequel nous pénétrâmes me fit faire dans l’instant un voyage dans le temps et la détresse humaine. C’était un décor digne des reportages de Depardon ou des reportages de voyage dans des contrées lointaines ayant échappé à la modernité. Un siècle d’avant l’électricité et tout le confort auquel désormais nous sommes attachés.

Une table de bois, tout de guingois, couverte d'un capharnaüm improbable, d'un désordre absolu, d’une crasse qui s’impose immédiatement au regard. Les reliefs de la veille, des miettes, des épluchures mais aussi des outils, des objets déplacés, des fragments de vie étaient ainsi exposés au hasard.

Au fond de l'âtre, un poêle à bois pour unique chauffage. La porte de l'âtre est cassée et l'opacité du verre ne permet pas d'en voir beaucoup plus. Plus loin, un petit four électrique perdu dans un tel décor semble parfaitement incapable de fonctionner. Tout au fond, une télévision d’une autre époque, avec deux antennes comme un escargot, atteste néanmoins que la civilisation n’a pas déserté l’endroit. Je doute qu’elle fonctionne encore.

Les fils électriques courent, fixés à même la poutre dans un réseau confus et sans doute incertain. La noirceur du lieu vient des fenêtres closes et d'un état des murs qui ont depuis longtemps effacé toute peinture. Sur la poutre de la cheminée trônent fièrement des obus de cuivre sculptés, vestiges d’une guerre qu’il n’a pas pu faire.

Sur le sol, à l'entrée, une bonbonne à oxygène atteste que notre homme n'est pas au mieux de sa santé. Il se lève d'un pas traînant pour m’ apporter une bouteille bouchée et cirée. Il veut à tout prix honorer son visiteur et lui offrir ce qu'il a de meilleur lui qui n'a presque rien.

Au fond de la pièce, une fontaine de faïence bleue lui permet de recevoir l'eau courante. Il me verse un vin vieux, au goût incertain qu'il me sert dans un verre très propre. La dignité se pare de détails anodins qui montrent que l'humanité n'a pas besoin de grandes richesses pour s'exprimer pleinement. Il me raconte alors sa vie, son métier du temps des batteuses et des sacs de 120 kg qui lui brisaient le dos. Il était bien plus riche de ses souvenirs simples que beaucoup de nos concitoyens méfiants. Je laissai à regret cet hôte au grand cœur pour retourner à une époque à laquelle il n’avait sans doute jamais appartenu.

Chaleureusement sien.


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18 réactions à cet article    


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 juillet 2018 10:33

    Bonjour Nabum. Hugues au rythme de son coeur nous tend ses menottes. Elles ne nous enchaînent que si nous les libérons. Aux lettres qui ne furent jamais détournées de leur sens profond. HUG n,’est pas LUG, mais presque,...


    • C'est Nabum C’est Nabum 26 juillet 2018 20:43
      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Libérons nous de nos entraves

    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 27 juillet 2018 10:57

      @C’est Nabum

      C’est l’avantage d’Agora, je peux m’y promener parmi les moutons de Panurge sans devoir les côtoyer en vrai. Ceci ne s’adresse pas ceux qui sont passés par la lu « CARNE » de mon coeur. Il suffit d’un livre pour matérialiser ce qui est éloigné par la distance.

    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 juillet 2018 10:36

      Belles synchronicité avec Rose « mare ». Quand les mots se font ARCHE de Noé et coulent de source. LES FLEURS BLEUES : https://journals.openedition.org/babel/1462


      • Giordano Bruno 26 juillet 2018 10:47
        Vous écrivez :

        Puis, aux premiers mots échangés, le décor s’efface pour ne laisser place qu’à un être d’exception.

        On s’attend donc à en apprendre bien plus sur l’exceptionnalité de l’homme que sur le décor. Or, le texte révèle le contraire. Je trouve cela maladroit. J’ai lu la description du décor en diagonale, impatient d’entrer dans le vif du sujet, l’homme. Et je suis parvenu à la fin, déçu.

