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Le tour du Parc

Sully sur Loire ....

Retour vers le passé …

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Je venais de passer de délicieux instants avec un jeune couple et ses enfants. Nous avions pique-niqué à Bouteille, ce lieu magnifique en bord de Loire, véritable invitation à la rêverie. La Loire changeait de couleur au gré des variations du ciel et d'une météo qui a oublié de regarder le calendrier. La rivière se couvrait de rides quand le vent venait agiter son cours.

Mon camarade, connaissant mon attachement aux bons produits, m'avait préparé un repas à base des productions de la charcuterie de mon enfance dont le propriétaire, Monsieur Labbe, a confié la succession à son fils. Quelle joie de constater que rien n'avait changé ! Je retrouvais en effet les goûts qui avaient accompagné ma jeunesse, sans différence aucune : une surprenante plongée, plus de quarante ans en arrière.

Est-ce cette nostalgie gustative, madeleine charcutière, qui me donna l'envie de revoir mon village natal ? Je n'en sais rien ; je ne crois pas avoir prémédité ce départ prématuré. Je laissai mes hôtes à leurs enfants, leurs ânes et leurs chevaux. Ils avaient tant à faire , quant à moi, j'avais reçu un appel mystérieux qui ne me donnait pas son nom . Enfourchant mon scooter, je laissai le hasard me guider en ce milieu d'après-midi.

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Le hasard avait pourtant un nom : Sully sur Loire. Il y avait trop longtemps que je n'avais retrouvé mon village autrement qu'à travers mes histoires. J'en fis le tour : celui que, des années durant, j'accomplissais pour rejoindre un camarade qui allait en sens inverse. Il y a bien longtemps que je n'y retrouve plus personne ; les gens de ma génération s'en sont presque tous allés vers d'autres cieux. C'est souvent le lot des villages …

Je croyais en avoir fini avec cette nostalgie qui ne cesse de me tourmenter quand, allez savoir pourquoi, au moment de franchir le pont pour rentrer en Orléans, je décidai de prendre sur la droite, vers le Parc du château. Ce but de promenade dominicale ponctuait toujours le repas de midi ; c'était, pour l'enfant que j'étais, un rituel pénible, un pensum dont j'avais voulu bien vite m'émanciper.

Cette fois, j'en avais fini avec les envies d'ailleurs de l'adolescent impatient. Je voulais retrouver mon château, son parc et ce parcours entre bois et Sange, une plongée dans un passé qui m'a construit, m'a façonné bien plus que je ne le croyais alors. Et là, je fis une heureuse rencontre en la personne de l'un des rares camarades d'école primaire restés au pays. Régis, puisque c'est de lui qu'il s'agit, mène durant l'été, les touristes en calèche dans le parc.

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Nous étions, je le crois, aussi heureux l'un que l'autre de nous retrouver. Nous avons discuté de nos chers disparus et de ceux, si nombreux, partis sous d'autres cieux. Nous reproduisions le comportement qui nous exaspérait alors chez nos parents quand ils se croisaient pour faire le tour des connaissances. Heureusement, quelques jeunes gens mirent fin à nos ratiocinations pompeuses.

Ils venaient interviewer le maître des chevaux, personnage célèbre en son royaume. Régis se prêta de bonne grâce à ce petit exercice pour une radio locale. Les jeunes s'initiaient ainsi au journalisme dans le cadre d'un centre de loisirs à l'origine de cette excellente initiative. Bien vite, mon camarade, plus à l'aise avec des rênes en main qu'avec un micro, conseilla aux journalistes en herbe d'interroger le curieux personnage qui était à ses côtés.

Les fillettes ne se firent pas prier. Manifestement elles n'étaient pas avares de leur temps et s'amusaient ainsi de jouer les curieuses. Celle qui tenait le micro me demanda de lui raconter l'histoire de la ville. Mais qui donc lui avait soufflé cette demande ? Ce n'est pas l'enfant de Sully qui lui répondit mais le Bonimenteur de Loire.

