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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Les cannes à pêche bleues

Les cannes à pêche bleues

La fabrique de monsieur Raoul

Il est huit heures sur les quais du Thoureil en ce dimanche matin, les brocanteurs s’installent et mon ami Georges, toujours à l’affût de quelques jolis clichés à moins que ce ne fut d’une bonne affaire, tombe en arrêt devant une gaffe de pêcheur (lui qui est un spécialiste de la chose), du modèle justement de celle qu’il avait perdue sur la Loire. Rien ne s’égare vraiment sur notre rivière et tout finit par revenir en ordre.

C’est ainsi qu’il fit affaire et connaissance avec Franck, brocanteur de son état, qui nous narra l’aventure artisanale de son grand-père Raoul. C’est à Angers, derrière la gare que l’homme avait autrefois, une petite fabrique tandis qu’il tenait boutique rue Toussaint dans cette belle ville des bords de Maine. Il était spécialisé dans les cannes à pêche, uniquement celles en bambou. La fibre de verre puis le carbone n’étaient pas encore venus concurrencer la belle et noble matière végétale tout autant que naturelle.

Le bambou provenait des bords de Loire où il était exploité, se plaisant fort bien dans notre climat. Il était alors coupé feuillus, c’est à dire avec branches et feuilles. Le premier acte artisanal consistait à l’effeuillage. Le bambou était enfilé dans une machine qui ébranchait la longue canne. Une sorte de dégauchisseuse en somme. Puis le bois subissait un brûlage avec des tréteaux à gaz afin de lui donner la couleur brune, caractéristique de nos vieilles gaules d’antan.

La découpe suivait. Celle-ci se faisait en fonction de la dimension souhaitée en débitant plusieurs tronçons de tailles voisines (la précision n’étant pas possible puisque ce sont les nœuds qui commandaient la découpe), la dimension des cannes allant de 2 mètres jusqu’à 6 mètres. Chaque tronçon faisant environ 1 mètre. Puis arrivait la mise en place des bagues en laiton qui se déroulait dans un autre atelier. Il y avait là, une sertisseuse qui enserrait des bagues afin d’assurer le montage de la canne, l’emboîtement de la partie creuse dans la partie pleine en bambou.

Le bambou était coupé au niveau des nœuds, c’est là, la partie la plus solide, afin d’éviter l’éclatement du bois. La partie en laiton permettait l’emboîtement de la partie bois qui était elle-même sertie pour la rendre plus solide encore. La canne ne restait pas ainsi, il y avait un souci d’esthétique assuré par une décoratrice qui se consacrait exclusivement à cette activité, tout le montage des cannes se faisant à la chaîne. La femme enroulait finement une ficelle colorée à différents endroits. Le modèle que j’ai sous les yeux, ce matin, dispose d’un joli parement vert, d’autres étaient rouges, bleus ou jaunes.

Les cannes partaient ensuite à la boutique grand-paternelle pour la vente. La pêche à la ligne constituant en ce temps-là un loisir très prisé et pas seulement en bord de Loire. Les Cannes Bleues du patronyme de Raoul ne fournissaient pas la demande. Le grand-père dut confier sa production à la firme Fabri, un grossiste qui vendait dans tout le pays les fameuses cannes en bambou provenant d’ateliers comme celui de Raoul.

Le grand-père abandonna son entreprise pour achever sa carrière professionnelle comme gardien de nuit, le fusil de chasse à la main : autre-temps autre mœurs. Son fils remonta une boîte de cannes en bambou du côté de Perpignan. C’est dans celle-ci que Franck observa le processus de fabrication. Si l’entreprise d’Angers avait disparu, la tradition demeurait dans la famille mais hélas, la fabrique paternelle périclita tout naturellement avec l’arrivée de cannes bien plus légères et plus faciles d’entretien.

D’ailleurs, notre ami Georges n’acheta pas la canne en bambou mais s’équipa d’une canne à Silure en Carbone, bien plus résistante. Même lui tourna le dos à celle qui venait justement de la fabrique du grand-père de notre vendeur. Si ça se trouve, elle est toujours en vente au prix de 20 euros sur les brocantes professionnelles que fréquente Franck : Angers, Montsereau, Saumur et Le Thoureil.

Vous reconnaîtrez le brocanteur à sa barbe blanche, ses lunettes et sa disponibilité. Il vous racontera peut-être l’histoire de son grand-père si vous le questionnez à ce propos. Vous trouverez également, sur son étal, une ancre qui n’est pas de Loire, un héron en plastique, quelques bourriches, une très jolie collection de cannes et des nains de jardin qui ne sortent que lorsque les beaux jours reviennent (je n’ai pas vu de raton laveur) . Naturellement tout un bric-à-brac joyeusement hétéroclite qui fait le charme de la profession.

Chinement vôtre.


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28 réactions à cet article    


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 20 mai 2018 16:58

    Bonjour nabum, pitié avec les nains de jardin. J’eu l’immense honneur d’en hériter d’une dizaine de ma mère. revendus sur eBay. Eh bien, sachez qu’il y a des fous de trolls,...Sinon, aujourd’hui trouvé un kora ou harpe du Mali. https://www.google.be/search?q=kora+instrument+prix&biw=1164&bih=614&tbm=isch&source=iu&ictx=1&fir=YL9zbo0oGmyFlM%253A%252C5XfDw6pBc93-KM%252C_&usg=__Ke2WEGAxpzVRNE9xSfINAL7x_iE%3D&sa=X&ved=0ahUKEwjDot_pv5TbAhUPKVAKHbmWDzEQ9QEIbDAG#imgrc=YL9zbo0oGmyFlM :


    • C'est Nabum C’est Nabum 22 mai 2018 17:50
      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Je ne me préoccupe plus de leur libération

    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 22 mai 2018 17:54

      @C’est Nabum


      ah, c’était vous,...

