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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Monsieur Hulot au concert

Monsieur Hulot au concert

Des Fous de Bassan

Dans ce charmant petit port le long de la côte sauvage, lors d'un concert en public des Fous de Bassan -une chorale de chants de marins qui vaut le détour, je peux vous l’assurer- la foule se presse entre les odeurs de frites et celles des sardines grillées. Les spectateurs ont la bonne idée de se trouver sous le vent et les artistes boucanent sur leur podium qui récupère toutes les fumées.

Qu’importe, nos amis nous proposent un programme de qualité mélangeant œuvres originales de leur création et reprises à la fois de chants traditionnels et de chansons qui sont entrées dans toutes les têtes. Vingt cinq choristes, 3 pupitres, une chef de chœur, voilà qui contraste avec les habituels groupes à l’unisson. Ils sont accompagnés de quatre musiciens ; celle qui dirige l’ensemble à l’accordéon, une femme aux percussions, un guitariste qui tâte parfois du ukulélé et un remarquable instrumentiste au banjo, à la bouzouki, à l’harmonica et à la guitare qui écrit de très beaux textes en prime et chante en solo quelquefois.

La foule est nombreuse, bigarrée, bon enfant. Le programme n’a certes pas attiré toutes les générations, il ne faut pas s’en formaliser. Quelques mètres plus loin, un groupe de rock agglomère les plus jeunes pour leur plus grand plaisir. C’est donc un public aux tempes grisonnantes qui écoute attentivement le concert.

Soudain un grand escogriffe fend la foule, indifférent aux autres. Son allure se remarque immédiatement. Il y a du monsieur Hulot dans ce personnage et la proximité de la plage de Saint-Marc n’est pas pour nous surprendre. Il a dû quitter l’hôtel de la plage pour venir se distraire ici. Il a pourtant abandonné sa célèbre pipe, la loi Evin est passée par là.

Hulot a vieilli. Il est très dégarni. Ses cheveux épars sont comme des chiens fous sur un crâne qui n’en finit pas de s’allonger vers le sommet. Il porte des lunettes épaisses, larges, rondes qui lui confèrent une allure de chouette égarée en plein jour. Il bouscule ceux qui sont devant lui pour prendre place juste en face du podium.

Son allure pittoresque, sa tenue excentrique, très colorée et assez décalée lui épargne les griefs. Les gens s’en amusent, rient sous cape d’une dégaine qui ne s’invente pas. Il porte naturellement des sandalettes ajourées assorties des inévitables chaussettes noires et montantes qui le placent immédiatement parmi les hommes de goût. Le short flottant tient davantage de la jupe culotte que du pantacourt. Il laisse entrevoir des mollets de coq qui ne doivent plus guère battre la semelle.

Hulot est flanqué de son chien, un charmant teckel qui se soucie davantage des voisins que de son maître. Celui-ci le tient en laisse, le cherche régulièrement, sa myopie ne lui permettant pas de le voir immédiatement, il se fait girouette au milieu du public. Monsieur Hulot est grand, très grand avec un cou qui n’en finit pas. On pourrait le croire sorti de l’autobus de Raymond Queneau. L’envie me prend alors de lui croquer le portrait.

Des voisins s’en amusent d’autant qu’il faut ajouter à son inénarrable tenue le détail qui tue. Il tient de la main droite une bouteille de rosé à moitié consommée, chapeautée d’un gobelet en plastique en cas de besoin immédiat. Un groupe de copines en goguette photographie à plaisir la bouteille et son propriétaire. Durant tout le temps du concert pourtant, l’homme ne puisera pas dans le flacon qui ne fait que l’encombrer. Il ne peut applaudir, il a les mains prises, écoute-il vraiment le concert ? C’est une autre question, il semble tellement en décalage parmi tous ces spectateurs attentifs et heureux.

Hulot est le point d’orgue du concert. Il concentre les regards, vole parfois la vedette aux excellents choristes quand il cherche désespérément son chien, toujours couché à ses pieds. Il demeure stoïque et droit comme un « i » quand toute la foule godille et chaloupe pour scander un refrain entraînant. Il faut admettre à sa décharge que l’animal ne lui facilite pas la tâche. Hulot tient la laisse de la main gauche et le chien est couché sur sa droite, espérant sans doute quelques retombées de rosé.

Le concert s’achève, je laisse partir monsieur Hulot à regrets. Il semble perdu, égaré comme un chien sans collier. Paradoxalement, le teckel a bien meilleure mine que son maître. C’est d’ailleurs l’animal qui lui indique le chemin. Rentrera-t-il à l’hôtel de la plage ou bien ira-t-il terminer son flacon sans se soucier des quidams qui se gaussent de sa dégaine ? Nul ne le saura jamais. Bonne soirée personnage étrange.

Portraitement sien.

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2 réactions à cet article    


  • juluch juluch 14 août 10:19

    Les gens pittoresques sont légions.....  smiley


    • Fergus Fergus 14 août 13:24

      Bonjour, C’est nabum

      Voilà une chorale tout droit venue de mon jardin costarmoricain.

      Une bonne chorale comme il y en avait quelques autres – parmi 160 groupes – au Festival du Chant de Marin de Paimpol qui vient de s’achever sur un nouveau très gros succès avec sans doute plus de 150 000 entrées durant les 3 jours du plus grand évènement planétaire du genre. Un vrai régal une fois de plus, et cela d’autant plus qu’il y avait comme d’habitude 200 vieux gréements dans le port dont de superbes 3 mats-goélettes et une réplique du bateau de Magellan !

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