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Une demi-heure durant, j'enchaînai plusieurs fables. Maurice de Sully, le fondateur de Notre Dame de Paris, le legs à la Loire, la légende du trésor de Maximilien de Béthune et l'histoire de la Croix Saint Nicolas, juste de l'autre côté de la rivière. Le miracle avait lieu : les demoiselles écoutaient, fascinées et surprises. Des touristes à leur tour, vinrent profiter de cet étrange spectacle impromptu. Je ne m'arrêtais plus ; j'avais remonté le temps et ce petit cercle d'auditeurs m'avait emboîté le pas.

Quand j'en eus fini avec cette prestation au débotté, je me rendis bien compte que mon auditoire aurait voulu me voir poursuivre ce voyage en imaginaire. Il ne faut pas abuser cependant : la magie du conte ne peut se prolonger trop longtemps ; il faut savoir laisser en suspens le récit, ne pas le pousser trop loin afin de laisser le charme opérer.

Des visiteurs arrivaient, désireux de faire le tour du château en calèche. L'occasion était belle de mettre un terme au récit, de laisser les curieux dans l'entre-deux : ce monde étrange entre le réel et les songes. Régis me proposa de monter à ses côtés et nous fîmes, avec ses deux comtois, l'inévitable et merveilleux Tour du Parc. Du passé lointain de mes histoires, je me retrouvais en mon pays d'enfance …

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Ce dont nous discutâmes alors n'a aucune espèce d'importance. Cela nous appartient et permettez -moi de garder pour moi ce moment agréable. Nous avions passé nos années primaires ensemble, il y a si longtemps et avions tant à nous dire que le tour du Parc passa comme un rêve. Les touristes nous écoutaient raconter nos anecdotes anciennes ; je crois bien qu'ils s'en amusaient.

C'est alors qu'au milieu de l'allée centrale, apparut, face à nous, notre bon charcutier d'antan, Monsieur Labbe. La boucle était bouclée ! Ledit charcutier avait, certes, bien vieilli mais gardait bon pied et surtout bon œil. C'est ainsi qu'il me reconnut d'après la ressemblance que j'ai avec mon défunt père. Ces coïncidences, toute cette série de hasards qui font si bien les choses, certains les nomment « sérendipité ». Qu'importe le terme employé ! il faut savoir profiter de ces instants si fugitifs !

Sullyassement vôtre.

 

Photographies :

http://coinsdumonde2.blogspot.fr/2013/11/france-region-centre-chateau-de-sully.html

 

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15 réactions à cet article    


  • xmen-classe4 xmen-classe4 10 juillet 2014 12:48

    un jeune couple et ses enfants ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 10 juillet 2014 12:52

      xmen-classe4


      Oui, ils ont fait le choix de les avoir très tôt

      Ils ont tous les deux bien moins de 40 ans et pour moi ils sont jeunes
      S’il faut rendre des comptes sur chaque expression ....

    • kalachnikov lermontov 10 juillet 2014 14:29

      Merci, Nabum, je ne dis rien de plus, je passerais pour flatteur et ce n’est pas bien, parait-il. La doctrine en cours, c’est de broyer l’autre, ’tout ce qui dépasse aura la tête tranchée’, l’idole à adorer c’est Médiocrité.

      Cela étant, la vie est simple au fond, il suffit de s’abandonner au cours du fleuve.


      • C'est Nabum C’est Nabum 10 juillet 2014 14:35

        lermontov


        Flatter même si ça chagrine ma modestie par contre j’en ai assez des attaques virulentes

      • kalachnikov lermontov 10 juillet 2014 14:48

        @ Nabum

        L’humanité, qu’on entende ce mot comme état ou masse, c’est aussi une prison. On est comme dans un bocal dont on l’on veut s’extirper parce que l’on pressent le jour qui se trouve là-bas mais pour trouver ce jour il faut s’élever. Dans ce bocal, il y a des insectes bien différents. Il y a de jolies libellules, par exemple, presque diaphanes, et colorées,qui volètent gaiement ; celles-là ont longtemps eu les ailes arrachées, il ne fait pas bon d’être libellule dans ce bocal. C’est qu’il y a là beaucoup de cloportes, d’insectes rampants qui vivent dans l’obscurité, devenus même aveugles à force, et qui, n’ayant pas d’ailes, ne peuvent pas même espérer voir le jour. C’est là la raison pour laquelle ils s’en prennent aux libellules : parce que la nature dans son hasard n’a pas été généreuse avec eux, ils veulent le faire payer aux autres. Mais qu’y pouvons-nous ?