    • C'est Nabum C’est Nabum 22 mai 2018 20:18
      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Hélas

    • Clocel Clocel 20 mai 2018 17:41

      La Loire n’est plus un fleuve ?


      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 20 mai 2018 17:51

        @Clocel
        http://chaumontaufildutemps.over-blog.com/article-les-poissons-de-loire-patrimoine-vivant-122799757.html. A mon père qui m’a donné le goût de se lever à l’aube,....Hélas, lui aussi dû se reconvertir pour devenir haut cadre. Cela ne cadrait vraiment plus avec mes choix de vie. C’est souvent ainsi dans de nombreuses familles. Et pris la route bien plus enchanteresse de la maman des poissons. Un peu illuminée ma fille. Non, je voulais simplement garder le fil,...Normal il était fils de tisserands. il avait pris la tangente, j’ai retissé le fil de nos déchirures et fait bonne pèche dans les brocantes. Merci papa. 


      • C'est Nabum C’est Nabum 20 mai 2018 21:08

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.


        Pas tout jeune l’exposé

      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 20 mai 2018 21:39

        @C’est Nabum


        c’est vrai que le monde évolue de plus en plus vite. Ou plutôt, la dégradation semble bien plus rapide que la progression (dans le sens commun du terme). Peut-on parler de progression rétro-active. Pour être sauvé, je ne vois pas d’autres solution

      • C'est Nabum C’est Nabum 21 mai 2018 09:45
        @Mélusine ou la Robe de Saphir.

        La chute relève désormais du naufrage

      • juluch juluch 21 mai 2018 14:20

        @Clocel

        On appelle souvent « riviere » un fleuve par les gens du cru.... smiley

      • C'est Nabum C’est Nabum 22 mai 2018 17:48
        @Clocel

        J’évite de répondre désormais à cette remarque


      • C'est Nabum C’est Nabum 22 mai 2018 17:49
        @juluch

        Merci


        • C'est Nabum C’est Nabum 20 mai 2018 21:08

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.



          Bernard Dimey

          Une pointure lui

        • Montdragon Montdragon 21 mai 2018 10:19
          C’était le JT de 13h, de bien belles images !
          Demain, un autre petit métier oublié, le dernier sabotier du Cantal !
          D’ici-là, pensez à vous hydrater.

          • C'est Nabum C’est Nabum 21 mai 2018 10:44

            @Montdragon


            Avec mes sabots j’ai toujours l’air d’un c...

          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 21 mai 2018 10:35

            Hier, j’ai regardé une émission sur ARTE, et les maladies respiratoires causées par les champignons. S’ils nous ont sauvé, ce sont par ailleurs de redoutables tueurs. Au royaume des champignons.


            • C'est Nabum C’est Nabum 21 mai 2018 10:44
              @Mélusine ou la Robe de Saphir.

              je manque d’air

            • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 21 mai 2018 10:52

              @C’est Nabum


              Et pourtant vous n’en avez pas l’air.....

            • C'est Nabum C’est Nabum 21 mai 2018 11:29
              @Mélusine ou la Robe de Saphir.

              C’est Nabum

              Pas le moindre « R »

            • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 21 mai 2018 12:58

              @C’est Nabum


              N’oubliez la langue de vos oiseaux. Ceux-ci risquent bien de ne plus pouvoir nous chanter un bel air.

            • C'est Nabum C’est Nabum 22 mai 2018 17:51

              @Mélusine ou la Robe de Saphir.


              J’en use parfois dans mes contes

            • UnLorrain 21 mai 2018 13:18

              Mon « scionisme » a moi consiste a se placer dans le faible courant d’eau,jusqu’à mi-cuisse,agiter le fond sableux de vos pieds,utiliser comme gaule le scion ou vergeon ( connaissiez vous Nabum cette appellation ? ) cette manière de pêcher le goujon et autres vairons est interdite ou disons,tolérée. Vous pourriez faire une fameuse pêche ainsi...d’où une certaine « répression » a son endroit. Apprenez pour celui qui serait tenté de pêcher ainsi,qu’en aval se trouvent les carnassiers immanquablement attirés par leurs proies favorites que justement,vous pêcher smiley

              J’oubliais,ce scion,ou vergeon,est le plus fin embout de la gaule,sa petite longueur suffira puisque vous êtes placé dans la rivière...chatouillé par les alevins divers..picorant peut-être des squames qui sait smiley


              • juluch juluch 21 mai 2018 14:21

                J’ai péché avec mon vieux avec ses cannes bambou.....pas mal de souvenirs !!  smiley


                • C'est Nabum C’est Nabum 22 mai 2018 17:52
                  @juluch

                  Moi aussi

                  Elles étaient un peu lourdes il faut bien le reconnaître

                • UnLorrain 21 mai 2018 14:59

                  Juste pour dire qu’ils existent...ces ARS et autres afssa qui expectorent quelques incertitudes. Quel aurait été leur diagnostic de la mort « incongrue » de ce monsieur « tireur de cailloux » dans la Loire ? Il avait ce vieux métier,lu dans des recueils de Gérard Boutet Les Gagne-misère. Un jour son cheval s’emballe incompréhensiblement,il doit retourné dans la Loire jusqu’à la poitrine il s’immergera pour remonter son cheval avec son tombeau,sans doute eût il un « coup de froid » ( une congestion ? Cérébrale ? ) il mourra la nuit sur son lit.

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