        Soit il aurait fallu éviter cette phrase pour ne pas créer d’attentes insatisfaites, soit, et cela aurait sans doute été le plus judicieux, présenter davantage les qualités de cet homme.

        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 juillet 2018 10:52

          @Giordano Bruno


          Voir avec les yeux du COEUR. Cette zone, à la différence du serre-veau possède la plus grande quantité d’ADN (arche de NOE). 

        • C'est Nabum C’est Nabum 26 juillet 2018 20:44
          @Giordano Bruno

          Je suis nul

          vous êtes exceptionnel

          je vous laisse reprendre tout ça

        • Raymond75 27 juillet 2018 10:35

          @C’est Nabum
          Giordano Bruno a raison : vous décrivez l’esthétique du décor, mais pas un mot sur la personne ....



        • Giordano Bruno 27 juillet 2018 13:39
          @C’est Nabum

          Je ne dis pas du tout cela. Ne prenez pas la mouche. Je suis justement un de ceux qui apprécient de vous lire.

        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 juillet 2018 10:49

          2005. Crucifiée par un lion et ses Fèves des Marais. https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Surand. A JUNG (anniversaire le 26 juillet).


          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 juillet 2018 10:57

            30, rue de l’ATHENEE pour ATHENA. UN CYGNE qui ne fut pas trompeur, malgré les appats « rances » et la pile d’impayés,...Mais, l’endroit sentait bon en dépit des rideaux venant d’un château de Lozère (plus ou moins 100 ans), et tombant en décrépitude, je passe le reste,....vestiges divers de dégâts des eaux. Il fallait couper les fusibles avant de prendre une douche,... 


            • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 juillet 2018 11:03

              Pas de toilettes. Juste un coin dans un jardin et l’objet du débris jeté dans les poubelles. Pourtant,....aujourd’hui proche de Macron macaron. La vie a de ses détours,....imprévus. Mais le souvenir reste accroché et ne risque jamais de me coller à l’autre, tout en haut,....


              • juluch juluch 26 juillet 2018 11:56

                J’en ai connu des hommes comme ça.....vivant dans un foutoir et dans le cracra incroyable et le coeur sur la main !


                • Jean Roque Jean Roque 26 juillet 2018 16:21

                   
                  L’ENFANT MISÉREUX ET LE RAISIN
                   
                  « Je crois très sincèrement que si je pouvais revivre mon enfance, et qu’on me laissât le choix entre l’aisance et la pauvreté telle que je l’ai connue, je choisirais encore la pauvreté, ne serait-ce que pour retrouver, grâce aux privations habituelles qu’elle impose, la surprise, la joie, l’extase de quelques minutes divines que des milliers d’enfants si choyés ne connaîtront jamais. Ces bonheurs sont bien difficiles à exprimer, étant plus proches de la sensations que du sentiment. Mais je n’aurais pas la paix, si je n’essayais pas de dire ce que fut pour moi la révélation du raisin ..."
                   
                  Alexis Peiry ‘L’or du pauvre’ (passage magnifique où ce gamin suisse très pauvre découvre le raisin ... pas un gogochonnet )
                   
                   
                  https://youtu.be/rxhofrFs1F4?t=3458


                  • C'est Nabum C’est Nabum 26 juillet 2018 20:45
                    @Jean Roque

                    Merci

                  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 27 juillet 2018 12:09

                    Jeux de mots Croisés sur Agora. Source, HUGUES, FRENCH KISS, suivez mes pointillés et vous arriverez à la source. Celle d’un saint avec auréole : SIMON.


                    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 27 juillet 2018 13:53

                       IL est enseigné à l’homme dit Suso, de se renoncer si complètement qu’en n’importe quelle circonstance où Dieu se manifeste, soit par Lui-même (le DIEU qui est en SOI) ou par ses créatures, le disciple s’applique uniquement à demeurer calme ou impassible (même face à une catastrophe). A mon grand-père Julien qui restait dans son lit quand tombaient les bombes sur Renaix. 

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