        Voilà, c’était mon boniment pour vous.


      • C'est Nabum C’est Nabum 10 juillet 2014 15:56

        lermontov 


        Me voilà libellule, j’en suis assez surpris.

        Mais puisque vous le dites ! De toute manière, c’est bein mieux que cloporte ....

      • kalachnikov lermontov 10 juillet 2014 16:28

        Je n’ai écrit nulle part que vous étiez une libellule et je ne crois pas avoir le pouvoir et la légitimité de décerner des brevets de libellitude ou de cloportitude. Je faisais part d’une façon (possible) du monde humain de fonctionner et qui arriverait que vous ou moi soyons là ou non.

        Lorsque je suis passé tantôt, il n’y avait qu’un vote, négatif, concernant l’article. Hors le cas de quelqu’un qui vous est ennemi et cela quoi que vous fassiez, je ne vois pas comment on peut être contre votre article, ni même comment on peut être pour d’ailleurs. Je suppose toutefois que ce vote découle d’un motif. Que peut-il y avoir de déplaisant dans votre article, ne devrait-on pas ne pouvoir que naturellement se réjouir d’un article où l’on parle de choses saines et simples, où l’on voit la belle entente entre des individus, d’autant plus en ces jours où le monde n’est guère apaisé ? Voilà, c’est tout. Quelle nécessité peut avoir un individu à saccager la joie d’autrui ou à ruiner sa belle humeur, à le décourager ?


        • C'est Nabum C’est Nabum 10 juillet 2014 16:36

           lermontov


          Ne vous en offusquez pas J’ai interprété en ma faveur vos propos, on est jamais mieux servi que par soi même ... Et je souhaitais éviter le brevet de cloporte ! 

          N’en parlons plus .

          J’alterne entre sujets graves et textes légers pour la bonne raison que je ne suis d’aucune chapelle et que je ne me prends pas au sérieux. Merci à vous de le considérer ansi 

        • Fergus Fergus 10 juillet 2014 17:56

          Bonjour, C’est Nabum.

          Sully, c’est un superbe château dans un cadre verdoyant, mais c’est aussi l’occasion d’admirer - ainsi qu’au château de Gien - de magnifiques charpentes comme on en voit peu.


          • C'est Nabum C’est Nabum 10 juillet 2014 18:01

            Fergus


            Et vous n ’avez pas vu celles de la cathédrale d’Orléans ...

            Elles sont toutes plus belles les unes que les autres

          • Fergus Fergus 10 juillet 2014 19:00

            @ C’est Nabum

            Merci pour l’info. Le fait est que je connais peu Orléans, et uniquement l’extérieur de la cathédrale. Une bizarrerie à laquelle je devrais remédier, Orléans étant la seule ville d’importance que je connais aussi mal à 150 km à la ronde.


          • C'est Nabum C’est Nabum 10 juillet 2014 21:40
            Fergus
            C’est curieux, me voilà à faire léloge d’Orléans, ville qui me va si mal

          • fcpgismo fcpgismo 11 juillet 2014 08:51

            Je suis né à deux pas du Gerbier et je découvre cette partie de ce continent qu’est la Loire.

            Merci à vous pour cet exposé.

            • C'est Nabum C’est Nabum 11 juillet 2014 09:03

              fcpgismo


              Je suis venu à pied jusqu’à chez vous il y a trois ans maintenant. Une belle aventure et un pays magnifique. J’ai fait mes dévotions à notre Loire en allant de Nates jusqu’à sa source à rebrousse-courant

            • Fergus Fergus 11 juillet 2014 09:32

              Bonjour, Fcggismo.

              Ah ! le Gerbier, le Mézenc et autres lieux emblématiques de cette contrée. Superbe ! Ne pas oublier d’aller visiter, non loin de là, l’écomusée installé dans l’ancienne ferme au toit de chaume des Frères Perrel à Moudeyres. 

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